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J72 I.F.S TICS

(le rhyslérie, dont la réunion est unepuie coïneiclcnce, des symptômes qui ont une orioine et une évolution distinete et qui forment autant de maladies indépendantes. Il se peut qu'il en soit ainsi dans d'autres cas. Nous ne voulons rien généraliser, mais nous soutenons qu'il n'en est pas ainsi dans le cas présent.

Les tics, d'abord, mouvement de la lace, geste de cracher, secousses d'impatience sont nettement la conséquence des mots. I^a malade le sent fort bien, a C'est quand jarrète le mot que je fais des grimaces. » Elle a conscience du mot qu'elle va prononcer, au moment oîi il débute, soit par les images motrices, soit par les mouvements commencés. Elle résiste, contracte son visage, s'impatiente et l'impulsion semble se dépenser en un autre mouvement.

La malade : « J'ai envie de cracher le mot qui me gène sur la langue. Il me semble que j'en suis débarrassée quand j'ai craché. C'est devenu une mauvaise habitude. »

Cette sensation du mot sur la langue, que Ton crache, est souvent décrite chez les onomatomanes et ce tic s'explique donc encore. En un mot les tics ne sont pas indépendants des mots orduriers.

Quant aux mots orduriers eux-mêmes, leur origine est extrêmement simple et nous est expliquée soit par la malade elle-même, soit par un jeune étudiant ([ui l'accompagne et qui n'a pas voulu se présenter à vous, car il n'est pas très fier de ce qu'il a à raconter, (^ette personne, vous le soupçonnez à son attitude, mène dans le quartier latin une vie assez irrégulière. Orpheline de bonne heure, le père et la mère morts tuberculeux, elle a vécu comme elle a pu ; dans les milieux très gais ({u'elle fréquentait on s'est vite aperçu d'une petite bizarrerie qu'elle présentait. A la suite de la moindre émotion, elle sursautait en disant : « maman », comme font souvent les enfants. En outre elle était très peu maîtresse de sa langue, ses secrets lui échappaient très facilement, car elle pense tout haut. Elle a des rêves parlés non seulement la nuit, mais même le jour et, tenez, l'avez-vous entendue. Comme notre leçon ne l'intéresse pas beaucoup, elle a pensé ii autre chose et la voici ({ui a murmuré tout bas : « il est trop jeune. » Il s'agit probablement d'un de ses amis dont la pensée la préoccupe. Enfin on s'est aperçu d'une autre disposition, c'est qu'elle répétait facilement les mots prononcés devant elle, surtout si l'on s'y prenait avec quelque habileté. Ces messieurs ont

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très bien remarque, par simple observation et sans nulle théorie psychologique, soyez en sûrs, que pour la faire répéter il ne fallait pas lui dire les mots directement au moment où elle faisait attention. Il fallait les murmurer à son oreille pendant qu'elle parlait d'autre cliose et surtout, paraît-il, pendant qu'elle regardait les journaux illustrés dans les cafés '. Vous comprenez maintenant d'où viennent les jolies expressions qu'elle prononce. Chacun y a mis du sien, et l'éducation s'est faite peu à peu surtout depuis deux ans. On trouve aujourd'hui que le résultat est un peu trop beau et on vient nous demander de réparer le mal qui a été fait.

Nous n'avons rien à juger ici et nous ne cherchons pas ii apprécier moralement la conduite de ces messieurs, mais nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que cette mauvaise plaisanterie constitue une très jolie expérience. C'est tout à fait la suggestion par distraction telle qu'elle a été décrite par l'un de nous. Qui de nous n'a pas à se reprocher quelquefois des plaisanteries pareilles. Nous avons vu des jeunes gens à qui on suggérait ainsi des mots bizarres pendant qu'ils jouaient aux cartes, heureusement que les suites sont rarement aussi graves et ne déterminent pas de la coprolalie pendant deux ans. Ce qui a transformé les résultats c'est l'extrême suggestibilité de cette personne. Elle n'a aucune volonté et elle fait elle-même une remarque non sans intérêt. « Voulez-vous répéter h ces messieurs ce que vous nous disiez sur vos bonnes intentions.

— La maladk : Des bonnes résolutions, j'essaye souvent d'en avoir. Je suis bien décidée, je vais faire quelque chose de bien, mais ce n'est pas ma faute si je ne réussis pas. Il faudrait qu'il n'y eût en chemin aucune dilhculté, rien qui m'ennuie ou me fasse peur. A la plus petite contrariété je suis émotionnée, je sens comme une secousse et crac ! Tout est parti. Je ne sais plus à quoi j'étais décidée, si on me le répète je me souviens bien qu'il était question de faire cela, que j'étais partie pour le faire, mais je n'ai plus la résolution. Elle est défaite. »

Sans pouvoir insister ici, nous vous ra])pcl()ns <[ue cette petite observation est très curieuse et très instructive sur un des mécanismes de l'émotion. Ce qui constituait la résolution de cette jeune personne, c'était une combinaison d'actes, de souvenirs,

1. A oir iiiic remarque analogue sur les lies et les suggestions par dislraclioa : Accidents menlaax des hystériques , p. 160.

d'Iinaginallon, en un mot une synthèse mentale d'images et l'émotitui, en lui démolissant sa résolution, a décomposé cette synthèse. Elle a montré son pouvoir de dissociation psycholog-ique '. C'est par le même mécanisme que l'émotion supprime l'iiilluence qu'un direcleur do conscience a pris sur un espril, ([ue l'émotion détermine des anesthésies, des paralysies de forme hystérique et surtout ces fameuses amnésies rétroactives qui ne sont qu'une dissociation des sYstèmes mentaux les plus fragiles, ceux qui constituent les souvenirs récents. Nous ne pouvons remarquer ici qu'une seule chose c'est que la volonté de cette personne est extrêmement fragile. Elle est hésitante, timide, elle sent (ju'elle a besoin d'une domination et se livre corps et âme au premier venu. C'est cette faiblesse de volonté, de synthèse mentale et cérébrale qui l'expose à toutes ces suggestions.

Enfin, cette faiblesse est-ellesans rapport avec l'hvstérie? Cette dissociation si facile du composé mental, ces suggestions par distraction qui deviennent presque subconscientes, ces phénomènes ne vous rappellent-ils pas ce que nous avons observé cent fois dans l'hystérie. Il y a donc dans cet état maladif plus d'unité que l'on ne croirait au premier abord et tous ces symptômes dépendent les uns des autres.

La guérirons-nous ? Probablement non, car elle sait elle-même le remède et elle n'en veut pas. « Si je changeais de société, tout changerait, mais je ne peux pas. »

OBSEUV.vTIO^ 102. — Tics et coprolalie. — Hmollon d'un cnpml causée par un accident survenu à l'ècolcy le mal arduncr français remplacé par sa traduction allemande.

Nous venons de voir un cas de coprolalie où l'origine des mots orduriers est évidente, où la suggestion est reconnue et avouée par les coupables. Ne peut-on pas se demander s'il n'en est pas ainsi très souvent pour ces mots orduriers qui deviennent chez certains individus des tics impérieux. N'y a-t-il pas dans ces cas des suggestions qui ont été faites involontairement et ;i l'insu de tous ?

1. Sur ce pouvoir de dissocialion psvctiologiqiic et c6réI)raloqiii cnractéiisc souvent l ômoli'iii. voir li; premier volume de cet ouvrage, p. I'i3, 'i"'i.

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