oir dans Ip premier volume de ces éludes, p
PARALYSIES SYSTÉMATIOL ES 399
rapprocher de notre malade qui n'urine pas le cas de ces personnages qui se croient impuissants et que M. le P"" Guyon a désigné d'une façon pittoresque sous le nom de « rateurs ». Il leur sufTit de se distraire, d'oublier leurs craintes pour retrouver tontes leurs facultés. En voulant trop bien faire ils ont des souvenirs et des peurs qui les paralysent.
Enfin, en troisième lieu, l'attention s'accompagne ici d'une émotion. Ce sont des individus très timides, comme Vim..., qui sont gênés dès qu'il y a quelqu'un près d'eux, parce qu'ils ont peur d'être mal jugés, d'être ridicules. C'est un musicien, comme Dev., qui redoute bien plus de faire un couac devant le public que dans sa chambre. Lémotion présente ici le caractère sur lequel nous sommes revenus bien des fois. Elle dissocie les phénomènes, elle rend impossible leur synthèse. Comme précisément le malade cherche à accomplir en ce moment une opération très consciente, très attentive, c'est-à-dire une synthèse très difficile, cet effet de l'émotion est encore accru.
En un mot, ily a une sorte de contradiction entre l'effort d'attention d'un côté qui rend l'acte plus compliqué, la synthèse h effectuer plus complexe et l'émotion qui rend toute synthèse plus difficile et qui tend à la dissocier. Le résultat est bien net, l'acte devient momentanément impossible. Ces explications ne se contredisent donc pas, elles se complètent l'une l'autre et vous ne serez pas surpris si nous vous disons que ces malades sont à la fois des abouliques et des émotifs. Il faudra lutter contre ces deux tendances pathologiques pour les rendre capables de faire « quand on les regarde », ces actes qu'ils peuvent si bien faire quand ils sont tout seuls.
Observation 118. — Crampe des écrivains. — Crampe des
lt'lé(/raphislcs, coiulidons qui modifient la cnimpe.
11 V aurait de longues études à faire sur un phénomène très fréquent qui se rapporte en partie aux spasmes, en partie aux tics, en partie aux impuissances fonctionnelles et qui est loin d'être entièrement élucidé : c'est ce qu'on appelle la crampe des écrivains. Nous en avons en ce moment plusieurs cas remarquables sous les yeux; nous ne pouvons faire une étude d'ensemble sur le phénomène et nous nous bornons à remarquer les particularités propres à chacun
/.OO I.r.S PARM.VSIKS
de nos malades surtout en ce (jiii concerne la genèse du phéîiomène. Voici un homme de 40 ans, Do..., qui est malade depuis plus de 10 ans. 11 a d'abord présenlé une première forme du phènomène, la crampe des tcl(''«^iaphistos. h- ni ployé à la manipulation de l'appareil Morse, il se sentait le bras et le doigt très fiuigués, puis il eut dans ces parties des crampes si violentes, des mouvements si incohiMcnls qu'il fut obligé de changer de métier. On l'employa à des écritures et au début tout alla parfaitement bien : la crampe qui survenait dès qu'il touchait l'appareil télégraphique ne se reproduisait pas quand il touchait la plume. Mais il devint malade, il eut une variole et dans la convalescence, il se sentait très faible, nerveux, éuiotif cl trouvait son travail extrêmement pénible. Pour diminuer la fatigue qui résultait de l'écriture il chercha à changer d'attitude, plaçant le corps de travers, se mettant loin de la table, tenant ses jambes dans des positions diverses; au début, chaque nouvelle attitude amenait un soulagement, puis elle devenait insuffisante. Alors ce fut la période classique que traversent tous ces malheureux : il inventa des procédés pour tenir sa plume sans se fatiguer. Ce fut la plume placée entre le deuxième et le troisième doigt, entre le troisième et le quatrième, attachée même au petit doigt avec une ficelle, puis des porte-plumes bizarres, très gros, de poids différents, etc. Vous connaissez tous ces efforts que font les malades pour trouver un système d'écriture; rien n'v fit. Le spasme existe non seulement dans la main, mais surtout dans l'épaule droite : tout le bras est raide dès qu'il essaye d'écrire et ce sont, paraît-il, des douleurs insupportables.
L'interprétation de cette maladie est loin d'être complète; il est probable qu'il y a un trouble dans le centre cortical des mouvements du bras droit et de l'écriture. ?^st-ce tout simplement un épuisement de ce centre chez des individus convalescents d'une maladie comme celui-ci, très émotifs, dont les centres corticaux s'épuisent facilement ? Cet épuisement pourrait être produit tout simplement par un travail excessif et toujours le même. Cela est en partie vrai, mais dans bien des cas vous aurez à remarquer que ce n'est pas tonte la vérité. Cette maladie présente des modifications, des alternatives bizarres suivant les dispositions bonnes ou inauvais(îs, les idées de ces malades, leurs espoirs ou leurs craintes. Eux aussi, comme les malades qui ont des tics, inventent une foule de trucs qui transforment leurs
spasmes. Notre homme n'est-il pas guéri quand quelqu'un appuie la main sur son épaule droite ? De là ces guérisons par toutes sortes de procédés. Nous réussissons fréquemment ici par l'électrisation et le massage, mais d'autres réussiront par d'autres méthodes. N'avons-nous pas vu de ces individus entièrement guéris, au moins pour un temps, parce qu'on leur a appris qu'il fallait écrire avec un gant? Le centre est affaibli, sans doute, mais non détruit et il subit les influences de tous les phénomènes cérébraux, de toutes les émotions excitantes ou déprimantes qui pour le moindre prétexte augmentent ou masquent son épuisement. Peut-être suffirait-il de laisser un peu reposer ce malade? Vous savez qu'il est Ijon dans la crampe des écrivains d'interrompre l'écriture pendant plusieurs mois, mais l'interruption ne suffit pas toujours et il faut y joindre un traitement quelconque qui rende la confiance au malade.
Observations 119 et 120. — Paralysie de la main pour les mouvements délicats. — Tics et impuissances fonclionnelles.
Voici deux hommes, Dem. et X., que le hasard nous permet de présenter ensemble. Ils ont tous les deux, dans les mêmes circonstances, un mouvement bizarre de la main droite, mouvement qui, il est vrai, n'est pas le même. Mais comme ils ont le même métier, les mêmes habitudes, on peut se demander s'il n'y a pas cjuelque chose d'analogue dans leur affection. Vous voyez que leur bras reste parfaitement tranquille, sans secousses, ni spasmes. Ce bras peut accomplir un grand nombre de mouvements sans difficulté ; par exemple, nous leur demandons de soulever une de ces chaises, vous voyez qu'ils le font vigoureusement. Mais si nous leur demandons de prendre une plume ou de toucher un objet fragile comme ce verre, avec le bout du doigt vous voyez que chez l'un la main tombe en flexion et que chez l'autre la main se relève l)rus(juement en extension. C'est un spasme brusque qui se produit au moment d'accomplir un mouvement délicat ; comme ils nous le disent eux-mêmes, leur main est intacte pour les exercices de force, elle semble ne plus vouloir se prêter aux exercices de précision.
Est-ce là un tic, un simple spasme? Cela y ressemble en efïet,
JJÉVKOSES ET IDÉES II.ivES. II. — 26