‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 258 sur 326 · I.I'.S PAIWI.YSIES · texte numérisé non relu

I.I'.S PAIWI.YSIES

mais le spasme se complique ici d'une impuissance particulière pour un groupe de mouvements déterminés. Or, ces deux individus sont peintres, c'est-à-dire obligés par métier de tenir un pinceau et de faire exécuter ii leurs luaiiis des mouveinenls précis et délicats. N'y a-t-il ])as l;i un(; laligue (jui a dissocié un système de mouvements paiticuliers ou (jui, pour le dire autiement, a épuisé un centre particulier. Le moiivcnicnt ne s'acconiplissanl pas correctement est remplacé par un mouvement absurde qui devient habituel et qui se transforme en tic. Ces cas nous semblent se rapprocher des crampes des écrivains. Ce sont des tics surajoutés à des impotences fonctionnelles.

Observation 121. — Paralysie de l'écriture à la suite d'une émotion. — Anlccêdenls, fitligue Je récriture, émotion, paralijsie systématique de la main droite, trouble consécutif de l'articulation des paroles.

Encore un cas d'impuissance systématisée qui a quelque analofj-ie avec la ciampe des écrivains mais dont le développement est assez curieux et suggère même quelques réflexions sur le siège anatomique du trouble cortical. Il est rare que l'on puisse faire ces réflexions h propos de nos malades, au moins que l'on puisse les faire avec quelque précision, il faut donc profiter de l'occasion.

Remarquez d'abord ce début du trouble de l'écriture. 11 s'agit d'un homme de 45 ans, M. l'abbé Mrk., professeur dans un séminaire. Il y a dans sa famille quelques antécédents nerveux; sa mère très émotive avait des tics de la face. 11 fut lui-même toute sa vie nerveux et émotif, disposé aux idées noires et présentant pendant longtemps, à la suite des émotions, des troubles dyspeptiques analogues à ceux que l'on observe chez Iqs neurasthéniques. Il se fatiguait beaucoup dans son métier de professeur : il paraît qu'il avait énormément à écrire, énormément à corriger de copies et 11 avait déjà ressenti une véritable fatigue du bras et de la main occasionnée par l'écriture. Cette fatigue était si réelle qu'il avait même projeté de renoncer à sa profession et cpi'il avait lait une demande dans ce sens, mais jusque-là nous notons de la fatigue et rien de plus.

Il y a cin([ ans, il eut une violente émotion : une vieille femme

qui était venue lui parler et qu'il avait confessée resta sur sa reconiinandation ([uelque temps à prier clans la chapelle. Or, par un malheur impossible à prévoir, la toiture de la chapelle s'elTondra et écrasa la pauvre lemnie. Sans doute il n'était en rien responsable de ce malheur; mais enfin ses conseils semblaient y être pour quelque chose et il ne put s'empêcher d'avoir des regrets et un grand chagrin. Or, qu'éprouva-t-il à la suite de ce chagrin, en dehors de la tristesse, bien entendu ? Un phénomène physique qu'il est certain de n'avoir pas ressenti auparavant et qui se développa en quelques jours après l accident : sa main droite devint tout à fait incapable d'écrire. La main n'était pas insensible, elle n'était pas paralysée. Elle pouvait faire tous les mouvements et même des exercices de force, elle marquait 35 et 42 au dynamomètre, ce qui est sulfisant, mais dès qu'il s'agissait de prendre une plume et d'écrire, la main était comme engourdie, gênée et ne parvenait pas à tracer correctement quelques lettres. Il n'y avait pas de crampe véritable mais des contorsions irrégulières des doigts et du poignet, comme si le malade ne savait plus quel mouvement il fallait faire pour écrire.

Ce début est déjà bien curieux; l'émotion supprime ou dissocie une fonction, c'est là un fait bien connu mais il est intéressant de remarquer sur quelle fonction porte le trouble. Sur une fonction qui n'a en somme absolument rien à voir soit avec l'accident, soit avec la nature de l'émotion. Le trouble porte sur une fonction déjà allaiblie et déjà fatiguée comme s'il y avait là un lieu de moindre résistance. Il semble que l'esprit épuisé par l'émotion laisse échapper la fonction à laquelle pour le moment il tenait le moins, qui était déjà pénible et difficile. On pourrait remarquer aussi que sur certains points les effets de la fatigue sont déjà identicjues à ceux de l'émotion et que celle-ci est aussi capable à elle toute seule de détruire récjuilibre, de diminuer le pouvoir que le cerveau possède sur ces diverses parties et sur ces diverses opérations. L'émotion viendrait accentuer un travail de dissociation qui était déjà commencé dans le même sens.

Mais ce même malade nous présente encore quelque chose de curieux dans l'évolution de la maladie. Malgré tous les traitements, l'impuissance pour écrire persiste encore à peu près complète quoiqu'il y ait eu peu à peu une légère amélioration; mais le même trouble a envahi peu à peu, au bout de deux ans seulement, une autre fonction. Laquelle ? Les autres fonctions du bras ? Pas

Page 1