Accidents mentaux des Itystériques
180 OnSF.SSIONS F.T IMPULSIONS
irobscssion assez pMiliciilii'ic iiilcrmrdiniic on (|ii('l(|ii(> sorte entre les obsessions proprement dites et les impulsions 1» l'action. C'etle forme a quelque importanec historique, c'est l'une des premières qui aient été décrites, en particulier par Legrand du Saulle. Cet homme, Cha., est âgé de 7G ans, il rentre par ses antécédents héréditaires dans la catégorie des dégénéi'és. Sa mère a eu plusieurs accès de mélancolie, une de ses sœurs atteinte de délire tle persécution est morte à l'asile et un de ses fières a encore des attaques hystériques. Lui-même fut cependant à peu près raisonnable, quoique très émotif, jusqu'à l'Age de 40 ans. Il eut une vie très malheureuse et très difiicile à la suite d'un sot mariage qu'il avait fait avec une femme à peu près aliénée qui lui causa tous les tourments imaginables. Il arriva enfin à se débarrasser d'elle, mais depuis il reste tourmenté, inquiet et sujet à des accès angoissants que nous allons voir.
Un mot que l'on prononce, une affiche, une circonstance quelconque éveillent dans son esprit l'idée d'une personne qu'il connaît un peu, mais d'une manière peu précise. Immédiatement le voici qui éprouve le besoin de connaître le nom et l'adresse de cette personne. Il cherche ces renseignements avec une émotion croissante; sa mémoire troublée ne les lui fournit pas, alors l'angoisse le saisit, le cœur jjat, la respiration est embarrassée, la sueur coule, il faut qu'il marche, qu'il s'agite en criant; il sort de chez lui, court au hasard pendant des nuits entières jusqu'à ce qu'il ail fini par retrouver le mot. Aussitôt tout se calme comme par enchantement et il éprouve un sentiment de bien-être.
Sachant d'avance les souffrances que cette recherche lui fait éprouver, il prend des précautions, il porte sur lui un carnet où il inscrit les noms, les adresses des personnes auxquelles il prévoit qu'il pourra penser. En entrant ici, il a pris la précaution de nous demander noti'e nom et notre adresse avant de vouloir nous pailer. Les personnes (jui le soignent ont pour mission de lui fournir immédiatement le nom qu'il cherche pour arrêter l'accès.
Cette maladie et ces précautions vous l'appellent immédiatement un cas tout à fait classique que vous avez étudié: un malade de Legrand du Saulle éprouve le besoin maladif de savoir si les (cmmes fju il rencontre sont jolies ou ne h; sont pas. Lu domesti(pie qui l'accompagne a pour mission de répondre à chacjue interrogation : « Non, eUe est hiide. » Au retour d'un lonir vovaLi'e il demande avec angoisse si la buraliste qui lui a remis le billet était
jolie ou non. Par étourclerie, le domestique répond qu'il n'en sait rien. Ce fut une crise terrible et, pour l'arrêter, il fallut renvoyer le d()nicsti([ue faire le voyage et la vérification.
Nous n'insisterons pas sur l'origine de cette idée fixe, dans le cas actuel : nous ne la connaissons pas. 11 se peut que différentes circonstances, au moment de ses malheurs, aient provoqué des inquiétudes sur le nom et l'adresse d'une personne et joué le rôle d'une suggestion sur cet esprit faible.
Il y aurait à étudier ici un problème curieux au point de vue psychologique que nous pouvons seulement signaler. Ce n'est pas là une idée fixe simple consistant dans la reproduction exagérée d'un groupe d'images. C est un besoin, une impulsion qui le pousse à mettre en jeu une tendance, une fonction. Cette fonction est celle qui consiste à retrouver des souvenirs. Il serait intéressant de savoir exactement quelle est ici l'exagération ou la transformation de cette fonction ; mais le mécanisme de cette recherche des souvenirs est peu connu et voilà encore un cas dans lequel la psychiatrie pourra rendre des services à la psychologie.
Notre individu à l'àge qu'il a, 76 ans, ne se guérira guère; cependant il sait bien que la visite qu il est venu nous faire lui rendra service. Comme beaucoup de malades de ce genre, il a besoin d'être rassuré et il est toujours plus heureux et plus tranquille quand il a été voir un médecin. Souhaitons que notre influence puisse cette fois le rassurer pendant longtemps.
Obseuvation 53. — Impulsion à l'homicide et au suicide, hystérie, épilepsie. — Xnmbre limité des impulsions diffèrenles, aniécédenls, fièvre typhoïde, doutes, aboulie, troubles de Valfenlion, suçjgeslibilité, impulsion à frapper sa mère et à se tuer, remords, influence d'une affirmation étrangère, besoin de direction, les attaques hystériques, accès épileptiques, influence du bromure.
Voici une jeune fille de 22 ans, Qes. , dont les impulsions se présentent dans des conditions intéressantes.
Le père, très nerveux, sans maladie déterminée, est mort après une attaque d'ajioplexie qui le laissa huit jours hémiplégique ; le frère du père, très intelligent, inventeur, aurait eu dans son enfance des convulsions qui lui ont laissé des troubles de la marche ?). Du côté de la mère rien de particulier.
181 OnSESSIONS ET IMPULSIONS
Cette jeune fille semble avoir eu une enfance normale, mais elle eut une lièvre Ivphoïde grave à [2 ans cl c'est l:i, vous le savez, un lail 1res iinporlant au drhut des névroses. KWc lut réglée ;i I \ ans, sans accident, mais dès cette époque les troubles de l'esprit ont commencé. Nous notons d'abord des tics, des rêves persistants, presque des petites hallucinations ; elle avait la manie de porter la main à ses lèvres comme si elle en relirait {[uelque chose. « C'étail, disait-elle, parce qu'elle sentait des épingles entre les lèvres ; » persistance de l'impression qu'ont les couturières qui gardent des épingles entre les dénis. Un jour, en ouvrant un carton à chapeau, elle eut peur comme si elle voyait du feu au dedans ; ce sont des petites hallucinations très passagères.
Fait plus grave, elle commençait à avoir des doutes, des hésitations. Ayant mis une lettre ;i la poste, elle fut très préoccupée, se demandant sans cesse si la lettre était bien mise dans la boîte, etc. ; elle alla jusqu'à pleurer d'inquiétude à ce propos. A ces troubles moraux s'ajoutèrent ([uclques accidents nerveux plus matériels, des petits évanouissements à la suite d'émotions et des incontinences d'urine, incontinences rares, accidentelles, la nuit ou le jour, en rapport également avec des émotions.
Vers l'âge de 16 ans, la maladie nerveuse et mentale se précise. Nous diviserons ces phénomènes en deux groupes qui, chez notre malade, ont une importance inégale. 1" Les symptômes d'une faiblesse cérébrale et mentale toute particulière, une psychasthénie ; 2" des idées fixes qui se développent automatiquement grâce à la faiblesse précédente.
l" Dans le premier groupe nous rangerons l'indécision, l'hésitation pour tous les actes, la perte de l'attention volontaire. Elle comprend mal ce qu'elle lit. « Je ne puis jamais être à ce que je fais, ou à ce que je lis, » dit-elle. Le matin surtout, elle a la tète vide, ne sait plus où elle est, semble toute endormie. La mémoire est faible et s'accompagne de doutes. Ces symptômes ne vont pas jusqu'à l'amiK'sie et à l'anesthésie complètes, quoiqu'il existe une légère diininulioii de la sensibilité dn côté gauche.
2" Au contraire, les idées fixes qui se sont développées par une série de suggestions rendues possibles grâce :i la faiblesse de la syntlièse mentale sont bien plus importantes.
A l'âge de 10 ans, Qes. remarque qu'elle ne peut pas lire dans le journal des histoires de crimes parce que cela lui donne l'idée
d'en faire autant. Quelques émotions, quelques amourettes peutêtre, augmentent la faiblesse de Tesprit et exagèrent encore cette prédisposition aux suggestions et aux idées fixes. La voici qui depuis quelque temps se sent poussée à faire une foule d'actions et en particulier des actions mauvaises. Dès qu'elle pense à un acte elle a eiwie de l'exécuter, elle a le besoin de dire et de faire tout ce qu'elle pense.
Ce besoin se précise surtout sur deux actes : faire du mal à sa mère, la blesser, l'étrangler, la tuer et se tuer elle-même en se jetant par la fenêtre. Ces impulsions auxquelles elle doit résister la préoccupent continuelleuient, l'énervent, lui enlèvent toute lucidité d'esprit. Elles sont si fortes que la malade demande de l'aide pour y résister ; il faut qu'on lui cache la fenêtre, qu'on éloigne sa mère, qu'on la surveille pendant la nuit, etc. Quelquefois l'impulsion va plus loin encore, il y a commencement d'acte : mouvement en avant, contraction des mains comme pour frapper et elle demande qu'on l'attache. 11 a fallu la camisoler pour Taider à résister à des impulsions qui formaient de véritables attaques délirantes ; d'ailleurs, ce sont ces commencements d'actes, ces images musculaires qu'elle sentait se développer et qu'elle exprimait en disant : « J'ai envie de faire cela. «
Ajoutons une conséquence de l'idée fixe, une de ces idées fixes secondaires si fréquentes. Elle se reproche ces actions comme des crimes ; elle en a beaucoup de remords, quoiqu'elle n'ait rien accompli ; aussi ne peut-elle prendre aucun plaisir, songer à aucune distraction sans souffrir. Elle pense qu'elle en est indigne et cette pensée l'énervé encore plus.
Dès qu'elle fut examinée et interrogée par nous, elle éprouva une transformation qui est curieuse et qui est bien fréquente chez ces malades. Elle se sentit rassurée contre elle-même par cette aiïirmation étrangère et fut très calme pendant quelques jours. Rien de particulier cependant n'avait été fait. Aussi Qes. revientelle pour qu'on la rassure de nouveau, elle demande à entrer à l'hôpital. Cette jeune fille, plutôt distinguée et plus heureuse certainement chez elle, est enchantée d'être à l'hôpital. Elle n'en sent pas les misères. Pourquoi ? C'est qu'elle éprouve ici un grand bonheur, elle a retrouvé le calme, la sécurité : les fenêtres sont grillées et les malades sont surveillées. « Ici, dit-elle, je ne ferai pas de sottises, certainement je n'oserai pas. » Chez elle, elle avait peur de se coucher, ne sachant pas si elle n'allait pas se relever
184 OBSESSIONS ET IMPUF-SIONS
pour étrant^lor (|iiel<[irun, ici t'Ilo se couche ;»vee bonheur, certaine de ne faire aucun mal. C'est là un caractère bien curieux de ces inahi(h>s, un besoin de direction en rappctrt axce leur aboulie.
Quand nous avons eu davantage la malade sous nos yeux, nous avons observé des faits importants que les descriptions des parents n'avaient pas laissé bien comprendre. Cette jeune fdle a fréquemment des vertiges et des pertes de connaissance; elle a eu devant nous un grand accès tout à fait caractéristique. Aussi sa maladie est-elle fort complexe ; non seulement elle a des impulsions, non seulement elle a des petites crises de convulsions et de délire qui sendjlent des attaques hystérl(|ues, mais elle présente évidemment des phénomènes eomitiaux. Le mélange, la superposition de ces diverses névroses chez des sujets prédisposés et dégénérés ne vous surprend pas. Il est plus difficile de savoir la relation que ces différents phénomènes ont les uns avec les autres.
Quoi (|u'il en soit, nous devons vous signaler un fait curieux et instructif. Nous avons soumis cette malade au traitement des épilepti<|ues et elle a pris de six à huit grammes de polybromure par jour. Or, depuis que ce traitement est institué, non seulement les accès eomitiaux mais les impulsions conscientes elles-mêmes ont disparu.
Nous vous rappelons une jeune fille de 22 ans, Qes., ayant des accès eomitiaux et des impulsions conscientes à l'homicide. Sous rinfluence du traitement bromure les accès et les Inq^ulsions ont disparu, même quand la malade était en dehors de l'hôpital. Une interruption du traitement bromure a été suivie à bref délai par la réapparition des impulsions et celles-ci ont disparu de nouveau sous l'influence du l)romure. Cette relation des Impulsions homicides et de l'épilcpsle méritait de vous être signalée.
Observations 5i et 55. — Impulsion à frapper développée chez deux personnes à la suite d'une émotion de colère persistante.
11 est curieux de voir combien l'automatisme mental présente de régularité et comment dans des circonstances analogues se produisent les mêmes phénomènes psychologI(jues. C'est surtout
l'étude des maladies mentales qui donne bien le sentiment du déterminisme psychologique. Voici deux femmes qui en sont arrivées h avoir exactement les mêmes idées et à parler tout à fait de la même manière. M'"" Sy., âgée de 20 ans, vient nous dire qu'elle est très inquiète parce qu'elle ne se sent plus maîtresse d'elle-même. Il faut, dit-elle, qu'elle quitte une jolie position dans une maison de couture parce qu'il n'est pas prudent de la laisser approcher des clientes.
« Quel danger y a-t-il à cela, Madame ?
La malade : Parce que je ne peux plus toucher des ciseaux, des épingles, des couteaux, j'ai peur de blesser les gens que j'approche.
— Pourquoi cela, par étourderie, par imprudence ?
La malade : Mais non, parce cpie je sens en moi une envie folle de leur donner des coups, de les blesser, de les tuer. Je vous assure c^u'il n'est pas prudent de me laisser tenir un couteau.
— Mais cependant vous n'avez jamais fait de mal à personne? La MALADE : Non, mais j'ai dû résister d'une manière terrible;
la lutte me donne des étouffements, des vertiges, je me sens m'évanouir. D'ailleurs, je suis inquiète comme si j'avais réellement fait du mal, je me reproche d'avoir blessé quelqu'un quoique je sache bien que jusqu à présent je n'aie rien fait. »
Passons maintenant à l'autre malade, M"*^ Cos., âgée de 44 ans.
La MALADE : « Je suis inquiète comme si j'avais commis des crimes et je crois bien n'avoir fait aucun mal mais cela ne peut manquer d'arriver un jour.
— Pourquoi donc cela?
La MALADE : Je ne puis pas voir une personne, surtout un enfant sans avoir une envie folle de l'étranger. Je n'ose plus toucher un couteau à table de peur de blesser ([uelqu'un et. quand je résiste à ce besoin, je sens mon cœur cjui se rompt et je souffre à en mourir. »
Impulsion à l'homicide ou du moins impulsion à frapper, angoisse au moment de l'accès, remords imaginaires après l'impulsion, c'est exactement la même chose et vous pourriez entendre non pas deux mais cent de ces malades, ils parleraient de la même manière.
L'origine même de l'impulsion est dans les deux cas assez
coiiiparablo. Revenons !i la première malade, Sy. ; c'est la fille d'un père alcoolicjue qui s'est portée assez bien jusqu'à l'époque de son mariage, à 21 ans. Depuis elle a été désespérée en vovani (tue son mari avait le même vice (|ui avait déjîi fait le malheur de toule la famille. I^'iie a essayé de sermonner cet ivroontv sans succès bien entendu, |)uis elle s'est (àchce et l'a pris en haine. « Ce n'est pas ma laule, dit-elle, je sais que s'il ne buvait pas, ce scrail un brave homme, mais je ne puis m'empèchcr de le détester. »
La seconde, ('os., est aussi la fille d'une père alcoolique, mais en outre d'une mère hystérique. Elle a été raisonnable jusqu'à 30 ans mais elle s'est mariée avec un veuf qui lui a amené un petit garçon. Elle voudrait bien aimer cet enfant mais, que voulezvous, il nest pas ;i elle et elle-même n'a pas eu d'autres enfants. Elle ne peut s'empèclier de le prendre en giippe.
Voici ce sentiment de haine (|ui se développe dans ces deux tètes faibles, il se généralise, il s'applique à tout le monde, il tend à se manifester par les actes appropriés et voici l'impulsion à donner des coups de couteau. Que d'enseignements psychologiques on pourrait tirer de cas semblables ? Les relations de la haine et de la colère, rinq)ulsion à frapper comme un des éléments consécutifs de la haine, la généralisation des tendances : voici bien des points qui seraient intéressants pour la psychiatrie. Il nous suffit de vous les signaler.
Observation 56. — Impulsion au suicide chez une enfant. —
Tcnlnlivt's de .suicide, allaqucs /ii/slcr{(/iu's, nnléccklenls, somnarnhiilismc provoque, lenlative de viol, éniolion .sij.slémalique persislani d'une manière suhconscienle.
Une des inqiulsions les plus fré<[uenles et des plus inexplicables, c'est l'impulsion au suicide. Nous pouvons cette année en observer plusieurs cas, ([ui sont réunis dans le service et chercher si on peut les comprendre. Celui que nous étudierons le premier est relativement simple et explicable parce qu'il se présente chez une hystérique susceptible d'être mise en état hypnoli(|ii(' ri ([Mc l'on peut analyser plus facilement.
Il s'agit, c'est toujours une chose qui étonne, d'une enfant de 1 i ans lj'2, Mag., qui depuis un an accomplit une foule de sottises
pour se (lôtruire. Elle avale du pétrole, mange du blanc de céruse, refuse de prendre les aliments ordinaires, etc. En même temps elle rêve continuellement à la mort, ne parle que de cela et même en parle tout haut la nuit. Elle est enchantée de rêver à son enterrement, de se voir empoisonnée ou assassinée et quand on lui explique que ses parents seront désolés, elle répond quelle les voit mourir avec elle. On dit d'ordinaire que de telles idées ne sont pas très tiangereuses. Nous n'en savons rien, mais nous ne voulons pas nous y fier. Cette enfant a déjii fait des tentatives absurdes; elle pouirait bien en faire une plus sérieuse. En tous cas cette préoccupation constante lui enlève toute activité intellectuelle. Mag. ne fait plus rien, ne comprend plus rien, et surtout elle perd complètement la mémoire, ce qui l'a fait renvover de la maison où elle travaillait. Ces impulsions semblent avoir rejnplacé des crises d'hvstérie assez graves qui se sont développées depuis l'âge de 12 ans. Comme il arrive quelquefois, les crises ont complètement disparu depuis que l'impulsion est prédominante.
L'histoire de cette enfant, confirmée d'ailleurs par les explications qu'elle donne dans le sommeil hypnotique, explique assez facilement ces accidents. Le père, comme toujours malheureusement, est alcoolique et deux oncles paternels sont morts à Ville- Evrard, cependant l'enfant a été intelligente et semblait bien équilibrée, quand elle fut bouleversée par un triste accident. Elle avait Tans, elle fut laissée entre les mains d'un sale personnage, ami intime de la famille, qui abusa d'elle pour quelques sous.
Il n'y eut pas d'abord de conséquences bien sérieuses, l'enfant dans sa naïveté ne se préoccupait pas de ce qui était arrivé ; mais quelques années plus tard, une amie <à qui elle avait tout raconté révéla le fait a la mère et ce fut une juste indignation dans la famille. L'enfant eut alors comme des remords, ou des terreurs rétrospectives d'autant plus graves qu'elle se trouvait à l'époque de la puberté : de là d'abord des crises d'hvstérie puis des rêves de désespoir.
II est inti'ressant de constater une fois de plus la différence du langage de ces malades pendant la veille et pendant le sommeil. Dans le premier cas, ^Lig. déplore son idée fixe qu'elle trouve absurde et ne demande qu'à guérir et à vivre. Dans le second elle se déclare indigne de vivre et aspire à la mort. Vous vovez que l'idée fixe est toujours plus claire (juand, gràceà l'état hvpnotique, nous pouvons mieux comprendre les phénomènes subconscients.
188 OnSKSSlONS KT IMPULSIONS
Coinine nous rospcrlons, l'état de cette enfant de 14 ans qui avait des impulsions au suicide a pu être heureusement modifié. La suggestibilité très grande qu'elle présentait heureusement a jicrmis de lui l'aire oublier l'accident de son enfance et de l'amoner à renoncer ;i ses mauvais rêves. Elle est partie d'ici après six semaines de séjour seulement tout à fait transformée physiquement et moralement.
Observation 57. — Impulsion au suicide, dégoût de la vie, altérations de la cœnesthésie. — Impulsion au suicide chez une enfant de 8 ans, lenlaliue de -suicide chez une jeune fille de 20 ans, antécédents, hypocondrie, dégoût de la vie, absence d'affection, modifications de la cœnesthésie, troubles de la nutrition.
L'idée de suicide n'est pas toujours aussi facile à interpréter, elle est souvent presque inexplicable ; elle semble dépendre d'une modification inconnue des instincts les plus fondamentaux. Nous avons eu l'occasion de voir il y a quelque temps une petite fdle de Sans qui n'est pas restée à l'hôpital et dont létat d'esprit était bien bizarre. Cette enfant intelligente, vive, aimable, n'a qu'une idée en tète, c'est de mourir. Cela a commencé lorsqu'elle avait l'âge de 5 ans, sans qu'on puisse savoir pourquoi ; elle en parle tout le temps, elle en cause à ses poupées, elle prépare des tentatives de suicide. C'est, direz-vous, une sorte d'absurdité comme il en existe dans les délires hystériques infantiles ; mais voici trois ans que cela dure, sans modification et nous ne savons trop comment cela finira. Sans doute, c'est une fille d'aliénée, mais cela n'explique pas le mécanisme de ces déviations d'instincts.
Nous avons les mêmes remarques à faire à propos de cette grande jeune fille. Voq., âgée de 20 ans ; son état est pour nous une sorte de problème cjue nous vous proposons comme sujet de méditation. C'est une belle fille, solide, bien portante, sans troubles nerveux apparents et d'une intelligence suffisante. Eh bien! il y a deux mois elle s'est jetée par la fenêtre d'un troisième étage; elle a réussi à se casser un bras, à se fouler une jambe et à se faire aux lèvres une blessure dont elle porte encore la cicatrice. Quoique l'on puisse faire elle n'a (ju'uno seule idée en tête, c'est de recommencer.
Nous n'avons guère à noter d antécédents héréditaires; d'autres
enfants de la même famille sont tout à fait normaux. Celle-ci se développa régulièrement dans son enfance. Elle eut une fièvre muqueuse vers l'âge de 12 ans, maladie qui, au moins au début, sembla ne pas laisser de traces. Cette jeune fille était intelligente et apprenait tout ce qu'on voulait, en particulier elle est artiste et gîïgne fort bien sa vie en faisant avec goût des miniatures. Un seul point sur lequel sa mère insiste énormément: elle était trop parfaite, trop sage, ne voulait jamais jouer, ni s'amuser. Elle était toute sa vie d'un sérieux imperturbable et montrait du reste un grand bon sens.
Il y a deux ans, à ITige de 18 ans, on nota la première manifestation anormale. Etant en vacances au bord de la mer, elle vint se plaindre d'avoir reçu un coup de soleil dans le cou. Cela n'a rien d'extraordinaire ; il est fort possible que ce fût vrai, quoiqu'on ne pût absolument rien voir. Mais elle se plaignit d'une façon vraiment démesurée, réclamant des soins et gémissant perpétuellement pendant des semaines pour ce malheureux coup de soleil qui n'avait laissé aucune trace. Quand elle oublia cette mésaventure, elle changea l'objet de ses plaintes : maintenant, disait-elle, elle était phtisique au dernier degré, parlait de sa mort prochaine, rêvait de son enterrement jour et nuit, se plaignait d'être abandonnée par le médecin qui refusait toujours de lui trouver une maladie. Cette histoire de la phtisie dura presque un an sans grandes modifications. Il y a quelques mois, nouvelle histoire: maintenant elle a une maladie de matrice incurable, et veut un examen chirurgical. On y consent: elle n'a absolument rien, pas même de flueurs blanches et voici un nouveau motif de gémissement. Mais tout cela, je vous le répète, était modéré, sans que la conduite parût gravement modifiée. Ce n'était, comme disait sa mère, que des idées bêtes. Enfin, un jour, elle se plaint violemment à sa mère de sa malheureuse matrice qu'on ne soigne pas assez. La mère ennuyée lui répond un peu vivement, et la jeune fille passe dans sa chambre. L'instant suivant elle se jette par la fenêtre et on la ramasse dans un état lamentable. Il a fallu la soigner, la raccommoder tant bien que mal; plus heureuse qu'elle ne mérite, elli> ne conserve aucune infirmité.
Mais elle reste plus gémissante que jamais ; si on la contredit elle entre dans des colères violentes où elle n'est plus maîtresse d'elle-même et qui ressemblent fort à des crises de nerfs, ou bien elle cherche encore à s'échapper pour se tuer d'une manière quel-
coiunic, car c'osl inaintciiant clu'/ elle une impulsion pcrsislanic (lui souihli' devoir aboutir un jour si on ne prend pas de S(''iieus(>s précautions, (".ouiinent interpréter cette histoire? F^a précipitation i);ir la l'enéln' semble avoir été accomplie dans un état un ])eu anormal, car la jeune lilU? n'en conserve (pi'un souvenir peu net. Elle s'est réveillée dans son lit couverte de bandages, sans bien se souvenir de ce qu'elle avait fait ni des raisons qui l'avaient poussée, mais le choc peut avoir déterminé une amnésie localisée d'orin-ine traumatique. L'impulsion au suicide est d'ordinaire parfaitement consciente. La malade sait bien qu'elle pense au suicide et (iu'ell(> réussira à se tuer un jour. I']lle n'a pas comme d'autres malades la conscience de l'absurdité de son idée ou du moins elle ne l'a que rarement. Le plus souvent elle trouve très juste de mourir parce qu'elle se sent malheureuse, malade, et parce qu'elle est certaine qu'elle le sera toujours. Elle semble n'avoir aucun amourde la vie, elle sedéplaît à elle-même, dit-elle. «Ce qui mattiiste, ajoute-t-elle d'une façon pittoresque, c'est que je ne /}i'ni/)ie /His. » Ce qui est singulier c'est que de pareilles résolutions ne la troublent pas. Elle continue à travailler, elle cause et rit avec les malades, elle fait leur portrait en miniature, elle s'amuse. « C'est, dit-elle, en attendant l'occasion de recommencer. »
Longtemps nous avons pensé qu'il y avait là dessous une aventure de jeune fille qui avait déterminé ce grand désespoir, mais vraiment nous en doutons maintenant. Elle nous connaît bien et cause assez facilement, elle ne paraît pas cacher quelque chose. D'ailleurs, et c'est encore là un des caractères anormaux qu'elle présente, cette jeune fdle semble n'avoir aucune idée, ni aucun sentiment de l'amour ; elle n'a jamais voulu se laisser approcher par un jeune homme et semble n'avoir jamais eu un sentiment d'afTection. Idées hypocondriaques en ce moment bien diminuées et surtout dégoût de la vie avec impulsion au suicide, c'est tout ce que nous pouvons constater. Il n'est pas impossible qu'au début cette malade n'ait présenté des troubles de la sensibilité qui ont modifié çon sentiment cœnesthésique et ont donné naissance à ces idées hvpocondriaques, mais ces troubles semblent avoir disparu, car nous ne pouvons en retrouver la trace. Les idées fixes qui ont pu se développer à leur occasion semblent subsister seules et avoir piis une grande puissance ii cause de la faiblesse générale de l'esprit. Ce n'est donc plus ici l'idée de suicide en rapport avec un état émotif déterminé et un événement précis de la vie
ant(''rieure, c'est l'idée de suicide prenant sn racine dans des troubles plus généraux de la sensibilité que nous ne pouvons malheureusement constater d'une nianièie clinique, mais qui ont transformé le sentiment général de la vie. Cette supposition sur les modifications de la cœnesthésie peut être en partie confirmée par l'examen clinique de la malade.
Quelque temps avant le début des idées hypocondriaques, cette jeune fdle semblait gravement malade, elle était très anémique, pfde, facilement essoulïlée, avait des digestions difficiles. 'J'ous les hivers elle toussait fréquemment et îi diverses reprises elle aurait même eu des petits crachements de sang, si bien que pendant quelques temps on avait craint un début de tuberculose. Cet aspect physique changea complètement et rapidement depuis le début des idées fixes hypocondriaques. La santé se fortifia, la malade grandit et grossit, cessa de tousser et se mit à manger beaucoup sans se plaindre jamais de ses digestions. Il est vrai que cette belle santé n'est qu'apparente: cette jeune fille a encore fréquemment et surtout elle avait autrefois les mains et les pieds rouges un peu bleuâtres, froids et humides; elle a, surtout après les repas, le nez et les oreilles rouges et l'on constate presque toujours sur la face de nombreux boutons d'acné. Notons aussi, ce qui est fréquent dans les états de ce genre, la dilatation extrême des pupilles. Ce sont, vous le savez, des troubles que nous observons fréquemment chez les neurasthésiques et qui indiquent un ralentissement de la digestion, de la circulation, de la nutrition générale, tandis que les premiers troubles antérieurs h la psychose nous font penser à un début d'hvstérie viscérale avec anorexie. De telles altérations doivent s'accompagner certainement de troubles de la sensibilité qui provoquent fréquemment les délires mélancoliques et qui ont pu ici donner naissance à ce singulier dégoût de la vie.
Les explications de ces phénomènes par des troubles de la cœnesthésie ont été très fréquemment données ; leur importance est bien indiquée dans les ouvrages de]M. Ribot; elle est de nouveau bien discutée dans le travail de M. Dumas sur « les états intellectuels dans la mélancolie », 1895. Cet auteur a même à nos yeux le mérite de ne pas chercher à généraliser outre mesure une idée juste et d'admettre des états mélancoliques qui, si l'on peut ainsi dire, n viennent d'en haut », c'est-à-dire sont consécutifs h des idées, à des souvenirs, à des émotions persistantes et
195 OBSESSIONS FT IMl'UI.SIONS
des états mrlancoli(|nes qui « viennent d'en bas », qni sont la conséquence de l)onlev(Mscnients primitifs de la cœncsthésie dus eux-inènies, soit ii des modifications îfénérales de tout l'oreranisme, soit à des modifications de l'écorce cérébrale seulement. Vous avez vu récemment des idées de suicide ayant la première oiioine, dérivant du souvenir d'un état émotif persistant; les impulsions au suicide dont nous parlons aujourd'hui semblent dépendre de l'autre mécanisme et résultei' de troubles des fonctions psychologiques élémentaires, de troubles de la sensibilité générale.
Malheureusement, il y a dans ces explications si souvent répétées quelque chose de bien peu scientifique. C'est que ces troubles de la sensibilité générale, de la sensibilité viscérale, on les suppose plus qu'on ne les constate. Il est bien difficile d'interroger un sujet sur ce qu'il sent dans les poumons ou dans le cœur, il faut bien se défier des réponses qu'on lui suggère si facilement. Le problème devient encore plus ardu quand on a affaire à un sujet comme cette pauvre fille, qui répond toujours correctement à toutes les questions, qui paraît sentir normalement partout, mais qui ajoute toujours: « Oui je sens bien, mais cette sensation me déplaît, me dégoûte. » Quel est donc ce caractère de la sensation qui la dégoûte ? I/explication de l'hypocondrie et de la mélancolie par les troubles de la cœnesthésie fera un grand progrès quand on saura mettre en évidence les sensibilités viscérales et les mesurer comme nous faisons pour les sensibilités tactiles et visuelles.
Observation 58. — Dipsomanie par imitation.
Deux mots seulement sur cette malade, Cro., âgée de 20 ans, qui nous présente un type classique de l'impulsion à boire, de la dipsomanie; nous voulons seulement vous montrer quelle a été ici l'origine de l'impulsion. C'est mainlenant une femme qui boit par accès toutes les semaines à peu près, elle avale n'importe quel alcool sans que rien puisse la retenir, sans qu'elle se rende bien compte de ce qu'elle fait. Dans l'intervalle des accès, elle ne boit que de l'eau et jure qu'elle ne recommencera jamais. Quelques jours après, elle recommence et elle est si désespérée de cette faiblesse de sa volonté qu'elle vient toute honteuse nous consulter.
Eh! bien, Messieurs, elle appartient à une famille on tout le monde est ivrogne de père en fils et de mère en fdle. Pendant son enfance et sa jeunesse, elle n'a vu que des exemples d'ivrognerie et cependant elle n'imitait pas ces exemples ; il a fallu une véritable éducation qui a été Alite peu à peu par son père et par une domestique. On l'a habituée à boire depuis l'Age de 15 ans. Sur ce terrain préparé, l'éducation a fort bien réussi ; depuis deux ans, Cro. a des crises de dipsomanie. Il est vrai de dire que les vices des parents deviennent souvent les maladies des enfants.
Observation 59. — Dipsomanie. — Antécédents, fièvre fi/phoïde, chagrin d'amour, consolation par la boisson, habitude et impulsion, traitement.
Voici un autre exemple de dipsomanie c[ue nous vous soumettons aussi au point de vue de l'étiologie. Cette femme de 28 ans, Lav., à l'inverse de la précédente, appartient à une famille très raisonnable qui ne compte pas d'alcooliques. Elle eut une enfance normale et son état cérébral fut très modifié par une fièvre typhoïde grave, survenue à làge de 13 ans. A la suite de cette maladie, elle avait perdu la mémoire, n'apprenait plus que difficilement, devenait très émotive et disposée à se tourmenter pendant des semaines et des mois à propos du plus petit événement.
A l'âge de 19 ans, elle fut fiancée avec un garçon qu'elle aimait beaucoup. Le mariage annoncé, affiché à la mairie, fut brusquement rompu à la suite de quelque incident. De là un grand désespoir : I^av. resta inconsolable, parlant sans cesse de ce fiancé, se frappant l'esprit au point de le voir devant elle par hallucination et pleurant jour et nuit. Les bonnes gens du quartier la prirent en pitié et on la conduisit fréquemment dans un cabaret voisin boire une petite goutte pour noyer son chagrin. Le remède réussit fort bien, l'alcool seul avait la vertu de dissiper pour un moment son angoisse et son obsession perpétuelle. Elle y prit goût, elle y revint et depuis huit ans elle n'a pas pu y renoncer. Elle s'est mariée à 24 ans, en cachant bien entendu sa passion ; elle cessa même de boire pendant 3 mois au début du ménage, puis, pour une raison quelconque, à la suite d'un petit ennui, l'impulsion est revenue avec des angoisses terribles quand elle essaye de résister. Elle se procure de l'alcool, le cache dans sa chambre, le boit en secret
JilivROSES ET IDÉES FIXES. Il- 13
lO'i OBSESSIONS r.T IMPULSIONS
la miit et niôme si elle est surprise, inèiiie si on la supplie, si ou la uienaoe, elle ne peut plus s'arrêter avant Tivresse eoiiiplèle. Quand livresse esl passée, elle est au désespoir, elle a horiihlenient peur que son mari ne rahandonne, elle demande à èlre guérie à n importe quel prix.
Est-ce que cette observation ne vous rappelle pas les malades qui souffrent beaucoup et qui deviennent morphinomanes après avoir commencé par une piqûre de morphine pour se soulager ? Ne vovez-vous pas ici l'influence de la fièvre typhoïde qui prépare la suggestibilité et les idées fixes qui se succèdent et se remplacent l'une l'autre ?
Pour guérir cette malheureuse ou du moins pour lui enlever cette impulsion-là, car elle resterait exposée à en prendre une autre, le moyen le plus pratique ce serait de pouvoir l'enfermer dans un service spécial pendant un an ou deux avec des précautions rigoureuses pour qu'elle ne pût pas toucher à de l'alcool pendant ces deux ans. De pareils services organisés spécialement pour traiter ces malades dipsomanes se voient en Angleterre, ils n'existent guère en France.
Observation 60. — Dipsomanie du café au lait. — Anlêcêdents, état neurasthénique, troubles gastriques, régime sévère, désir des aliments défendus, impulsion à boire du café au lait et à voler des petits pains.
La dipsomanie, comme vous le savez, ne porte pas toujours exactement sur l'alcool ; les malades peuvent être poussés à boire du vin, du vulnéraire, de l'éther. En général les substances qui déterminent ces impulsions sont caractériséespar l'excitation agréable qui résulte de leur emploi; cela est juste sans doute, mais il ne faut pas oublier que la substance absorbée n'a pas en elle-même grande importance et que tout dépend surtout de l'état montai du sujet, de l'idée qu'il se fait de la boisson ou du poison ([u'il recherche et des circonstances cpii ilonncnt à cette idée une grande puissance suggestive. Nous allons voir une impulsion analogue au moins en certains points à la dipsomanie, à la morphinomanie mais qui pousse le sujet à absorber une substance plus innocente fjue l'alcool ou la morphine.
Deux mois d'abord sur les antécédents de nolie malade M'"^' Pt.,
âgée de 41 ans, toujours importants dans ces questions. Le frère nn peu emporté, colère, est mort à la suite d'une attaque apoplectique qui avait déterminé une hémiplégie. La mère est une hystérique véritable dont les crises ont même déterminé des délires prolonfTi's. La grand'mère maternelle était aussi très nerveuse, sinon véritablement hystérique.
j^jmo p^^ ç, g^^ dans sa jeunesse différentes affections graves, rougeole, diphtérie ; cependant elle se développa régulièrement et se montrait intelligente.
Réolée à 13 ans sans accidents, elle comnîcnca dès l'ào-e de 15 ans à souffrir de maux de tète, de fatigue, de troubles de la dio-estion. Ces souffrances continuèrent et auofmentèrent après son mariaoe à 2 I ans. A l'àoe de i?8 ans cet état s'aoorava et elle éprouva de la pesanteur de tète en forme de casque qui déterminait une douleur insupportable. En même temps se développaient des troubles singuliers de la pensée : la moindre des choses, un petit reproche de la part du mari, la vue des mêmes voisins en face d'elle l'obsédaient, lui causaient une angoisse extrêmement pénible et la tourmentaient pendant des mois. Ajoutons qu'elle mangeait mal et digérait difficilement. Il s'agit évidemment d'un état neurasthénique plus ou moins grave avec les troubles de la volonté qui prédisposent aux suggestions et aux idées fixes. Ce qui semble encore le prouver c'est qu'elle fut momentanément guérie, même de ses troubles dyspeptiques et de ses douleurs cérébrales, par l'emploi de plaques aimantées sur la nuque.
Cependant h l'âge de 37 ans tout recommença: migraines, idées obsédantes, et surtout état dyspeptique. A ce moment, le médecin qui la soignait se figura que tout dépendait de l'estomac et il expliqua la neurasthénie, les maux de tête, les idées fixes par la dilatation de cet organe. C'est là une interprétation des choses contre laquelle Charcot protestait beaucoup, disant souvent que la dilatation de l'estomac, quand elle existe chez les neurasthéniques, est bien plus souvent l'effet que la cause de la maladie nerveuse. Il aurait eu raison dans ce cas, car le traitement de l'estomac ne fut pas suivi d'heureux effets.
On soumit cette pauvre femme au régime des dilatés dans toute sa rigueur: plus de liquide, un verre à bordeaux de boisson par repas, des viandes grillées et très peu de pain. Ce fut pour elle un supplice et peu à peu, grandit dans son esprit un désir démesuré de manger comme tout le monde et surtout de manger ce qu'on lui
iOG OBSESSIONS F.T IMITI.SIONS
ilôroiuhiit. Le mari sous ses yeux l)uvait une tasse de café au lait et mangeait à discrétion du j)aiii frais; c'était pour elle le supplice de Tantale.
Un soir (jue le mari était sorti, elle se jeta comme une hèle sur le pain (lui restait et le dévora, puis elle descendit chez la crémière chercher du lait et se ht un excellent café au lait. Cet excès grave se reproduisit de temps en temps et son estomac ne s'en porta que mieux. Sur les entrefaites, son mari (pii la surveillait heaucoup mourut ; elle fut houleversée par cette mort et par les ennuis qui la suivirent. Elle ne se consolait un peu qu'en prenant le repas défendu, une tasse de café au lait avec du pain. Ce régime ne fit aucun mal à son estomac, mais il amena les plus singuliers effets moraux.
Le désir du café au lait et du petit pain devint tout :i fait obsédant. Cette femme en buvait d'abord une tasse en se couchant, puis deux, trois, quatre; quand elle avait épuisé sa provision, elle restait debout toute la nuit dans l'attente angoissée du matin. Pourquoi? parce que le matin, les crémiers ouvraient leurs boutiques et qu'elle pouvait se faire servir un café au lait. Elle n'osait guère dans une même crémerie en prendre plus de deux tasses de peur d'être remarquée, elle sortait à la recherche d'une autre crémerie, puis d'une troisième et ainsi toute la journée ; rentrée chez elle elle recommençait à confectionner du café au lait, en absorbant ainsi 20 ou 30 tasses par jour.
En même temps se développait un autre désir, celui du petit pain avec le café au lait, mais du petit pain défendu car il est bien meilleur et par conséquent du petit pain volé. Elle surveille les boulanorcries avec une patience invraisemblable, elle attend que plusieurs clients entrent dans la boutique, elle entre aussi et demande un petit pain. Elle le paye et en même temps en vole plusieurs autres, quelle cache dans sa poche, qu'elle fait tomber dans son parapluie, etc. Elle vole ainsi dix, douze petits pains, puis elle rentre et les mange, bourrelée de remords délicieux et le lendemain elle recommence. Voilà la vie qu'elle mène depuis un an.
pnie a tout essayé pour dominer cette passion ; elle se résoud à sortir sans argent, elle cache celui-ci à la cave pour ne pouvoir rien payer; mais alors elle emprunte, elle vole ou elle mendie. La passion est irrésistible, elle perd toute conscience à la vue d'une crémerie ou d'une boulangerie. Elle s'est retirée plusieurs
mois à la campagne et elle est restée tranquille ; mais la passion a repris avec fureur quand elle est rentrée ii Paris.
En dehors de cette impulsion, la santé n'est guère altérée : l'estomac est souvent gonflé et fatigué de ces digestions pénibles, mais les douleurs de tète ont presque disparu depuis le développement complet de lidée fixe, comme cela arrive fréquemment. Les préoccupations en dehors de l'idée fixe sont peu nombreuses. Il n'v a pas d'attaques de nerfs bien nettes et les stigmates nerveux sont peu précis. La malade prétend sentir moins bien à droite, elle est en effet un peu analgésique, mais l'examen objectif du sens tactile ne donne pas de résultats précis. La mémoire et l'attention ont beaucoup diminué, comme il arrive dans les cas d'obsessions de ce genre, mais il n'y a pas d'amnésie bien nette. En un mot nous ne pouvons guère parler d'hystérie, il s'agit d'une idée fixe chez une psychasthénique.
Quant h cette impulsion elle-même, elle n'est curieuse que par son objet, c'est une cafémégalamanie comme nous le suggérait obligeamment un confrère érudit. Nous ne nous doutions pas que l'innocent café au lait fût capable de rivaliser avec l'alcool et la morphine. Cela ne montre-t-il pas, comme nous vous le faisions remarquer en commençant, que souvent dans ces impulsions à absorber une substance, ses propriétés excitantes ne sont pas seules i\ jouer un rôle, que les pensées, les interprétations, les souvenirs et les émotions du malade donnent à l'impulsion une grande partie de sa puissance.-
Obsehvatiox 6L — Impulsion au vol de forme hystérique. — Kleptomnnie, anlèccdenls, .somnamhulismcs, exécution des vols pendant des états somnamJjuliques, rois pendant des états d'extase avec rétrécissement du champ de la conscience, développement du sijstème psychologique, défaut de toute résistance à cause de la désaf/réf/ation mentale et de l'isolement des idées, traitement.
Nous retrouvons dans cette observation d'impulsion l'occasion d'insister sur les rapports entre l'idée fixe et l'hystérie, sur cette forme hystérique (|ue prennent quelquefois les idées fixes et que nous vous avons déjà souvent signalée.
Voici un jeune homme de 19 ans, Noc, atteint d'une cruelle maladie ([ui l'accable de honte : depuis de nombreuses années déjà
on s'est aperçu d;ins s;i famille et dans son ciitoiirai^c (|iie de nombreux objets plus ou moins précieux disparaissaient mystérieusement. A la suite d'une enquête qui a été, connue vous le verrez, bien facile, on a retrouvé ces objets entre ses mains. C'étaient d'al)or(l au lycée riuand il avait H ou 12 ans, des canifs, des plumes, des toupies, plus tard ce furent des bagues, des boucles d'oreilles, des porte-monnaie et à plusieurs reprises des billets de cent francs. Le malheureux se laissait convaincre sans résistance, recevait les reproches et les corrections les plus sévères, quel([uefois se désespérait et disait à son père qu'il valait mieux le tuer ou (pi'il se tuerait lui-même, et malgré ces beaux désespoirs il recommençait, l'^n un mot, il est poussé au vol, c'est un kleptomane ; mais cette impulsion présente chez lui des caractères assez particuliers et qui nous semblent instructifs pour conipiendre les idées fixes.
Noc. est le fds d'un excellent homme, intelligent, travailleur, extrêmement honnête, mais qui est évidemment un anormal. Le père de notre malade est un émotif au suprême degré (|ui, pour la moindre des choses, a des évanouissements, qui devient livide en vous parlant à propos de la plus petite remarque, qui a pendant des périodes assez longues des tremblements et des faiblesses dans les jambes rendant la marche dilTicile. Il a d'ailleurs à plusieurs reprises présenté des stigmates incontestables : c'est un hystérique. La mère au contraire ne présente aucune tare; une fdle née de cette famille est comme la mère tout h fait normale. Au contraire, un autre fds, frère aîné du malade, est un homme hystérique. La névrose est encore ici tout à fait évidente : attaques convulsives, crises de sommeil pour la moindre émotion, etc.
Eh bien! notre malade lui-même, Noc. c'est un point qu'il ne faut pas oublier, est également un hystérique, quoique la névrose ne soit pas chez lui d'un diagnostic facile comme elle l'est chez son père et chez son frère. 11 ne présente pas de phénomènes objectifs facilement appréciables : il n'a pas de crises, pas de troubles du mouvement, pas d'anesthésies permanentes, mais il présente des stigmates mentaux (pii sont tout à fait propres à l'hystérie. C'est un individu capable d'agir la nuit et même le jour sans savoir ce qu'il fait, de se fixer sur une pensée en oubliant toutes les autres, de devenir momentanément sourd et aveugle, anesthésique ii toutes les excitations excepté ii une seule, d'avoir une amnésie complète des actions qu'il vient d'accomplir pendant
une heure. En un mot il a des somnambulismes spontanés dont nous verrons tout à l'heure Tiuiportance. On peut également les provoipier artificiellement : il est tout ii fait hypnotisable et présente après riivpnose Tamnésie caraetéristique, la suggestibilité, la docilité à celui dont il subit lintluence. Ce sont pour nous des traits bien suffisants pour caractériser l'état mental hystérique.
Ce jeune homme n'exécute pas ses vols d'une manière ordinaire; bien plus, il n'a pas les impulsions de la même manière que les autres malades. Yovons par quelques exemples, au milieu de tant d'autres, comment les choses se passent. Le cas le plus simple de tous est aussi le plus rare: si sa maladie s'était bornée à ce cas il n'aurait jamais été soupçonné gravement. Il exécute des vols la nuit en plein somnambulisme. Il va prendre des objets dans les difTérentes chambres de l'appartement, il les transporte d'une chambre dans l'autre, les cache dans des armoires. Très souvent il les place dune manière stupide, ainsi il prend une coupe de bronze dans le salon, pour la mettre à la cuisine, dans le gardemanger. Souvent même il se vole lui-même de cette manière, prend ses papiers, ses livres et les cache dans différents coins, puis il se recouche et dort tranquille jusqu'au matin. Il se réveille avec calme, sans aucun souvenir, il est tout étonné de ne plus retrouver les objets à leur place et il faut qu'il parcoure tous les coins pour les retrouver, ce qui n'est pas toujours facile. Il y a en particulier dans sa chambre une statuette qu'il se vole tout le temps et qu'il a ainsi perdue et retrouvée un grand nombre de fois.
Malheureusement les choses ne se passent pas toujours ainsi; très souvent le vol est fait en plein jour, mais alors il garde encore quelque chose des caractères précédents. Le malade, car nous sommes obligés de lui répéter qu'il est un malade pour qu'il ne se désespère pas trop, fixe les yeux sur un objet qui provoque en lui une impression vive. Il sait par expérience qu'il lui faut très vite détourner le regard ou être secoué à ce moment par une autre personne. Quand on l'arrête ainsi il arrive souvent qu'il a une crise de larmes et quelques secousses dans les membres, comme si l'impulsion commencée devait forcément se dépenser d'une autre manière. Quand il n'est pas arrêté à temps, le voici fixé sans qu'il puisse désormais arrêter ses actions. Une de nos anciennes malades appelait des phénomènes de ce genre « des fixités ». Mais dans cet étal elle se bornait à agiter des problèmes analogues h ceux que posent les douleurs. « Pourquoi cet arbre est-il si grand?
Comment peut-on faire un ressort à boudin? )) Tandis que Noc. ne pense qu'à une seule chose : prendre l'olijet, l'emporter, le cacher. Cette pensée envahissante ne laisse place à aucune autre idée: les remords, les résolutions, les craintes n'existent plus pour lui. Il ne voit plus les personnes présentes ou du moins ne les voit que dans une mesure particulière. Il ne voit qu'une personne, celle ([u'il vole et prend des précautions pour ne pas être saisi par elle, puis il emporte l'objet et va le cacher. Souvent il est plus maladroit encore, il ne voit même pas la personne volée: il s'est l'ait arrêter en train de prendre les breloques qu'un individu avait à sa chaîne de montre et cela ouvertement sans l'ombre d'une précaution.
Quelquefois la série des actes à accomplir avant que l'objet ne soit définitivement caché est assez longue et se fait en plusieurs temps; dans les intervalles il est normal mais il perd de nouveau la conscience quand il recommence à travailler à son vol. Quand tout est fini il ne se souvient plus de rien. Nous l'avons vu au désespoir pour retrouver un sac qu'il avait sans doute pris à sa sœur, une montre qu'il avait volée à sa mère ; livré h lui-même, il cherche sincèrement et ne retrouve pas.
Vous soupçonnez bien que nous avons un moyen de lui faire retrouver ces objets. Quand il est mis en somnambulisme, il nous raconte tout ce qui s'est passé, comment il ne pensait al)solument qu'à l'objet volé, comment il a essayé de le cacher ici, puis là, enfin la place où il l'a laissé et où d'ordinaire on retrouve l'objet.
Ces vols dans un état de « fixité » ou dans une attaque d'extase ont encore un caractère curieux, c'est qu'ils ne sont pas inspirés précisément par la valeur de l'objet, par le bénéfice qu'il peut en retirer. Il y a des moments où il faut qu'il vole quelque chose, n'importe quoi. Un jour son père s'aj)erçoit qu'il regarde avec trop de fixité un bijou laissé sur une table; comme il le connaît, il le secoue et le renvoie de la chambre croyant la crise finie. Notre garçon voit devant lui un gros livre, il le piend et s'efforce de le faire entrer dans sa poche, il ne peut y parvenir, il s'écarte. Le lendemain il trouve les poches de son pardessus bourrées de vieilles cartes de visite; ne pouvant prendre ni le bijou, ni le livre, il avait pris ce paquet de cartes pour prendre quelque chose.
Vous voyez bien (pi'iei encore, le vol conserve son caractère hvstéri(}ne, il a lieu dans une sorte d'état second avec amnésie. Il semble que l'idée de vol éveillée par la vue d'un (djjel quelconque
produise une émotion, un choc qui annihile le reste de la conscience et que cette idée se développe seule dans une conscience rétrécie.
Dans un troisième cas, le vol semble plus coupable, parce qu'il semble se produire dans des conditions plus normales. Noc. garde le souvenir de l'impulsion à voler, des actes qu'il a faits, mais il est à noter que, même dans ces cas, il n'a pas l'angoisse qui a été souvent décrite dans les autres impulsions. C'est parce que chez lui il n'v a jamais de résistance: quoiqu'il ait promis, quoi qu'il désire, il ne pense jamais à rien d'autre cpiand il est pris par l'idée du vol. Seulement, comme ici le changement psychologique ou, si vous voulez, l'engourdissement cérébral est moins grand, il garde le souvenir. Cette fois-ci, il reprend conscience avec l'objet entre ses mains. 11 a pris alors une déplorable habitude qui a été pour lui la cause de bien des ennuis. 11 n'ose pas ou du moins autrefois il n'osait pas avouer ce qu'il venait de faire et il s'ingéniait à faire disparaître l'objet volé ou à le faire retrouver par le propriétaire avant qu'on ne s'aperçut du vol. Il fait ainsi des combinaisons absurdes, il distribue bien vite aux uns et aux autres les objets volés, il fait cadeau à sa sœur d'un porte-monnaie volé à sa mère, il met des objets bizarres dans les poches des pardessus. Bien entendu, il se fait prendre et ces combinaisons ne servent qu'à une chose, c'est à le faire accuser de malhonnêteté et de mensonofes. 11 vaudrait bien mieux, comme nous le lui répétons, avouer son vol tout de suite dès qu'il le reconnaît.
Ces derniers procédés font croire qu il a conscience de ses vols; cette conscience est toujours, croyons-nous, très imparfaite. Il ne saisit que les résultats de son action sans bien se rendre compte des sentiments qui l'ont poussé. L'impulsion existe toujours chez lui d'une manière plus ou moins subconsciente même quand elle n'a pas lieu dans un état de somnambulisme complet.
Nous pensons que des cas de ce genre sont instructifs, car ils nous expliquent au moins en partie le caractère d'irrésistibilité que présentent les impulsions et ce sentiment qu ont si souvent les malades d'être dédoublés, d'être poussés comme par une seconde personne. C'est l'isolement de ces idées, l'absence des relations entre ces idées et les autres pensées qui suppriment la lutte et qui enlèvent la liberté. Les impulsions de forme hvstéri([ue sont certainement les plus aisées à comprendre.
Après avoir compris la manière dont l'idée fixe se présente
201 OliSKSSIONS KT IMITLSIONS
aujoiircriuii el le inrc;mismc de sa puissance, il faudrait pouvoir retrouver sou origine. Dans le cas présent ce n'<'sl pas facile. Même dans l'état soninambulicpic, le malade retrouve mal les circonstances (jui ont prov()(pi('' cette tendance. Il sait seulement qu'elle a dû naître vers Tàge de 10 ans, qu'elle s'est développée au Collèg{> ;i la suite du désir qu'il avait de paraître aussi riche qu(> ses cani;ir;i(l('s, ciir il a toujours été extrêmement vaniteux. Dans quelles circonstances et à ([uel propos ce désir s"est-il implanté dans ce cerveau héréditairement prédisposé ? Comment a-t-il grandi de manière ;i former toute une seconde conscience, nous ne pouvons plus très bien le retrouver aujourd'hui.
En tous cas nous avons à notre disposition un [)rocédé thérapeutique qui, dans ces cas, a une certaine action. L'hypnotisme permet de retiouver le souvenir de ses vols et de donner des ordres qui agiront davantage sur les périodes de fixité. Il n'y a pas là à se préoccuper de stigmates (jui n'existent pas. Il faut surtout diminuer une tendance qui, par son développement trop facile, anéantit la conscience personnelle: des suggestions de différentes espèces ont eu de bons résultats. Quand il nous quitte, il est enchanté, rassuré, convaincu qu'il ne peut plus recommencer et en effet les fixités ne se reproduisent plus. Cet état parfait se prolonge quelque temps et puis malheureusement les choses recommencent. C'est toujours l'éternel le difficulté que présente le traitement de ces esprits faibles. On réussit à les guérir en les mettant en tutelle et il est bien dilïîcile de leur faire recouvrer leur indépendance. Cependant en joignant tout un ensemble de méthodes hygiéniques et de procédés d'éducation à la suggestion hypnotique nous sommes arrivés à écarter déjà sans inconvénient les séances. Il reste sans impulsions plus de six semaines a|)rès une visite ici et la tendance sendjle évidemment en voie de décroissance.
Obskuvaïiox G2. — La manie du vol chez une imbécile.
La manie du vol n'a pas toujours un caractère aussi compliqué, et il ne laut pas croire que la kleptomanie soit toujours de forme hystérique.
Voici une petite jeune fille de 1 .') ans (ju'on nous amène pour le même motif, mais (pii n'est pas du tout semblable au malade (jiie nous venons d'étudier. Nous vous la montrons très rapidement.
On se plaint qu'elle vole ses camarades à l'école, qu'elle prend tout ce qu'elle rencontre, tout ce qui lui plaît. Mais nous apprenons bien vite qu'on a beaucoup d'autres choses à lui reprocher. Elle a des colères terribles et frappe au hasard pour le moindre motif. Elle veut se jeter par la fenêtre pour la moindre observation. Elle mange et boit démesurément, etc., en un mot elle ne sait arrêter aucun désir, aucune passion; tout est chez elle excessif, sans frein. Les vols sont du même genre que ses colères, elle désire un objet, elle le prend ; une camarade lui demande quelque chose, elle va le chercher et le vole à une autre.
En un mot, c'est un esprit faible et nous vous dirions même, si nous la connaissions un peu mieux, que c'est probablement une iuibécile. Il n'y a pas là une impulsion systématique, une tendance à un acte déterminé dans une intelligence d'autre part saine. Ici, tout est impulsion momentanée, parce qu'il v a peu de contrôle. La seule chose à retenir, c'est que chez les imbéciles de ce genre, les vols sont fréquents; c'est là un instinct primitif qui se réveille facilement dans les esprits dégénérés ; tandis que la notion de l'honnêteté plus récente et plus artificielle disparaît rapidement.
CIIAIMTRE VI LES ATTAQUES Dl' SOMMEIL
Mf.ssieurs,
Nous connaissons fort mal le sommeil naturel et les lois qui le régissent, aussi ne serez-vous pas surpris de constater que nous expliquons fort peu et fort mal les sommeils pathologiques. Heureusement nous n'avons pas à discuter ici les hypothèses relatives à leur interprétation. Il nous suffit de vous faire connaître les cas les plus intéressants de sommeil pathologique que nous avons l'occasion d'observer, de vous faire remarquer leurs principales variétés et de noter les faits caractéristiques qui accompagnent chaque forme. Nous vous fournissons ainsi des documents qui sont toujours utiles pour préparer les interprétations.
Obseuvation 63. — Attaques de sommeil simulant des ictus apoplectiques. — Deux ni Laques de sommeil, prêoccupalions, êpuisemenl cérébral.
Voici une jeune femme, Ber., âgée de 29 ans, sur laquelle nous n'insisterons j)as beaucoup, car elle n'a passé que trois jours à 1 h«q)ilal et elle sCn va d(''j;i. Il y a ([uciques jours, les patrons chez ([ui elle travaille comme domestique, l'ont tiouvée étendue sur le parquet dans une immobilité complète. Elle avait, paraît-il, les lèvres entr'ouvertes et laissant écouler un peu de salive, ses membres étaient flasques et ne réagissaient h aucune excitation. Un médecin appelé rapidement a cru, après un examen sommaire, a un ictus apoplectique et elle nous a été conduite immé-
ATTAQUES DE SOMMEIL SniULANT DES ICTUS APOPLECTIQUES 20')
cliatenient avec ce diagnostic. Nous avons eu beaucoup moins d'inquiétude sur son état, car la malade avait une respiration très calme, ne présentait aucune modification de la température, et on ne pouvait constater aucune trace d'une paralysie caractéristique. Les joues ne se soulevaient pas comme dans la respiration du malade qui fume sa pipe ; en outre, quand on soulevait les paupières, on éprouvait une certaine résistance et on sentait un petit mouvement vibratoire. Les yeux étaient convulsés vers le baut, comme dans le sommeil, sans déviation. Nous la laissâmes dormir bien tranquillement et 24 heures après elle s'est réveillée toute seule. Son réveil a été signalé par quelques convulsions, en somme légères et de peu de durée. La malade a présenté ensuite une certaine confusion mentale, elle ne paraissait pas se rendre bien compte de la situation et surtout elle manquait de mémoire. Elle redemandait sans cesse où elle était, ce qui était arrivé, quoiqu'on lui eût déjà dit. Ces troubles durèrent à peine deux jours et vous la voyez maintenant complètement rétablie. Elle est même si bien rétablie que nous ne pouvons plus constater chez elle aucun des stigmates de l'hystérie que nous nous attendions à rencontrer. La sensibilité est parfaite partout et la mémoire est complète, sauf en ce qui concerne les deux jours de sommeil. Malgré cette absence de stigmates, nous sommes disposés à dire qu'il n'y a pas eu d'ictus, mais une simple attaque de sommeil hvstérique.
Ce qui confirme notre opinion, c'est qu'elle a déjà eu, il y a quelques mois, un j)hénomène semblable qui a aussi donné lieu à une erreur de diagnostic. On l'a encore trouvée étendue par terre, mais cette fois dans la cuisine auprès d'un réchaud allumé et il fut admis beaucoup trop rapidement qu'elle avait été intoxiquée par la fumée de ce réchaud. Elle fut transportée à rilôtel- Dieu et se réveilla 3G heures après encore avec quelques convulsions. 11 est bien probable que cette attaque était du même genre.
D'ailleurs, les circonstances dans lesquelles ces attaques se produisent confirment notre supposition sur leur nature. Lanière a été atteinte d'un délire mélancolique pour lequel elle fut internée a Sainte-Anne ; la malade a toujours été une émotive tourmentée par un certain degré de délire du scrupule. Elle était surtout très susceptible et conservait pour la moindre des choses des rancunes et des colères qu'elle n'osait exprimer et qui la rendaient très
20(i I.F.S M'TAOUKS DR SOMMF.H,
malade. Dornlèroiiicnt, à la suite de n'inipoi-tc cjuclle histoire, elle se «[iieiella avec d'anciens patrons el nièin(> leur intenta un procès en tlillaniation. (le procès a été pour elle la source de toutes sortes d'ennuis el de tourments. Dans ces conditions, un état émotif plus intense ou une fatigue d'un esprit peu résistant a déterminé un épuisement total du cerv(;au. Les crises de sommeil durant deux ou trois jours semblent en être la conséquence. Quant aux légères convulsions dn réveil, elles nous sont bien connues: souvent les hystériques ont ces mouvements convulsifs au nu)menl où elles changent d'état cérébral. Il y a d'abord arrêt de fonctionnement puis fonctionnement très imparfait. C'est ce qui a été fréquemment observé au réveil de ces sortes de syncopes hystériques \ La confusion mentale et l'amnésie qu'elle a présentées correspondent encore à un réveil imparfait.
Conseillons-lui de ne pas surmener son cerveau par des querelles, des procès, des émotions inutiles, si elle ne veut pas voir se renouveler ces attaques qui pour n'être pas aussi dangereuses qu'un ictus n'en ont pas moins souvent des conséquences désagréables.
Observation 6i. — Attaques de sommeil très fréquentes. —
La maladie du sommeil, anièeédeuls-, sommeil lourd el disposition i( la somnolence^ sommeil au milieu de tous les actes, tics, traitement , action du bromure.
Le sommeil normal est déjà par hii-même un phénomène bien obscur ; à plus forte raison les sommeils pathologiques, les maladies du sommeil où les narcolepsies comme on les appelle souvent sont-ils loin d'être faciles à interpréter. Vous trouverez quelcjues études sur cette question dans le travail de Gélineau, Gazette lies liàpitaiix, 1880, et dans le travail de ^L Ballet, Contribution à l'étude du sommeil pathologique, Hevne de médecine, 1882. Quelques-unes de ces airections sont rentrées dans des cadres connus et sont rangées, par exemple, assez nettement dans le gi'oupe des phénomènes hvstériques, ce sont celles qui sendjlent aujourd'hui les plus intelligibles.
Voici un garçon de 2.") ans, Cez., bien vigoureux comme vous
J. Aidomalisnic psyc/ioltt-^it/iie. 1889, p. 45.