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LES TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

arrive trop souvent, incriminé rutérus et les annexes. On a cautérisé, curette, etc., et comme rien ne changeait, on a, il y a trois ans, enlevé le tout, ovaires et matrice par la voie abdominable. 11 paraît qu'il y avait un petit fibrome, c'est possible, l'opérateur a du avoir ses raisons et nous ne blâmons rien. Nous ne remar- (juons simplement qu'une seule chose: « Voyons, Madame, comment vous portez-vous depuis l'opération.

La MAi.ADii: : Ilélas ! cela va plutôt plus mal ; je soufTre tout autant de l'ovaire gauche et maintenant cela commence à se développer également dans l'ovaire droit.

— Mais pardon, Madame, puisque vous n'avez plus vos ovaires...

La malade : Qu'est-ce que cela me fait puisque j'y souffre autant et plus qu'auparavant. »

Charcot a déjà présenté cent fois des cas seml)la])los. Il est bon que les étudiants les aient vus: il faut quelquefois savoir reconnaître notre impuissance et ne pas se figurer que, quand ou ne sait pas, il faut tout de même faire quelque chose. Il est bien rare que des opérations chirurgicales aient apporté un soulagement quelconque à ces douleurs abdominales de nature nerveuse surtout quand elles sont liées comme celle-ci à des migraines. Ces douleurs dépendent quelquefois de troubles de la sensibilité des viscères, de l'intestin aussi bien que des organes sexuels ; plus souvent à notre avis ces douleurs sont en rapport avec des contractures des muscles abdominaux ou des viscères. Elles se compliquent souvent d'une émotion persistante ou d'une interprétation que la malade ajoute à des troubles réels de la sensibilité et du mouvement et par laquelle elle les aggrave. Ce sont là des choses souvent complexes ({u'une oj)ération brutale ne simplifie pas toujours.

OnsruvvTioN 80. — Grandes douleurs du ventre et hypocondrie à la suite du vaginisme. — Souffrances du has-venlre depuis douze uns, opération chirurçjicale, anlécédenls, naïveté, émotion du mariage, va(]inisme,atta(juesliijstériques et épilcptiques, hypocondrie génitale.

Voici un accident très curieux, surtout par les proportions qu'il a prises et qui est assez instructif. Voici une femme de 30 ans,

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Lav., qui vient en gémissant et se plaint de souffrir très cruellement. Cette souffrance siège au ventre, aux parties génitales d'une manière vague. Elle serait, d'après les dires de la malade, absolument épouvantable, en tout cas, elle détermine, surtout depuis quelque temps, des plaintes, des hurlements à désespérer tout l'entourage de la malade. On n'a pu la garder nulle part, il a i'allu se résigner à la séparer de sa famille et à l'enfermer, car elle devenait insupportable. Vous voyez qu'elle marche mal, en se courbant en avant. Elle refuse souvent de se lever et prétend que la douleur l'empêche de dormir et de manger. Si vous ajoutez que cette douleur dure depuis 19 ans, vous voyez la vie agréable, je ne dis pas seulemejit de la malade, mais aussi de sa famille.

On a essayé tous les traitements, on a fait tous les examens les plus invraisemblables, sans rien trouver. Un chirurgien, avec une complaisance que nous persistons à juger exagérée, a été jusqu'à lui ouvrir le ventre et lui enlever un ovaire qui fut d'ailleurs trouvé sain ; rien n'a permis de soupçonner la cause de ses souffrances et de ses hurlements.

Eh bien, l'histoire est fort curieuse et nous conduit à une interprétation un peu surprenante peut-être, mais assez justifiée au fond. Il s'agit d'une famille très tarée ; le père, profondément alcoolique et absinthique, s'est tué vers l'âge de 50 ans; la mère a eu des paralvsies suspectes dans sa jeunesse, elle était fort hypocondriaque quand elle est morte ; une des sœurs de la mère était épileptique. Lav. eut une enfance normale, quoiqu'elle fût sans grande intelligence et ne put être un peu instruite que difficilement; elle fut réglée à 13 ans, sans accident et n'eut aucun trouble nerveux jusqu'au mariage. Elle fut mariée à 17 ans, très jeune et étonnamment naïve. Son fiancé l'ayant un jour embrassée fortement, elle fut désespérée, se crut enceinte et déshonorée. Elle était d'ailleurs depuis longtemps très disposée à se forger des chimères et à se tourmenter pendant des mois pour une idée fixe. Cette première émotion pendant les fiançailles fut assez grave pour déterminer des perles de mémoire, c'est-à-dire de l'amnésie continue pendant plusieurs semaines.

Le mariage se fit cependant et la nuit de noces fut désastreuse. Le mari, par maladresse sans doute, ne crut pas nécessaire de donner les explications d'usage, il accomplit l'acte conjugal sans préambule suffisant. Douleur terrible et surtout effroi, confusion d'esj)rlt, désespoir. Le lendemain, la pauvre femme était incon-

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