‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 234 sur 326 · I.KS TH01I5LES DE LA SENSIHILITK · texte numérisé non relu

I.KS TH01I5LES DE LA SENSIHILITK

loi chez ruii, iuix bras et aux seins chez l'autre, sont endormis, sont enoourdis, si vous le voulez. La diminution de la sensibilité produit il elle toute seule des sensations bizarres, des fourmillements, des chatouillcnicnts, des impressions d'eau qui coule sur la peau, etc., et ils nous expriment ces impressions à leur manière. Nous ne croyons pas que cette explication soit sullisante et soit précise. Elle renferme bien des suppositions arbitraires et sur l'origine et sur les effets de l'hypoesthésie. N'oublions pas que la simple diminution de la sensibilité, quand elle ne s'accompagne d'aucun autre trouble nerveux ou psychique, peut laisser le malade parfaitement indifférent sans aucun autre trouble (jue la diminution elle-même. Parmi les hystériques vous trouverez tant que vous en voudrez des exemples d'hypoesthésie légère et vous pouvez choisir un cas comme celui de He. par exemple où l'hypoesthésie soit à peu près du même degré que chez notre malade Gs. Voici cette malade, He., qui, sur le poignet gauche, ne distingue également les pointes de rtesthésiomètre qu'à 50. Eh bien, elle laisse prendre sa main, elle ne se plaint de rien et ne parle ni de froid, ni d'excitation génitale. Tout au plus reconnaît-elle, quand on l'oblige à y faire attention, que sa main est un peu engourdie et distingue mal les objets. D'ailleurs la remarque pouvait être faite chez Gs. elle-même. L'hypoesthésie chez elle, nous l'avons dit, est égale sur tout le corps et la dysesthésie n'existe cependant qu'en des points déterminés. Il y a donc, et pour le moment nous ne voulons pas conclure autre chose, dans certains cas de dysesthésie quelque chose de plus ([ue l'hypoesthésie pure et simple. Autrement dit, quelques cas de dysesthésie où le malade ne parle que d'engourdissement, de gêne, de douleurs vagues ne sont que l'expression de l'hypoesthésie à un degré particulier: cela sera surtout vrai quand l'hypoesthésie commence à apparaître ou quand elle se termine et que le malade n'est pas habitué à cette forme de sensibilité. Mais quand le malade a des sensations anormales localisées d'une manière précise, avec une forme déterminée, quand ces sensations anormales se prolongent pendant des années,^ depuis 10 ans chez notie homme, depuis 2 ans chez la jeune fdle, nous avons le droit de chercher ce qui s'ajoute à l'hypoesthésie. Ce pourra être toutes sortes de phénomènes, très souvent comme l'un de nous l'a démontré, des contractures incomplètes, sous-jacentes ou d'autres phénomènes physiologiques, locaux ou cérébraux. C'est ce qu'il nous faut chercher dans ces deux cas.

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Revenons à rhistoire de notre homme qui a froid au mollet. Pas d'antécédents héréditaires intéressants. Il était soldat au moment de la guerre de 1870 et il eut à souffrir bien des misères. Une nuit, par un froid glacial, les Prussiens Tont fait coucher par terre; il a dormi toute la nuit sur un tas de fumier qui était gelé. 11 reposait sur le côté gauche et il se souvient qu'il se releva tout endolori, le pied gauche était presque entièrement gelé. La situation était trop pénible pour qu'il attachât grande importance à ses souffrances ; la circulation se rétablit tant bien que mal et il put continuer h marcher, mais il a gardé de cette nuit un souvenir plein d'horreur. Les troubles ne commencèrent pas aussitôt. Quelques années plus tard, il eut une violente émotion dans des circonstances bizarres qu'il serait assez difficile d'expliquer. Il était garde-malade d'un tvphique en plein délire et pour l'empêcher de se sauver il le maintenait de force dans son lit. 11 s'endormit ainsi près de lui et il fut réveillé par des cris horribles du malade. Ce réveil en sursaut, l'impression d'horreur qu'il eut en voyant qu'il avait dormi près de ce malade, l'idée de la contagion, tout cela le bouleversa et il resta fort troublé ; pendant trois semaines, il ne voulut plus entrer dans la chambre, il se réveillait la nuit en sursaut avec des terreurs. C'est à partir de ce moment qu'il resta un peu plus nerveux, qu'il eut quelques migraines vagues, dans le front, dit-il, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre et qu'il commença à se plaindre de cette dysesthésle toute spéciale accompagnée d'un sentiment de frayeur.

Un premier point ne doit pas vous embarrasser : la dysesthésie qui s'est développée semble bien en rapport avec la première émotion éprouvée en 1870, l'impression de froid persistant aux points saillants du côté gauche qui ont porté sur la glace, mais elle ne semble avoir aucun rapport avec la seconde aventure, la nuit passée près du malade, et cependant c'est après cette seconde émotion qu'elle s'est développée. C'est là, comme nous l'avons souvent dit, un fait extrêmement fréquent: une émotion affaiblit la force de résistance de ces malades et amène le développement, la manifestation d'un autre phénomène quelquefois bien antérieur, provoqué par une ém.otion bien plus ancienne et qui était resté latent tant que le cerveau était plus valide. Quoi qu'il en soit de ce retard dans l'apparition des phénomènes, cette dysesthésie spéciale avec sensation de froid semble avoir son origine dans le souvenir plus ou moins conscient des sensations

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éprouvées, (|ii;uul il ;i dormi la niiil du coté g;uudi(>, sur la terre f^liicéo.

Voyous 1 orii;iui' de la dyscsliiésic l)izarre pi-ésrulée pai' la jeuue lillc. Il s'agii cette fois d'uue lauiillr qui |»réseufe prohablemeut l)ien des névropathes, (pioique uous ue layons pu savoir avec précision, l^a nu're était peu inlelligente, le père semble avoir été bizarre et lual (Mjuilibré. \/a jeune fille était elle-niènie très émotive et avait déjii eu à la suite de chagrins quelques accidents hystériques; elle était fortement prédisposée. Les accidents actuels commencent après un incident de nature délicate survenu il y a deux ans, sur lequel, vous comprendrez bien pourquoi, nous n'avons jamais pu avoir des éclaircissements complets. Elle prétend que son père, individu suspect à bien des points de vue, et ({ui avait d<''j:i mis le désordre dans la maison, est entré dans sa (■hambr(^ et en profitant d'un sommeil plus ou moins naturel aurait abusé d'elle. Elle croit que son père l'a hvpnotisée plusieurs lois et qu'il a commis cet attentat pendant un sommeil hynotique. Certains détails peuvent justifier ce récit ; mais, peu nous importe au fond, supposez que tout cela soit absolument faux et ([u'il ne s'agisse que d'un rêve. Ce ne serait pas la première fois que chez les hystériques un rêve aurait le même effet qu'un événement réel. Il paraît que l'impression fut extrêmement singulière et troidjlante, mélange d'excitation erotique, de pudeur et d'horreur. Ce récit, notez-le, n'est fait par elle que pendant l'état de somnambulisme provoqué. Pendant la veille elle n'a heureusement ([u'une idée très vague de l'aventure et elle ne se rend pas compte des sentiments qu'elle éprouve. Ne semble-t-il pas que cette dvsesthésie à la fois erotique et pudique ait d'étroits rapports avec cette aventure, mettons ce rêve, où son père, la prenant du côté droit, aurait excité ces mêmes sentiments ({u'elle éprouve aujourd'hui quand un homme la loucha du côté droit.

Que sont donc pour nous ces deux dyseslhésies? Des états émotifs très systématiques. Qu'entendons-nous par là ? Il ne suffît pas de dire fju'un individu est émotionné, cela est tout ii fait vague. Ce n'est pas encore suffîsant de dire qu'il a l'émotion de la peur ou de l'amour. Il y a des variétés et des nuances innombrables de l'émotion suivant l'individu, son éducation, les circonstances, suivant que Ton considère l'émolioii momentanée, r<''motion-choc et l'émotion ([ui dure, qui persiste, l'émotionsentiment, etc. Telle émotion religieuse n'est pas la même que

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telle autre, telle émotion erotique, celle de Gs., par exemple, est toute spéciale et se distingue des mille formes que peut avoir l'émotion éroti([ue. Ce (jui fait toutes ces nuances, c'est que l'émotion, comme la plupart des faits psychologiques, n'est pas du tout un fait simple mais un fait très complexe, constitué d'une part par une foule de phénomènes psychologiques, souvenirs, images, dissociation de svnthèses préexistantes surtout dans l'émotionchoc, construction d'autres svnthèses persistantes dans l'émotionsentiment,etc.,d'autrepart par des réactions phvsiologiques dans les muscles, les viscères, les glandes, les vaisseaux, etc., qui sont ellesmêmes plus ou moins perçues par la conscience et qu une modification d'un de ces faits donnera à l'ensemhle une nuance particulière. Dire que l'individu reste émotionné ce n'est pas suffisant ; car il garde souvent cette émotion spéciale et même très spéciale à la place des milliers d'autres qu'il pourrait avoir. N'appelez pas cela, si vous le voulez, une idée fixe, puisque après tout il ne s'agit pas d'idée abstraite, mais sachez bien que c'est un phénomène analogue il l'idée fixe, que c'est toujours la persistance d'un système psychologique précis qui ne diffère de 1 idée proprement dite que par la nature de ses éléments. C'est donc l'existence dans l'esprit de ces malades dune émotion systématique très spéciale, persistant indéfiniment, en grande partie à leur insu, qui donne à leur dysesthésie cet aspect tout spécial.

Nous pouvons maintenant revenir avec plus de facilité sur le problème des rapports de la dysesthésie avec 1 hvpoesthésie. Sans doute la diminution de la sensibilité ne suffit pas pour tout expliquer : comment cette hvpoesthésie étant identique chez les deux malades amènerait-elle chez l'un l'émotion de la peur avec la sensation du froid et chez l'autre l'émotion erotique et pudique ? mais il est certain qu elle joue un certain rôle puisque nous la voyons toujours accompagner ces dysesthésies. Une jolie expérience peut montrer l'importance de son rôle. Si on réussit par différents procédés, les douches, l'électricité, les frictions, les simples efforts d attention à réveiller cette sensibilité engourdie, on va voir disparaître la dysesthésie. L'un de nous répétait sur Gs. une expérience qu il a montrée souvent ici même. 11 lui collait un pain à cacheter sur la main droite et la priait de le garder. Cette simple opération faisait rapidement disparaître toute excitation anormale quand on prenait la main droite. Pourquoi ? Parce que Gs. ayant l'attention attirée sur sa

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main, netaidail pas à la seiitif d'uiH' façon normale et n'avait plus il propos tl'elle C(^s s(Misations bi/arres qni se trouvaient conlrctlilcs par les sensations rrelles. Un (L'iuant voit des (antômes dans la demi-obscurité de sa chambre: vous éclaire/ grandement la pièce et les fantômes disparaissent. N'allez pas dire à cause de cela que c'est l'obscurité qui a fait les fantômes, car nous vous répondions ([iie dans la même obscurité, nous n'en voyons pas. L'hvpoesth(''sie joue donc un rôle essentiel mais seulement comme occasion de la dysesthésie.

Bien mieux, elle est associée avec elle, car on peut faire l'expérience inverse. Au lieu de supprimer l'hypoesthésie, ce qui lait disparaître la dysesthésie, tâchez de supprimer l'émotion persistante, tâchez de convaincre Gs. pendant l'état somnambulique qu'elle a eu un rêve absurde. Si vous réussissez, elle vous laissera la toucher au réveil sans réagir et vous remarquerez qu'elle a une sensibilité normale non seulement du côté droit mais sur tout le corps. Les rapports entre ces deux phénomènes sont donc très étroits. Voici comment on peut les comprendre. Ils dépendent tous deux de l'émotion primitive qui a produit les deux choses, l'hypoesthésie et la dysesthésie. En effet, l'émotion qui est d'abord une modification brusque de l'équilibre psychologique, un choc, détermine en premier lieu une dissociation des fonctions psychologiques, une diminution de la puissance de sensation consciente, c'est-à-dire si vous voulez la traduction, un arrêt, un engourdissement des fonctions cérébrales supérieures. Cet arrêt est localisé particulièrement sur certains points parce que l'émotion est systématique et trouble particulièrement tel ou tel phénomène suivant sa nuance. C'est la sensation du côté droit, des seins, des parties génitales qui entre particulièrement dans l'émotion spéciale de Gs. Ce sont ces sensations-là, ou, si vous voulez, les centres corticaux qui V correspondent ([ul vont être particulièrement troublés dans leurs fonctions, qui seront particulièrement dissociés et par là même affaiblis. P2n second lieu l'émotion, par suite delà dissociation de l'esprit, devient le point de départ de suggestions, elle se prolonge sous forme de sentiment permanent. Ces systèmes de sensations, d'images, de troubles physiologiques ont pris une existence à part. Ils vont se développer avec d'autant plus de force que l'esprit et le cerveau ne sont plus dans leur intégrité pour h'ur résister. C'est ce ([ui va faire la localisation et la forme particulière que prend la dysesthésie dans tel ou tel cas particulier.

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Ces deux phénomènes ne sont donc pas Texpression l'un de Tautre. En nous disant qu'il a froid, en nous disant qu'elle a de la pudeur, Com. et Gs. n'expriment pas uniquement le fait qu'ils sentent moins. La dysesthésie a une source plus profonde qui est au fond la même que celle de l'hypoesthésie. Toutes les deux sont l'expression de la persistance d'une idée fixe émotive ou d'une émotion systématique qui d'abord affaiblit l'esprit et ensuite lui impose un état toujours semblable.

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