‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 256 sur 326 · I.KS TICS · texte numérisé non relu

I.KS TICS

jours été un bizarre. Il suiToquc; quelquefois il s'évanouit pour la moindre émotion; il a des désespoirs, des idées de suicide, beaucoup de désordres dans la conduite. 11 s'est marié et il a trouvé moyen de divorcer au bout de huit jours, d'un commun accord d'ailleurs, les deux époux ayant constaté dans ce court intervalle qu'ils ne pouvaient pas vivre ensemble. Il s'engagea comme soldat et il prit au régiment, il y a trois ans, une fièvre typhoïde assez grave ii la suite de laquelle il resta faible, fatigué, avec des engourdissements dans les jambes. Il alla consulter au Val-de-Gràce et là nous ne savons pas très bien ce qui s'est passé. Il nous décrit une longue séance assez bizarre et des discussions à propos de ses réflexes. Nous pouvons supposer que le médecin a fait à propos de ce malade et devant quelques élèves une leçon sur les différentes formes du tabès spasmodique de Charcot, sans prétendre, bien entendu, que notre confrère ait diagnostiqué cette affection chez ce soldat. En tout cas ce pauvre garçon resta très frappé par ces révélations sur les réflexes, il s'exerça à reproduire le phénomène, étudia ses réflexes patellaires, les trouva de plus en plus augmentés et après deux ans d'exercice en est arrivé au degré que vous voyez. Comment caractériser sa démarche, les petites secousses qu'il fait régulièrement dès qu'une jambe est levée. Ce sont des spasmes, mais des spasmes qui reproduisent, au moins comme il le croit, un phénomène, celui du réflexe. Ils sont donc systématiques, en rapport avec une pensée obsédante, avec une mauvaise habitude. Ne pouvons-nous pas les ranger justement dans la classe des tics ?

Voici ce même malade que vous vous souvenez d'avoir vu il v a huit jours. Vous ne reconnaissez plus sa démarche. II s'avance d'une manière tout à fait correcte et si vous essayez de nouveau de frapper sur le tendon rotulicn vous voyez qu'il a ses réflexes comme tout le monde. Nous avons eu raison n'est-ce pas de ne pas admettre trop vite un tabès spasmodique ; quant ii sa guérison qui est actuellement très belle et qui se maintiendra peut-être, car en somme il s'agit d'un individu qui n'est pas fortement déséquilibré, elle est tout simplement le résultat de la suggestion. Cet individu est très suggestible, il a même assez facilement des mouvements subconscients, c'est là d'ailleurs l'origine de sa niahidie. On a pu profiter de ses mouvements involontaires pour l'étonner, lui montrer que Ton agissait sur lui, que l'on devinait ses pensés et très

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rapidement on a pu, grâce à cette émotion, modifier les mouvements des jambes. Souhaitons que cet heureux résultat se maintienne. La suggestion a bien des inconvénients, sans doute, le plus grave c'est qu'elle ne guérit pas la suggestibilité elle-même qui amène des rechutes perpétuelles ; mais quand il s'agit d'un individu qui est encore cérébralement assez solide; elle peut lui procurer rapidement une période de tranquillité quelquefois assez longue. Nous avons vu après une suggestion des hystériques rester débarrassés de tout accident pendant un ou deux ans. Ce n'est pas la guérison, nous le répétons, mais ce n'est pas un avantage méprisable.

CIIAPITRK IV

LES TAIIALYSII'S

Messieurs,

A plusieurs reprises, soit dans les leçons cliniques du vendredi, soit dans les conférences de psychologie clinique nous avons eu l'occasion d'insister sur les cas simples et complets de paralysie fonctionnelle, de paralysie hystérique. Nous ne reprendrons ici dans les leçons du mardi que des cas moins complets, plus irréguliers et dont l'analyse ne laisse pas d'être intéressante au [)()int de vue psychologique et au point de vue médical.

i. — Paralysies systématiques.

OnsEuvATioNs 1 1 i. II."), Il(), 117. — Impuissances par excès d'attention apportés à une fonction. — Troubles de Ui dê- (jliililiim, (le t'écriltire, du rtiouremcnl des lèvres, de la miction, apparition de la paralysie quand le malade se seul en public, restauration de la fonction quand le malade est seul, trouble apporté par l'attention, interprétations, le phénomène conscient est plus complexe, se complique d'émotion .

Voici quatre malades que nous avons priés de venir ensemble, jiai'ci' ([u il V a un |)('tit côté de leur adrclion cjui les rapproche les uns di's autres. Au premier abord vous serez sur[)ris de cette réunion, car ces malades se plaignent de choses bien dillerentes.

Cette femme Au., âgée de 37 ans, ne peut plus manger; cet homme Vim., âgé de 34 ans, ne peut plus écrire des chiffres ; cet autre homme Dev., âgé de 40 ans, ne peut plus jouer de la trompette et ce dernier homme Da., âgé de 27 ans, ne peut plus uriner. Qu'est-ce que tout cela a de commun? C'est que chez tous cette impuissance systématique ne se présente que dans une seule circonstance, toujours la même. « Madame, qu'est-ce qui vous gène pour manger?

L.\ MALADE Au. : C'est quand on me regarde, je ne puis plus manger à table avec mon mari et mes enfants. Il faut que je sois toute seule. »

— Et vous, Vim., ètes-vous toujours gêné pour écrire?

Le malade Vim. : Oh! non, Monsieur, j'écrirais très bien chez moi, mais c'est au magasin, à la caisse, que je ne puis plus écrire, quand il v a des clients qui me regardent.

— Vous avez donc renoncé, Dev., à jouer de la trompette ?

Le malade Dev. : Xon, Monsieur, c'est mon gagne-pain, je répète chez moi très bien sans accroc, mais quand je suis à l'orchestre et qu'on me regarde, impossible de commencer.

— Et vous, Da..., est-ce qu'on est donc obligé de vous sonder ?

Le malade Da. : Mais non, Monsieur, quand je prends mes petites précautions, je peux très bien uriner. C'est dans les urinoirs que je ne peux plus commencer, parce qu'on me regarde. »

Vous vovez bien que nos malades se ressemblent et nous avons eu quelque raison de les réunir, car ils représentent le type d'une maladie psychologique bien curieuse et plus répandue qu'on ne croit. On est d'ordinaire disposé à croire que l'attention portée sur un organe doit toujours en augmenter la sensibilité et le mouvement. Une idée fixe dirigée vers la main devrait toujours la rendre extrêmement sensible et en rendre les mouvements très délicats. En fait, ce n'est pas ainsi que les choses se passent, une idée fixe relative à un organe en trouble très souvent la sensibilité et le fonctionnement. Nous avons vu un homme préoccupé de ses parties génitales arriver à les rendre anesthésiques. Bien des malades par l'idée fixe, dirigée vers leur bras qui a reçu un coup, le rendent anesthésique et paralytique. On peut dire qu'on ne comprend pas le fait, mais on ne peut pas le nier. Le trouble de nos quatre malades nous semble intéressant à rapprocher de ce fait, car il nous montre le premier trouble d'une fonction déterminée par l'attention. Tous nous répondront la même chose : ce

:('.IS I,F.S PAUALVSIES

qui les trouble quanti on les regarde c'est qu'ils sont amenés à faire attention ii leur acte, à manger mieux, à écrire mieux, c'est que Dcv. a une attention intense, bra([née sur le signal du chef d orchestre, sur la note ({u'il doit faire. C'est (ju*^ l)a... pense à uriner vite pour laisser, dans l'urinoir la place au suivant. En un mot, ils font attention à leur action et leur action est arrêtée. Le fait est à recueillir même si on ne le comprend pas bien.

11 est d'ailleurs moins extraordinaire qu'il ne paraît et nous savons tous que certains actes s'exécutent plus correctement quand nous n'y pensons pas. Marcherons-nous mieux, écrirons-nous mieux l'orthographe si nous surveillons chaque mouvement? Bien au contraire.

Le fait nous paraît comporter plusieurs explications. C'est la preuve, direz-vous, que nous n'avons pas la bonne. En tous cas ces explications se complètent l'une l'autre. N'oublions pas un principe: c'est qu'une opération psychologique, automatique, subconsciente est plus simple, plus facile, demande moins de travail cérébral qu'une opération consciente et attentive. La conscience et l'attention ajoutent au fait bien des éléments nouveaux : la notion de la personne, le sentiment du lieu et du temps, l'idée du but, etc. Il faut donc pour l'action consciente une synthèse cérébrale et mentale beaucoup plus compliquée que pour l'action subconsciente. C'est ce que bien des expériences mettront en évidence : par exemple, des hystériques dont le cerveau est engourdi feront encore des actes subconscients en rapport avec des sensations également subconscientes, tandis qu'elles seront anesthésiées et paralysées si on interroge leur conscience personnelle. Une série de temps de réaction pourra être beaucoup moins élevée et beaucoup plus régulière si elle est obtenue sur un sujet disti'ait ou anesthésique au lieu d'être prise sur un sujet attentif. Voilà donc une première raison pour laquelle un acte chez un individu dont la synthèse m.entale est affaiblie pourra continuer à être fait quand il n'y pense pas et sera impossible quand il est attentif.

Insistons maintenant sur une deuxième remarque. Quand l'attention est dirigée sur un phénomène, elle éveille tous les souvenirs relatifs à ce phénomène et en particulier le souvenir des difficultés et des échecs précédemment éprouvés. On pourrait

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