CHAPITRE III
Messieurs,
Il est bien tlilficile de distinguer pratiquement ces divers troubles du mouvement que l'on désigne sous le nom de chorées, de spasmes, de tics et il est bien évident qu'un accident rangé par nous sous un titre serait autrement désigné par un autre observateur. Cela n'a pas grande importance, comme l'un de nous l'a montré^ toutes les mvoclonies se rattachent les unes aux autres par d'innombrables intermédiaires. D'une manière générale nous désignerons sous le nom de tremblements ou de chorées un mouvement continuel, ininterrompu et sous le nom de spasmes et de tics des mouvements plus rares séparés par des intervalles de repos. Pour distinguer ces deux derniers l'un de l'autre, nous nous en tiendrons au signe indiqué par Charcot et précisé par M'' Brissaud " ; « le tic est un mouvement svstématisé reproduisant en l'exagérant un acte phvsiologique appliqué ;i un but fonctionnel, le spasme est un mouvement plus simple, plus isolé (jui n'est pas systématisé pour un but lonctionnel. )> Ces définitions s'appliqueront facilement dans certains cas, mais il en est beaucoup d'autres dont la désignation restera toujours embarrassante.
1. Professeur Raymond. Leçons sur les maladies du système nerseux. Première série, 189(3. p. 551.
2. E. Brissaud. Leçons sur les maladies nerveuses. 1895, p. 503.
i. — Tics de forme hystérique.
Onsi'UVATioN 9S. — Rire hystérique. — Ih'rc continuel depuis quiilre mois, étui de (jaielê exnycrée, slujmales, opêrnlion cliirurgic'ile, chloroforme, su(j(jeslion pendanl le sommeil chloroformique, trailement.
Il s'agit trun petit accident hystérique en lui-même assez banal qui n'est intéressant que par sa durée et par l'origine au moins vraisemblable que nous pouvons lui attribuer. Voici une pauvre fdle de 18 ans, Merc, qui vous paraît être fort gaie, car elle entre en riant continuellement. Vous voyez l'ouverture de la bouche presque continuelle qu'elle essaye de dissimuler derrière un mouchoir, les secousses du thorax ; c'est en réalité un rire assez naturel. Ce rire s'accorde, le plus souvent du moins, avec un état d'esprit correspondant, elle se sent disposée à la gaieté, à prendre tout en rose, malgré une situation qui d'à rien de bien gai. Elle ne peut s'empêcher, en vous voyant dans la salle, de vous trouver drôles, et «c'est peut-être pour cela, dit-elle, qu'elle se met à rire». Son rire n'aurait donc rien que de très simple ; il n'y a qu'une difficulté, c'est qu'il dure depuis plus de quatre mois, ce qui est beaucoup, vous l'avouerez, même pour le caractère le plus gai. Nous n'avons pas de peine à nous assurer que ce rire interminable est tout à fait involontaire et en opposition complète avec les désirs de la petite malade qui voudrait rester tranquille. « Je sais bien, dit-elle, au milieu de ses rires, que j'aurais bien souvent des raisons pour pleurer plutôt que pour rire, mais je ne puis m'en débarrasser. Cela s'arrête un moment, j'en prohte pour parler ou pour manger etcela recommence ». Ajoutez que souvent elle dort mal et alors son rire persiste, même la nuit. Quand elle s'endort, le rire cesse complètement. Enfin, nous vous dirons que cette malade a eu autrefois des crises d'hystérie et qu'elle a encore un peu de rétrécissement du champ visuel. Elle ne présente aucun trouble de sensibilité tactile ou musculaire bien net ni sur les membres, ni sur la poitrine ou l'épigastre dans la région du diaphragme où nous l'avons cherché, mais elle présente un certain retard de la réaction
qui peut être dû à un aft'aiblissement de la sensibilité ou qui dépend des troubles de l'attention déterminés par ce rire continuel. Ces signes sulfisent cependant pour ([ue vous reconnaissiez là le fou rire des hystériques ou plutôt nous permettent de ranger le phénomène dans une catégorie générale, celle des tics hystériques.
L'origine est assez particulière. C'est une enfant fort malheureuse dont le père s'est suicidé, dont la mère était ivrogne et à moitié folle. Elle a été, dans son enfance, rouée de coups, puis abandonnée par la mère qui avait réussi h lui fouler les deux poignets. Elle a vécu comme elle a pu jusqu'à présent d'une manière, vous le comprenez bien, foil irrégulière et elle a eu déjà à diverses occasions quelques m'ises de nature hystérique.
Il y a quelques mois, un de ses amis, étudiant en médecine, lui démontra que la chirurgie pouvait remettre en bon état ses deux poignets déformés et peu mobiles. Elle entra dans un service de chirurgie où elle se montra d'un caractère fort excentrique et s'amusa avec tous les étudiants. Pour lui remettre ses poignets on l'a chloroformée ; or il paraît, le récit nous est fait avec précision par les témoins, que sous l'influence de l'ivresse chloroformique, elle commença à dire quelques bêtises et que ces messieurs la trouvant drôle l'ont plaisantée. Elle s'excita et se mit à raconter des folies et à rire pendant la plus grande partie de l'opération. Il est probable que pour cette simple foulure, le chirurgien ne jugea pas nécessaire de pousser fort loin la chloroformisation. Elle se réveilla sans souvenirs précis, mais très gaie et avec un fou rire. Depuis, ce rire ne s'est arrêté que par instants.
Nous ne pouvons guère faire de commentaires sur cette étiologie et sur cette séance dont nous ne savons pas bien les détails. La seule chose qui nous semble mériter d'être signalée c'est que le sommeil chloroformique semble avoir joué dans ce cas un rôle analogue à celui du sommeil hypnotique. On peut dire, grossièrement bien entendu, que les choses se sont passées comme si on lui avait fait des suggestions maladroites pendant un sommeil hypnotique dont elle se serait mal réveillée. Vous trouverez une note sur ce point dans une communication intéressante de M. le D'' Jules Janet « du sommeil hypnotique, du sommeil naturel et du sommeil chloroformique » présentée à la Société de psychologie physiologique \ On peut dire qu'un état psychologique complexe, un état