TICS DE FORME PSYCIIASTHÉMOLE
mieux avoir une maladie de la moelle épinière que de constater qu'ils se conduisent comme des toqués. Presque toujours votre client oardera son mal ne fût-ce que pour vous prouver votre erreur et il s'en ira consulter quelque autre médecin pour se faire couper les muscles du cou. Mais quelquefois on tombe sur des gens plus intelligents et alors on réussit h frapper leur imagination. Dans le cas présent, on a pu prouver à ce brave homme qu'il était fort su^orestible, on a même pu l'amener à avoir son tic à droite au lieu de l'avoir à gauche, ce qui l'a étonné ; il a été satisfait de ne pas avoir de maladie grave et, par une sorte de bonne résolution, 11 a levé la tète avec énergie en nous quittant. Eh bien, il est resté complètement droit et libre pendant 15 jours, puis cela a recommencé à propos de quelque tristesse et il revient de nouveau se faire gronder. Le voilà rentré dans la vaste catégorie de nos faibles qui demandent à un autre de vouloir pour eux, et qui régulièrement, à des intervalles toujours les mêmes, ont besoin de se faire gronder, consoler, suggestionner, réveiller, quand ce n'est pas hvpnotiser. En tous cas cette marche de la maladie est une intéressante vérification de notre diacrnostic.
Observation 105. — Tic de contraction des mâchoires pendant la parole. — Les tics psychiques^ parole k travers les dents serrées, mouvements de la bouche libres pour tous les autres actes, systématisation du tic, procédé d'arrêt, antécédents, indiscrétion coupable, rôle de Vhabitude, de l'émotion.
Le torticolis spasmodique est bien connu et rattaché à sa véritable origine : une mauvaise habitude à la suite de quelque petite impression ou émotion qui a donné de Timportance à un petit système d'images motrices ou qui a excité un centre fonctionnel ; mais nous voudrions vous faire observer que ces remarques ne s'appliquent pas uniquement à ce torticolis et qu'il y a une foule de grimaces, de spasmes, de troubles du mouvement d'apparence plus ou moins compliquée siégeant sur tous les membres et qui se rattachent plus ou moins directement ii la même interprétation. iSI. l'abbé Fk., âgé de 42 ans, a aimablement consenti à vous être présenté parce que son état pénible pour lui est vraiment curieux pour nous. M. l'abbé s'adresse à nous pour obtenir un certificat que nous avons rarement à délivrer. 11 nous prie de certifier qu'il
n'est plus cnpable de dire son bréviaire ; l'évôcjne n'aceordera la dispense que sur notre reconiniandalion. Vous comprenez que nous ne la refusons pas, mais pour([uoi, Monsleui', ne pouvez plus lire le bréviaire ?
Le malade : »
Vous ne pouvez pas l'entendre quoique sa parob» soit cependant intelligible, c'est parce que, comme vous le voyez, il parle sans desserrer les dents. Les mâchoires sont serrées l'une contre l'autre et ce resserrement devient de plus en plus violent et pénible quand il doit parler longtemps. Le bréviaire doit être lu, comme vous le savez, à demi voix : c'est un supplice pour le pauvre homme ; quant aux sermons vous comprenez qu'ils perdent beaucoup de leur puissance oratoire. Il s'agit, direz-vous, d'une contracture des masseters, contracture vraiment ? « Monsieur l'abbé, voulez-vous avoir l'obligeance de montrer la langue «.Vous voyez qu'il ouvre une bouche énorme et tire très bien la langue. « Etes-vous gêné pour manger ?
Le malade, (les dents très serrées, en bredouillant) : Point du tout. »
Il nous dit qu'il mange fort bien. Vous voyez que sa bouche peut parfaitement s'ouvrir. D'ailleurs on peut l'ouvrir et la fermer avec la main sans aucune difficulté. Donc point de contracture. Un spasme alors ? Remarquez que ce spasme ne se produit pas quand il mange, ni quand il tire la langue, ni quand il reste la figure immobile. Il est systématisé à la parole. Et encore, notre malade exactement comme ceux qui ont le torticolis spasmodique a des procédés, des trucs qui arrêtent bien facilement le prétendu spasme. M. l'abbé a fait des sermons avec un petit morceau de bouchon dans la bouche. Cela suffisait parfaitement. Le bouchon ne devait guère maintenir les mâchoires écartées sans quoi il aurait empêché la parole et jNI. l'abbé a très bien remarqué que ce bouchon ne restait pas toujours entre les dents, mais que sa présence dans la bouche était suffisante. Il a aussi réussi à répéter sans le savoir l'expérience de M. Brissaiid. Il ])eut pailer la bouche ouverte h la condition de tenir son menton avec sa main. Essayez, Messieurs, d'empêcher votre bouche de se fermer rien qu'en tenant le menton et en laissant la tète se fléchir comme elle veut ; vous verrez que cela est impossible et cependant il a très bien réussi. Aujourd'hui encore il nous parle la bouche ouverte en appuyant l'ongle sur les dents lufcrleures. Vous voyez que le spasme n'est pas bien
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puissant et qu'il disparaît dès que ce malade veut bien le laisser disparaître. C'est encore un tic, une mauvaise habitude que la volonté ne sait pas vaincre.
Fk. vient de sortir car il aime mieux que nous ne disions pas devant lui les circonstances dans lesquelles le tic a débuté il y a dix-huit mois. Elles sont bien étranges ; nous racontons et n'interprétons pas. Un prêtre n'échappe pas toujours, comme on pourrait le croire, aux petits ennuis de la vie de famille et aux querelles de ménage. Fk. vivait avec une sœur et une nièce; les deux excellentes personnes étaientnaturellement rivalesetjalouses. De là des querelles perpétuelles dans ce ménage ecclésiastique. Il y a dix-huit mois l'une de ces personnes fit à l'abbé des reproches extrêmement graves qui le touchaient dans son honneur sacerdotal. Elle lui reprocha des indiscrétions coupables. Il se serait laissé aller à raconter devant l'autre dame des péchés que la première lui avait révélé en confession. Que l'accusation ait eu ou n'ait pas eu quelque fondement, peu importe, elle bouleversa le pauvre homme. Les querelles qui suivirent furent assez graves pour amener une séparation et ces deux dames quittèrent le presbytère.
Depuis, Fk. resta malade, anxieux, triste, fatigué, digérant mal et ne dormant plus. Faut-il dire, comme il le prétend, que le ciel la puni en lui retirant la parole dont il a mal usé ? Faut-il dire que l'état d'émotion constante a amené un trouble des fonctions corticales sans qu'on puisse bien expliquer sa localisation sur cette fonction spéciale l'ouverture de la bouche pendant la parole ? Faut-il tout simplement remarquer qu'il s est beaucoup préoccupé de sa parole, qu il en a gêné l'émission par une surveillance excessive ? Ces explications ne diffèrent guère en réalité; elles nous montrent toujours dans ce spasme un trouble psychologique, une mauvaise habitude qui s'implante grâce à l'émotion et que la volonté est incapable de détruire. Il n'y a dans ce cas rien (|ui rappelle l'hystérie: la bouche, les joues, la langue, le pharynx ont leur sensibilité normale, aucune sensation, ni aucune image n'est réellement perdue ou dissociée. Ces images sont simplement entrées dans des combinaisons nouvelles, se sont associées avec des sentiments, des émotions cjui arrêtent leur fonctionnement. Il ne faut pas l'amener comme les hystériques à sentir et à se souvenir, il faut lui conseiller d'oublier et le conduire ;i renoncer à une préoccupation excessive.
OiisiiivATioNs lOG, 107. — Tic de clignement des paupières et de toux, — Sc'Juur dans une salle en/ unicc, rùle de l' hahilude et de Vémolion. — Cris au moment de se lever de la chaise. —
longue souffrance des reins, misère, halniude.
Le tic osl « une maladie crhabitude )), disaient ([ii('l(|iies autciiis allemands. En voici denx exemples bien dcnionstialirs dans leur simplicité.
Cet homme, Mign., âgé de 4G ans, est fils tl'une mère aliénée. Il a toujours été nerveux, mais sans accidents bien uets. Il y a quel([ues années, il fut obligé de travailler pendant longtemps auprès des fours d'une boulangerie, dans une atmosphère continuellement envahie par la fumée, il prétendait probablement avec raison que cette fumée le pi([uait aux yeux et à la gorge. II toussait, frottait ses yeux et fermait souvent les paupières. Il en fut ainsi pendant des années ; enfin fatigue et malade, il fut obligé de (juitter ce métier et voici deux ans qu'il n'a plus remis les pieds dans cette boulangerie enfumée. Eh bien ! voiis voyez, il cligne encore des yeux constamment et tousse tout le temps. Il prétend n'avoir jamais eu de tics antérieurement à celui-là. Il nous dit lui-même qu'il fait encore par habitude les mêmes mouvements qu à la boulangerie (juoiqu'il ne sente plus de fumée. Une fatigue, une émotion ont un résultat intéressant: c'est d'augmenter démesurément le tic, au point qu'il ne puisse plus travailler parce qu'il n'y voit plus clair. La fatigue et l'émotion dissocient l'esprit, diminuent la volonté et augmentent le pouvoir de l'habitude automatique.
Cette bonne mère qui paraît bien vieille quoiqu'elle n'ait que 67 ans, est une des vieilles femmes admises dans lliospice <[ui nous a été signalée poui' une petite bizarrerie et que nous avons fait venir de son dortoir. Nous voyez qu'elle est assise bien tran([uillement sur sa chaise. « Ma bonne femme, voulez-vous vous lever un peu. M La malade se lève, fait une affreuse grimace et crie : « Aïe, aïe: lien », j)uis elle marche tranquillement.
— Est-ce que vous souffrez ?
La maladiî : « Oh! non, Monsieur, pas du tout ».
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Elle se rasseoit. « Voulez-vous vous lever encore un peu ». I,a malade se lève et crie: « Aïe, aïe, hen.
— Mais voyons, ma bonne mère, vous souffrez donc quelque part.
La malade : Mais pas du tout, Monsieur. Voilà trois ans queje ne souffre plus, mais j'ai eu tant de misères, je couchais sur la paille dans une loge humide, je devais deux cents francs à mon boulanger
— Ne parlons plus des misères passées. » Cette brave femme prétend avoir beaucoup souffert dans les reins pendant de longues années. Elle couchait dans quelque taudis et a vécu dans une misère effroyable. Elle a pu avoir des lumbagos. En tous cas elle ne pouvait se lever sans souffrir beaucoup et sans crier. Depuis trois ans qu'elle est retraitée, elle s'est guérie, et quoiqu'elle soit toujours disposée à gémir de sa misère passée elle ne souffre plus du tout de ses reins et c'est même une de nos vieilles les plus valides. Vous voyez qu'elle a conservé un singulier tic qui consiste à crier dès qu'elle se lève de sa chaise.
La malade : « Ah ! Monsieur, ce n'est rien, c'est une mauvaise habitude et je suis trop vieille pour en changer. »
Observation 108. — Grimaces, crachements, rots. — Aniécédente héréditaires, excentricités, /mihilinn, scrujjiiles, recherche de la perfection, ces recherches troublent toutes ces actions, maladies infectieuses, recherche des systèmes pour respirer, précautions pour assurer la déglutition, (frimaces, rapport des spasmes, des idées hypocondriaques, des recherches de perfection.
Nous ne pouvons étudier en détail les souffrances et les mésaventures de ce pauvre garçon. Rai., âgé de 33 ans. 11 nous suffît de remarquer ses tics innombrables et de soulever à leur propos un problème difficile. Vous voyez que cet individu fait une foule de grimaces assez malpropres; il crache tout le temps, de côté et d'autre, il renifle, il ouvre la bouche largement et lance des rots retentissants; de temps en tejnps voyez comme il respire vite en soufflant bruyamment et en crachant. Ce serait encore pis si vous le regardiez quand il est en train de manger : ce sont des grimaces, des crachements, des rots, des suffocations à n'en plus finir.
Comment tout cela est-il survenu ? Il prétend que c'est assez récent et qu'il n'avait rien de tout cela avant l'âge de 29 ans. En réalité il a toujours été un grand détraqué, il appartient :i une lainillc ([ui compte sinon des aliénés, au moins pas mal d'ari'iérés, des tantes, un oncle, un Irèrc qu'il trouve aimablement un peu « bèbètes » et (jui ont même eu besoin d'être placés dans des asiles spéciaux. D'autre part, sa mère était une grande hystérique.
Ce garçon fut dans sa jeunesse un sujet brillant, toujours en tête de ses classes, mais bizarre, vaniteux, coléreux, rempli de fantaisies excentriques. 11 fit ou plutôt commença tous les métiers, sans suite dans les idées, avec les ambitions démesurées: maître d'études, inventeur d'un procédé pour repasser merveilleusement les couteaux, ouvrier métallurgiste avec le rêve de devenir millionnaire grâce à ses inventions, soldat, voyageur en Afrique, etc., etc., toujours misérable, toujours h la recherche de perfectionnements imaginaires.
C'est qu'en effet il présente un trait de caractère assez commun chez ces dégénérés et qui semble jouer un rôle dans sa maladie. Il est scrupuleux et rêve dans toutes ses actions une perfection imaginaire. Il trouve toujours qu'une chose pourrait être mieux faite, qu'il faut trouver un système pour mieux faire. Il a des procédés pour écrire bien, pour tenir sa plume, des moyens mnémoniques interminables pour mettre la ponctuation, pour apprendre, pour réciter. Il s'embarrasse dans ses procédés perfectionnés, au point qu'il ne peut jamais arriver au bout de quoi que ce soit.
Le .malade : « Oui, Monsieur, j'ai tant cherché de procédés pour mettre la ponctuation, que je ne pouvais plus arriver à écrire une lettre. C'est ce qui m'a fait renoncer à être maître d'études.
— N'avez-vous pas aussi trouvé des procédés pour aiguiser les couteaux ?
Le malade : Sans doute, mais on m'a renvoyé de l'usine parce que je les coupais en deux )).
N'insistons pas sur ce point qui nous entraînerait hors du sujet. Ce pauvre diable, après des vovages excentri(jues en Afrique, rapporta en guise de perfectionnements une conjonctivite, les fièvres paludéennes et la dysenterie. Il rentra en France épuisé et plus détraqué que jamais. Ce furent alors des préoccupations pour sa santé et des inventions sur les règles de l'hygiène. Il se
préoccupa de tout et surtout de sa respiration et de sa digestion. Il ne respirait pas bien, il fallait trouver un système pour respirer mieux, pour éviter les sufTocations possibles : il ne parlait que des dangers de l'étoufTement. Puis ce furent des systèmes pour manger: il lui fallait une bouteille d'eau près de lui constamment pour humecter la bouche avant chaque bouchée; même en dehors des repas, il fallait une goutte d'eau dans la bouche pour bien respirer. Un jour, dans un voyage en chemin de fer, il fut horriblement malade parce qu'il ne pouvait avoir sa gorgée d'eau.
Lk maladk : « Mais, Monsieur, ce n'était pas une imagination, ma poitrine restait gonflée, je suffoquais, je serais mort si une bonne vieille ne m'avait procuré un peu d'eau. »
Vous voyez le caractère. Au milieu de tout cela, les précautions respiratoires, les grimaces pour assurer la déglutition, la digestion ont formé de véritables habitudes contre lesquelles il ne peut plus lutter et depuis deux ans vous voyez les beaux tics dont il ne peut plus se débarrasser. En présence de troubles de ce genre se pose toujours un problème psychologique délicat. Quel est le rapport entre les troubles du mouvement et .les idées. Est-ce que ce sont les idées hypocondriaques, la recherche des systèmes qui ont amené à leur suite ces spasmes, ou bien est-ce qu'il y a eu chez ce névropathe de véritables spasmes des muscles respiratoires, des troubles de sensibilité du pharynx, du larynx, de l'œsophage qui ont fait naître dans l'esprit ces mêmes idées hypocondriaques? Certains auteurs soutiennent toujours exclusivement l'une ou l'autre interprétation. Nous sommes moins systématiques et nous croyons que les deux interprétations sont vraies suivant les cas, quand elles ne se combinent pas toutes les deux chez le même malade. Au cours de ces études vous avez dû voir bien des exemples de l'une et de l'autre. Dans le cas présent il se peut que cet individu, profondément malade d'ailleurs à la suite de diverses infections, ait eu quelques troubles respiratoires. Nous n'osons guère soupçonner de vrais phénomènes hystériques, des anesthésies et des contractures des muscles du thorax; les accidents de ce garçon, autant que nous pouvons en juger, ne semblent guère rentrer dans la série hystérique'. Mais ces troubles respiratoires, réels probablement, ne sont rien à côté de toutes les grimaces qu'il exécute maintenant, la transformation s'est faite sous l'influence d'un Intermédiaire. Cet intermédiaire est ici formé par les idées hypocondriaques et par la recherche des systèmes chez un scrupuleux.
ass Li:s TICS
M. Séglas a piiblir iuitrcfois une observation curienso d'un homme atteint également de ce doute et passant aussi sa vie ;i la recherche de systèmes. Il avait tant et si bien inventé des systèmes pour écrire, il avait si jjieii attaché sa plume à tous ses doigts de toutes les façons qu'il en était arrivé à ne plus écrire du tout et que sa maladie se présentait au premier abord sous l'aspect d'une crampe des écrivains. Notre homme nous paraît se rapprocher de ce cas. Le délire du scru[)ule et la recherche de svslèmcs ont troublé cliez lui les mouvements de la respiration, de la déglutition et produit tous ces tics malpropres qui ont, comme vous le voyez, une origine assez bizarre.
OnsEuvATioN 109. — Imitation de chorée. — Epidémie de chorée dans une pensioji, menaces d'une opération chirurçficale, (/uérison.
Deux mots seulement sur cette petite fdle de dix ans, Boi., que nous vous présentons un peu tard, car elle est déjà guérie. 11 paraît qu'il y a en ce moment-ci une petite épidémie dans l'école de cette enfant; G sur 22 ont de la chorée; c'est beaucoup et, si nous jugeons de ses compagnes par celle-ci, c'est une chorée un peu spéciale. Cette enfant faisait quelques petites grimaces avec ses mains qu'elle élevait et baissait régulièrement. Les autres petites filles de la pension font, paraît-il, des mouvements semblables plus ou moins compliqués. Il est probable qu'il y a eu là un cas de chorée que l'on n'a pas assez vite isolé et ces enfants se sont mises à l'imiter. Le traitement n'a pas été long: il y a 8 jours, quand on nous a amené cette jeune personne, nous avons offert à la mère de la conduire au chirurgien pour qu'il lui brûlât quelque chose dans les deux bras. L'enfant tout en sanglots a supplié d'attendre jusqu au lendenuiin. Sa mère (pii nous la ramène nous dit que le l(Mulemain il n'y avait plus rien. Est-ce une guérison par suggestion .^ Ou n'est-ce pas tout simplement une menace qui a déterminé un effort de volonté?
Observation 110. — Tic de s'arracher la peau. — Plaie, antécédents, habitude de (jratter les boulons, sensibilité, début pendant la convalescence d'une maladie infectieuse.
Voici une enfant de 10 ans qui présente une habitude bizarre
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que l'on peut appeler un tic, quoiqu'elle touche aux idées fixes et au délire. Vous voyez qu'elle a la figure et les mains couvertes de plaies et de croûtes. On la déshabille et vous êtes frappés par quelques grosses plaies qu'elle présente au corps, en particulier aux chevilles des pieds. Celles-ci ont plusieurs centimètres de diamètre et un très mauvais aspect. Eh bien, c'est l'enfant ellemême (|ui se fait ces blessures et qui arrive à les faire malgré toutes les précautions prises et toutes les corrections.
Le père de cette enfant paraît être normal ; la mère est très emportée et très nerveuse; l'enfant a été normale jusqu'à l'âge de 5 ans, bien portante et intelligente. A cet âge elle eut successivement la rougeole et la coqueluche, resta longtemps au lit pendant une convalescence difficile ; elle avait à ce moment quelques petits boutons au front qu'elle commença à gratter, surtout avant de s'endormir et le lendemain au réveil. Elle continua ce manège sur tous les petits boutons qui apparaissaient. Plus tard elle grattait ainsi et creusait pur tous les points qui avaient reçu un léger choc, partout où il v avait un bleu comme se font les enfants ou une modification quelconque de répiderme. Ce travail devint presque incessant et peu à peu il a formé les horribles plaies que vous voyez.
La première question qui se pose c'est de savoir si l'enfant sent la douleur; l'anesthésie dans ce cas aurait une grande importance. Or, il n'y en a pas trace; elle sent sur tous les points du corps, elle crie et se débat dès que nous touchons ses plaies qui sont particulièrement sensibles. «Mais alors, petite sotte, tu dois te faire beaucoup de mal ?
La malade : Mais oui. Monsieur, je gratte doucement et je me retiens bien fort pour ne pas crier.
— Pourquoi fais-tu de pareilles sottises ?
La malade : Je ne sais pas, j'en ai trop envie. »
Y a-t-il ici la volupté de la douleur qui a tant intrigué les psychologues ? Il y a plutôt une tendance, une habitude devenue irrésistible chez un esprit faible et qui ne peut plus être arrêtée même par la souffrance. X'y a-l-il pas des gens qui continuent à boire ou à fumer même quand ils sentent que cela leur fait mal ? Il est intéressant de remarquer que ce tic, cette tendance a pris naissance dans la convalescence d une maladie cfravc, dans un état d'aflaiblissement cérébral et qu'il a continué h se développer malgré la restauration apparente de l'activité cérébrale. Cette
enfant en effet n'est pas une Imbécile, loin delà; elle apprend très bien dans son école et en dehors de sa mauvaise habitude ressemble aux autres enfants. Cette conservation de l'intelligence fait espérer que l'on pourra par l'éducation la forcer à lutter contre cette tendance qui s'est implantée dans son esprit.
Obseuvation 111. — Arrachement des cils. — Aspect des yeux, monvemenis coniinuels des mains pour chercher les cils et les arracher, neurasthénie, attention attirée sur les cils.
On ne se doute pas des sottes habitudes que les enfants peuvent prendre et qui, dans des circonstances particulières, chez des individus un peu névropathes, se transforment en tics définitifs durant toute la vie. Au premier abord vous ne vous douteriez pas que M. Pb. ait un tic grave, car son attitude vous paraît au premier abord tout à fait correcte. Cependant vous avez déjà remarqué que ses yeux ont quelque chose de bizarre sans que l'on voie bien tout d'abord de quoi il s'agit. En observant mieux vous verrez que cet aspect des yeux tient à ce que les paupières sont absolument dépourvues de cils. Cette absence des cils n'est pas due à une maladie. Les cils repousseraient parfaitement et assez rapidement si Pb. le leur permettait. Si vous le suivez, vous remarquerez qu'il a fréquemment, en parlant ou en marchant, au milieu de toutes ses occupations, un petit mouvement de la main droite qui se lève et tâte avec soin le bord des paupières. Si le doigt rencontre un cil qui se soitun peu développé, immédiatement d'un mouvement brusque Pb. l'arrache et il recommence perpétuellement ce maui'ge, si bien que ses paupières n'ont jamais un cil.
Comment cette absurde manie s'est-elle développée ? Les membres de la famille sont un peu nerveux et prédisposés aux tics, une sœur a eu pendant longtemps un tic de la face et du cou. Le jeune homme lui-même est un neurasthénique qui pour la moindre émotion présente toutes sortes de troubles digestifs et s'affaiblit d'une manière étonnamment rapide. Il est prédisposé aux idées fixes qui à plusieurs reprises l'ont déjà gravement troublé. Sur un pareil teri ain, il suffisait de peu de choses pour délerminer l'habitude palhologicpie. Cette légère impulsion nous paraît avoir été tout simplement une coquetterie singulière de la famille. Les
enfants ont des cils très longs et très beaux et les jeunes filles ont déjà la sotte habitude de les caresser et de les lisser avec les doigts. L'attention de Pb. attirée sur ce point, il a suffi d'une démangeaison quelconque pour transformer la caresse des cils en arrachement et c'est ainsi qu'il a perdu les beaux cils de la famille.
Obsebvation 112 — Chute sur les genoux. — Dérohemenl des jambes, absence d'autre paralysie, chiilc sans gravité accompagnée de précautions, le phénomène disparaît dans la distraction, début après une maladie infectieuse, sentiment de faiblesse des jambes.
Il ne faut pas croire que le diagnostic d'un tic soit toujours facile et qu'il ne laisse pas bien des hésitations. Voici une jeune femme de 30 ans, Mrz., qui nous a été adressée par notre ami M. le D"" Powilewicz . Cette jeune femme présente depuis trois ans une difficulté croissante de la marche, si bien qu'elle en arrive à refuser de sortir et à rester constamment confinée dans sa chambre. Ce trouble de la marche n'est pas banal; voici en quoi il consiste. Cette jeune femme prétend que ses jambes sont trop faibles pour la porter, qu'elles se dérobent sous elle, subitement, quand elle se tient debout ou quand elle marche. Vous la voyez se lever et marcher. En apparence son attitude et sa démarche sont tout à fait correctes. Puis tout d'un coup la voici qui s'affaisse et qui tombe brusquement à genoux, sur les deux genoux, remarquez-le bien. Elle reste très droite dans l'attitude de la prière, puis elle se relève facilement, marche encore quelques pas et retombe sur les deux genoux avec un grand bruit. C'est là le manège qu'elle fait depuis trois ans dans les chambres et même en pleine rue à peu près tous les dix pas.
Vous remarquerez que voilà une paralysie des jambes bien singulière. Il n'y a aucun affaiblissement dans la résistance des jambes au mouvement passif. Il n'y a aucune difficulté dans la station debout ou même dans la marche, point d'astasie abasie. C'est un dérobement subit des jambes. L'examen objectif ne nous explique guère son origine ; l'aspect des muscles est normal, point d'atrophie, aucun trouble des réllexes qui sont parfaitement normaux, aucun trouble de la sensibilité ni tactile, ni musculaire. Nous sommes forcés d'en revenir à l'examen des circonstances
dans lcsquell(>s la chute se protluit pour cherclier à (>xj)llquer ce dérobcmeut des jamljcs (jui ne icnlre dans aucune inala(li(\
Un(> des premières remarques que nous ayons faites c'est que ces chutes si fréquentes et si lourdes en apparence n'avaient jamais eu de gravité. Cette malade n'est jamais tombée par terre, elle ne s'est jamais fait de mal. Elle a simplement développé des callosités aux genoux car elle ne fait que s'agenouiller très brusquement. Cet agenouillement pourrait avoir cependant des conséquences dangereuses et nous avons pris soin de demander si elle ne s'est pas blessée en s'agenouillant ainsi dans un escalier, sur un trottoir, sur des pierres aiguës. On nous a répondu que le phénomène ne se passe jamais dans l'escalier et que, quoique très fréquent, quoique se répétant tous les dix pas, il n'a jamais eu lieu dans des endroits trop désagréables ou même trop sales. En somme la malade n'a eu d'autres inconvénients de son infirmité que le ridicule et si elle refuse de sortir, ce n'est pas par crainte d'un danger qu'elle sait ne pas exister, c'est par crainte qu'on ne se moque d'elle. Ces remarques semblent nous montrer que la chute n'est pas tout à fait involontaire et qu'elle s'accompagne d'un certain nombre de précautions. Une autre remarque va nous faire voir que cette chute n'est pas non plus indépendante de l'attention de la malade et qu'elle peut disparaître quand l'esprit est fortement occupé d'autre chose. Sous prétexte de mieux regarder la colonne vertébrale, nous avons prié la malade de se déshabiller et de rester debout en tenant ses jupes pendant que nous examinions son dos. Cet examen a été prolongé à dessein et entremêlé de discussions graves sur l'état des vertèbres. Cette jeune femme très inquiète faisait grande attention à nos paroles, tandis que d'autre part elle était encore occupée à retenir ses jupes. Le résultat a été qu'elle est restée trois quarts d'heure, debout au milieu de la chambre, dans une attitude qui aurait fatigue une personne normale, sans s'agenouiller une seule fols.
Notre diagnostic n'en reste pas moins un peu hésitant et nous le proposons avec réserve. Cette chute sur les genoux, ce dérobement des jambes qui paraît en rapport avec une afTection grave n'est rien qu'un tic, un ensemble de mouvements systématisés qui se répètent involontairement dès que la malade y pense. Cette jeune femme a eu il y a trois ans une rougeole grave, suivie d'un grand airaiblissement. i'>lle vit seule avec sa mère et ces deux dames s'entourent récipro(piement de soins excessifs. On s'est
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énormément préoccupé de la faiblesse des jambes qui semblait exister après la rougeole; on a fait des frictions, du massage, de l'électricité à domicile avec de petits appareils qu'on avait beaucoup de peine à faire marcher. Peu à peu l'affaiblissement a disparu mais il est resté ces habitudes de chutes qui ont pris par répétition cette forme particulière. Nous espérons que malgré nos hésitations le diagnostic est exact. Un tic dont on peut se guérir par un effort de volonté vaut mieux qu'une paralysie sérieuse.
Obsehvaïion 113. — Mouvement spasmodique des jambes. —
Tabès imaginaire, exagéralioii considérable des réflexes^ cmolivilé, aUention attirée sur les réflexes, (juérison par la suggestion.
Cet homme de 32 ans a, en entrant, une démarche singulière, il est raide et à chaque pas il lance ses jambes en avant et les secoue deux ou trois fois avant de les remettre sur le sol.
Le malade : « C'est bien naturel, monsieur, j'ai le tabès.
— Vous êtes bien savant, mon ami, et ce n'est pas la peine de nous consulter, mais comment savez-vous que vous avez le tabès.
Le malade : Parce que j'ai le réflexe du genou tout à fait dérangé, on me l'a dit au Yal-de-Grâce et c'est depuis ce moment que je marche très mal. » Décidément l'allure de ce malade etses convictions sont l)izarres. Voyons d'abord ce qu'il raconte sur ses réflexes puis nous chercherons ii élucider cette affaire du Valde-Gràce.
En effet, vous vovez que ses réflexes sont au moins bizarres. Dès qu'on lui touche le genou, il lance les jambes en l'air avec une exagération que vous n'avez vue chez aucun spasmoditjue. Il est facile de voir que ce ne sont pas là des réflexes, mais des mouvements, des secousses qu'il fait à tort ou à travers; d'ailleurs je puis vous dire qu'en l'examinant précédemment avec des précautions, en le calmant, en le distrayant pendant l'examen des réflexes, nous les avons trouvés tout à fait normaux. Inutile d'ajouter qu'il n'a pas de clonus du pied et qu'il ne présente aucun autre trouble qui puisse faire songer ii une lésion médullaire. H y a certainement une autre histoire là-dessous.
Cet homme est le fils d'une femme à moitié lolle et fortement hystérique, dont les colères et les tristesses amenaient des délires. Lui-même sans avoir eu jamais d'hystérie proprement dite a tou-