‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 214 sur 326 · ATTAQUES DE SOMMEIL TRÈS FRÉQUENTES · texte numérisé non relu

ATTAQUES DE SOMMEIL TRÈS FRÉQUENTES

le vovez, dont les parents ne semblent pas avoir présenté de maladies nerveuses bien nettes. Il a quatre frères et sœurs qui n'ont aucun accident névropathiqne. Il était un enfant normal, sans retard dans son développement, assez intelligent et travailleur, tout au plus un peu émotif. Il a toujours eu un sommeil lourd et profond la nuit, mais il restait bien éveillé dans la journée.

Il v a G ans, vers l'âge de 19 ans, il a remarqué une tendance marquée vers la somnolence dans la journée, surtout quand il était assis ou quand il prenait ses repas. Cette tendance se développa rapidement et chaque jour il s'endormait au milieu de la journée. Ce sommeil le saisissait au milieu de ses occupations ; il perdait conscience, fermait les veux et se laissait aller à un sommeil profond. ' Souvent ce sommeil interrompait son travail, mais dans bien des cas, il n interrompait pas les mouvements. Au régiment, il s'est endormi en marchant et n'en a pas moins continué à marcher bien réoulièrement. Il s'endort en manoeant et continue son repas. Aujourd'hui, il est garçon boucher et il continue à couper la viande et à servir la clientèle tout en dormant. Il paraît même qu'il peut répondre assez correctement. Presque toujours, il garde de ce demi-sommeil un souvenir vaofue, mais souvent le sommeil est assez profond pour qu il se réveille en sursaut avec oubli complet et grand étonnement de ce qu'il a fait en dormant. Quand il a dormi tranquillement sur une chaise, il se souvient que son sommeil a été rempli par des rêveries vagues et variées sans qu'il y ait eu persistance d'une même idée fixe. Ajoutons que depuis trois ans s'est développé en plus de ce sommeil un tic de mouvement. II sursaute comme s'il était fort effrayé. Ce tic se produit surtout quand il sent quelqu'un se diriger vers lui, lui adresser la parole.

Nous ne notons aucun autre phénomène important, la santé générale est bonne ; cet homme est très sobre, ses urines ne contiennent aucun élément anormal. Il ne présente ni troubles de sensibilité, ni, à un premier examen, de troubles intellectuels.

Il existe, vous le savez, une maladie du sommeil qui frappe les nègres et qui a été étudiée par Dangaix, Nicolas, Chassaniol, Corre, Barth, etc. Il n'v a pas lieu d'y songer à propos d'un cas semblable ; les nèçfres dans cette maladie mvstérieuse meurent en quelques mois et voici six ans que cela dure chez cet homme qui, heureusement, continue à se bien porter.

Faut-il nous borner à dire avec Gélineau, Ballet, Barth et d'autres auteurs, ([ue c'est un cas de narcolcpsie, de tendance au

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sommeil pnr fatigue de la cellule nerveuse ? C'est le plus sage, peut-èlre. Faut-il songer ii un phénomène comltial? La brusquerie (lu début, la rapidité de certains accès qui ne durent pas plus (juc deux ou trois minutes nous y font songer, (^est un peu avec cette pensée que nous avons ])rescrit à cet homme un traitement bromure qui a eu un edet remarquable, le sommeil et les tics ont énoiMuément diminué.

Cependant, nous hésitons ; cette action du bromure n'est peutêtre pas caractéristique. Bien souvent les malades atteints de névrose se portent mieux dès qu'on les soigne, dès qu'on s'occupe d'eux, quelque soit le traitement employé. On pourrait comparer certains de ces accès ii de véritables somnambulismes. Il coupe et ])répare des beefsteacks sans s'en douter et est tout surpris au réveil de les voir tout prêts. 11 répond dans ces accès d'une manière correcte. Cela peut se présenter ainsi dans quehpies cas d'automatisme épileptique, mais c'est rare et discutable. Sommes-nous simplemont en présence d'un homme très émotif, qui a commencé des crises de sommeil après une émotion, de la même manière qu'il a développé un tic après avoir vu une personne venir vers lui?

Nous ne trouvons pas le moindre signe d'hystérie en dehors de ces petits sommeils en somme assez courts qui ne se sont ni aggravés, ni modifiés depuis G ans. Faut-il dire qu'il s'agit là d'une hystérie monosymptomatique ? En tout cas, ce sommeil rentre dans la catégorie des phénomènes d'épuisement cérébral analogue à ceux que l'on observe si souvent dans l'hystérie.

Observation 6.5. — Sommeils hystériques avec rêveries systématiques et attitudes permanentes. — Anlccédents, con- Iraclures des muscles du tronc, troubles déterminés par l'émotion, émotion systématique persistante, attaques de sommeil dès le début de l'idée fixe, reproduction de l'émotion systématique, obsession, nouvelles attaques de sommeil, somnambulisme provoqué, restauration des souvenirs, influence de la rêverie et des rêves, syncope hypnotique, restauration de la sensibilité et de la conscience sous un nouveau mode, rétrécissement du champ de la conscience, anes- Ihésies, diplopie monoculaire et macropsie, traitement.

Nous avons souvent remarqué les liens étroits qui existent entre ces trois phénomèinîs : le sommeil, l'attaque et le somnambulisme. Dans tous les trois, il y a toujours un arrêt de la pensée

SOMMEILS HYSTÉRIQUES AVEC RÊVERIES SYSTÉMATIQUES îOn

ordinaire du sujet, arrêt plus ou moins long, sorte de syncope hystérique après laquelle la pensée se reforme sur un mode plus ou moins imparfait, en tout cas différent de celui qui existe d'ordidinaire chez le sujet. Ces réflexions vont encore être confirmées par le cas de cette femme, Ma., âgée de 35 ans. Sa maladie consiste essentiellement en des crises de sommeil avec rêveries et contractures ou mieux attitudes permanentes.

La famille de Ma. était prédisposée aux accidents nerveux : nous notons deux tantes qui ont eu des convulsions hystériques et une des sœurs de la malade atteinte également d'hystérie. Ma. est, comme vous le voyez, une femme très petite, r",44, très maigre et d'aspect débile. Son hystérie semble avoir été assez tardive, car, jusqu'à l'âge de 30 ans, elle ne présenta qu'un très petit nombre de phénomènes. Elle eut un jour une petite crise convulsive h la suite d'une colère, elle présenta une fois un retard de 4 mois dans ses règles à la suite d'une peur ; la santé ne fut pas altérée pendant ces 4 mois et le rétablissement des règles n'amena pas d'accident. Le trouble le plus important qu'elle présenta toujours ce furent des troubles de la digestion. L'estomac est délicat, ne peut tolérer que certains aliments et les indigestions sont fréquentes. Il semble que l'émotion frappe

surtout cet organe de moindre résistance, car elle souffre très o

facilement à l'estomac dès qu'elle est émue. Cette souffrance à l'estomac n'est pas inexplicable, elle est en rapport avec des phénomènes objectivement appréciables qui se sont développés peu à peu, surtout depuis ces dernières années: ce sont des contractures portant principalement sur les muscles droits de l'abdomen qui forment deux cordes rigides sur les muscles intercostaux et probablement sur l'estomac lui-même et ses sphincters et sur le diaphragme'. Les troubles physiologiques déterminés par l'émotion sont nombreux ; il semble qu'il y ait à propos des» émotions dissociation des fonctions phvsiologiques comme des fonctions psychologiques. Des anesthésies viscérales, des paralysies et surtout des spasmes les accompagnent fréquemment, elles se localisent ici sur l'organe toujours faible, sur l'estomac.

A l'âge de 30 ans, cette femme se trouva dans une situation morale particulièrement pénible, elle habitait avec une vieille

1. Voir dans le premier volume de cet ouvrage le chapitre \ III, p. 293. Contractures, spasmes, paralysies des muscles et du tronc chez les hystériques.

NlivilOSES ET IDÉES FIXES. Il, — Il

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tante pour qui cUo se montrait très dévouée et qui avait un caractère des plus acariâtres et ne lui manifestait aucune reconnaissance. Elle eut des querelles et des disputes continuelles, bientôt ('lit' j)i'lt cette tante en horreur et éprouva à son sujet une sorte de petit délire, l'allé pensait à sa tante constamment, croyait la voir toujours devant elle et la nuit se cachait la tète sous les draps pour ne pas voir sa figure. Sous cette inlluence les contractures des parois de l'abdomen et de l'estomac se développèrent de plus en plus et, de même que nous l'avons vu chez quelques malades, Ma. se courba en avant comme si tous ses muscles antérieurs se rétrécissaient. A ce moment elle eut sa première attaque ; à la suite d'une querelle elle se plaignit que son ventre et son estomac se resserraient encore, se plia en avant, se roula en boule, les genoux ramenés vers la poitrine et dans cette attitude resta immobile. C'est en vain qu'on essaya de lui parler, de la secouer, elle ne réagit plus et l'on ne put lui Aiire abandonner son attitude qui était fixée par la contracture. Elle resta ainsi deux heures puis s'étendit doucement et se réveilla sans convulsions. Cet accident se reproduisit très souvent pendant quelques mois. Il lui suffisait, dit-elle, de penser à sa tante, de voir sa figure, de l'entendre parler pour que l'émotion se reproduisît et amenât à sa suite le même ordre régulier de phénomènes, (^uand elle fut séparée de sa tante, ses accidents se calmèrent et tout rentra dans l'ordre pendant 18 mois.

La voici maintenant bouleversée par une nouvelle émotion qui, cela est ii remarquer, est à peu près du même genre que la précédente. Vous savez que les hystériques ont en quelque sorte des émotions stéréotypées et sont particulièrement sensibles à une émotion déterminée, toujours la même. Il s'agit encore du chagrin causé par une ingratitutle. Elle avait soigné, avec un dévouement peul-être»exagéré, une vieille dame de ses voisines et s'était épuisée ;i la veiller 15 nuits. A la suite d'un malentendu quelconque, cette dame la renvoya par une lettre fort dure. Voici de nouveau les obsessions qui recommencent d'abord. Elle pense tout le temps à cette malheureuse lettre

La malade : « Je faisais plus qu'y penser, je 1 avais tout le temps devant les yeux et il y avait quelque chose qui me forçait à la relire constamment. «

Elle a raison de remarquer ce détail, c'est encoi-e une fois l'hallucination au cours des idées fixes des hystériques. En tous cas

SOMMEILS IIYSTKRIOLT.S AVEC RÊVERIES SYSTÉMATIQUES Jll

cette obsession déterniina un ctat tMnotif de plus en plus grave, troul)la la digestion, fit réapparaître la contracture des muscles droits de l'abdomen et celle de l'estomac et tout d'un coup donna naissance h la même attaque cpii avait disparu depuis dix-buit mois. La malade se roula en boule, peut-on dire, serra ses poings et ses genoux contre son estomac et s'endormit dans cette position. Ces attaques se sont reproduites de plus en plus souvent depuis trois mois et à la fin presque tous les jours.

Depuis qu'elle est dans le service, on a pu diminuer son obsession ainsi que son état émotifet les attaques de sommeil se sont espacées. Cependant elles se reproduisent encore de temps en temps, à peu près une fois tous les liuit ou tous les quinze jours d'une manière intéressante. Elles ont lieu maintenant la nuit. INIa. s'endort en apparence d'une manière normale, étendue dans son lit. Au milieu de son sommeil elle change d'attitude, se recroqueville dans un coin du lit et continue à dormir dans cette nouvelle position. Elle dort encore, mais dort-elle de la même façon, c'est peu probable. Il doit y avoir bien des espèces de sommeil et cette crise de sommeil hvstéri([ue au milieu du sommeil normal en est la preuve. La grande différence, celle au moins que nous remarquons facilement, c'est que la malade ne peut plus être réveillée par Tinfirmière ou par ses voisines. Elle reste ainsi immobile et contracturée jusqu'au milieu de l'après-midi, puis s'étend et se réveille spontanément sans grand trouble, sauf une certaine fatigue et sans aucun souvenir. Elle s'étonne seulement d'avoir dormi aussi lono-. temps.

Pour compléter l'étude de ces sommeils, il faut tâcher dobtenir de la malade des souvenirs plus précis. Il est facile de la remettre artificiellement dans un état analogue à ces sommeils et dans lequel elle en retrouve le souvenir complet; il s'agit bien entendu du somnambulisme provoqué très facile h déterminer chez elle. Dans l'état somnambulique elle a également une tendance à se contracturer les muscles antérieurs du tronc et l'estomac ; mais un peu de massage et quelques suggestions pour la forcer à reprendre la sensibilité et le mouvement de ces muscles, lui permettent bientôt de reprendre l'attitude normale. Elle raconte alors parfaitement les incidents de la nuit précédente. Les accidents commencent toujours par un rêve analogue à ceux du sommeil normal et relatif ii un des incidents (|ui l'ont péniblement affectée. Au début elle rêvait à la fameuse lettre ; quand elle eut

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