Un cas de paralysie agitante
Observation 97. — Paralysie agitante survenant simultanément chez deux personnes dans les mêmes conditions.
— Antéci'dents, grande êmolion chez les deux femmes, rêves et obsessions, dèhul du tremblement chez la première au haut de six mois, chez la, seconde après huit mois, maladie de Parkinson, début de la paralysie agitante par une émotion, période d'incubation caractérisée par des obsessions.
Le tremblement que cette jeune femme de 33 ans. Heu., présente dans tout le côté droit se rattache à une grande maladie dont vous faites tout de suite le diagnostic. Il s'agit d'un cas typique de paralysie agitante, de maladie de Parkinson. Quoiqu'elle soit bien classique et bien aisée à diagnostiquer, cette maladie n'en est pas moins profondément mystérieuse. Aussi, même quand on ne prétend pas ajouter quelcjue chose à son interprétation, est-il toujours juste de signaler un détail de cette affection, ne fût-ce qu'à titre de document. Nous ne vous signalons ce cas qu'à un seul point de vue; nous attirons votre attention sur un détail de ses débuts : c'est que la maladie de Parkinson a débuté ici simultanément chez deux personnes vivant ensemble dans les mêmes conditions et ayant éprouvé les mêmes émotions. Le fait est assez rare pour mériter d'être signalé.
Cette malade est fdle d'un père et d'une mère qui tous les deux ont présenté des crises d'hvstérie, la mère aurait même eu des délires livstériques assez graves dont l'un s'est prolongé pendant deux ans. Heu. elle-même fut toujours très timide et très impressionnable : une émotion la rendait sérieusement malade et déterminait de véritables embarras gastriques. Elle entra comme demoiselle de magasin et bientôt comme associée dans une petite maison de commerce et vécut une dizaine d'années dans la plus étroite intimité avec M"'" B., la directrice delà maison. Cette dame était elle-même très émotive et avait déjà présenté quelques petits accidents nerveux, par exemple des évanouissements, mais sa santé était en général assez bonne. H n'en était pas de même de son mari, M. B., le patron de la maison. Celui-
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ci, attoint d'iino laiyngilo tiilxTciilouse, avait souvent fies accès de sufl'ocation des plus pénibles. Pendant ces accès il était soigné par M"*" B. et par l'associée M"" Heu., qui ne le quittaient pas. Il y a deux ans, la situation du pauvre homme s'aggrava et il mourut après une agonie terrible qui avait duré 2'i heures et qui avait épouvanté les deux femmes.
Celles-ci ont semble se rétablir de leur émotion qui avait été des plus profondes, mais elles restèrent cependant faibles et souffrantes. Toutes deux restaient frappées par le souvenir de l'horrible spectacle : la nuit elles revoyaient dans leurs rêves le pauvre homme agonisant et le jour elles s'inquiétaient et cherchaient si elles n'avaient pas contracté le germe de la maladie. Cependant ces obsessions et même ces rêves s'effacèrent peu à peu et les deux femmes croyaient avoir oublié la scène qui les avait tant émues.
A ce moment, six mois après le décès, M"'° B. se plaignit de ressentir une grande difficulté dans les mouvements et s'aperçut qu'elle tremblait constamment. Au même moment sa compagne, M"" Heu., se plaignit d'une gêne dans la main droite qui l'empêchait d'écrire; quelques mois plus tard, c'est-à-dire dix mois après le décès elle s'aperçutqu'elle tremblait exactement comme M"® B., mais du côté droit seulement.
Depuis les deux femmes se sont séparées, mais leur maladie a continué à évoluer exactement de la même manière. La première atteinte présente un Parkinson complet, raideur des membres, immobilité, tremblement, sensation de chaleur, rétropulsion, etc. ; la seconde n'est atteinte fortement que du côté droit, quoiqu'il y ait certainement un début de l'affection du côté gauche. La raideur et le tremblement sont extrêmes du côté droit, la figure 39 nous présente le graphique de ce tremblement fort régulier avec 5 1/2 à 6 oscillations par seconde. On voit bien d'une manière assez curieuse la différence des deux côtés du corps si on examine la face. Le côté droit de la face est immobile, raide, la peau est comme tendue et luisante, la bouche remonte un peu de ce côté. La malade sent des chaleurs du côté droit et se sent entraînée à courir en avant. Peut-on dire qu'il s'agit là d'une imitation de la première malade par une personne prédisposée à l'hystérie ? En tous cas, l'imitation est bien parfaite et vous ne retrouverez guère celte raideur, celte attitude figée, cette immobilité du masque, ces chaleurs, ces antépulsions dans le tremblement hystérique. On n'a pu trouver chez cette malade aucun stigmate et on a inutile-