I.KS TICS
cédé l)icn curieux qui a tiès bien réussi, au moins pendant quelque temps dans un cas semblaldo, dont notre ami, M. Dutil, nous a raconté l'observation amusante. Il s'agissait d'un homme ayant un lie de ce «^cnre. M. Dutil lui plaça une petite boîte sur le sommet do la It'te el la recouvrit par le chapeau. Il pria le malade de marcher en faisant attention :i ne pas renverser la boîte. Il se tint pendant ([ucl([ue temps admirablement droit. Tout cela ne vous montro-t-il pas qu'il s'agit de phénomènes corticaux, de phénomènes psvcliologiques. C'est dans ceiiains cas la distraction, dans d'autres l'imagination (}ui les arrête. Il leur sulhrait, comme le dit très bien M. Brissaud, de vouloir guérir, mais c'est précisément ce qu'ils ne peuvent pas faire parce que leur volonté est particulièrement débile.
Quant à l'origine de ce tic nous retrouvons encore des phénomènes bien connus ; pas d'antécédents bien nets, sinon comme toujours un certain degré d'alcoolisme du père. Dans l'enfance quelques tics déjà, des mouvements du pied gauche, paraît-il, des secousses dans la main droite, phénomènes qui ont disparu ou qui reviennent très rarement, depuis le développement d'un tic plus important. A 13 ou 14 ans, au moment de la formation, on peut le remarquer, cette enfant était mécontente de la place qu'elle avait à l'école. Elle prétendait être près d'une fenêtre à sa gauche et sentir sur le cou un courant d'air. Ce fut d'abord un mouvement de l'épaule qui se soulevait, comme pour relever les vêtements et protéger le cou, puis la tête s'abaissa par moments. Il y eut, paraît-il, des discussions avec la maîtresse d'école ii propos de cette place ; l'enfant fit force grimaces pour montrer combien elle était gênée, ces mouvements devinrent involontaires. Ils n'existaient d'abord qu'à l'école, puis ils se reproduisirent en dehors, ils furent bientôt continuels. N'est-ce pas là cette maladie de 1 habitude (gewohnhcilskrankheit) comme disent les Allemands et en particulier Ehrlich (pii appelle le tic une chorée de l'habitude ? Xe savons-nous pas combien chez certains individus l'habitude une fois organisée est puissante et invincible ? Dites avec M. Brissaud qu'il se développe « je ne sais quelle minuscule hallucination psvcho-motrice », dites, si vous voulez, qu'un système psychologi([ue est devenu trop puissant. C'est là ce que nous voyons de plus net dans \c torticolis mental. C-*' que nous devons remarcpiei' pour com[)ar('r ce tic av."c les précédents c'est (ju il n y a pas ici la moindre aneslhésie, toute la région de la peau du cou
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est absolument sensible. La malade sent tous les mouvements passifs communiqués au cou, tout au plus peut-on remarquer qu'elle n'éprouve pas autant de fatigue qu'on pourrait le croire après avoir gardé cette attitude toute la journée. Ce n'est donc pas l'anesthésie qui explique le tic, elle rend seulement le svstème psychologique plus indépendant et le met encore plus en dehors des atteintes de la volonté. Ces malades psychasthéniques ont, croyons-nous, besoin de moins d'effort que les hystériques pour reprendre la domination de leurs mouvements.
On ne nous demande guère de traiter cette jeune fdle, les parents, d'une manière que vous pouvez trouver peu flatteuse, nous ont déclaré qu'ils n'avaient plus confiance dans la médecine. Ils nous font simplement l'honneur de nous demander un conseil. Faut-il faire une grande opération chirurgicale ([ui consiste à couper les muscles et les nerfs du cou. Après ce que nous venons de vous dire sur la nature d'une pareille maladie, vous devinez ce que nous pensons d'une semblable mutilation.
Obseuvatiox 104 — Torticolis mental. — Aililude depuis un an et demi, nnlècédenls, efforts pour cacher une tristesse, arrêts de la rotation par la main, par le fauteuil, par la distraction, sensibilité, traitement, sur/gestion à l'état de veille.
Encore un cas de torticolis mental. L'affection est classique, il est bon de profiter de l'occasion pour répéter encore une fois les observations intéressantes sur le rôle que joue la pensée dans cette affection, observations qui sont peut-être plus précises encore dans ce cas que dans le précédent. Cet homme, Fra,, âgé de 27 ans, n'a pas d'antécédents héréditaires bien nets : lui-même, sauf une fièvre scarlatine à 11 ans, a toujours présenté une santé suffisante. 11 a l'air bon enfant, un peu mou et sans énergie, mais en réalité ne présente traces d'aucune névrose déterminée. Vous voyez cependant son altitude singulière, les épaules très relevées, le cou rentré dans les épaules, la tête couchée sur l'épaule gauche et fortement penchée en avant. 11 est ainsi depuis un an et demi et prétend ne pas pouvoir changer d'attitude. Comment un semblable torticolis s'est-il formé? L'origine est ici purement morale et semble du simplement à des émotions. Peu de temps après son mariage, il fit de grosses pertes d'argent et perdit la dot de sa
femme, de là des poursuites judieiiùres et une série elfrovahle crennuis. Il prétend avoir cherché à cacher ses préoccupations dans son ménage, il se contractait la fioure pour ne pas parler, pour avoir l'air gai quand il était triste. 11 cachait sa figure en la tenant jienchce, avait toujours le dos voiUé et les épaules élevées. Au houl de quelques mois seulementon le plaisanta sur cette attitude permanente et il remarqua c[u'il ne pouvait guère la changer. Depuis, les épaules ont un peu baissé, dit-il, mais la tète est plus fortement tombée du côté gauche quand il faisait des efforts pour la relever et il croit de plus en plus à une maladie de la moelle épinière.
Vous remarquerez chez lui avec une netteté frappante les détails qui ont été observés par M. Brissaud. 11 peut soutenir sa tête avec deux doigts ; il se repose avec beaucoup de plaisir, dit-il, dans un lit ou dans un fauteuil parcequ'alors les épaules et la tète n'ont plus aucun mouvement anormal. Il ne remarque pas qu'il est bizarre dempécher la tète de tomber en avant en appuvant l'occiput contre un fauteuil. Vous notez ici en plus reffet des émotions et des distractions. Comme il le remarque lui-même, avec étonnement il est guéri quand il se met en colère et dernièrement, après une colère, il a pu conserver la tête droite pendant trois heures. Pendant toute une soirée qu'il a passée au théâtre il était si amusé par le spectacle qu'il a oublié son torticolis et ceux qui l'accompagnaient l'ont cru guéri.
Nous ne constatons ici aucune anesthésie ni sur la peau du cou, ni dans les muscles, aucune paralvsie du mouvement et même aucune contiacture. (^est un spasme systémati([ue, une attitude qu il pourrait changer par effort de volonté, mais cet effort il ne sait pas ou ne peut pas le faire.
Nous pouvons ajouter aujourd'hui un délail curieux à l (djservalion de notre dernier torticolis mental. L'un de nous a essayé sur ce malade un procédé quehpiefois utile mais que nous n'osons pas vous recommander d'emplover toujours. Ce procédé consiste tout simplement à dire au malade la véiité, ii lui faire comprendre qu'il n'a aucune maladie de la moelle épinièri», qu'il a un simple tic, une toquade, qu'il n'a qu'à vouloir en changer pour èti'e guéri. Ce procédé est dangereux; souvent le malade ne vous comprendra pas, et surtout ne vous croira pas. Il vous trouvera fort ignorant et sera furieux contre vous, car les hommes aiment