‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 216 sur 326 · SOMMEILS IIYSTÉUIQUES ET SOMNAMBULISME · texte numérisé non relu

SOMMEILS IIYSTÉUIQUES ET SOMNAMBULISME

et n'a laissé voir aucune réaction lorsqu'on la pinçait ou qu'on la secouait. Comme il n'y avait aucun danger immédiat, nous l'avons laissée dormir tranquillement. Elle s'est réveillée deux jours plus tard et a pu alors nous raconter son histoire ou du moins, comme vous le verrez, une partie de son histoire.

Ses parents ne semblent pas avoir été atteints de maladies nerveuses. Le père est mort tuberculeux et l'on craint que la mère ne soit atteinte de la même maladie. Cette jeune malade présenta des convulsions dans son enfance, mais depuis elle n'a eu aucune maladie sérieuse. Elle était intelligente et apprenait facilement, mais elle était seulement très émotive et gardait constamment un aspect un peu triste, un peu sombre, tel qu'elle l'a aujourd'hui devant nous avec une grande exagération. Elle fut réglée h 14 ans sans aucune difficulté et ses époques restèrent régulières jusqu'au début de cette année.

A ce moment il lui arriva un bien singulier accident: comme elle souffrait beaucoup des dents, elle prit la résolution pénible d'en faire arracher une et choisit malheureusement pour cette opération le premier jour de ses règles. Elle avait une peur épouvantable et se trouvait déjà par le simple fait de l'émotion dans un état d'esprit fort anormal en pénétrant chez le dentiste. Elle supplia celui-ci de l'anesthésier et le dentiste consentit à lui faire quatre injections de cocaïne dans la gencive. Nous ne pouvons malheureusement vous dire en aucune manière la quantité de cocaïne qui fut injectée. En tous les cas, cette jeune fdle, quelques instants après la dernière piqûre, perdit connaissance. Le dentiste pratiqua son opération sans qu'elle s'en aperçût, mais il essaya en vain de la faire revenir à elle. Ses efforts pour la réveiller déterminèrent seulement une crise convulsive qui dura plusieurs heures. Voyant Timpuissance de ses efforts, le dentiste la fit transporter à l'hôpital. Elle se réveilla le lendemain à 10 heures du matin, très fatiguée, souffrant de la tète et constata que ses règles étaient arrêtées. Elle ne voulut pas rester à l'hôpital et alla à Paris chez une de ses tantes. Sa santé semblait entièrement rétablie, les maux de tête et la fatigue avaient disparu en quelques jours et elle avait oublié l'accident survenu chez le dentiste. Un mois après, quand ses règles réapparurent, elles furent très douloureuses, se prolongèrent h peine une demi-journée, puis brusquement s'arrêtèrent, et ii ce moment Zk., ([ui se plaignait de mal de tète, s'endormit complètement. 11 fut de nou-

2ir. LES ATTAQLT.S DF: SOMMF.IL

veau impossible* do la révoillor, («lie fut transportée à rhôpital. mais cette fols resta six jours profondément endormie. On avait essayé toutes les excitations possibles et ce fut seulement à la suite de frictions faites sur l'épirrastre et sur le sternum qu'elle se réveilla. Elle fut de nouveau très fatiguée, se plaignit de souffrir beaucoup dans ces points qui avaient été frictionné's, mais elle partit de nouveau. Xoiivello période îi peu près correcte, la malade se sent seulement un peu plus fatiguée, et le mois suivant, toujoui-s dans les mêmes circonstances, elle s'endort, cette fois en pleine rue.

Transportée à nouveau dans un hôpital, elle se réveille encore au bout de quelques jours; mais, comme on croit maintenant nécessaire de la soigner, elle reste à Paris pendant quatre mois. Nous verrons tout à l'heure ce qui se passa pendant ce séjour. Toujours est-il qu'une fois rentrée à la campagne après ce séjour h Paris, elle présente un état beaucoup plus mauvais. Elle se plaint cette fois de maux de tète continuels, de troubles digestifs, de maux destomac, de constipation invincible. On remarque surtout qu'elle est inquiète, peureuse, regarde tout le temps autour d'elle comme si elle se croyait suivie et que la nuit elle se réveille en sursaut avec des cris de terreur. En outre, ces attaques de sommeil, qui autrefois se reproduisaient régulièrement dans la première journée des règles, se reproduisent maintenant à tort et h travers, beaucoup plus fréquemment. C'est un de ses sommeils qui l'a prise dans le chemin de fer au moment où elle devait changer de ^vagon pour se rendre dans son pays. C'est pendant cet état qu'elle a été amenée à Paris et à la Salpètrière.

Si nous l'examinons maintenant dans l'intervalle des sommeils, nous sommes frappés, comme je vous le disais, par sa timidité et son inquiétude extrêmes. Elle semble ne pas oser nous répondre, et avoir toujours peur de (juelque chose ; cependant l'intelligence paraît intacte, la mémoire est bonne, sauf bien entendu pour les périodes de sommeil. C'est la malade elle-même qui nous raconte fort (dairement les incidents dont nous venons de vous parler, en refusant de s'expliquer sur son séjour ii Paris. L état de la sensibilité, ici très important, a été examiné avec soin. On ne peut guère constater dr troubles de la sensibilité cutanée. L'attouchement, la pifpne, le pincement sont partout appréciés correctement. L'u'sthésiomètre nous donne sur plusieurs points des chiffres normaux. I^a sensibilité musculaire est ésalcment bonne aux mem-

Page 1