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II

338 TREMBLEMENTS ET GHORÉES

tout à fait le même dispositif; le trembleur de Verdin est fixé sur la main droite, au même point, avec le même poids, le bras est étendu de la même manière et vous voyez que le tremblement a lolaletnent disparu dans la main droilc comnK' dans la main gauche (figure 29).

Ces remaïques semblent nous monlier ([uo ce tremblement a un rapport très étroit avec l'écriture automatique ou plutôt avec le besoin de cette écriture. Les choses se passent coiume si l'Esprit avait continuellement envie d'écrire et agitait le bras du médium pour commencer cette écriture, mais ne pouvait pas y parvenir à cause de la résistance de celui-ci et ne déterminait que des secousses incohérentes, un tremblement. Au lieu de l'Esprit, mettons, si vous voulez, les centres corticaux de l'écriture qui, à la suite de ces interminables écritures spirites, ont pris un fonctionnement anormal et surtout un fonctionnement indépendant. On peut comprendre que ces centres gardent encore, par suite des rêveries plus ou moins conscientes du sujet, une certaine excitation qui tend à se dépenser en écriture automatique. Ce n'est pas une pure supposition, ce besoin s'est révélé par bien des faits. Depuis que My. ne veut plus être médium et ne consent plus à écrire pendant la journée, il lui est arrivé de se relever la nuit, à son insu, et d'aller couvrir des pages d'écritures pendant le sommeil. Dernièrement, en plein jour, étant ou se croyant bien éveillée, elle a eu besoin d'écrire au maître d'école de son fils, et a commencé une lettre parfaitement raisonnable sur le petit point en question. Avant de la cacheter, elle a relu sa lettre ; à la fin de la deuxième ligne elle a lu avec désespoir : « Il ne faut pas avoir peur, il ne faut pas t'effrayer de ce que je vais transcrire, tu vas mourir, etc. » A la première occasion, le mécanisme s'était déclaiiché, et la phrase sacramentelle s'était écrite. Vous n'avez, d'ailleurs, qu'à la laisser un instant tranquille, sans occupation précise et sa main va écrire la phrase. C'est l'idéal du fonctionnement automatique devenu tout à fait irrésistible. N'est-il pas vraisemblable qu'un semblable besoin continuel trouble les mouvements de la main et arnÏMie les secousses que vous voyez.

On peut même le vérifier par les essais de thérapeutique que nous avons faits. Quand un Esprit daigne se manifester par l'écriture d'un médium vous savez qu'il est convenable de causer avec lui. C'est ce (|ue nous avons fait et avec quelque peine nous

avons obtenu que cet Esprit renonçât à sa rengaine et répondit à nos questions, ce qu'il fait maintenant fort aimablement. Cette

recherche a déjà eu un résultat, c'est que l'écriture au- ^^^

tomatique ne répète plus uniquement la phrase consa- ^^^^|

crée, mais parle de nouveau un peu de tout, comme elle ^^^^H

faisait autrefois. Cela a déjà beaucoup rassuré la malade. ^^K^l ^

Cela fait, nous avions le pouvoir de commander un peu ^^K^| w

au mouvement automatique. Au moment ou le frendjle- ^H|^| '^

ment est le plus fort sans déterminer l'écriture qui ^^hH f

l'arrêterait, comme nous le savons, nous parlons à ^^H^f §

l'esprit et le prions de se rappeler ses promesses, d'être ^^■^| "â

raisonnable et de ne plus tourmenter INIy., immédiate- ^^^^1 |

ment le tremblement diminue d'une manière considéra- ^^^^| °

ble sans disparaître tout à fait ce qui n'a lieu qu'après ^^kS ^

l'écriture. La figure 30 donne la graphique de cette ^^BH |<

modification. En un mot ce tremblement surajouté à ^^HH i

l'état hvstéro-neurasthénique de la malade pourrait ^^B^| "t!

s'expliquer par l'émotion, mais après l'étude que nous |^^^H -

vous avons présentée, n'est-il pas vraisemblable qu il Rfl^l ^

dépend bien plutôt de l'écriture automati(jue elle- ^^^^| "^

même. C'est là comme nous vous le disions une origine ^Hfl 1

assez singulière du tremblement hystérique. \ous ne ^^^^| =

la rencontrerez pas tous les jours, elle confirme ce que ^^^^| 2

nous vous avons dit sur la diversité des mécanismes ^^kS ~

de ces phénomènes. ^^S^l ç

Pour modifier le tremblement de la malade, il tant ^^B^^ J

donc comprendre le phénomène essentiel qui est l'écri- ^^B^| S

ture automatique. Au moment où l'écriture se produit, ^^^B "^

apparaît comme cela a été souvent signalé, en particu- ^^kS g

lier par un psvcholoone américain, W.James*, une ^^k9 .E'

anesthésie 1res nette de la peau de la main droite. Vous ^^Bfl J

savez que cette malade n'avait pas de stigmate à l'état ^^^9 |

normal. Elle les prend pendant l'écriture médianimique, ^^iH ^

cela est intéressant pour le diagnostic de ces phéno- IB^| 2

mènes qui se rapprochent franchement de l'hystérie. I^^H

Cela est intéressant aussi pour l'étude de l'écriture |^^|

elle-même. Cela nous montre qu'il y a, au moment où ^^^^

1. William James. Noies on aulomatic wriling. Proccedin^s of llte ameiican Society for psycliical Research. Mardi, J889, p. 551.

340 TIIKMMI.EMENTS ET CIIOHKKS

l'écriture se produit, une itu^nieutation de la dissociation mentale. Il ne sullil pas de dire ([u';i ee moment les centres corticaux de la main droite s'eufrourdissenl ; cela est loin d'entre suffisant, ce n'est même pas exact. Celte main tlroite est à ce moment plus habile, plus capable d'écrire rapidement sans le secours de la vue et même en réalité plus sensible que jamais ; d'abord elle sent très bien le crayon et le papier, ensuite, si on interroge l'Esprit, l'écriture exprime la connaissance de toutes les impiessions même les plus délicates faites sur la main. Les centres de la main droite ne sont donc pas simplement engourdis, ils sont surtout séparés du reste du cerveau, ils fonctionnent bien, mieux peut-être que pendant la vie normale, mais ils fonctionnent à part, puisque maintenant My. ne sent plus les piqûres, ni les mouvements imprimés à son bras. 11 est vrai de dire cependant que My. à l'exemple de certains médiums est capable en faisant fortement attention de reprendre une certaine conscience de ces mouvements de l'écriture puisqu'elle devine la phrase que l'esprit va écrire, surtout quand c'est la phrase ordinaire qu'elle reconnaît au bout de quelques mouvements. Elle peut aussi reprendre conscience indirectement de cette écriture. Vous connaissez les expériences appelées par les anglais « crystal-^ision «, expériences qui consistent à provoquer des hallucinations en faisant fixer une boule de verre'. Si My. fixe la boule de verre en même temps qu'elle laisse sa main écrire elle voit dans la boule des spectacles en rapport avec ce que la main écrit, quelquefois elle voit l'écriture même et elle peut ainsi en lisant ce que lui présente celte hallucination reprendre la conscience des mouvements que sa main fait à son insu. N insistons [)as sur ces complications du phénomène; comme l'un de nous l'a souvent montré, il s'agit d'association entre des phénomènes subconscients et d'autres phénomènes restés conscients ou si vous préférez un autre langage : il s'agit d'association entre le centre kinesthésique du bras droit l(Mjuel lonctionne d'une manière isolée et le centre visuel (jui lui est resté rattaché à l'ensemble de l'écorce. Le fait capital n'en est ])as moins h' caiactère subconscient ([ue prennent l'écriture et les sensations de la main droite, la séparation, l'isolement de ces phénomènes qui ne sont plus rattachés aux autres

1. Voir (Iniis lo premier volume de cet ouvrage, chapitre xi, sur la dhination par les miroirs et les lidlluciiKitions sitbcunscientes, p. 407.

CHORÉE SATLATOIRE 341

phénomènes cérébranx. Ce sont ces phénomènes dissociés qu'il faut chercher à détruire, on peut les atteindre un peu plus facilement pendant certains états de somnambulisme.

Vous devinez, en effet, qu'il n'est pas très difficile de transformer cet état pendant lequel se lait l'ccrituro automatique en somnambulisme. C'est ce qui a déjii eu lieu naturellement quand My. a été écrire la nuit et quand pendant le jour elle s'est endormie en écrivant. Pendant ce somnambulisme il est plus facile de modifier un peu ces rêveries, de changer ces croyances sur les pratiques spirites. Au réveil, mieux encore qu'après l'écriture automatique, il n'y a plus de tremblement, plus d'angoisse et bien entendu plus de stigmates, puisque ceux-ci ne persistent jamais.

Actuellemement la malade se sent fort bien et reste guérie dans l'intervalle des somnambulismes, au moins pendant une quinzaine de jours. Pourrons-nous arriver à les supprimer complètement ? C'est là, comme vous le savez, la grosse question chez des malades qui ont surtout besoin de direction et chez qui, un traitement quelconque ne réussit, que parce qu'il est une direction.

Observation 96. — Chorée saltatoire. — Iniitnlion de la dnnsc, antécédents^ ménopause, inquiétudes, idées de persécution, mouvements de terreur, traitement, distractions, théâtre, admiration pour les ballets, émotion systématique, sensibilité, hystérie infantile.

Regardez cette singulière malade Gi., qui nous offre un spectacle amusant. A peine est-elle entrée sur l'estrade, en face de vous, qu'elle fait des gesticulations bizarres dont le sens ne tarde pas à être bien net. Elle lève les bras, les arrondit gracieusement au-dessus de sa tète, elle se dandine sur les jambes, lance un pied en avant, en soulevant ses jupes et recommence cinq et six fois. Elle pirouette sur la pointe des pieds, s'agenouille à demi, se relève, saute, ondule le corps à droite et à gauche en balançant les mains. En un mot elle danse; ce n'est pas la danse vulgaire, c'est une imitation maladroite et comique des pas des danseuses sur les théâtres. Ces photographies instantanées (figures 31-30) reproduisent les principales attitudes de la malade.

Ajoutez que la bonne dame a 50 ans, qu'elle a un air sérieux et vénérable et qu'elle va nous exprimer quelques paroles très sensées et vous serez étonnés de ce contraste baroque entre cette

TREMBLEMENTS ET ClIORÉES

F.G. ;ii.

FiG.

FiG. 3:î.

CHORÉE SALTATOIRE

FiG. :;.

FiG. oij.

FiG. 38.

344 THI'MhLEMEMS ET CHORÉES

oomédie de la daiiso et l'aspect du personnage. Il serait bien curieux de pouvoir analyser un cas semblable ; nous voudrions savoir si elle affil tout à (ail involontairement, nous voudrions comprendre ce (jui la pousse, retrouver l'origine d'une semblable plaisanterie. ^Malheureusement l'étude est en ce moment dillicile, la malade répond à peu près comme vous allez le voir, mais elle est évidemment confuse. Elle nous comprend à moitié et nous ne la comprenons pas très bien. D'autre part, si nous attendons pour la mieux connaître, nous avons peur (jue celte chorée bizarre ne disparaisse : elle a déjii diminué dans le service. C'est pourquoi nous vous la présentons aujourd'hui avec le peu de renseignements que nous possédons: quittes à y revenir plus tard.

Voici les quelques renseignements que nous a donnés le fds de la malade et que nous avons pu obtenir d'elle-même. Le père paraît avoir été très bien portant, mais la mère était très nerveuse et eut fréquemment des crises. Cependant, Gi. paraît s'être toujours bien portée ; un peu timide et embarrassée, très émotive, sujett& aux palpitations de cœur à propos des impressions vives, elle n'eut jamais d'accidents proprement dits. La maladie actuelle a commencé au mois de mai dernier sans qu'il n'y ait rien eu auparavant. L'occasion de ce début des accidents nerveux est bien nette, c'est évidemment la ménopause. Cette femme a eu ses règles en avril et se portait encore très bien. Les règles ont manqué en mai et de ce moment elle a commencé à paraître bizarre. Au début il n'y avait qu'un trouble dans les idées, elle était inquiète et effrayée. Elle semblait tourmentée par des idées de persécution, prétendait qu'on lui en voulait, qu'on l'accusait et qu'il y avait danger pour elle à sortir de sa chambre;. En fait, il paraît qu'elle avait un peu raison et que de mauvaises langues avaient fait courir à ce moment quelques bruits fâcheux sur sa conduite. Les insinuations dont elle n'aurait aucunement tenu compte à d'autres moments l'avaient impressionnée plus vivement probablement ;i cause de la ménopause et avaient déterminé cet étal de terreur presque continuelle. A ce moment, elle n'avait aucun trouble du mouvement, si ce n'est qu'elle piésentait d(! temps en temps tjuelques secousses des bras et du corps, mais ces secousses étaient bien nettes et ont toujours été expliquées de la même manière par le fds et par la malade. Ces mouvements étaient des sursauts de frayeur en rapport avec le moindre bruit, un pas dans la rue ou l'ouverture d une porte. En un mot, on ne constatait pas ii ce moment de la

CHORÉE SALTATOIRE 345

chorée, mais des mouvements en rapport avec cette émotion persistante de terreur. Cet état dura plus de trois mois jusqu'à la fin du mois d'août. A ce moment, amélioration déterminée surtout par un changement de milieu. Elle quitta la campagne et vint habiter à Paris, avec son fils qui fit tout ce qu'il put pour la distraire.

Or, ce fils, c'est un détail qu'il faut savoir, est employé dans une parfumerie oii se fournissent, paraît-il, un certain nombre de petites actrices. Par leur intermédiaire ce jeune homme avait beaucoup de billets de théâtre et mena sa mère au spectacle presque toutes les semaines. Elle ne s'intéressait guère à la pièce et réclamait uniquement des grands spectacles, des féeries, des ballets. Ici, la malade elle-même peut nous répondre un peu. « Ditesnous, INIadame, ce qui vous amusait le plus au spectacle? »

La malade répond d'une voix brève, saccadée : « Les ballets

voir les jambes, les bras qui dansent — cela me donnait envie de

danser, vieille comme je suis je suis jeune de caractère Les

beaux gestes. (Elle arrondit les bras et danse) Idée d'enfant

là-dessus. » C'est tout ce qu'elle peut nous expliquer et vous voyez qu'elle se remet à danser. En fait, il parait que les ballets l'ont beaucoup frappée et ont déterminé une émotion bien spéciale, une sorte d'état agréable qui persiste constamment. Elle n'a pas tardé à prendre cette figure béate, à poser lorsqu'on la regardait, à arrondir ses gestes, puis elle s'arrêtait en disant son mot : « Idée d'enfant qui me vient. » Peu à peu cette idée d'enfant parut grandir, l'émotion spéciale se reproduisit plus rapidement et les danses se sont développées comme vous les voyez.

Actuellement ces danses sont perpétuelles chez Qi., quelque soit le moment où on l'observe, à une condition cependant, c'est qu'elle sache qu'on l'observe. Dès qu'elle est seule, elle se calme, range ses petite afTaires avec infiniment de bon sens, écrit ses recommandations à son fils et ne commet pas la moindre erreur sur la place des mouchoirs ou des chaussettes dans l'armoire. La nuit elle s'endort profondément et tous les mouvements cessent. Pouvons-nous noter d'autres svniptômes accompagnant celiii-lii ? Pas beaucoup malheureusement. Aucun stigmate hystérique : sensibilité très délicate sous tous ses modes, champ visuel parfait, sensibilité viscérale et appétit très bien conservés. Le sens musculaire a été l'objet d'une étude spéciale sans que nous ayons pu découvrir aucune modification. Chacune des mains distingue

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sans erreur lies tlilTércMiees de 2 et qiieKpiefdis 1 gramme sur 10. Le seul fait a|)pré(ial)le, c'est d'abord un peu tle confusion mentale, rairaiblissetnent de l'attention et un état émotif persistant, le plaisir de se donner en spectacle et de faire de beaux gestes.

A quoi comparer cette maladie? A une forme d'hvstcrie que nous ol)servons assez souvent chez les petits enfants qui grimpent, <[ui lont des grimaces, ([ul se font regarder et qui cessent quand on ne s'occupe plus d'eux. C.es petits malades non phis, on l'a bien souvent remarqué, n'ont pas de stigmates permaiirnls. C'est en un m(»t une hystérie infantile ;i forme de chorce gesticulatoire et saltaloire. Il est curieux de voir que la ménopause a mis l'esprit de cette femme dans l'état où se trouve celui de ces petits enfants et a permis à certaines émotions spéciales de devenir permanentes en amenant involontairement les gestes appropriés.

La malade Qi. est depuis trois mois dans le service et vous voyez que son état s'est grandement modifié, elle ne danse plus et se tient convenablement sur sa chaise. Vous notez cependant de temps en temps des secousses des bras qui se soulèvent brusquement. Ne croyez pas que ce soit un simple mouvement choréique : c'est un reste de la danse qu'elle vous a présentée. Elle sent à ce moment la même émotion, la même « idée d'enfant », qui revient mais elle sait maintenant y résister. Si vous voulez vous en convaincre, vous n'avez qu'à siffler ou à chantonner un air de musique ou simplement à frappei- en mesure sur la table, la voici qui se lève brusquement, qui arrondit les bras et recommence à danser. Cette expérience la rend furieuse et elle se jette par terre pour arrêter la danse. C'est que nous lui avons appris à mieux sentir ces impulsions, à s'en rendre compte, à leur résister. Quand elle n'est pas troublée ni émotionnée elle sait fort bien arrêter dès le début le dé\<doppement de cet état d'esprit bizarre. Aussi a-t-elle l'intelligence beaucoup plus lucide et il est probable que dans peu de temps elle aura repris son état normal.

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