LES \TTAOIT,S DE SOMMEIL
]Kir une sôric dV'lals dont nous avons vu qucKjuosuns se reproduire devant nous et que nous devons vous déerire isolément avant de faire quelques reniar(|ues sur leur ordre de succession.
Le premier étal que nous connaissons peu, car nous l'avons à peine vu se prolonger pendant deux ou Irois jours, pourrait être considéré comme un état normal ou du moins voisin de la normale. C'est l'état intellectuel qu'elle devrait avoir constamment si la maladie n'épuisait pas ses centres corticaux : sensibilité à peu près intacte sur tout le corps, mémoire étendue à toute la vie, portant même, ce qui est curieux, sur toutes les périodes de délire. La malade se montre honteuse de ce qu elle a fait et de ce qu'elle a dit; elle regrette sans pouvoir se l'expliquer sa haine contre sa mère. Elle a le sentiment des besoins de l'organisme, elle a faim et mange correctement. La mère prétend avoir observé cet état pendant près de deux mois, en juin et juillet, après la première période du sommeil. Bien entendu nous ne considérons que l'état maladif depuis un an. Autrefois cette période presque normale se présentait fréquemment. Pendant les six mois (qu'elle a passés à l'hôpital, nous n'avons observé cet état que pendant trois jours, également après une période de sommeil : c'est un point sur lequel nous reviendrons.
Le deuxième état que les parents nous décrivent également, car il se présentait pendant des périodes assez longues au début de la maladie et que nous avons aussi observé très rarement, c'est l'état de rêverie et d'obsessions. La malade conserve l'intelligence et reste consciente de son état. I^lle sait qu'elle est malade et s'en plaint. Elle prétend surtout (ju'elle est constamment tourmentée par des rêves, par des pensées obsédantes dont nous avons déjà raconté le contenu qui se présentent simultanément, se multiplient, s'embrouillent d'une manière étonnante. C'est la fuite des pensées bien souvent décrite. Pendant cette période, la malade est triste et profondément paresseuse. I*'lle ne veut s'occuper à rien, ne peut se décider ;i aucune action ; mais ccpendanl elle mange, marche, et se conduit ;i peu près correctement si ce n'est ([u'elle a des gi'imaces, des tics ([ui sont presque toujours l'imitation de mouvements cjui l'ont frappée. C'est à ce moment qu'elle parle en faisant rouler les /•, comme son médecin, et ([u'elle balance la tète de droite à gauche. La mémoire ne paraît que peu troublée : elle raconte l'histoire de sa maladie, mais elle connaît beaucoup moins bien les périodes de délire, et le souvenir des
CONFUSION MENTALE, DÉLIRE MANLVQUE. VTTAOl>ES DE SOMMEIL ^Ih
événements récents est évidemment plus confus. L'anesthésic est assez variable, mais elle existe presque toujours à un assez foi^t tlegré. Pendant que la malade s'abandonne tout à fait à ses rêveries, Tanesthésie est complète sur tout le corps, mais quand elle veut bien nous éconter et nous répondre, l'anesthésic n'existe plus que sur des plaques irrégidières, en particulier aux extrémités et surtout à droite. Il y a en même temps des troubles trophiques évidents. Sur presque tout le corps la peau est froide et couverte d'une sueur visqueuse, les mains sont rouges, violacées.
Pendant cette période, Vig. est hypnotisable et le sommeil provoqué a sur elle une excellente influence. On peut en la réveillant avec soin, en excitant et en dirigeant son attention, provoquer au réveil un inslanl chdv pendant lequel il n'y a plus ni anesthésle ni amnésie, pendant lequel les idées fixes ont presque complètement disparu et qui ressemble en un mot à l'état précédent presque normal. Malheurensement il dure très peu et nous n'avons guère eu le temps, ni le moyen de le prolonger.
Le troisième état, c'est celui dans lequel était la malade à son arrivée à l'hôpital. C'est un état de confusion mentale presque totale avec un délire bien singulier sur l'étude duquel il serait bon de revenir, car il joue un grand rôle dans l'hystérie: le délire d'opposition ou de résistance. La malade ne veut rien faire de ce qu'on lui demande. Elle résiste à tout avec un entêtement sombre, ne veut pas manger, ni marcher, ni donner la main, ni répondre. 11 faut une patience énorme pour obtenir quelques mots et quelques indications. On arrive dillicilement à la nourrir. 11 est bien difficile de se rendre compte de l'état de sa mémoire et même de l'état de la sensibilité. Le tronc, les mains paraissent anesthésiques presque complètement et on note aux mains et aux pieds des débuts de contractures. Les mains ont une tendance à rester en flexion, à former des griffes que la malade ne peut pas ouvrir. Elle se plaint continuellement d'un grand mal de tète qui semble être beaucoup plus fort que pendant la période précédente. Pendant cet état on peut encore déterminer le sommeil hypnotique, quoi([uc beaucoup plus difficilement, et le sommeil provo({ué a encore son excellent edet. Pendant qu'elle est endormie, il suffit d'attirer son attenlion sur les diverses parties de son corps pour que la sensibilité revienne, pour que les contractures disparaissent; la mémoire est de nouveau étendue sur toute la vie et surtout toute trace de résistance a disparu. 11 était curieux, par exemple, de
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voir qu'avant riivpnose elle ne poiiv;iit consentir à teniire la main, à se lever, à nian^^cr, el ([u'elle fail toutes les actions au premier mot, (juancl elle est endormie, (le progrès persiste très peu après le réveil malaré tous nos elVorts, le sommeil lui-même ne semble pas pouvoir se prolonger longtemps; d'ailleurs il faut bien le dire c'est h peine si nous avons eu l'occasion de faire rexpérience deux ou trois fois, car, peu de temps après son entrée ;i l'hôpital, elle entrait dans d'autres états très dillerents.
On peut désigner sous le nom de quatrième état un gi-oupe de phénomènes que nous séparons un peu artifieiellement des précédents, car les changements n'étaient pas bruscjues, mais se faisaient par des intermédiaires en deux ou trois jours. C'est un état d'agitation maniaque avec des degrés, depuis la gaieté exagérée et bruyante jusqu'à des accès de rage. Dans cette période, elle remue incessamment, quoiqu'elle ait les deux jambes contracturées en extension et les deux mains en griffes. Elle se roule par terre, grimpe sur les lits, sur les meubles, chante, crie. Elle tutoie tout le monde et comme dans les délires hystéri([ues des enfants semble jouer la comédie. Elle imite les cris des animaux, le langage des petits enfants, veut qu'on joue avec elle, puis change brusquement de ton et invective tout le monde. Le retour à l'état d'enfance ne forme pas un état continu. 11 forme de temps en temps des épisodes de peu de durée dans le délire maniaque. Trop souvent malheureusement les choses s'exagèrent horriblement. Elle est dans un état de rage qui peut être dangereux et qui, comme nous vous l'avons dit, nous empêche de la conserver. Si on s'oppose à un de ses caprices, elle se jette sur les personnes, elle mord, déchire tout ce qu'elle trouve et ne cesse de hurler nuit et jour. Il est impossible de se rendre compte de l'état de sa mémoire, ses souvenirs sont surtout très irréguliers et très confus. Il y ^ des choses récentes dont elle paraît bien se souvenir puisqu'elle reconnaît les personnes qui l'approchent. Il y a des choses oubliées, ])uisqu'ellc ne i-econnaît plus sa mère, d'autre part elle raconte une foule de souvenirs d'enfance. Il est piobable que c'est un état qui a des souvenirs spéciaux; nous n'avons pu les distinguer.
Au début de l'agitation, l'anesthésie paraît, nous n'osons rien affirmer sur une malade semblable, être surtout du côté gauche; dans l'état de rage il y a certainement anesthésie cutanée et musculaire complète au moins pendant certaines périodes, car à d'autres moments, quand le désordre est très grand, nous n'avons plus
CONFUSION :mentale. délire maniaque, attaques de sommeil i:?
vu de stigmates d'hystérie. Vous ne serez pas surpris si nous ne parlons pas des sens spéciaux, ni du champ visuel. Pendant cette période d'agitation, elle mange et boit facilement et en apparence avec plaisir tout ce qu'on lui présente. Enfin, tant que dure cet état, il nous a été impossible de Ihvpnotiser et nous n'avons eu aucune action sur elle. Lorqu'on essaye, elle ressent de nouveau des grands maux de tète qui avaient disparu dans l'état d'agitation, mais elle ne tarde pas à vous échapper et cette souffrance, indice d'une certaine modification cérébrale, ne persiste pas.
Enfin, un cinquième état est encore plus curieux. Quand l'agitation est arrivée à son paroxvsme, Vig. a quelques courtes attaques convulsives, elle paraît calmée ou du moins abrutie, se traîne sur son lit et dit qu elle a sommeil. « J'en ai assez, je dors », et elle fiùt comme elle le dit. La voici plongée dans un sommeil profond qui, une première fois, a duré un mois et que nous avons vu se prolonger une fois trois semaines, une fois quinze jours et deux fois huit jours. Elle est au début du sommeil tout à fait immobile, couchée sur le dos, les membres encore raidis par des contractures, surtout les jambes, pendant les premiers jours, puis peu à peu les contractures disparaissent et les membres deviennent souples. Les paupières sont serrées convulsivement et ont des trémulations surtout si on essave de lui ouvrir les veux. Les pupilles très resserrées sont diriorées en haut et en dedans. La malade ne fait aucun mouvement pour manger et ne déglutit pas les aliments placés dans la bouche. Quand le sommeil s'est prolongé quelque temps, nous sommes obligés de la nourrir par la sonde. Pendant la première crise de sommeil que nous avons vue et qui a duré près de trois semaines, elle n'urinait jamais spontanément et, comme la vessie se remplissait, nous avons été forcés de la vider par la sonde. Dans les autres sommeils elle sfâtait dans son lit. L'anesthésie semble absolue et aucune excitation ne provoque de réaction intelligente, quoique tous les réfiexes soient restés normaux.
Ce sommeil se prolonge sans grandes modifications et sans amener de troubles physiologiques. La température que nous avons prise tous les jours, dans le vagin, reste très régulièrement à 37",G. Les respirations sont IG, 17, par minute. Le pouls 70, 72,78, sans que les excitations semblent le modifier. Le poids de la malade change fort peu. Il était de 49 kilogrammes au début du sommeil, de i8 après trois semaines. Les règles qui sont survenues dans les premiers jours du sommeil et une fuis au milieu ont été