Somnambiilismes
Obsfuvation 70. — Somnambulismes spontanés à la suite de séances d'hypnotisme. — Aspect des yeux pendant les somnamhiilismes, excitation erotique, crainte des contacts, amnésie, antécédents, stigmates, origine apparente des accidents, somnambulisme provoqué, restauration des souvenirs, séances d'hypnotisme et excitations erotiques, explication des caractères présentés pendant les attaques de somnambulisme, traitement.
Cette observation touche à bien des questions délicates, au danger des séances d'hypnotisme faites à tort et à travers et même au problème délicat des suggestions criminelles. Il ne faudrait aborder ces études qu'avec mille précautions et surtout après une enc{uête minutieuse et plus juridique que médicale sur l'exactitude des faits rapportés par les malades. Cela nous est bien diflîcile et il faut nous borner à constater les choses telles qu'elles se présentent et à recueillir les vraisemblances; même limitée de cette manière, Tétude de ce cas de somnambulisme n'est pas sans enseignements pour nous.
Il s'agit d'une jeune fdle de 23 ans, Lz., qui nous est amenée à cause de crises de somnambulisme. Vous vovez cju'elle a d'ordinaire un aspect assez normal, une figure intelligente et éveillée. Elle ne présente guère de troubles pendant son état normal, mais très souvent, quclc|uefois tous les jours et le plus généralement tous les deux ou trois jours, elle change brusquement d'attitude, elle commence par s'immobiliser sans répondre aux questions, puis elle lève les yeux et leur donne une expression particulièrement étrange qui a le privilège d'émotionner beaucoup les assistants. Les paupières sont largement ouvertes mais les yeux sont convulsés, les pupilles dirigées très fortement en haut et un peu à gauche.
Dans cet état la malade se lève, va et vient, quelquefois comme au hasard, quelquefois pour faire un peu de ménage, mais ce qui est le plus caractéristique c'est qu'elle est à ce moment très peu convenable. Elle appelle certain personnage par toutes sortes de petits noms, « mon mignon, mon charmant », et comme il ne
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répond pas assez vite h ses désirs, elle se fâche, s'excite, frotte ses jambes l'une contre l'autre et souvent se livre à la masturbation. Si quelqu'un l'approche et la touche, elle pousse des cris horribles et se met à tàter et à frotter la partie du corps qui a été touchée comme si elle v souffrait beaucoup, mais elle ne paraît pas reconnaître la personne qui l'a touchée et lui ne répond pas. La crise se termine spontanément par quelques secousses et Lz. rentre dans son état normal sans conserver le moindre souvenir de ce qui vient de se passer. Il s'agit, en un mot, d'un somnambulisme avec attitude un peu spéciale, avec exagération de certains phénomènes de sensibilité analogues à ceux qui ont été décrits sous le nom délectivité et avec une grande excitation génitale.
L'observation même du sujet explique en partie ces phénomènes. La famille est fortement tarée ; le père, perpétuellement ivre, semble d'une intelligence au moins arriérée. Il n'a jamais pu apprendre à lire et il est dirigé complètement par sa femme et sa fille. Dans sa famille il y a plusieurs personnes qui ont des crises d'hystérie. La mère semble une femme assez raisonnable, mais elle est fortement tul)erculeuse. L'enfant a toujours été bizarre et quelque peu extravagante; on l'a toujours considérée dans son pays comme une toquée. Dans son enfance elle eut une série d'accidents, en particulier l'effondrement complet des os du nez qui font penser à de la syphilis héréditaire. Elle présenta de la chorée à l'âge de 8 ans; elle eut ses premières règles à 13 ans et depuis très irrégulièrement : des phénomènes hystériques chez cette personne ne doivent pas nous surprendre. Actuellement, elle présente très peu de stigmates permanents : un peu de diminution de la sensibilité tactile à la main et à lavant-bras aauche, la diminution porte surtout sur la sensibilité à la douleur, tandis que les autres sensibilités sont conservées; un peu de dvsesthésie sur la partie supérieure du bras gauche, les sensations sont perçues à cet endroit d'une manière pénible ; sur tout le reste du corps la sensibilité est normale. Le goût est conservé, l'odorat est perdu, mais il en est ainsi depuis l'enfance, depuis la maladie qui a amené l'effondrement des os du nez ; l'ouïe est bonne, l'acuité visuelle est un peu réduite du côté gauche 2/3 au lieu de 1 à droite, mais le champ visuel est cependant tout à fait normal des deux côtés. C'est assez cependant pour que nous puissions dire qu'il s'agit d un somnambulisme hvstérique.
24r, LES SOMNUIIUJI,lSMF,S. LES FUGUES
INIais pourquoi ce soninainbulisiue est-il survenu chez cette hystérifjue et pourquoi a-t-il pris celle forme, au moins bizarre. Sur ce point, rcmarqucz-lc, la jeune (illc tout éveillée ne nous donne aucun renseignement précis et surtout elle n'accuse personne. Elle sait, comme ses parents le répètent d'ailleurs, que les crises ont commencé à 19 ans, d'une façon presque subite à la suite d'une émotion ou plutôt d'une déception. Un individu qui l'avait demandée en mariage l'a quittée subitement en lui laissant entendre que cette demande n'était cju'une mauvaise plaisanterie. Elle fut surtout humiliée et froissée mais elle n'eut pas un grand chagrin car elle n'aimait pas et ne regrettait pas ce personnage. Toutes ses aficctions et ses regrets étaient réservés à un autre jeune homme qu'elle avait beaucoup fréquenté l'année précédente et qui avait quitté la ville depuis quel([ue mois. Celui-là, elle l'aimait beaucoup et n'en parlait qu'avec des termes d'affection enthousiaste: « Mon mignon, mon charmant ». Il est probable, pensons-nous, qu'il avait été son amant ; mais sur ce point la réponse de Lz. est au moins bizarre : « Je le crois comme vous, je dois avoir été sa maîtresse, mais je n'en suis pas sûre ». Vous comprenez notre surprise. « C'est, dit-elle, que je n'ai jamais pu me bien souvenir de ce qui se passait quand j'allais chez lui. Je me rendais régulièrement à des endroits de la ville, quelquefois différents les uns des antres, sans bien savoir pourquoi j'y allais et j'étais toute surprise d'y retrouver mon charmant qui s'y trouvait par hasard. Nous partions ensemble et je ne sais plus ce ([ui se passait. J'espère bien qu'il a été mon amant, mais vraiment je n'en suis pas bien sûre ».
Ne trouvez-vous pas que cette histoire demande à être éclaircie et ne pensez-vous pas comme nous qu'il y avait Heu d'interroger un peu cette jeune fdle pendant son somnambulisme. Il est bien difficile de le faire quand le somnambulisme est spontané, elle hurle dès qu'on la touche et ne répond pas ; au contraire, si pendant l'état normal on essaye de l'hypnotiser, on obtient très vite un état, en grande partie, analogue au précédent, mais avec une différence: tandis qu'elle continue à crier si quelque autre personne la touche et refuse de lui répondre, elle se laisse volontiers toucher par son hypnotiseur et cause avec lui.
On apprend alors ce que vous soupçonnez déjà, c'est que le {( charmant » a déjà provofjué très régulièrement, tous les soirs ce même état hypnotique et que c'est pendant cet état qu'il l'a
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initiée à toutes sortes de pratiques. Il parait que le premier hypnotisme serait survenu presque par hasard, quand il l'avait fixée trop fortement dans les yeux, mais les autres furent déterminés avec intention. Lz. nous raconte toutes les petites expériences usuelles qui furent faites sur elle, suggestions, hallucinations, etc., et elle nous explique comment les rendez-vous étaient donnés pendant le sommeil hypnotic[ue et comment elle y venait avec une obéissance parfaite.
Nous n'avons pas h faire l'oflice d'un juge d'instruction et nous n'avons aucune envie de faire une enquête sur la vérité de ces récits. Tout ce que nous pouvons vous dire, c'est que, étant donnée d'une part la façon dont elle les raconte et, d'autre part son oubli complet de toutes ces histoires pendant la veille, ces choses nous paraissent extrêmement vraisemblables. Notez que depuis trois ans on interroge Lz. sur l'origine de sa maladie : si elle avait voulu lancer des accusations fantaisistes, elle avait maintes fois l'occasion de le faire. Cependant, elle peut mentir ou délirer, même pendant le somnambulisme ; nous vous donnons donc les faits comme vraisemblables, sans rien affirmer. D'ailleurs, la faute de ce prince charmant ne doit pas être exagérée. Il ne s'agit pas de viol, car cette jeune personne, même dans la veille normale, n'avait aucune envie de résister; il s'agit uniquement d'un raffinement qui a eu des conséquences assez fâcheuses.
En effet, cette jeune fille, privée brusquement de ces séances d'hypnotisme presque quotidiennes, est d'abord restée fort nerveuse, puis, à la moindre émotion, à l'occasion du mariage manqué, est retombée dans l'habitude cérébrale qu'elle avait contractée. Cette habitude consiste dans une sorte d'existence anormale caractérisée par l'excitation d'une certaine sensibilité. Ce qui caractérise, en effet, son état hypnotique c'est d'abord que la malade n'a plus d'anesthésie, qu'elle ne présente plus cette analgésie légère du bras gauche notée pendant la veille, c'est surtout qu'elle présente une modification considérable de la sensibilité génitale. La jeune personne n'est pas une sainte quand elle est réveillée et elle n'a point d'anesthésie de ce côté, mais elle est relativement calme. Dans son état second, elle est obsédée par l'excitation de la sensibilité génitale, par les désirs et par les images en rapport avec cette excitation. Elle appelle, elle attend et en somme elle finit presque toujours par se masturber. L'un de nous avait dit autrefois que le somnambulisme était souvent caractérisé par un
changement clans les sensations et les images prédominantes ^ La sensibilité qui est ici prédominante est bien nette et a été créée par un exercice répété pendant un état hypnotique qui au début devait être beaucoup moins grave. Notre personnage ne se doutait probablement pas des conséquences de ses petites expériences.
Le traitement est tout indiqué, quoique nous ne puissions pas en garantir le succès. Déjà Lz. a fait elle-même une remarque très juste. Quand on l'hvpnotise pendant quelque temps elle n*a plus de somnambulisme spontané pendant un certain nombre de jours. Il Auidrait pouvoir faire deux choses: l^remplacer totale m eut ces somnambulismes spontanés par des somnambulismes provoqués ; 2" diriger les somnambulismes en profitant de la malléabilité des hystériques qui rend si facile leur dressage. On tâcherait ainsi de supprimer cette sensibilité trop prédominante, de lui enlever des mauvaises attitudes et des mauvaises habitudes que son premier hypnotiseur lui a laissé prendre ou lui a apprises; 3° il faudrait arriver à écarter les séances de somnambulisme sans laisser cependant réapparaître les accès spontanés. C'est un travail plus facile h indiquer qu'à exécuter et qui suppose toujours que l'on veuille bien se dévouer à diriger complètement de semblables esprits.
Le résultat de notre traitement n'est pas sans intérêt. Lz. ne s'endort plus spontanément et elle a des somnambulismes provoqués qui sont beaucoup plus convenables. Nous pouvons mettre entre eux un intervalle de quinze jours. Malheureusement notre jeune malade n'est pas très sage et elle veut reprendre une vie assez irrégulière. Il est probable qu'elle présentera bientôt le même accident hystérique ou un autre analogue.
Obsf.uvation 71. — État de vigilambulisme avec anticipation de la personnalité. — Erreur sur le lieu et la date, réveil, ;imné.sie, anlécédenls, maladies infectieuses, aneslhésie, soninamhulisme à la suite d\ine syncope, somnamJ)uHsme provoqué, restauration des sensibilités et des souvenirs, rétrécissement du champ de la conscience, développement d\ine idée obsédante, influences qui déterminent les ruptures d'équilibre et les somnambulismes, le pouvoir de dissociation mentale dans l'émotion, traitement.
Samedi dernier, 0 juillet 1895, on nous a amené de rhùpllal 1. Automatisme psychologique, 115.
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Beaujon ce jeune homme, Pk., dont l'état mental paraissait bizarre. C'est un garçon d'une situation assez élevée qui se promenait jeudi dernier aux Champs-Elysées. Il a été pris au milieu de sa promenade d'une sorte de vertige. Il est tombé par terre et s'est relevé spontanément au bout de quelques instants, mais comme il paraissait ahuri, qu'il ne reconnaissait plus ses amis et tenait des propos que l'on trouvait incohérents, on l'a mené à Beaujon, d'où il nous a été adressé. Quand il est entré, samedi dernier, il s'est présenté avec une allure assez dégagée en demandant à parler au médecin major. Une fois devant nous, il nous a salués avec aisance, nous a tendu la main comme à une ancienne connaissance en nous appelant M. le D'' N...
Etonnés de cette dénomination, nous lui avons demandé pour qui il nous prenait et où il croyait être : (( Mais, a-t-il dit, nous sommes à l'hôpital militaire de Brest et vous êtes bien le médecin major N... On m'a conduit à l'hôpital depuis quelques jours, au mois demai 189G. » /naiîSOG, nous insistons sur ce point, car le malade ne voulait pas en démordre. Or, nous sommes cependant en juillet 1895. Cette petite remarque est assez curieuse. Nous en verrons tout à l'heure l'importance. Malheureusement, nous n'eûmes pas le temps d'examiner longuement cejeune homme et nous remîmes un examen plus complet au lendemain. Le lendemain, dimanche, quand l'un de nous revint h l'hôpital, précisément pour voir «ce que devenait ce singulier jeune homme, il le trouva dans un état tout à fait différent. Le malade était calme, la figure plus ouverte et il s'excusa tout de suite des sottises qu'il avait pu dire la veille. Interrogé, il déclare qu'il est à Paris, à la Salpêtrière, dans le service de M. Raymond, où on vient de le conduire, parce qu'il a été pris d'un vertige aux Champs-Elysées, au début de juillet 1895. Vous remarquez cette différence. Dans quel état était-il donc au moment de son arrivée ? Et comment faut-il comprendre les singulières paroles qu'il nous a adressées ? Quoique nous ne puissions pas, dans une étude faite aussi rapidement, interpréter tous les détails de ces troul)les bizarres, nous pourrons cependant remarquer quelques faits intéressants pour l'étude du somnambulisme et pour celle des modifications de la personnalité.
Nous n'avons pas de renseignements bien précis sur les antécédents héréditaires qui ne semblent pas être graves. Mais ce qu'il est important de noter, ce sont les antécédents personnels de ce malade qui semble avoir eu successivement la plupart des grandes
mahulics infectieuses. A 17 ans, il a une très grave fièvre typhoïde pendant hujuelle il a délire pendant près de trois mois et dont il n'a conservé d'ailleurs f|u'un souvenir très vague. L'année suivante, il p(>in(> rétabli, il j)iend du service militaire et part avec son régiment à Saïgon, où nous le trouvons à l'hôpital atteint de dvsenti'rie très grave. L'année suivante, à 19 ans, le voici au Tonkin, où il [)reii(l les fièvres paludéennes. Les accès fébriles n'ont pas encore entièrement disparu et maintenant, à l'âge de 28 ans, il les a encore de temps en temps. On le ramène à Paris, en congé de convalescence, et pendant trois ans il se rétablit tant bien que mal ; puis le voilii ([ui [)arl pour l'Algérie. A peine arrivé, il tombe fiappé par une insolation. A la suite de cet accident et probablement déjà en conséquence de la maladie que nous allons voir se développer en lui, il reste pendant trois mois dans un état de délire. On le réforme et il revient en F'rance à l'âge de 24 ans.
Depuis, ce pauvre garçon mène une vie extrêmement irrégulière ; il a fait un mariage, au moins bizarre, il est malheureux en ménage, se querelle constamment avec ses beaux-parents et avec sa femme. Il gagne péniblement sa vie et il a à chaque instant des accidents bizarres, des sortes de délire qui l'ont conduit déjà à Sainte-Anne et à Ville-Evrard. Ces délires, vous le soupçonnez, sont analogues à celui que nous avons observé nous-mêmes samedi dernier. Nous les comprendrons en essayant d'interpréter tout à l'heure ce qui s'est passé devant nous. D'une manière générale, en dehors des accès de délire, Pk. est un malade. II a des émotions violentes qui lui causent des crises de pleurs, il tombe en syncope, il a quelquefois, quoi(|ue assez rarement, des convulsions. Enfin, il présente au plus haut degré un stigmate indiscutable; il est complètement auesthésicjue sur tout le côté gauche. L'anesthésie est complète, tactile et musculaire. Elle a envahi les muqueuses. On peut remarquer que l'on provo(|ue le réflexe nauséeux en touchant le pharynx à droite et qu'on ne le provoque pas en touchant le pharynx à gauche. L'anesthésie est complète sur la paupière et même sur la conjonctive de l'œil gauche. Nous pouvons remarcpier à ce propos un détail qui n'est pas tout à fait conforme à ce qu'on observe souvent, c'est que la vue n'est presque pas diminuée dans cet œil gauche. Les couleurs sont distinguées de la même manière que par V(v\\ droit, le champ visuel, détail caractéristi(|ue, est absolument normal, 90 du côté externe, GO du côté interne,
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55 en haut, 75 on bas et cela de la même manière pour les deux yeux. Tout au plus peut-on remarquer une légère diminution de l'acuité visuelle, 2/3 h gauche pour 1 à droite. Nous n'osons pas parler des troubles de sensibilité viscérale et des troubles des fonctions organiques chez un individu qui a été atteint par des maladies antérieures aussi graves. D'ordinaire, il a quelque appétit et digère assez bien ; à de certains moments, il a des dégoûts pour les aliments et des diarrhées, mais les fièvres paludéennes et la dvssenterie qu'il a rapportées de l'Indo-Chine ne semblent pas encore guéries complètement. Malgré ces dernières remarques, les premiers svmptômes sont suffisants pour dire que cet individu, h la suite des fatigues et des infections diverses, est devenu un hystérique.
Quant au délire qu'il a présenté en entrant et qui d'ailleurs a eu lieu déjà plusieurs fois auparavant et qui s'est encore reproduit depuis dans le service, son interprétation est des plus simples. Ce trouble commence subitement, h la suite d'une syncope rapide ou d'une attaque convulsive ; il cesse également d'une manière subite, à la suite de quelques secousses, ou à la suite d'une sorte de sommeil. Quand le malade en sort, il paraît tout à fait raisonnable ; il s'excuse parce qu'il sait que dans ces états il ne se conduit pas correctement, mais eu réalité il n'a absolument aucun souvenir de tout ce qui a pu se passer pendant la durée de l'état anormal. C'est avec stupéfaction qu'il se retrouve à la Salpêtrière comme autrefois il s'est retrouvé à Sainte-Anne. Le souvenir cependant n'est pas complètement et définitivement aboli. Il réapparaît d'abord, si on interroge le malade, dans une nouvelle période anormale survenue spontanément, ou plus simplement si on détermine artificiellement un état analogue. C'est, en effet, un homme dont il est très facile de modifier l'état mental et qui entre alors rapidement dans ce qu'on appelle d'une manière générale un somnambulisme provoqué. Ces remarques suffisent pour vous montrer que ce prétendu délire n'est en somme qu'un somnambulisme."
Il reste à en étudier les caractères. Si nous examinons l'état de la sensibilité dont vous savez l'importance pour caractériser ces différentes formes des états de conscience, vous croirez au premier abord que l'anesthésie a beaucoup augmenté. Pk. semble être devenu aneslhéslque total sur toute la surface du corps. La vue semble être très réduite, car souvent même il ne vous verra pas,
mais rein;u'(|uez ([u'il suflit d'entrer en conversation avec lui et d'attirer même légèrement son attention sur ce que l'on fait pour constater une sensibilité parfaite sous toutes ses modes, même du côté gauche. Ce n'est donc pas précisément une augmentation de l'anesthésic, mais il y a cependant une augmentation dans l'épuisement de la sensibilité et de la pensée; s'il peut tout sentir quand on dirige son attention il n'a que très peu de sensations à la fois et ces sensations qu'il conserve ont toutes rapport à un seul objet qui occupe sa pensée. En un mot, le champ de conscience est extrêmement diminué et n'est plus occupé que par une seule pensée très réduite. Quelle était donc cette pensée dans le premier somnambulisme qu'il a présenté en entrant ici?
Nous vous avons fait remarquer qu'il prétendait être au mois de mai 189G et nous avons souligné ce détail. En effet, les somnambules se bornent d'ordinaire à revivre leur existence passée. Ils reculent plutôt qu'ils n'avancent et présentent des régressions de la personnalité plutôt que des anticipations. Comment comprendre cette modification à la règle présentée par Pk. ? Le malade remis en somnambulisme se souvient très bien des pensées qui remplissaient le somnambulisme précédent et nous l'explique. Préoccupé de ses querelles avec sa famille, un peu inquiet sur la diminution de ses ressources, il venait avant d'être malade de déposer une demande au ministère pour être admis dans un hôpital militaire. Il avait rétléchi, non sans chagrin, aux ennuis qu'il éprouverait dans cet hôpital. Il avait calculé le temps que mettent d ordinaire à s'accomplir les formalités administratives et avait conclu que dans un an à peu près, au printemps de 1896, il serait renfermé à l'hôpital militaire de Brest, dont il connaissait le médecin major. Au milieu de ses rêveries pénibles, sous une influence dont nous parlerons tout à l'heure, il était tombé évanoui, c'est-à-dire que la forme d'existence psychologique qu'il présentait, l'équilibre très instable des différentes activités de ses centres corticaux avait été détruit. Cette instabilité dans l'écpiilibre des fonctions corticales, cette tendance à la dissociation complète et à la restauration dans un nouvel état d'équilibre est le grand caractère de l'hystérie. Il s'était retrouvé réveillé, si vous voulez, dans un autre état psychologique sans anesthésie bien localisée, mais avec un rétrécissement exlièmc de la pensée. Dans ce nouvel état, il avait continué tout simplement les réflexions qui l'occupaient aux Champs-l^lysées, seulement il ne pouvait plus contrôler et ree-
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tifier ses rêveries à cause de la réduction des pensées collatérales. On lamène dans un hôpital, à Beaujon d'abord, puis à la Salpètrière, la vue des bâtiments et des lits qu'il perçoit parce que ce spectacle s'accorde avec sa pensée le confirme dans son opinion que sa demande est admise et qu'il est à l'hôpital militaire de Brest. C'est pourquoi, il parle de major, nous appelle M. le D"" X... et qu'il soutient être en 1896. C'est ainsi qu'il est amené contrairement à l'habitude des somnambules h jouer une période anticipée de sa vie au lieu de reculer en arrière. Dans une autre circonstance, il nous a présenté un phénomène analogue. A propos dune visite qu il devait faire au Val-de-Gràce pour faire signer des papiers, il a été quelques jours plus tard frappé de cette idée, qui l'effrave beaucoup, qu il pourrait être retenu comme malade au Val-de-Gràce et il a eu un grand accès de somnambulisme où il se crovait retenu au Val-de-Gràce malgré lui. Toute la nuit, il a écrit une foule de lettres h toutes sortes de personnages pour expliquer sa détention arbitraire au Val-de-Gràce et demander qu on vienne l'en tirer. C'est toujours la concentration de l'esprit sur un seul point. Cette concentration n'est pas volontaire comme dans l'attention et n'amène pas une augmentation de la puissance de la pensée réunie sur un même point. Elle est due à la réduction primitive de la puissance de pensée et au rétrécissement du champ de la conscience, lequel dépend, bien entendu, d'un engourdissement cérébral d'une nature particulière.
Il serait intéressant de pouvoir déterminer dans chaque cas ce qui amène la rupture d'équilibre, la réduction de la pensée et le somnambulisme. Ce n'est pas facile. Nous remarquons toujours la grande cause de ces sortes d'accidents: ce sont les émotions. Les malades de ce genre ne les supportent pas. Toutes les fois qu'il a eu une scène de ménage, une mauvaise nouvelle, un chagrin ou simplement une querelle, Pk. a présenté à la suite un somnambulisme délirant. Le grand accès qui l'a conduit à Sainte-Anne a été déterminé par la nouvelle de la mort de sa sœur ; un autre accès a été produit par la nouvelle d'un accident arrivé à sa petite-fille qui s'est crevé un œil; bien des accès ont eu lieu à la suite des menaces de divorce avec sa femme. Dans le service même, un reproche du chef de clinique le met en somnambulisme. C'est cette influence de l'émotion dans tous les cas de ce genre que l'un de nous a cherché à exprimer en disant que l'émotion a une puissance de dissociation, qu'elle décompose la synthèse mentale si faible et si instable de
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CCS malades'. La dissociation complète, c'est la svncope, l'évanouissenicnt du début de l'attaque, « la petite mort de Félida », comme disait M. Azam. Après cette dissociation complète, la pensée se reconstitue faiblement ; à ce moment, comme il arrive dans les pensées rétrécies, la snggestibilité est grande et l'émotion présente alors son second caractère: c'est de donner naissance ;i l'idée fixe.
Mais il faut ajouter malheureusement chez notre malade une grande cause de somnambulisme. Il n'y a pas que l'émotion qui dissocie l'esprit, l'alcool et l'absinthe, il en sait quelque chose, ont le même pouvoir ; très souvent et dans le dernier accident en particulier quelques petits verres qu'il a pris pour se consoler ont été le véritable point de départ des accidents qui l'amènent dans les asiles. N'oubliez pas cependant que toutes ces causes sont secondaires et qu'elles n'auraient jamais ce résultat sur un cerveau sain. La puissance de pensée est déjà rétrécie, ses centres sensoriels et surtout ses centres d'association sont déjà engourdis comme le montrent ses anesthésies. Déjà, dans l'état qu'on appelle la veille, et qui pourrait très bien, sans que nous vovons grand avantage à cette dénomination, être appelé un somnambulisme perpétuel, le champ de conscience est très rétréci. Cet homme est très suggestible, il a des colères, des idées fixes, des rêveries ambitieuses ou des désespoirs dont il n'est pas le maître, c'est là qu'est la lésion primordiale. Dans le cas présent nous ne pouvons guère la rattacher à l'hérédité, elle est donc la conséquence de l'épuisement cérébral causé par la fièvre typhoïde, la vie aux colonies, la dyssenterie perpétuelle, l'impaludisme.
Il faut donc reconnaître, comme il le répète sans cesse, que c'est en faisant courageusement son métier de soldat qu'il est devenu ce qu'il est. Il a peur qu'on ne le méprise pour son hystérie: il a tort et nous le disons devant lui, c'est une infirmité contractée dans le service et elle est aussi honorable qu'une blessure.
Que pouvons-nous faire pour ce brave garçon ? Nous sommes comme toujours très puissants pour traiter l'accident lui-même. Maintenant que nous le connaissons nous ne le laisserions plus en somnambulisme comme au début. Il suffit que la personne qui a pris quelque autorité sur lui vienne lui parler, attire son attention, lui touche la tête pour que le rêve cesse, qu'il la reconnaisse et
1 . Voir des éludes sur ce caraclèrc imporlant des cmolions dans le premier volume de cet ouvrage, p. 149, p. 474.
SOMNAMBLLISMES 2ôn
lui obéisse. Nous Favons vu dans des périodes de folie furieuse, quand on avait dû le ligotter et qu'on n'osait Tapprocher, s'arrêter immédiatement et devenir doux comme un enfant, dès que nous lui disions quelques mots. En dirigeant son attention on excite sa pensée, on règle les associations, on fait fonctionner les différents centres dissociés et eno-ourdis et on le ramène à son état normal. On peut aller encore plus loin: en l'aidant un peu, on l'amènera à se rendre compte des sensations de son côté gauche qui étaient subconscientes et on fera disparaître toutes les traces de l'anesthésie. Bien mieux, il n'est pas toujours nécessaire de lui commander de sentir, d'attirer son attention sur le côté gauche. 11 sullit de le consoler, de calmer ses rancunes quelquefois justifiées, de lui faire prendre courage et, sa puissance de pensée n'étant plus dépensée dans des rêveries et des colères inutiles, il va avoir une sensibilité complète. En un mot, en le dirigeant bien, on peut complètement supprimer toutes traces d'hystérie.
Malheureusement, il reste extrêmement fragile. Ce sont de ces esprits qui devraient vivre dans une serre chaude et qui ne peuvent affronter l'air extérieur. Tout chez lui va dissocier de nouveau l'esprit et nous forcer à recommencer notre travail. Il faut autant que possible traiter cette faiblesse, nous occuper de sa dvssenterie, de ses accès de fièvre qui reviennent encore trop souvent, de son anémie. Il faut le prier de nous aider en ne touchant plus à des poisons; s'il est honteux de sa maladie et s'il veut redevenir un homme solide, ([u'il sache donc le danger de ces petites ivresses cjui peuvent être permises à ses camarades mais non pas à lui. Qu'il essave de mener une vie régulière, de se livrer à un travail simple, qui occupe et qui réveille son cerveau et qu'il évite tous ces désordres qui l'épuisent.
Nous tenons à vous dire que Pk., notre somnambule, a tenu parole et que dans la mesure du possible, il a profité de notre direction et de nos conseils. Il a repris une vie aussi calme et aussi occupée que possible et les phénomènes hystériques ont presque complètement disparu. Nous apprenons qu'il a repris du service dans une colonie et qu'il s'y fait remarquer par son dévouement et sa bravoure.
Les fugues.
Orseuvvtion 72. — Fugues répétées de plusieurs mois de durée déterminées par l'idée fixe des voyages. — AnicccdenU, désir de s^ençfagcr comme mousse, fugue d'une journée, fugue de (rois semaines, amnésie, un seul souvenir, celui d'avoir été mouillé, fugue de deux mois, quelques souvenirs spontanés des instants oii il a été mouillé, diagnostic des fugues, accès de somnambulisme où le voyage est fait en rêve, contractures systématiques des Jambes, stigmates, augmentation de Vanesthêsie avant la fugue, somnambulisme provoqué, restauration complète des souvenirs, rétrécissement du champ de la conscience, développement de l'idée fixe dans un état d'engourdissement, réveil momentané quand il est mouillé, réveil complet par une pensée qui évoque le système des souvenirs de la veille, interprétation des amnésies, traitement.
Quand on étudie la psychologie si complexe des idées fixes, on doit s'arrêter avec beaucoup d'attention sur un phénomène qui est en lui-même extrêmement curieux mais qui est surtout des plus instructifs pour comprendre le mécanisme des obsessions et des impulsions C'est ce qu'on appelle communément la fugue hystérique. Nous avons déjà eu l'occasion d'insister sur ce phénomène à propos d'un cas remarquable étudié ici même l'année dernière'. Nous désirons revenir brièvement sur cette étude à propos d'un nouveau cas plus complet peut-être et surtout plus clair que le premier. Nous l'étudierons en lui-même en vous priant de vous reporter pour la bibliographie aux leçons de l'année dernière.
Il s'agit de ce jeune garçon, Rou., âgé de 17 ans, dont la vie a déjà été remplie par des aventures assez extraordinaires. Nous allons d'abord le prier de vous raconter ses aventures telles ([u'il les connaît actuellement. Nous allons résumer ce qu'il a pu nous dire lui-même de sa vie et de sa maladie.
Les antécédents héréditaires sont intéressants à sicrnaler : rien
1. Professeur F. Raymond, Les délires ambulatoires ou les fugues. Leçons sur les maladies du système nerveux, 1896, p. 592.
de bien particulier du côté du père dans la famille duquel nous remarquons seulement un oncle très alcoolique. Il n'en est pas de même du côté de la mère. Celle-ci est évidemment une hystérique; elle a eu souvent, pour la moindre contrariété, des évanouissements et des attaques qui, à deux ou trois reprises, ont été longues et graves. C'est une femme prédisposée aux idées fixes; elle est depuis trois ans absolument obsédée par des idées de jalousie relativement à son mari, idées dont elle reconnaît la fausseté mais qui la tourmentent jour et nuit et même provoquent des cauchemars qui ressemblent à de petits somnambulismes. La grand'mère maternelle du malade est également très nerveuse ; un grand-oncle et un oncle de notre jeune Rou. avaient une manie qu'il faut bien signaler. A propos de la moindre contrariété ils se fâchaient contre leur famille et partaient droit devant eux. Ils vagabondaient pendant des jours et des mois, puis ils rentraient au logis. Lun d'eux trouvait même tant de plaisir à ces vagabondages que de temps en temps il quittait brusquement son métier sédentaire et s'en allait de village en village vendre des bibelots. Cette pratique était tout à fait contraire à ses intérêts et il reconnaissait lui-même qu'il prenait de temps en temps cette profession pour satisfaire des besoins irrésistibles de se promener librement au hasard. Vous souvenez-nous que l'année dernière nous vous signalions dans la famille d'un de nos malades présentant des fugues, le jeune G. M.', deux tantes qui accomplissaient également des fugues du même genre. Il y a une certaine similitude dans ces accidents pendant plusieurs générations. Remarquons seulement que dans le cas présent les fugues, les vagabondages des deux oncles de Rou., ne sont pas tout à fait identiques aux vraies fugues que nous allons voir chez notre jeune malade. Ces vagabondages sont accomplis avec conscience pour céder à un goût dont les sujets se rendent compte. Nous allons voir que l'impulsion s'est développée et s'est transformée chez leur neveu.
Dans son enfance, Rou. eut la rougeole vers l'âge de 5 ans. Il a eu à cette époque des torticolis très tenaces, des contractures qui déviaient la face tantôt d'un côté, tantôt de l'autre et qui persistaient plusieurs jours. A l'âge de 10 ans il eut une fièvre prolongée avec embaras gastrique, peut-être une fièvre typhoïde légère, maladie que l'on retrouve si souvent au début de ces états psychopathiques.
1. F. Raymond. Leçons sur les maladies du système nerveux, 1896, p. 611-
eôS LES SOMNAMr.LI.ISMKS, LES FUr.UES
Vers l'àgc de 13 ans, il devint moins docile et voiilnl quiller SCS parents pour s'cMigager eoninie niousse sur un navire. Il ne peut pas expliquer clairement ii ([uel propos il commença à avoir cette idée, mais il en fut extrêmement tourmenté; il demandait h tout le monde, même dans les ministères, des renseignements sur la carrière et ne voulait accepter aucun autre travail. Quelques mois après, à la suite d'une réprimande légère de ses parents, il partit droit devant lui et ses parents le cherchèrent en vain toute la journée. Le lendemain il rentrait tout penaud : il avait été recueilli par des ouvriers maçons dans la forêt de Saint-Germain ; il se souvenait fort bien des ouvriers qui l'avaient recueilli et de la forêt de Saint-Germain, mais ne pouvait aucunement expliquer comment il s'v était rendu. On crut à de la mauvaise volonté de sa part et on ne put accepter cet oubli qui était cependant réel ; il continua d'ailleurs à soupirer après le métier de mousse et l'année suivante, à 14 ans et demi, il recommença une nouvelle fugue.
Cette deuxième fugue est déjà plus grave : encore à la suite d'une réprimande, il part l'après-midi vers deux heures ; on croit l'avoir vu errer le soir aux environs de sa maison, puis on n'a plus aucune nouvelle de lui pendant trois semaines. Enfin ses parents, dont l'inquiétude se comprend aisément et qui avaient fait inutilement toutes sortes de démarches pour avoir de ses nouvelles, reçoivent une lettre les priant de venir chercher leur fils dans un couvent situé à Seugny-la-Trappe, département de l'Orne. Ce couvent qui donnait souvent asile aux malheureux, avait recueilli le pauvre garçon qui était épuisé de fatigue et qui était venu demander un abri pour se reposer un peu. Interrogé avec anxiété, le jeune Rou. répétait qu'il était tout surpris de se trouver dans cet asile, qu'il ne savait pas comment il y était venu, ni pourquoi il s'était mis en route. Pressé de questions, il se souvint cependant qu'il avait passé au travers des bois de Versailles et même qu'il avait été à ce moment mouillé par un fort orage, mais malgré ses efforts il ne put retrouver aucun autre souvenir.
A l'âge de 15 ans, Rou. fût placé comme employé dans une usine de raffinerie où malheureusenKMit on le laissa prendre l'habitude de boire de l'alcool et là il accomplit encore une fugue, la troisième, qui ne dura que trois ou ([uatre jours et sur laquelle nous n'insisterons pas. L'année dernière, il était garçon épicier dans une maison du boulevard Saint-Germain et travaillait fort
bien. Un jour il recommença à parler de ses rêves de voyage, de son désir de s'engager comme mousse ; le patron de la maison, qui lui trouvait une figure singulière, avertit les parents qui remmenèrent chez eux. Il était pâle et dit à sa mère: « J'ai encore mes idées, ça me suit toujours, il faut prendre garde. » Malgré la surveillance il se sauva le lendemain 29 juin 1895, sans argent, sans vêtements. On le chercha vainement de tous les côtés et on n'eut plus aucune nouvelle de lui avant le 17 août 1895, c'est-à-dire avant deux mois. A ce moment, il était à Four, dans la Nièvre, en compagnie d'un raccommodeur de vaisselle; il venait de Monceaules-Mines. Les renseignements que Ton a pu recueillir démontrent qu'il a fait une partie de ce trajet comme batelier sur les canaux de la Loire. Quand on l'interrogea il donna lui-même quelquesuns de ces renseignements qui lui avaient été communiqués, mais en réalité il ne se souvint spontanément que de très peu de chose. Par exemple, il se souvint bien qu'un jour, par un violent orage, il était tout mouillé sur le bord d'une rivière en train de tirer la corde dun bateau, qu'un soir il était encore tout mouillé couché sur le pont d'un bateau ; mais ces souvenirs étaient vagues et il ne savait ce qui s'était passé ensuite.
Depuis cette époque il a encore eu une fugue, très courte, d'un jour de durée, au mois d'octobre ; on l'a retrouvé dormant dans un passage près de sa maison.
Enfin samedi, il y a huit jours, le 7 décembre, la veille de son entrée à l'hôpital, il a encore fait une fugue de peu de durée, mais intéressante parce qu'elle est la dernière et que les souvenirs étant plus précis, elle peut être étudiée plus facilement.
Vendredi, il a travaillé comme de coutume. Quoiqu'il se sentît énervé, il a bien dormi vendredi soir. Samedi matin, il se sentait fatigué, mais il est sorti, et il peut raconter en détail tout ce qu'il a fait ; il a été prendre une douche à 7 heures et demie, il est rentré chez lui, a bu son café au lait et il est reparti vers 8 heures; il se sentait en retard et s'est dépêché ; il a essayé de prendre un omnibus qui était complet; il se souvient de tous ces détails; il a été à pied jusqu'au boulevard Sébastopol, là il a été arrêté un instant par un embarras de voitures. A partir de ce moment, il ne sait plus ce qui s'est passé, il croit être allé à son travail comme il faisait tous les jours; ses souvenirs ne recommencent que le lendemain dimanche, et ce jour il se trouve dans son lit et si fatigué qu'il reste couché toute la journée à demi somnolent. En réalité,
•2IjO les SOMN.VMBULISMES, LES FUGUES
SCS parents (tiil éli- prrveiuis (jiril n'a pas vXv à la l)()uliquc et l'ont retrouvé le soir endormi dans le passage près de sa maison.
iSous reti'ouvons dans ces voyages bizarres les caractères qui nous ont déjà servi à reconnaître les fuerues'. 1" Il v a une impulsion irrésistible à accompli!' un acte, ici un voyage. N'avonsnous pas vu le malade avant la quatrième iiiguc se plaindre que ses idées le poussaient encore, demander qu'on le gardât et cependant partir comme entraîné par une force irrésistible. 2° Cet acte est accompli d'une manière intelligente, régulière, sans violences, les mouveziients sont coordonnés et en harmonie avec les circonstances extérieures. Le malade ne tombe pas, il ne se heurte pas aux obstacles, il sait se conduire intelligemment. Dans la quatrième fugue, Rou. n'at-il pas gagné sa vie en se faisant batelier? S'' A la fin de l'action impulsive, il y a oubli complet de toute la période qui a été remplie par cette action. Il est vrai que Rou. conserve de quelques-unes de ses fugues, de la seconde et de la quatrième par exemple, un certain nombre de souvenirs. Mais ces souvenirs, comme nous allons le voir tout à l'heure, sont très spéciaux et d'ailleurs très rares; après la dernière fugue nous n'en notons aucun. En un mot, la fugue est un acte impulsif, compliqué et bien coordonné, suivi cV amnésie, et nous en retrouvons ici tous les caractères.
Nous avons remarqué l'année dernière que la fugue pouvait prendre trois formes différentes, réunies il est vrai par bien des intermédiaires: la forme épileptique, la forme psychasthénique et la forme hystéri(jue. A quel type rapporter celles que nous venons d'étudier ?
L'épilepsie ne peut guère ici être mise en jeu ; dans les absences épileptiques les actes sont le plus souvent absurdes, violents, désordonnés, sans rapport apparent avec les circonstances extérieures et ordinairement de courte durée ; en un mot les actes conservent les caractères du délire épileptique dont ils sont la manifestation". Dans ces longs voyages bien raisonnables se prolongeant pendant plusieurs mois, nous ne voyons rien de semblable. On serait plus disposé à dire qu'il s'agit d'impulsions chez un psychasthénique. D'abord nous vovons l'impulsion naître et grandir dès l'âge de 13 ans, ([aoi(|ue Rou. ne puisse guère nous
1. F. Raymoiul, I,pcons sur les mnladicfi du syslrme ncrvoux, 1896, p. 599.
2. Boiiriicvillc et lîricon. Epilopsic procursivc. .ircltivcs de neurologie, 1877-78.
explii|uei' son origine. Il sait très bien qu'il rêve constamment à devenir mousse sur un navire et sans bien comprendre comment, il sait bien que c'est cette idée qui détermine ses voyages. En outre, on peut faire observer que Rou. garde certains souvenirs de ses fugues. Après la seconde, il se souvient d'avoir été mouillé par un orage en traversant les bois de Versailles; dans la quatrième il se souvient également d'avoir été à deux reprises très mouillé et il peut indiquer à peu près dans quelles circonstances. Ces souvenirs cependant ne semblent pas aussi complets que ceux des psychasthéniques. Ils portent toujours et uniquement sur un seul détail, le fait d'être fortement mouillé. On peut se demander si à ce moment l'impression de l'eau froide n'agit pas comme une véritable douche, ne réveille pas pour un moment le malade d'un état particulier de rêve dans lequel il retombe ensuite. Ces souvenirs isolés qui subsistent ne portent pas sur la fugue elle-même mais sur un moment de réveil. En un mot ce ne sont pas là les caractères des vagabondages chez les psychasthéniques dont les souvenirs sont beaucoup plus étendus.
Reste la troisième supposition, de beaucoup la plus vraisemblable, c'est qu'il s'agit de phénomènes hystériques. On retrouve sans doute dans son observation certains faits qui confirment cette supposition; de temps en temps, surtout après une ivresse, il a un état de délire tout à fait analogue à une attaque hystérique. Il n'entend plus personne, ne sait plus où il se trouve et se met à déclamer et à raconter tout haut ses rêves. Il voit des bateaux, l'océan, des îles merveilleuses, il raconte les péripéties émouvantes de son naufrage au cap de Bonne-Espérance, la façon dont il se sauve avec les matelots, etc. Le voyage qui n'est pas exécuté en réalité dans une fugue est exécuté en rêve, l'idée au lieu de déterminer des actes donne naissance à des hallucinations. Après ces délires il se rendort et n'en garde aucun souvenir au réveil. Après des délires de ce genre ou même après de simples rêves qui ont toujours rapport h des pérégrinations extraordinaires, Rou. présente quelquefois un singulier accident auquel nous avons déjà fait allusion^ Il ne peut marcher qu'avec peine car il a les deux jambes raides, en un mot il présente un certain degré de contracture des jandjcs. 11 ne s'agit pas de contracture
1. Professeur Raymond, Leçons sur les maladies du système nerveux, 1897, p. 73 I.
coinplôlo des deux jambes en extension et en adduction, les deux eiiisses sont légèrement écartées, l'une dirigée en avant, l'antre un peu en arrièie, le genou est très légèrement fléchi, le pied reste en llcxion sur la jambe et ne peut être étendu. En un mot, les jambes ont une tendance à se contracturer dans la position de la marche. On ne peut guère même à ce moment constater d'anesthésie tactile, mais on note une sensation ou mieux une impression particulière du sujet. Quand il est immobile, assis ou couché, et surtout s'il ferme les yeux, il a le sentiment que ses jambes sont sans cesse en mouvement et qu'elles continuent le mouvement de la marche. Tant qu'il est éveillé, ce mouvement n'existe pas en réalité et ne se manifeste que par un certain degré de raideur, une assez forte résistance aux mouvements communiqués. Si le malade s'endort dans cette disposition, les jambes font constamment sous son drap un mouvement de va-et-vient semblable à celui de la marche. Ce sont là, comme vous le voyez, des contractures systématiques et des mouvements involontaires en rapport avec le rêve qui persiste d'une manière plus ou moins consciente.
Pour confirmer le diagnostic de l'hystérie chez notre malade, il serait très intéressant de constater sur lui les stigmates de la névrose pendant l'intervalle des fugues, au moment où comme maintenant il se présente h nous spontanément et d'une manière bien raisonnable. Malheureusement l'observation ne nous montre pas à ce moment d'anesthésies appréciables. La sensibilité tactile est normale sur tout le corps. On peut même la mesurera l'.nesthésiomètre, et nous avons trouvé une fois 30, à la face inférieure des deux poignets; dans une autre recherche faite un mois ])lus tard, 20 à gauche et 25 à droite. Ce sont des chiffres absolument normaux et qui indiquent plutôt une sensibilité délicate. Tout au plus peut-on observer une certaine diminution de sensibilité à la douleur du côté droit, mais c'est un signe peu net et fort instable, le sens musculaire n'est pas atteint, sauf dans les périodes où il a les deux jambes en contractures systématiques. A ce moment, il sent mal les mouvements communiqués qui, d'ailleurs, ne sont obtenus que d'une manière très incomplète, et il a tout le temps dans l'esprit une autre sensation ou plutôt une autre image relative à ses jambes: celle de la marche. Le goût, l'odorat, l'ouïe n'offrent rien de particulier, l'acuité visu(dle n'est pas restreinte et le champ visuel est absolument normal pour les deux yeux. Nous trouverions plutôt des stigmates en étudiant les fonctions de syn-
thèse et rattention. Il a de la peine à se fixer sur un travail et se fatigue rapidement. C'est ce que l'on peut représenter en prenant la courbe de ses temps de réaction à des excitations tactiles ou visuelles. Cette courbe présente des oscillations considérables et une forte élévation au bout de peu de minutes. Il faut beaucoup se défier dans cette recherche des mouvements automatiques qui, chez lui, remplacent très rapidement les mouvements faits avec attention. Sa mémoire est très irrégulière, d'abord elle présente les lacunes dont nous avons parlé, portant sur les périodes des fugues, en outre on constate bien des petits oublis des choses récentes auxquelles, d'ailleurs, il a prêté très peu d'attention. Ces caractères à eux seuls resteraient sans doute un peu vagues et permettraient d'hésiter si nous ne pouvions étudier le malade dans un autre état qui va précisément nous montrer les stigmates hystériques qui nous manquent.
D'abord nous pouvons avoir par hasard l'occasion de l'observer pendant les journées qui précèdent une de ses grandes fugues. Nous voyons qu'il est plus sombre et qu'il répond plus grossièrement. A ce moment il présente une hémianesthésie complète du côté droit. De ce côté, on ne peut plus provoquer aucune sensation consciente, ni du tact ni du sens musculaire. En déterminant à ce moment des excitations du côté droit on n'obtient que des mouvements tout h fait subconscients. Il est intéressant de remarquer que les réactions obtenues de cette manière sont plus brèves et plus régulières que les réactions conscientes obtenues par des excitations sur le côté gauche resté sensible*.
Mais il est difficile de pouvoir observer Rou. juste à ce moment, quand son état hystérique se manifeste spontanément, au moment où la fugue se prépare ; on peut l'observer plus facilement dans un autre état déterminé artificiellement où les mêmes caractères se retrouvent d'une manière encore plus nette. En un mot Rou. est très facilement hypnotisable, il présente immédiatement un état somnambulique bien net, une seconde existence susceptible de se prolonger, qui a ses caractères et ses souvenirs. Ne soyez pas étonnés que le somnambulisme se montre aussi vite et d'une manière aussi parfaite dès la première fois qu'on essaye de l'endormir. Cette seconde forme d'existence que l'on détermine chez
1. \oir dans le premier volume de cet ouvrage, p. 101, la comparaison des courbes, des temps de réaction simples obtenues dans ces deux conditions dilTércntcs.
lui n'est pas une créalion, c'est simplement la reproduction crune seconde existence qui s'est déjà très fortement développée d'une manière naturelle. Le somnambulisme reproduit simplement chez lui la forme de conscience qui existe pendant les fugues. Il est donc très important de l'étudier, non seulement pour préciser le diagnostic de l'hystérie, mais pour mieux comprendre les fugues elles-mêmes.
Quand Rou. a été mis en somnambulisme par un procédé quelconque, il conserve un aspect à peu près normal, les yeux ouverts, les mouvements libres, l'attitude correcte, et on comprend très bien que des personnes ne l'ayant examiné que dans cet état n'aient pu aucunement découvrir son caractère anormal. C'est d'ailleurs une remarque faite autrefois par l'un de nous que l'on ne peut pas reconnaître l'état somnambulique d'un sujet quand on l'examine uniquement pendant cet état. Ce qui est somnambulisme chez l'un peut être veille chez l'autre. Cet état ne se reconnaît et ne prend l'aspect d'un somnambulisme que par rapport à d'autres états psychologiques dans lesquels le même sujet peut entrer. Tantôt l'état appelé somnambulisme sera supérieur, tantôt inférieur à l'état normal du sujet et par le mot normal, bien entendu, quand nous parlons d'hystériques, quand nous décrivons leurs amnésies et leurs anesthésies, nous n'entendons pas l'état parfait, idéal d'une personne en pleine santé, nous avons toujours entendu l'état le plus fréquent, le plus durable, le plus habituel chez ces mêmes sujets.
Pour caractériser le somnambulisme de Rou., voyons donc en quoi cet état diffère de l'état habituel chez lui, que nous venons d'étudier. Ce jeune homme a maintenant l'air plus hébété, plus lourd. Il conserve dans la physionomie quelque chose d'étonné et d'apathique. Il est facile de voir qu'il pense moins, qu'il a moins d'idées et moins de sensations, en un mot que son champ de conscience s'est fortement rétréci. C'est d'ailleurs ce qui va être confirmé par l'étude des sensibilités. Ah! cette fois, il n'y a plus de doutes à conserver. C'est le type le plus complet des stigmates hystériques: anesthésie tactile complète sur toute la surface du corps, il ne prend conscience ni des attouchements, ni des températures, ni des douleurs. Aucune sensibilité musculaire consciente, les bras et les jambes peuvent être déplacés à son insu. Il en résulte qu'il présente complèleinent le syndrome de Lasègue. 11 ne peut remuer les membres que lors([u'il les voit,
ceux-ci lorsqu'on les soulève eu dehors de la vision gardent les attitudes cataleptiques. En même temps, état d'amyostliénie, faiblesse, simplification, ralentissement des mouvements volontaires, etc. Les autres sens, goût, odorat, ouïe sont très diminués, Tacuité visuelle est très réduite et le champ visuel s'étend à 25" seulement. Il est difficile de présenter un ensemble plus complet de stigmates hystériques. Ces anesthésies d'ailleurs ne sont pas absolues et gardent bien le type hystérique. On peut pour tous les sens déterminer des sensations subconscientes suivies de mouvement et d'autre part on peut momentanément ramener dans le champ de la conscience telle ou telle sensation en dirigeant l'attention. C'est ce qui explique d'ailleurs la forme qu'a prise spontanément cette anesthésie au cours des fugues, identiques à cet état, comme nous le verrons. Si ce garçon avait eu constamment une a-nesthésie et une faiblesse semblables, il aurait pu difficilement faire de grands voyages. Or, nous verrons que dans ses pérégrinations il a accompli les travaux les plus rudes, qu'il s'est montré un ouvrier des plus robustes et des plus adroits. C'est que, suivant la direction de son attention, il prend fort bien conscience de toutes les sensations en rapport avec l'idée prédominante. Voici par exemple une lettre à laquelle il tient beaucoup, parce qu'elle contient des recommandations à un patron de navire et qu'elle peut lui servir, du moins il se le figure, à s'engager comme mousse. Cette lettre est dans sa poche avec un mouchoir, des clés, un couteau. Demandons-lui de la chercher. Vous voyez qu'avec sa main tout à fait anesthésique il la retire du premier coup. Si nous emportons cette lettre il la suit même sur les côtés du champ visuel bien au delà de ses '2~)'\ 11 présente donc une sensibilité systématique qui se concentre sur les sensations et les images en rapport avec certaines idées, tandis que les autres sensations et les autres images restent dans un état d'effacement ou plutôt de subconscience.
Les mêmes remarques seraient à faire h propos de la mémoire. Rou. est dans ce somnamjjulisme très fortement amnésique, c'est-àdire qu'il se souvient très mal de l'état précédent que nous avons appelé la veille normale. Il n'a qu'un souvenir très vague de sa maison, de son métier, de sa famille, et même il ne peut pas avoir un souvenir précis de ces choses et en particulier de sa mère, comme nous le verrons tout à l'heure, sans que ce souvenir le réveille et le fasse rentrer dans l'autre état. Cette réduction de la
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mémoire est un fait intéressant. Vous savez qu'il n'en est pas toujours ainsi et que bien souvent les sujets conservent pendant le somnambulisme le souvenir de la veille. L'un de nous a prévu des cas de ce genre en disant que le somnambulisme chez des individus sensibles à l'état de veille pourrait amener des oublis des états de veille^ tandis que chez des hystériques anesthésiques pendant l'état dit de veille, le somnambulisme élargit la mémoire. Au fond, ce ne sont là que des questions de mots, tout dépend de l'état qu'on appelle somnambulisme; ce que l'on désigne d'ordinaire par ce mot c'est l'état le plus rare, mais on pourrait l'appliquer aussi bien à l'un ou à l'autre, et c'est pourquoi le somnambulisme ne présente pas chez tous les sujets le même caractère.
Si la mémoire de Rou. est diminuée dans ce qui a rapport à la veille normale, elle est au contraire tout à fait augmentée dans tout ce qui a rapport aux fugues, et c'est vraiment une chose amusante que d'entendre ce garçon, tout h l'heure si ignorant et si stupéfait de ses voyages, nous raconter minutieusement ses aventures. Recommençons donc l'étude de sa vie, de ses impulsions et de ses fugues avec ces nouveaux renseignements qu'il nous fournit quand il retrouve ses souvenirs pendant une période de somnambulisme provoqué.
Il va d'abord nous expliquer le début h l'âge de 12 ou 13 ans. Il nous dira qu'il avait toujours l'esprit rempli d'enthousiasme pour les voyageurs, qu'il se pâmait d'admiration devant Robinson Crusoé. C'est une sorte de disposition familiale qui existait déjà chez deux de ses oncles. Cette disposition fut étrangement exaltée à la suite de mauvaises fréquentations. Très naïvement le petit garçon se rendait dans un cabaret où il avait découvert quelques vieux marins pour les entendre causer de leurs belles expéditions. Malheureusement ces individus s'amusèrent de lui et prirent l'habitude de le griser. C'est dans les ivresses que l'idée de voyage prit un développement et une force particulière, c'est h la suite des ivresses qu'elle prit le caractère de subconscience. Il se souvenait mal le lendemain des séances du cabaret. Il n'en retrouvait le souvenir (jue dans une nouvelle ivresse, et on peut se demander si les ivresses répétées n'ont pas été chez cet enfant le début du dédoublement de la conscience.