TICS DE FORME PS\CII.VSTI1ÉMQI E
Permettez-nous de vous raconter à ce propos un petit fait observé par l'un de nous, il y a bien des années, dans une ville de province. Ce n'est pas une histoire très convenable mais la nature même du sujet nous oblige h entrer dans ces détails. Un jeune garçon de 9 ans, fils d'un père très névropathe et lui-même peu intellip-ent, éprouve une indisposition pendant la durée d'une classe. Il demande au maître d'école la permission de sortir, que celui-ci maladroitement lui refuse. Il en résulte un grand malheur dans la culotte du pauvre garçon. Ses camarades s'en aperçoivent et ce sont des cris, des injures, des surnoms orduriers que vous soupçonnez bien. Quelques semaines après, on s'aperçoit que l'enfant fait un bruit violent avec ses lèvres dès qu'il est ému. Ce bruit se précise et cet enfant crie à tort et h travers le mot : « merde ». A l'âge de 13 ans, l'exclamation ordurière existait encore : les parents pour le changer de milieu l'envoient passer un an en Allemagne. On leur annonce qu'au bout de quelque temps le tic a entièrement disparu. Quand l'enfant revient au Havre il ne dit plus « merde » mais il émaille ses discours du mot « Dreck » qui a la même signification en allemand. Est-ce que le tic n'est ici qu'un accident purement physique ? Est-ce que la pensée de l'accident n'y est pour rien ? Pourquoi ce sens se conserve-t-il plutôt que le mouvement même des lèvres. Peut-être si l'on connaissait bien les conditions dans lesquelles se développent ces tics, verrait-on que la suggestion y joue souvent un grand rôle ? En tous cas il est impossible de trouver une observation qui mette mieux ce rôle en évidence que celle de notre jeune malade.
Obseuvvtion 103. — Torticolis mental. — Altitude de la tête, lie et .spnsine, firrci de la rolalion par un appui de la main, disparition pendant le sommeil, pendant la dislraetion, traitements, antéeêdenls, lies, habitudes, opération ehirurcjieale.
Les tics sont particulièrement simples chez les hvslériques, c'est pourquoi nous en avons étudié plusieurs exenqilcs. Il v a chez ces malades de l'ancsthésic des muscles et de la peau dans
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la réf^ion atteinte, des phénomènes de division do la conscience et de subconscience qui peuvent nous expliquer au moins en partie la répétition de ce mouvement involontaire: c'est un système d'images motrices devenu isolé et indépendant ou, si vous voulez, c'est un centre cortical qui s'est séparé du reste de l'ccoree, l'ancsthésie avec ses caractères favorise cotte supposition. Mais il ne faudrait pas croire que l'anesthéslc suffise à expliquer le tic, que ce mouvement en dépende exclusivement parce que nous allons retrouver le même phénomène chez d'autres malades sans trace d'anesthésie ni de division de la conscience. Nous voulons parler des tics qui n'existent pas seulement chez les hystériques, mais chez ce groupe de malades voisin et cependant différent que nous appelons, faute de mieux, des psychasthéniques.
Nous sommes heureux de commencer leur étude par un cas déjà connu, déjà analysé avec précision et rendu classique par M. Brissaud' ; nous voulons parler du torticolis mental.
Voici une jeune fille de 20 ans qui depuis l'âge de 14 ans tient la tête comme vous le voyez, fortement tournée à gauche. La tête tombe, s'appuie contre l'épaule, la face se tourne du côté gauche, on dirait à cette attitude et à l'immobilité de la tête qu'il s'agit d'une contracture. Cependant vous voyez comme il est facile de relever cette tète et de la maintenir droite, la résistance des muscles du cou est minime et elle cesse même immédiatement. Ce n'est pas non plus un simple spasme qui se rapproche beaucoup comme vous le savez des tics et des chorées. Nous répétons la distinction très précise qui a été faite parCharcot et parM. Brlssaud. Dans le spasme, il y a excitation d'un des points d'un arc réflexe, dans le tic il v a un ensemble de mouvements svstématisés de manière ii reproduire certains actes". On voit agir, non plus seulement un centre réflexe musculaire, mais un centre fonctionnel.
Ici, un grand nombre de muscles participent à la rotation de la tête. Il y a une systématisation comme dans une fonction. La complexité même du mouvement, de l'attitude, nous montrent que celui-ci ne peut dépendre d'une simple irritation du nerf spinal. Une petite expérience très bien analysée dans les li-avaux de M. Brls-
1. Rrissaud. Tics et spasmes cloniques de la face, f.rro/is sur les iiialddics nerveuses, 1895, p. 502.