SOMMEILS HYSTÉRIQUES ET SOMN.VMBULISMES
bres, au cou et à la face. Elle ne peut être bien appréciée ou plutôt elle se montre très défectueuse sur les muscles du tronc. Xous constatons en effet ce symptôme sur lequel nous avons beaucoup insisté: la contracture incomplète des muscles intercostaux, la contracture beaucoup plus complète des muscles abdominaux s'accompagnant probablement de contractures viscérales et d'anesthésie plus ou moins complète des viscères. Vous remarquerez que dans un travail précédent nous avons déjà remarqué trois fois la coïncidence de cette forme de contracture abdominale, de contracture et d'anesthésie viscérales avec des crises de sommeil'. La douleur que la malade ressent à l'épigastre et au thorax surtout depuis qu'on la réveille en frottant ces régions rappelle celle qui existait chez nos malades précédentes quand on cherchait à défaire par le massage les contractures des muscles intercostaux et des muscles droits. Les sens spéciaux ne présentent ffuère de troubles : lodorat est très faible mais la malade
prétend qu'il en a toujours été ainsi ; le goût est normal, la vue n'est pas modifiée et le champ visuel n'est pas rétréci. Les stigmates sont cependant bien suffisants pour conclure qu'il s'agit dun état hvstérique permanent qui relie les crises de sommeil devenues plus fréquentes.
Pour comprendre ces crises et ce développement même de l'hystérie nous avons cherché à étudier ce sommeil anormal. Il est très facile de le reproduire. Il suffit de fixer les yeux de la malade pendant quelques instants pour que les paupières tombent avec des trémulations et que la malade demeure endormie. Mais au début, ce sommeil provoqué présentait un caractère embarrassant, c'est qu'il était absolument impossible d'entrer en relation avec le sujet. Zk. ne répondait à aucune excitation et restait indéfiniment endormie pendant j)lusieurs jours même si l'on voulait, jusqu'à ce qu'on la réveillât en massant l'abdomen et le thorax. En un mot on reproduisait simplement ses crises de sommeil.
Nous n'avons pu nous contenter d'un somnambulisme de ce genre qui nous paraissait tout à fait anormal et, convaincus que la malade, pendant son sommcùl, nous entendait fort bien quoiqu'elle semblât inerte et insensible, nous lui avons parlé longuement et doucement. Nous lui avons expliqué quelle devait être
1. Dans le premier volume de cet ouvrage, chapitre viir. cuntrdctin es des muscles du tronc chez les hystériques, p. 3'»2.
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rassurée, ([uc dans son intérêt même elle devait essayer de nous répondre au moins par quel([ues signes. La voici qui, en réponse à nos exhortations, se mit à murmurer: « Il ne faut pas que je vous réponde, cela m'est défendu. — Défendu par qui ? Vous êtes seule avec nous et personne ne saura que vous nous avez parlé. — iSIais si, il est là, répond-elle tout bas, comme si elle avait peur (|u\)n ne l'entendit. Il est caché, il va venir, Il me tuera s'il sait que j'ai parlé aux gens dv la Salpètrièrc. » — Vous conqorenez que nous avons été intrigués et que nous avons voulu tirer cette petite histoire au clair. Du moment (jue la malade avait commencé à dire quelques mots, il était facile d'aller plus loin, de la rassurer par quelques suggestions et d'obtenir peu a peu la confession.
Fendant son séjour de quatre mois à Paris, elle était tombée entre les mains d un individu qui avait profité de sa disposition si frappante au somnambulisme pour l'hvpnotiser très fréquemment et en faire un sujet remarquable. Xous ne croyons pas qu'il ait cherché à abuser d'elle, il semble avoir eu une idée plus pratique. Il voulait en faire une somnambule professionnelle et s'associer avec elle pour exploiter la naïveté publique. Redoutant l'intervention des médecins dans ses petites combinaisons, il lui avait suggéré de ne jamais parler à un médecin, surtout à un médecin de la Salpèlrière pendant ses sommeils, et il l'avait terrorisée par les menaces les plus absurdes pour ([u'elle n'osât enfreindre cette suggestion. De là son immobilité, son insensibilité apparente quand on l'avait transportée dans le service après l'avoir recueillie à la gare. Ces crises, en réalité, nous A'oulons dire celles qui avaient lieu irrégulièrement depuis quelques mois (nous ne parlons pas des premières), étaient des somnambulismes pendant lesquels elle pouvait fort bien aller et venir, pendant lesquels elle avait tout entendu, ainsi que nous nous en sommes assurés. Son aspect léthargi([ue n'était dû qu'à des suggestions. Cela est si vrai qu'après nos exhortations qui avaient supprimé ces terreurs, elle a eu dans le service non plus des crises de sommeil, mais des crises de somnambulisme, pendant lesquelles elle se promenait dans la salle.
Ces remarques nous peiinellent peut-être de comprendre un peu mieux la suite des phénomènes. Sous rinlluenee de la cocaïne peut-être (>t surtout sous rinlluenee de l'émotion et de la terreur du dentiste, cette jeune fille, déjà craintive et émotionnablc, a éprouvé une violente secousse. l'>lle a eu une de ces
SOMMEILS HYSTEHIQLES ET SOMNAMBL LISMES MO
syncopes hvstériques sur lesquelles nous insistons souvent et qui sont dues à Tarrèt et à la dissociation complète des phénomènes cérébraux. Cette émotion a provoqué en outre des spasmes des muscles de l'abdomen, des viscères et en même temps l'arrêt des récries. On peut se demander même si, comme une de nos anciennes observations semble le montrer, Tarrêtdes règles n'est pas lui-même en rapport avec des contractures du même genre. A la suite de ce choc, les fonctions céréjjrales se sont réveillées d'une manière incomplète et la malade resta pendant quelque temps dans un de ces états de rêverie que nous avons souvent décrits. Quand elle se réveilla, tout était h peu près terminé et il ne restait probablement la première fois que très peu de phénomènes hystériques. Quand les règles sont revenues, elles ont remis automatiquement la personne phvsique et morale dans la même situation où elle se trouvait au mois précédent. C'est là un fait que nous avons très souvent observé : une émotion, un chagrin, un délire même, survenant pendant une époque peut disparaître dans l'intervalle, sans même laisser de souvenirs, mais à l'époque suivante les mêmes conditions cérébrales étant réalisées, les mêmes faits psychologiques vont se reproduire. L'un de nous l'a décrit autrefois en étudiant, dans son travail sur l'automatisme psychologique, les délires d'une malade nommée Marie. On peut même vérifier par la parole des malades le retour de souvenirs identiques. Nous ne voulons pas dire, quoi que ce soit d'ailleurs exact, que Zk. a été amenée nécessairement à repenser à son dentiste à ce moment plus que dans l'intervalle. Elle prétend l'avoir fait, mais ce n'est pas nécessaire pour comprendre les choses. Il sullît d'admettre que dans le même état psycho-physiologique, celui des règles, état qui chez certaines femmes est si caractéristique, la même émotion qui est également un état psvcho-physiologique complexe s'est reproduite. De lii le même arrêt des fonctions cérébrales, les mêmes spasmes, la même concentration de l'esprit sur des rêveries.
Mais quand la malade est entre les mains de son magnétiseur, les phénomènes changent un peu. L'esprit ne reste plus dissocié, il se réorganise pendant les états somnambuliques sur un nouveau plan et une sorte de seconde existence rudimentaire commence à se développer. Celle-ci est associée avec une autre pensée,, celle du magnétiseur, de ses commandements, de ses veux qu'il fait fixer pour endormir. Nous nous expliquons maintenant certaines
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jittilndos et certains souvenirs de cette jeune fille, ses peurs continuelles, ses mouvements pour regarder en arrière et ses expressions l)izarres : « Je me suis endormie parce ([u"en regardant mon jounial jai cru voir deux grands yeux méchants, m Ce n'est plus maintenant létat psveho-physiologique des règles qui va ramener l'émotion, la svncope livstéri({ue et le somnambulisme, c'est toute émotion de peur, tout souvenir du magnétiseur, tout objet brillant qui rappelle ses yeux et dans ses nouveaux somnambulismes elle va avoir maintenant un rêve persistant, celui des menaces qu'on lui a faites et des précautions qu'elle doit prendre pour ne parler à personne.
Le traitement sera facile, nous l'espérons, et il est déjà en très bonne voie. Il a fallu d'abord liquider cette sotte histoire du magnétiseur, supprimer ces peurs irraisonnées. La malade commence à cire plus rassurée et elle s'endort déjà beaucoup moins souvent. Il a fallu détruire par le massage ses contractures abdominales persistantes et rétablir les sensibilités des fonctions viscérales. Cela était important pour ne pas laisser persister avec les contractures et les anesthésies un état psycho-physiologique qui était trop associé avec les crises de sommeil. En outre, comme nous l'avons déjà remarqué souvent à propos du traitement des somnambulismes spontanés, il faut régulariser et espacer graduellement, déplus en plus, les somnambulismes artificiels qui les remplacent. Il y aura lieu surtout de surveiller la malade et de diriger ses pensées au moment des règles.
Un incident inattendu est venu nous aitler dans le traitement. La mère de notre jeune Pa. est tombée dangereusement malade et sa fille, justement pendant une période menstruelle, a dû la soio-ner en avant de très grandes inquiétudes. Cette préoccupation très vive a trop occupé l'esprit pendant la période des règles pour permettre à l'ancien état émotif de se reproduire, et cette période a été franchie sans crise de sommeil. Nous avons appris que Pa. est restée maintenant plusieurs mois sans rechute. 11 est vrai que, depuis queh[ue temps, nous n'avons plus eu de nouvelles, mais il est probable que, au moins jusqu'à une prochaine grande émotion, cet accident hystérique est suppiimé.
CONFUSION MENTALE, DÉLIRE M VNIVQLE. ATTAQUES DE SOMMEII, ^v!!
Observation 67. — Confusion mentale, délire maniaque, attaques de sommeil. — Xcvroses el aliénation, antccédenls, Iroublet du caractcre, confusion des idées, obsession, lies, alternance de plusieurs états, état presque normal avec tristesse, état de rêverie et d'obsession, anesthésie, hypnotisme, état de confusion mentale avec délire d'opposition, contractures, état d'agitation maniaque, état de sommeil, inertie complète, réveil, grande amélioration passaqère, relation de ces divers états, oscillations du niveau de l'activité cérébrale et mentale.
Nous désirons vous parler de cette malade, Vig., qui va malheureusement nous quitter. Il nous est impossible de conserver dans ce service des personnes qui présentent un degré d'agitation un peu trop grand; nous ne sommes pas installés pour les surveiller suffisamment et nous sommes oljligt's de les laisser partir dans un service d'aliénés. Eh bien, nous en avons beaucoup de regret et nous trouvons que cette séparation des services de nerveux et des services d'aliénés, qui a peut-être sa raison d'être en pratique, est bien fâcheuse pour l'étude et pour l'enseignement. Les maladies, pour des considérations purement administratives, changent brusquement de caractère ou du moins de dénomination; de névroses qu'elles étaient, elles deviennent des aliénations et on oublie, grâce à ce changement d'étiquette, leur profonde unité de nature. Les aliénistes, qui ne voient que les maladies au dernier terme, n'étudient pas assez leur origine et oublient trop souvent que leurs malades ont eu des phénomènes hystériques avant d'avoir de véritables délires. Nous mêmes, nous ne suivons pas assez l'évolution de nos malades hvstériques et nous ne savons pas suffisamment combien de fois ils versent plus tard dans l'aliénation.
Si nous ne pouvons pas suivre complètement l'évolution do ce cas intéressant, étudions du moins le fragment de cette évolution que nous avons pu observer. Il nous présente en particulier des périodes fort curieuses de sommeil hystérique qui ne sont peut-être pas tout à fait identiques aux précédentes. Voyons d'abord en deux mots la vie antérieure de cette jeune fille, puis nous vous résumerons les différents états par lesquels elle a passé sous nos yeux.
Nous ne constatons pas d'antécédents héréditaires bien graves.