‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 248 sur 326 · Jules Janet. Bulletin médical, 16 mai 1888, p · texte numérisé non relu

Jules Janet. Bulletin médical, 16 mai 1888, p

:>iÉVRObES ET IDEES FIXES. ïl- 23

riiiotif (It'lcriiilnr »l;ins co sommeil est resté peinuuiPiit. Ce rire continuel est en ellel iteeonjpiiont' pur nii étal de gaieté assez singulier ({ui étonne la malade elle-même et qui est souvent en contradiction avec les événements présents. On peut dire aussi que ce rire permanent éveille par association des idées gaies et dispose la malade à trouv<M' les choses drôles. Les deux phénomènes existent ici et se confondent pour entretenir un état mental tout spécial et permanent. La malade cependant a continué à percevoir assez bien les choses, elle conserve suftisamment les souvenirs de tout ce qui s'est passé depuis les quatre mois, piais l'état émotif, comme un parasite aurait dit Charcot, a continué à rester le même et à se développer à côté des pensées normales.

Comme nous le pensions bien, cette petite malade Merc. qui riait toujours était très facilement hypnotisable, extrêmement suggestible, et a tout de suite consenti à oublier son rire ; en deux séances elle a été guérie. Guérie, entendons-nous, nous avons de ses nouvelles aujourd'hui, après un mois, et nous savons ([ue le rire n'a pas recommencé, c'est tout ce que nous voulons dire. Le reste de son esprit n'a été aucunement changé, elle s'est réveillée seulement avec un petit air sérieux et avec beaucoup moins de gaieté, non seulement sur le visage mais encore dans l'esprit. Non seulement l'émotion gaie persistait, mais il est certain que par une réaction bien connue le rire entretenait la gaieté, c'était un véritabje cercle vicieux. En dehors de ce changement d'état émotif, elle n'a pas eu de modifications, ni de la mémoire, ni de la sensibilité. Nous croyons qu'elle reste hystérique et nous ne serions pas surpris de la revoir; mais il faut reconnaître que dans des cas de ce genre qui sont très nombreux, la suggestion rapide, sans guérir, nous le savons bien, la maladie profonde, peut supprimer un accident particulier et rendre pratiquement bien des services.

Observation 09. — Tremblements, chorée du bras droit, rots.

— Jù/iiiv.'ilcnce des f)/icii(>mciics /u/sléritjiw.s, ;i ni ceci! eut s, siihslihiliim (le In chorcc ;ni.r trcnihlcntcnls, nnesthcsie, substitution des rots il l;i chorée, spnsnies du di;tp/ir;t(/r)ie.

Nous vous avons quchpiefois parlé des services que peut rendre la suggestion chez les hystériques : Il faut voir aussi ses Inconvé-

TICS DE FORME IIVSTÉUIOl E 35Ô

nients. Nous ne pouvons insister sur le cas très complexe de cette femme de 31 ans, Su., nous voulons seulement vous montrer un exemple de plus de ces substitutions, de ces équivalences d'accidents qui sont si étranges et si instructives au cours de Thystérie.

Cette femme, de père et mère inconnus, a eu une fièvre typhoïde grave à l'Age de \2 ans, depuis elle a présenté toutes sortes d'accidents hystériques, des somnambulismes nocturnes, des crises de différentes espèces, des contractures, etc. Il y a un an, à la suite d'une peur violente éprouvée pendant un orage, elle a conservé pendant très longtemps un tremblement de tout le corps pour lequel elle était venue à la consultation. N'ayant pas le temps de nous occuper beaucoup d'elle et trouvant d'ailleurs l'accident minime, nous l'avons simplement envoyée aux douches. La première douche qu'elle redoutait fort lui a causé une vive émotion, elle est restée quelques instants sud'cxiuée, comme dans un début d'attaque, puis s'est rétablie. Le tremblement général du corps avait complètement cessé, mais à la place elle constata des secousses violentes du bras droit lequel gesticulait à tort ou à travers. La voici qui est venue nous présenter ce nouvel accident : c'est une chorée hystérique limitée à un bras avec un seul détail curieux, c'est que la malade est beaucoup plus anesthésique du côté gauche, qui n'a rien, que du côté droit, où se trouve l'accident, c'est là, comme vous le savez, l'inverse de la loi la plus généiale. Elle est aussi plus forte de la main droite qui a la chorée (15 kilogrammes au dynamomètre à droite et 5 h gauche). Il y a cependant quelques troubles, surtout dans le sens musculaire du côté droit, et la main hésite, plane pour toucher l'oreille, mouvement que d'ailleurs la main gauche effectue encore bien moins. Certainement la malade prend mal conscience et gouverne mal les sensations et les images motrices de ce côté, ou si vous préférez une hypothèse anatomique les centres corticaux du bras droit sont mal associés aux autres et fonctionnent indépendamment et irrégulièrement.

Le traitement par les douches, naturellement continué, n'avant plus eu aucun effet et la malade insistant pour qu'on lui rendit son bras droit dont elle a besoin pour travailler, nous avons essayé si on ne pourrait pas par la suggestion faire disparaître cet accident local comme dans le cas précédent. Hypnotisée très facilement, elle retrouva pendant le sommeil h' calme de son bras

droit ol en diilgoa les inoiivenuMils avoe précision ; il est lonjours ciiricnx de voir ces chorées liyslériqiies disparaîlre si coniplèleinent pendant le sommeil. Nous avons exercé ce bras, nous avons forcé la malade ii en bien sentir et à en bien diriger les mouvements, ce qui n'était pas difficile, le bras n'étant ([ue peu anesthési([ue et nous l'avons réveillée.

J'out allait bien en apparence, plus de chorée du côté droit, sensibilité complète à droite, mais, il esl viai, persistance de l'anesthésie ;i gauche. Nous avons renvoyé la malade. Vovez comment (die nous revient, vous l'entendez : elle ouvre la bouche à chaque instant pour expulser avec bruit des gaz (pii viennent de l'estomac, elle rote continuelleinenl. Cela a commencé, paraît-il, deux heures après la séance d'hypnotisme. Actuellement les rots se répètent à peu près toutes les minutes sans interruption depuis une huitaine de jours et ne s'arrêtent que la nuit, pendant le sommeil. Le rot hystérique est en lui-même un phénomène fort curieux sur lecpiel M. Pitres a publié l'an dernier une leçon intéressante. D'ordinaire le rot est dû à l'expulsion de gaz produits dans l'estomac, mais vous comprenez bien que jamais l'estomac ne pourrait suilîre à une pareille émission de gaz ; d'ailleurs, comme on l'a remar([ué, le rot hystérique est sans odeur. Comme le dit très bien M. Pitres, c'est de l'air tout simplement que rendent les malades. Ils commencent par l'avaler, puis par un spasme de l'estomac et du diaphragme ils le rendent. On peut constater ici le resserrement du bas du thorax au moment de l'émission, et la malade se plaint d'une fatigue, d'une douleur à ce niveau ainsi qu'au creux épigastricpie. Cette douleur à la l)ase du thorax et au creux épigastrique qui s'est ajoutée à riu'mianesthésie gauche est-elle l'indice d'un trouble de sensibilité grave dans les viscères, le([uel déterminerait le spasme ou est-il tout simplement la conséquence du spasme répété lui-même, nous ne pouvons guère le discuter, car malheureusement nous ne savons guère appi'écier le degré de sensibilité du diaphragme. Ce qui eslcertain, c'est qu'il s'y passe, ainsi (jue dans l'estomac, des mouvements qui ne sont plus sous le contrôle de la vcdonlé du sujet. C'est évidemment qu(d([ue chose d'analogue à ce qui avait lieu pour le bras droit, dissociation, indépendance des images motrices et même, si vous le voulez, du centre coi'tical du diaphragme. C'est ainsi (jue nous pouvons exprimer les faits que nous constatons.

Mais dans le cas pré-sent nous insistons sur cette succession

d'accidents qui se remplacent dès que l'on détruit l'un d'entre eux; cela est très fréquent dans 1 hystérie. Il semble, comme nous l'avons dit souvent, que la maladie reste toujours la même, le sujet est incapable de synthétiser à la fois toutes ses images, le cerveau est incapable de gouverner à la fois tous ses centres. On le force il récupérer l'un d'entre eux, il perd l'autre. Cela ne veut pas dire qu il n'est pas bon d'enlever quand on le peut un accident par suggestion ; mais il faut bien savoir que l'état psvchologique et cérébral persiste et expose à d'autres phénomènes tant qu'il n'est pas modifié en lui-même.

Ici, une ressource facile est indiquée ; cette femme est une domestique peu nourrie et surmenée, il est probable qu'un peu de repos, de toniques et d'hydrothérapie lui donneront une puissance nerveuse plus considérable qui rendra plus stable le résultat des suggestions.

Notre pronostic était en grande partie juste. Cette malade quitte maintenant l hôpital après un séjour de trois mois ; elle n'a plus de rots et plus de chorée. Les premiers accidents ont disparu dans le premier mois, mais elle a continué à avoir de temps en temps des crises les unes h forme convulsive, les autres à forme syncopale et f[uelques vomissements assez rares. Un jour, après un spasme violent de lestomac. elle a eu un vomissement de sang. En somme elle reste fortement hystérique comme auparavant. On peut seulement par moments l'exciter, la remonter un peu et alors elle reprend la sensibilité complète même du côté gauche, mais elle s'épuise vite et présente bientôt les mêmes stigmates. Nous n'avons guère réussi qu'à supprimer quelques accidents aigus.

Observation !00. — Hoquets et rots hystériques. — Aboiements rythmés, auesthésies, ;in;ili/sc des hriiils, /inqiiets inspiniteiir.s et rots e.rpiruteurs, rapports de ees deux phénomènes, rfr;iphi(/nes resj)irntoires, spasmes du iliaphrar/me, efforts de vomissement, antécédents, frayeurs, tristesses, transforniations du vomissement, sensibilités viscérales, dissociation cérébrale et indépendance des fondions, sommeils, disparition des spasmes pendant le sommeil, arrêts de respiration pendant le sommeil, aphonie, indifférence, traitement.

Voici encore une occasion d étudier ensemble le rot hystérique dont vous avez déjà eu l'occasion de voir l'intérêt. Nous allons

('ss;iy<>r :i propits relie nouvelle nuilnde (rinsislei" un peu sur son inéeanisine |ihysiolooi(|ue. Voici une jeune malade de 17 ans, Sa., dont vous n'avez pas de jx'ine ii faii'e le diagnostic, vous entendez le bruit sin«>ulier quelle lait entendre avec une régularité parfaite, trente ou ([uaranle fois par minute. Ce sont des bruits de ce genre qu'on a plus ou moins heureusement comparés à des cris d'animaux el (juon appelle des aboiements hystériques. Cette jeune fdle, en cll'et, a présente'' de l'anorexie et des vomissements, quelques petites crises, elle est encore hémi-anestli«''si(ju(; du côté droit, sans rétrécissement du cliamj) visuel. C'est bien une hvstérique et nous allons étudier un peu son aboiement (pii dure chez elle depuis trois mois.

Qu'est-ce qui produit ce bruit-Ui ? Avec un peu d'attention vous reconnaîtrez qu'il y a deux bruits différents, l'un le plus fréquent se répète deux ou trois fois de suite. Il ressemble à la syllabe « nioup ». 1/autre qui intervient à ce moment et n'existe jamais qu'une seule fois c'est un « zaah » très prolongé. Il y a ici ti'ois « nioup » et un « zaah )>. Ces deux phénomènes sont très différents: le premier est un bruit aspirateur, c'est de l'air qui entre dans la cage thoracique. Le second est au contraire un bruit expirateur, de l'air est chassé au dehors. Nous pouvons vérifier ces deux mouvements très facilement en examinant ce qui se passe quand on place près de la bouche de la malade la flamme d'une bougie, ou mieux encore en mettant sa bouche en rapport avec un spiromètre. Dans ces deux nK)uvements de l'air (ju est-ce qui produit le bruit ? Il est probable ([ue le larynx intervient au moins dans les premiers, mais il n'est pas certain qu'il agisse seul, surtout dans le second. Le premier bruit semble dû aux vibrations des cordes de la glotte resserrées au moment de l'aspiration de l'air. Le second bruit, au contraire semble produit par de lair qui sort de l'œsophage, de l'estomac, et qui met en vibration les parties membraneuses qui bordent le pharynx. En un mot les premiers bruits sont des hoquets déterminés par l'entrée brusque de l'air dans la poitrine ; le second est un rot déterminé par l'expulsion de l'air qui se trouve dans l'œsophage el dans l'estomac. Divers détails nous prouvent qu'il en est bien ainsi: la malade ne vomit rien, ne crache rien pendant les « nioup», c'est-à-dire les hoquets, tandis qu'elle a des nausées, des régurgitations, des crachements de quelques gouttes de liquide et rarement, il est vrai, des vomissements pendant les « zaah ». Le second bruit est

TICS DE FOFIME IIYSTÉRIOUE

Fiir. 40

donc bien dû à un phénomène d'expulsion d'air contenu dans l'estomac.

L'association de ces deux phénomènes nous semble n'avoir rien de fortuit. Elle est, au contraire, très logique et très intéressante. Dans leur définition vulgaire du rot, de l'éructation, Littré et Robin, disent que « c'est l'émission sonore par la bouche de gaz venant de l'estomac », mais, comme le remarque très bien M. Pitres dans sa leçon intéressante sur les Eructations /ti/str/ù/Kes, 1895, tous les gaz possibles de l'estomac seraient bien vil e épuisés par nos malades qui ont quinze à vingt rois par minute. Il faut que ces gaz y soient introduits au fur et à mesure de leur expulsion et il ne peut s'agir bien entendu que d'air atmosphérique avalé.

Cette introduction n'est pas d'ordinaire facile et elle doit se faire par un phénomène spécial ; nous pensons que c'est tout ius-

' / •111 '''*^- ^^- — Grapliiquo de la respiralion de Sa., pen-

tement là le rôle du ho- dant lo hoquet hysléiiquc T. respiration thoracique,

auet C'est pourCIUoi la '^ pncumo>;raphe de Verdin est placé sous les ais-

•^ selles au dessus des seins. A. respiralion abdominale,

coïncidence du rot et du j^ pneumo-raphe est placé à rombilic. La flèche

hoQUet se trouve signalée horizontale indique dans toutes ces ligures le sens

^ 1> i'' dans lequel doit être lu le graphique, la flèche verli-

dans beaucoup d observa- ^,,1^ indifj„e le sens dans lequel s'inscrit la dilatation

tions dans le Traite des soit du thorax soit de l'abdomen, les lignes verticales

. - mettent en évidence les phénomènes simultanés.

maladies de l Estomac de

Bouveret, 1803, p. 609, dans le travail du même auteur: Spasmes cloniques du Pharynx et Œsophage hystérique, /fct'«e de médecine, 1801, p. 148, dans l'observation de Pitres dont nous vous parlions. Ce serait en somme une opération en deux temps: l'air absorbé pendant les trois premiers « nioup » serait expulsé dans le second temps « zaah » quand l'estomac en serait rempli.

Essavons maintenant de voir comment cette introduction d'air peut être faite au moment du hoquet. Pour cela nous avons cher-

non LES TICS

chc à éiiulier le rrraphiquc respiratoire de cette malade en appliquant les procédés (jui vous ont déjii été indiqués par l'un de nous '. Ces graphiques ne sont pas toujours faciles à interpréter ; ils semblent quelquefois très confus, comme celui que nous vous présentons dans la figure 40, et qui a été obtenu en enregistrant la respiration thoracique et abdominale de cette malade avec la petite vitesse du cylindre.

Si nous grossissons ce graphique, en employant la vitesse moyenne du cylindie au lieu de la petite vitesse, nous allons mettre en évidence certains détails intéressants. Vous remarquez dans la figure il, qu'au moment du hoquet, la courbe thoracique et la courbe abdominale au lieu de rester parallèles comme il arrive dans toutes les courbes de respiration normale vont à la rencontre l'une de l'autre. Le thorax se rétrécit au moment où l'abdomen se dilate, la respiration paraît discordante. N'attribuez pas cela à une paralysie diaphragmatique qui produirait l'antagonisme absolu des respirations. Vous voyez bien qu'ici en dehors du moment du hoquet les respirations ne sont plus antagonistes et tendraient plutôt légèrement à être parallèles. Comment expliquer cet antagonisme purement passager, ce resserrement du thorax au moment de la dilatation abdominale ?

« Le hoquet, ditLonget, est une contraction spasmodique brusque et involontaire du diaphragme avec contraction coïncidente de la glotte. L'air appelé rapidement dans la poitrine par cette convulsion du diaphragme se brise sur les lèvres tendues de la glotte, où il produit le bruit caractéristique du hoquet, m Mais, il se produit un phénomène de plus qui a été très bien signalé par M. Regnard, dans ses études sur la respiration". Au moment de cette contraction brusque du diaphragme et précisément à cause de spasmes coïncidents de la glotte, l'air ne peut rentrer assez vite dans le thorax. 11 se produit donc un vide et naturellement les côtes s'abaissent tout d'un coup, au moment précis où l'abdomen est gonflé par la contraction du diaphragme. 11 se passe un phénomène inverse de la toux où le thorax augmente brusquement de volume à chaque secousse.

I. ^'oi^ les graphiques rie la respiration tlioraciquc cl abdominale dans le chapitre sur les contractures, les paralysies et les spasmes des muscles du tronc dans le premier volume de cet ouvrage, p. 321.

1. Rcgnard. Recherches expérimentales sur les yuriations iiathologi'/ues des combustions respiratoires, 1879, p. 166.

Un phénomène important résulte de ce vide, c'est qu'il se produit une aspiration dans tous les organes thoraciques et en

particulier dans l'œsophage et dans l'estomac. En un mot l'air aspiré brusquement par la contraction du diaphragme ne peut

Page 1