LES ATT.VQUKS DE SOMMEIL
('•té ainonco par îles suggestions pendant l'état hypnotique i» l'oublier, elle eut beaucoup plus rarement de ces rêves et ce furent des rêves variés relatifs à des incidents de la journée. Dernlèr(Mnent n"a-l-elle pas rêvé qu'elle devait aller deniander une permission au chef de clinique, M. Souques, et ([ue cette demande était tout à fait difficile. Elle se vit dans le cabinet du médecin, vit la figure de notre ami, M. Souques, quilui parut elTrayante et c'est à ce moment du rêve qu'elle eut des spasmes de l'estomac, se recroquevilla et s'endormit d'une autre manière. Il est possible qu'il y ait au moment de la transition une sorte de syncope hystérique, un de ces arrêts du fonctionnement cérébral qui séparent souvent chez les hystériques deux états psychologiques différents. La malade ne peut s'en rendre compte pendant le somnambulisme : elle prétend que son rêve continue. Seulement, comme elle le remarque elle-même pendant le somnambulisme provoqué, il prend beaucoup plus de netteté et de précision ; pendant le sommeil précédent elle n'avait dans l'esprit que des spectacles visuels, maintenant elle entend des voix, elle a l'hallucination du toucher et du sens musculaire. La scène prend une bien plus grande réalité. D'ailleurs elle se transforme et une foule de rêveries s'enchaînent l'une à la suite de l'autre. Un de ces derniers sommeils fut déterminé par une querelle avec des malades de la salle, on l'accusait d'avoir dérobé une lettre. Dans le rêve normal, elle voit la scène, voit une malade s'avancer vers elle pour la frapper. C'est au moment où la bataille commence qu'elle change de sommeil, maintenant elle sent qu'elle lutte, qu'elle donne des coups de poing, etc. On dirait que le sommeil devient pathologique (juand les images klnesthérlques se réveillent. Naturellement cette histoire de lettre ramène le souvenir de la première lettre ([ui lavait rendue malade et les rêveries du début de la maladie recommencent.
Piemarquez ici les relations entre les rêveries, l'émotion et le sommeil hystérique. Sans doute on peut dire que le rêve se développe parce que le cerveau est engourdi à la suite du début de l'accès. C'est vrai, il y a un rêve beaucoup plus précis après le début de la crise : il est même probable, quoique la malade l'ignore, que ce rêve suit une de ces périodes d'engourdissement complet que nous avons appelées des syncopes hystéri(jues. Mais cet engourdissement, cette syncope elle-même, dépend de la reproduction d'un état émotif et cette reproduction même n'a pas eu lieu subi-
SOMMEILS IIYSTKRIQLES AVEC RÊVERIES SYSTÉMATIQUES JKj
tenient sans raison. L'état émotif est la conséquence d'un autre rêve qui, lui, avait lieu pendant le sommeil normal, comme autrefois il était la conséquence d'une obsession qui s'était développée pendant la veille. Il ne faut pas vouloir systématiquement tout ramener à un seul et même phénomène, quand il v a une semblable complication et une dépendance si étroite de tous les phénomènes les uns des autres.
Il est vrai que ce rêve lui-même, cette obsession, et sa puissance émotionnante dépendent d'une faiblesse, d'un engourdissement qui était primitif; c'est la faiblesse psychologique, l'engourdissement cérébral qui caractérise l'état hvstérique, ou la prédisposition à l'hystérie avant les accidents précis. Cette malade a une pensée faible, elle ne peut que difficilement faire attention, elle perçoit mal les phénomènes qui se présentent à son esprit. On ne constate pas cependant chez elle de grandes anesthésies bien caractéristiques. Tout au plus note-t-on, disséminées sur le côté droit, des plaques irrégulières d'hypoesthésie. Il suffit d'attirer son attention pour que la sensation réapparaisse. INIais cette attention est rétrécie : dès quelle se porte sur un endroit du corps elle en oublie un autre qui devient anesthésique. En outre elle se fatigue extrêmement vite ; cette fatigue de l'attention est surtout marquée pour le sens visuel. Au premier abord, la vue est très peu altérée : le champ visuel que nous avons mesuré souvent est tout h fait normal, les couleurs sont bien perçues, l'acuité visuelle qui est normale, égale à 1 pour l'œil droit est égale à I pour Tceil gauche. INIais quand la malade essaye de fixer avec quelque attention, sa vue ne tarde pas à s'altérer, elle présente de la diplopie monoculaire et de la macropsie.
Nous ne pouvons insister sur ce dernier symptôme, point de départ d'études curieuses. La macropsie est plus nette pour l'œil droit que pour l'œil gauche, les objets paraissent plus gros du côté droit que du côté gauche, même s'ils ne sont regardés que par un œil ; une ligne droite est vue comme une massue renflée du côte droit'. Enfin ce phénomène disparaît si on place l'objet à une distance convenable de l'œil, chez elle à 60 centimètres, point pour lequel l'œ^l est accommodé. L'objet grandit quand il est placé au delà et surtout quand il est placé on deçit. Le phéno-
1. Voir dans le premier volume de cet ouvrage, p. 279, les dessin? que fait celle malade quand elle prétend suivre les contours d'une ligne ou d un carré.
•:i'i l,KS ATTAOUFS DF SOMMEIL
mriic a donc, commo la juslcmcnt rcinarquc M. Parînaïul, des rapports étroits avec le spasme de raccoinniodation. Probablement aussi dépend-il d'autres mouvements anormaux de l'œil car l'objet ne se borne pas ii grandir, il paraît fuir en bas et surtout i\ droite.
Cette fatigue de l'attention, ([uelle que soit la forme sous laquelle elle se manifeste, cette disposition au somnam])ulisme provoqué, à la division de la conscience, qui sont évidemment des preuves d'une certaine faiblesse, d'un eng(uirdissenient de l'écorce cérébrale expliquent le développement faciledes émotions ([ui engendrent des obsessions et même des hallucinations. Celles-ci déterminent de nouvelles émotions plus répétées et peut-être plus graves et un nouvel engourdissement célébrai plus passager sans doute mais plus complet que le premier. Cirâce à celui-ci les obsessions et les hallucinations prennent une forme nouvelle, se séparent complètement de la personnalité normale et forment ces débuts de somnaiidjulisme, c'est-à-dire ces attaques de sommeil hvstérique que nous avons étudiées chez elle. Ces actions et ces réactions forment un cercle vicieux dont les malades ne peuvent plus sortir si on ne vient pas les aider en prenant la direction de leurs pensées.
OnsKiivATioN 6(3. — Sommeils hystériques et somnambulismes. — Allaque de sommeil en chemin de fer, réveil après deux Jours, antécédents, opération d'arracher une dent , anesthésie par la cocaïne, attaque de sommeil, reproduction du sommeil au moment des règles, modification du caractère, troubles viscéraux, sommeils plus rapprochés, contracture des muscles du tronc, somnambulisme provoqué, explication de l'attitude pendant le sommeil, syncopes hystériques et rêveries, reproduction des mêmes étals psqcho-phqsiologiques, traitement.
Cette jeune fille de 1 8 ans, /k. , nous a été amenée il y a ([uclques semaines dans de singulières conditions. Les employés du chemin de fer d'Orléans ont trouvé dans un wagon qui venait d'arriver une jeune personne profondément endormie. Comme ils n'ont pas \n\ la léveiller, ils l'ont amenée dans le service. Nous l'avons trouvée couchée, avec un aspect parfaitement calme et tranquille, les paupières un peu tremblantes et nous avons en vain essayé d'entrer en rapport avec elle, l'allé n'a pas répondu ii nos paroles