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LES TROUBLES DE L.\. SENSIBILITÉ

pourquoi. En effet, si nous voulons continuer notre investigation et si nous approchons la main de la jambe gauche, vous voyez que la malade, qui avait déjà l'air inquiet pendant l'examen de son bras, fait des grimaces de terreur. Il faut Insister cependant et nous lui faisons comprendre que nous avons besoin de voir sa jambe. Prenons le pied d'abord; il n'a rien d'anormal, il n'est pas gonflé, ni contracture, mais il résiste aux mouvements communiqués, l'articulation est dure et la malade gémit horriblement. Si nous montons et si nous prenons le genou, vous entendez qu'elle hurle; enfin si nous touchons seulement du bout du doigt l'articulation de la hanche, la voici qui se renverse en arrière, tombe de sa chaise et commence une grande attaque convulsive. On va l'emmener et la calmer peu à peu pendant que nous allons résumer son histoire.

Nous ne trouvons à noter dans les antécédents héréditaires qu'une tante maternelle restée en enfance, une imbécile. Le père et la mère sont au contraire à peu près normaux. Dans son enfance et sa jeunesse, Sev. resta à peu près bien portante : pas de convulsions, pas de retard de développement, pas d'accidents au moment des règles qui survinrent un peu tardivement, à 15 ans, un peu d'anémie, un caractère émotif et c'est tout. A 22 ans, une mésaventure fut le point de départ d'une série d'accidents hystériques qui n'ont jamais complètement disparu depuis 20 ans. Elle se laissa séduire, accoucha en secret et quitta ses parents pour se placer à Paris comme nourrice. Elle avait l'esprit très tourmenté h propos de l'amant, de son enfant, de ses parents. Elle avait sans cesse à dissimuler: les Inquiétudes, les tourments, les émotions l'épuisèrent beaucoup.

L'année suivante, une petite occasion amena le début des accidents: en traversant une rue avec l'enfant de ses maîtres, elle fut frôlée du côté gauche par un cheval emporté et crut, mais à tort, l'enfant blessé. Attaque hystérique, cauchemar avec hallucination d'enfant écrasé et à la suite, des tremblements, des secousses choréiques persistant pendant plusieurs mois, surtout du côté gauche. Tout se calma à peu près jusqu'il l'âge de 30 ans; h ce moment nouvelle mésaventure. Vous remarquerez que nos malades ont toujours des mésaventures : noire opinion à ce sujet c'est qu'ils n'en ont guère plus que les autres, sauf exceptions bien entendu, mais que leur état mental fragile les rend incapables de supporter des petits événements qui passeraient pres(jue inaperçus chez

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les autres et qui deviennent chez eux le point de départ de manifestations à grand orchestre. Sev. était donc dans un magasin de jouets d'enfant, quand un mauvais plaisant eut la fâcheuse inspiration de faire partir une amorce dans un pistolet d'enfant tout près de son oreille et par grand malheur ce fut encore du côté gauche. Terrible crise d'hystérie, avec perte de conscience pendant quarante-huit heures, convulsions, délire avec idée fixe que cet homme voulait la tuer. A la suite, persistance de l'idée fixe de mort, désespoir, terreur et anorexie grave pendant trois mois. Pendant ce temps le côté gauche, le malheureux côté gauche qui avait supporté tous les accidents, devenait de plus en plus faible et peu à peu une hémiplégie gauche à peu près complète se développait. Détail particulier, la parole se troubla en même temps. Nous n'insistons pas pour le moment sur les relations des hémiplégies avec les aphasies chez les hystériques, c'est une question sur laquelle il y a lieu de revenir. Pour le moment, remarquez que l'hémiplégie était h gauche et non à droite, et nous ne savons s'il y a eu aphasie ou mutisme hystérique, ce qui est fort possible après les émotions précédentes.

La malade entre à l'Iiôpital Cochin, nouvelle émotion en voyant une femme qui tombe par terre: cette émotion bouleverse l'équilibre nerveux, lui rend tout à coup la parole et transforme l'hémiplégie gauche en paraplégie complète. Ces transformations, ces équivalences sont bien connues dans l'hystérie ; ce n'est pas une raison pour que nous ne déclarions pas qu'elles sont à notre avis très étonnantes et probablement très instructives sur le mécanisme du système nerveux central. A ce moment on nota, paraît-il, un ensemble de phénomènes bizarres à propos de la sensibilité du côté gauche. La sensation semblait disparue et cependant la piqûre donnait naissance à divers phénomènes. Ce sont ces faits de sensibilité subconsciente que nous connaissons mieux aujourd'hui.

A 32 ans, tous ces accidents étaient plus ou moins terminés. Sev. se maria et eut cinq enfants dont deux sont aujourd'hui vivants et bien constitués. Le mari mourut lorsqu'elle avait 38 ans, la laissant enceinte et presque dans la misère. Elle montra beaucoup d'énergie pour se tirer d'afl'aire et élever les enfants. Ce qui la tourmenta le plus à partir de 40 ans, ce fut une métrite gi'ave qui finit par amener, l'année dernière, des pertes de sang si considérables que l'on jugea uneopération indispensable. L'opération eut lieu l'année dernière dans une clinique particulière. Ces mes-

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sieurs, nous ne savons vraiment pas pourquoi, prétendirent qu'il était impossible de l'endormir et ne voulurent user ni de chloroforme, ni d'éther.

L'opération du curettage n'est évidemment pas tout à fait terrible, Tannée dernière un de nos malades l'a supportée sans broncher pendant le sommeil hypnotique'. Mais Sev., très impressionnable, absolument épouvantée, souffrit horriblement. Il fallut, paraît-il, la li(>r; ce dut être une scène invraisemblable, car au milieu de l'opération elle commença des convulsions et du délire, et le chirurgien dut cependant continuer.

C'est à la suite de cette opération, surtout quand elle essaya de se lever quinze jours après, que l'on constata la paralysie actuelle. On pourrait parler d'une hémiplégie hystérique banale d'autant plus qu'elleena déjà eu une, mais, comme nous vous l'avons fait remarquer, cette paralysie est singulière ; la malade remue en somme assez bien, surtout quand elle n'y fait pas attention. Si on sait s'y prendre et si on emploie des précautions oratoires infinies pour diminuer la terreur que lui cause cet examen, on peut examiner la résistance qu'elle oppose aux mouvements passifs et cette résistance qui semblait nulle au premier abord devient par moments considérable. Est-ce donc une paralvsie systématique, pour les mouvements de la marche surtout, une sorte d'astasieabasie? Pas précisément, et nous avons une autre interprétation h vous proposer.

Ce qui domine dans l'état de cette malade, c'est surtout une dysesthésie invraisemblable généralisée à tout le corps, mais avec prédominance sur le côté gauche et siège principal sur les cuisses et la région du bassin. Vous avez vu qu'on ne peut toucher la hanche gauche sans déterminer des cris de terreur et une grande crise d'hystérie. Quand on prend des précautions pour ne pas aller jusque-là, surtout (piand on touche et qu'on interroge la malade pendant le sommeil hypuoti(jue, elle vous explique très bien qu'elle ne ressent pas précisément une douleur mais une angoisse, « une terreur horrible, comme si on allait recommencer l'opération ». Cette dysesthésie est due, à notre avis, à l'émotion persistante de l'opération chirurgicale, émotion et terreur dont la malade ne se rend compte qu'à demi et (pii lui font redouter horriblement toute impression cutanée.

1. ^ olr dans le [)rcmicr volume de cet ouvrage le chapitre xiii, p. 181.

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Quant à la paralysie incomplète et bizarre, elle est surajoutée et nous dirions presque volontaire. C'est la malade qui ne veut faire aucun mouvement de sa jambe gauche de peur de réveiller une de ces sensations horribles. Peu à peu elle se suggère à ellemême une paralysie, par peur du mouvement, de la douleur et de l'angoisse qu'il pourrait occasionner. C'est un peu sous une forme particulière ce c[ue Mœbius décrivait sous le nom cVakinesia algera, absence de mouvement s'accompagnant de douleur et entretenue par cette douleur. Nous pouvons vous dire d'avance que cette forme de paralysie nous paraît curable surtout quand on songe que la malade est fort hypnotisable.

Vous voyez maintenant M""^ Sev. qui, il y a un mois, se traînait si difficilement et qui maintenant marche parfaitement et se laisse toucher sans crier, ce dont elle est très fière. Nous l'avons habituée h supporter pendant le sommeil hypnotique des attouchements d'abord légers, puis violents, sur sajamlie, sous prétexte de massage. Le massage n'a peut-être pas été mauvais en luimême pour détruire de petites contractures disséminées sur divers muscles qui résultent souvent des attitudes fausses, des immobilités que gardent ces malades.

Le massage a eu également comme conséquence de réveiller la sensibilité normale, d'habituer la malade à se rendre mieux compte des sensations prenant leur point de départ dans la hanche gauche. Mais le résultat principal, le plus difficile d'ailleurs à obtenir, a été de lui faire oublier cette association entre l'attouchement du coté gauche et le souvenir terrifiant de l'opération chirurgicale.

CIIAPITRI': II TREMBLEMENTS ET CIIORÉES

Nous avons souvent étudié ici des malades qui tremblent et nous avons vu combien ils pouvaient être différents les uns des autres. Quelques-uns d'entre vous se rappellent les leçons célèbres de Charcot sur les trembleurs. Il aimait à réunir sur l'estrade des malades qui au premier abord tremblaient à peu près tous de même et qui cependant présentaient à un examen attentif des maladies très différentes: le tremblement sénile, les névrites alcooliques, la sclérose en plaque, la maladie de Parkinson, etc. Eh bien, cette division que Charcot faisait parmi les tremblements déterminés par des lésions cérébrales et médullaires, on pourrait la faire également parmi les tremblements qui se présentent au cours des névroses. Sans doute, ce fut un véritable service rendu à la clinique que la reconnaissance et le diagnostic des tremblements hystériques, et la belle thèse de M. DutiP a déjà mis quelque ordre et quelque clarté dans un groupe de phénomènes assez confus. Mais ce titre même de tremblements hystériques ou tremblements névropathiques est encore bien vague. Toutes ces maladies sont loin d'avoir la même origine, le même mécanisme et il est souvent utile pour les traiter de les mieux comprendre et de les distinguer. C'est pourquoi nous ne chercherons pas à étudier dans ces examens cliniques les théories encore bien incomplètes du tremblement. Nous chercherons seulement, autant qu'on peut le faire dans un examen, rapide à voir un peu ce qui distingue chaque cas clinique et h séparer

1. A. Dulil, Cuiilribulioii à l'élude des Irenibleinents hystériques, 1801.

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