‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 259 sur 326 · U4 LES PARALYSIES · texte numérisé non relu

U4 LES PARALYSIES

du loiil, lo bras conserve sa loree et son adresse pour tous les exercices. Le trouble porte sur la parole articulée ou plus précisément sur les mouvements des lèvres et de la joue, surtout du côté droit pendant l'émission de la pai'ole. (le malade ne peut plus j^ouvcrner ses mouvements surtout (piaïul il essaye de faire allention. Dans la parole attentive, il lait des griniaces, il a des spasmes dans la joue droite, dans les lèvres, dans le menton, ou bien il laisse les lèvres tomber. Il est comme embarrassé, dit-il, pour savoir quoi faire de ses lèvres pendant la parole et il les sent à ce moment comme un peu engourdies. D'ailleurs aucun autre trouble des mouvements de la face : les lèvres n'ont plus aucun engourdissement quand il s'agit de manger, de souffler, ou même de sifller un air. C'est une impuissance systématique accompagnée d'un léger trouble de sensibilité à ce moment et portant uniquement sur l'acte de la parole. Est-ce encore la même fatigue que précédemment ? Non, puisqu'il n'est plus professeur depuis l'accident, c'est-à-dire depuis deux ans et qu'il parlait en somme fort peu. Ce serait plutôt le résultat d'une association fonctionnelle entre la parole et l'écriture. Peut-être pourrionsnous exprimer cela en vous rappelant le voisinage des centres de l'écriture et de la parole dans l'hémisphère gauche, mais nous n'insistons pas sur cette question de voisinage. Le plus important, c'est l'association fonctionnelle, psychologique et par conséquent anatomique des deux opérations. Nous savons très bien que chez les hystériques un phénomène subconscient en entraîne d'autres qui sont également dissociées de la perception personnelle. Chez les spirites l'écriture automatique amène souvent l'anesthésie momentanée de la main et même une anesthésie de l'ouïe. I^e médium non seulement ne sait pas la réponse qu'il éciit mais souvent n'entend pas la question posée. N'y a-t-il pas ici quelque chose du même ginire ? Le trouble d'un centre et d'une fonction a gagné de la même manière le centre et la fonction étroitement associée.

Observation 12-2. — Astasie-abasie. — Anlcrcdcnls, dcrohenicnf des J.imhes sous l'iii/Juencc de l'émoliun, sensihililc, perle de la foncliitn, excès de marche aiitomalique, Irailemenl.

Celle jeune fdle, Ca., de 21 ans, a guéri trop vite ; c'est heureux

pour elle et malheureux pour uous. Nous la félicitons, mais nous vous la présentons néanmoins parce que sa maladie présentait un petit détail curieux tout à fait d'accord avec des hypothèses que nous soutenons souvent.

Le père est mort tuberculeux et était, paraît-il, très nerveux ainsi que différents membres de la famille. Elle a toujours été tellement émotive qu'on l'avait baptisée du nom de « sensitive ». L'émotion produisait sur elle depuis longtemps avec exagération un phénomène bien connu : elle lui coupait les jambes. Nous tous, sous l'influence d'une émotion, nous sentons nos jambes faibles et molles ; chez Ca. le phénomène allait plus loin. ¥A\e est réveillée une nuit par des cris de sa sœur, elle se lève, veut courir auprès d'elle, mais elle tombe au milieu de la chambre, car les deux jambes se sont dérobées. Cet accident s'est reproduit plusieurs fois sans avoir d'ailleurs de conséquences. Il y a deux mois, à la suite de scènes désagréables, paraît-il, chez un grand-père, le phénomène est devenu permanent. Elle n'a jamais eu une véritable paraplégie : elle a toujours conservé le mouvement des jambes dans son lit et elle résistait fortement aux mouvements communiqués mais elle ne savait plus ni se tenir debout, ni marcher correctement. En somme astasie-abasie, c'est-à-dire paralysie incomplète, systématique des mouvements des jambes.

N'insistons pas sur les caractères de ce trouble puisqu'aussi bien il a disparu. Rappelons seulement qu'à son entrée à l'hôpital, il y a trois jours, nous n'avons pu constater aucune anesthésie nette, tactile ni musculaire. Cela ne nous surprend pas, les anesthésies musculaires en rapport avec ces paralysies systématiques peuvent être trop faibles pour que nos procédés imparfaits nous permettent de les constater, surtout quand il s'agit des jambes. Il est probable aussi que ces anesthésies légères sont transitoires et ne se manifestent qu'au moment où la malade ve\it faire l'acte supprimé. Nous venons d'observer quelque chose de ce genre chez le malade précédent qui ne sent sa main engourdie qu'au moment où il veut écrire. Le principal dans ces maladies, à notre avis, c'est la perte d'une fonction et non la perte de la sensibilité du membre dans son ensemble. Les troubles généraux de mouvement et de sensibilité n'existent qu'à propos delà fonction. Si vous croyez à l'existence d'un centre cortical bien spécial, bien isolé pour la marche vous pourrez dire que le trouble porte sur ce centre. Jusqu'à présent nous croyons plutôt qu'il s'agit delà perte d'une cer-

40r, LES PARMASIES

laine association ilrs ccllnlcs de ce centre restées intactes pour d'an Ires associations.

Quoi <|u'il en soit, ce n'est pas l;i le point snr lequel nons compilons attirer voire allention. La mère de celte jeune fdle en nous l'amenant nous dit que depuis trois mois qu'elle est malade elle se fatigue en marchant trop, a Comment? Une abasique qui marche trop? Mais devant nous elle ne pouvait pas se tenir sur ses jambes et elle se plaignait de ne jkis pouvoir se lever de son fauteuil. Pourquoi venez-vous nous dire qu'elle marche trop?

La Mai.adi- : Mais, Monsieur, ce n'était pas la même chose. Quand je voulais marcher, ne fût-ce que pour chercher un objet à deux pas, je tombais par terre et puis à d'autres moments, quand je ne voulais pas, il me prenait des impatiences dans les jambes et mes jambes marchaient toutes seules. Je me promenais des heures entières dans la chambre comme un ours dans sa cacre. Je ne pouvais plus m'arrèter ; après des heures de marche je me sentais latiguée et je ne pouvais pas me reposer. Malgré cela, si je voulais aller quelque part, je tombais tout de suite.

— Voyons, mademoiselle, nous ne comprenons pas bien : marchiez-vous ou ne marchiez-vous pas?

La malade : Je ne marchais pas quand je voulais marcher et aller quelque part et je marchais indéfiniment quand je n'y tenais pas et quand je ne voulais aller nulle part. »

C'est à cause de cette singulière description que nous avions pris la malade dans le service pour voir un peu ce qu'il en était. La jeune fille a beaucoup pleuré pour quitter sa mère et une fois entrée nous a demandé avec grand désespoir (piand nous la laisserions rentrer chez elle. « Quand vous marcherez correctement, mademoiselle. — Eh bien, alors, laissez-moi rentrer tout de suite. » Elle s'est levée et a marché très bien, comme vous le voyez. Nous Lavons retenue jiisfju à aujourd hui pourvoiis la présenter et pour voir si la guérison est bien sérieuse. Vous voyez cpi'il n'est plus (piestion de rien.

Le svmptôme rprellc a décrit, que ses parents ont aussi observé pendant trois mois n'en est pas moins intéressant, (^est une vraie expérience analogue; à celles que nous avons faites bien souvent sur les mouvements subconscients : dans la nudadie spontanée comme dans l'expérience, nous constatons la perle de la fonction volontaire cl consciente et cependant la conservation de la fonction involontaire et subconsciente. C'est une vérification curieuse

de notre hvpothèse sur l'un des premiers et des plus importants degrés de la dissociation cérébrale et mentale qui sépare un système psvcho-physiologique du reste'du cerveau et de la personnalité. C'est là le premier elFet de l'émotion; il se peut qu'à un degré plus avancé la fonction se dissocie encore davantage et que le système soit altéré même dans son fonctionnement subconscient. La guérison même de cette malade par un effort de volonté et d'attention qui a rétabli la synthèse est'encore intéressant. Si nous regrettons de ne pas avoir pu étudier davantage le svmptôme, nous sommes heureux de voir cette reconstitution de Tunité mentale par un efl^ort de la volonté.

Observation 123. — Paralysie hystérique de la jambe gauche. — Refus d'nlirncnls, Irailenienl, attaques syncopales, paralysie, antécédents, irrégularité de l'alimentation et du sommeil, chute, contracture de la hanche, appareil plâtré, paralysie, anesthésies, dysesthésies, épuisement cérébral, traitement.

Cette femme, Th., âgée de 23 ans, nous a été amenée dans un état pitovable qui commence déjà à s'améliorer. Le symptôme le plus alarmant au moment de son entrée, c'était un refus complet et obstiné de toute alimentation. Nous avons souvent affaire ici à des anorexiques, cependant nous nous sommes rarement trouvés en présence d'une obstination aussi farouche et d'une attitude aussi grossière. Cette femme nous traitait avec le plus profond mépris, déclarant qu'elle en savait plus long que des médecins ignorants et que l'alimentation lui était absolument contraire. Depuis deux mois elle refusait ainsi toute nourriture, elle était dans un état grave d'aff'aiblissement et d'émaciation.

Cette anorexie si obstinée a cédé dès le second jour de son entrée à la suite d'un procédé si particulier que vous nous permettrez de vous le raconter. Vous nous excuserez si notre conduite n'a pas été extrêmement convenable dans cette circonstance ; avec les malades de ce genre on peut dire que la fin justifie les moyens. Comme elle injuriait tout le monde en refusant obstinément toute

4ns LES PARM.YSTF.S

noiiii'itiire 1 un do nous a insisté un peu vivement en la menaçant lie la sonde. Elle a répondu avec une ironie superbe qu'on pouvail |)ar la sitnde introduire de loree les aliments, mais non la eonliaindre à les (garder el qu'idle se faisait lort de vcunir tout ce (luelie manoerait. Joignant le geste à la parole, elle avale une partie d'une assiette <[u'on lui tendait cl se dclournaiil voiiiil tout sur son oreiller. Celui qui l'observait eut le lort de perdre patience et se laissa aller à lui l'aire une menace au moins de mauvais goût. Il lui déclara (pie le règhmient de la maison était formel et (pie Ton forçait les malades à avaler ce qu'elles avaient vomi jus([u il ce qu'elles le gardassent. Nous ne savons rpielle fut la pensée ou l'émotion de cette pauvre femme devant cet ordre grotesque. l'll(> fut stupéfaite et eut la naïveté de l'exécuter; mais après cet acte répugnant elle se garda bien de vomir une seconde fois, finit son dîner sans mot dire et depuis il n'a plus jamais été question ni d'anorexie ni de vomissements. Les digestions furent parfaites, elle augmenta de 20 livres en trois semaines. Encore maintenant elle semble garder de celui qui l'a ainsi dominée une terreur salutaire et quand à son repas elle ne peut manger quelques morceaux trop mauvais, elle tremble et supplie qu'on ne le dise pas à M. Janet. Nous signalons en passant ce traitement de l'anorexie qui renferme quehjue instruction, quoi(|ue, bien entendu, nous nous gardons de recommander d'une façon générale l'usage de procédés semblables.

En dehors de l'anorexie Th. avait des petites crises surtout à forme syncopale, soit à la suite d'émotions récentes, soit surtout à propos du souvenir de ([uelque émotion ancienne. Elle perdait conscience pendant (piclques minutes, mais restait inerte sans aucun(> convulsion, puis se réveillait lentement.

Nous n'insistons pas sur cesdivers accidents car nous voudrions surtout vous présenter aujourd'hui un phénomène assez grave déjà en voie d'amélioration survenu dansdescirconstances intéressantes. Vous voyez que la malade est apportée sur une chaise ; c'est qu'elle peut à peine se tenir debout ii cause d'une paralysie complète de la jambe gauche sur la([uelle nous voudrions insister. Pour la comprendre, reprenons d'une manii're plus précise l'histoire de celte malade. Sa mère, hystéri(pie comme elle, avec des crises fr(''(juentes, avait, encore comme sa fille, un épouvantable caractère et elle a eu une vie très irréfjulière. Th. est une enfant naturelle qui fut élevée loin de sa famille sans trop

PARALYSIES LOCALISEES 409

de surveilhinoe et (jiii a toujours été extrêmement bizarre. Elle a toujours été dés«'>quilibrée et excessive : tantôt elle travaillait avec excès, tanttUne se plaisait que dans les jeux et le désordre, tantôt elle mangeait énormément, tantôt elle refusait pendant des mois de rien manger. Pendant certaines périodes, elle avait des sommeils profonds, elle avait de la peine à se réveiller le matin et demandait à se coucher de très bonne heure. Pendant d'autres périodes elle refusait de s'endormir pendant des semaines entières. A plusieurs reprises elle se plaignit de grands maux de tète. Mariée à 19 ans, elle fut rapidement enceinte; mais pendant sa grossesse elle se porta mieux que jamais. Son caractère surtout avait beaucoup changé et devenait bien plus agréable. Après Taccouchement elle resta très faible. Son sommeil, son alimentation redevinrent très irré^uliers, son caractère détestable et sa conduite désordonnée.

Un soir, après s'être fatiguée à danser beaucoup, paraît-il, elle fit un faux pas et tomba sur la hanche gauche. Elle rentra en marchant péniblement et prétendit que la douleur lui faisait tenir la jambe pliée. Les jours suivants on constata que la jambe restait fléchie sur la hanche et qu'il y avait un raccourcissement. En un mot nous voyons survenir probablement un certain degré de contracture. Nous ne savons vraiment pourquoi, ni par quelle suite de quelle erreur, on lui a appliqué un traitement invraisemblable. On pratiqua l'extension forcée et on lui mit toute la jambe jusqu'aux reins dans un appareil plâtré. Elle garda cet appareil trois mois. Quand on défit l'appareil, la jambe pendait absolument inerte et tout le côté gauche d'ailleurs était extrêmement affaibli. A de certains moments même la paralysie gagnait le bras gauche. En mêmetemps que ces phénomènes, s'était développée l'anorexie complète et on nous a amené la malade.

Nous avons constaté une paralysie flasque, absolue de la jambe gauche, avec conservation des réflexes, une paralysie incomplète du bras gauche, qui a d'ailleurs entièrement disparu maintenant. A ces troubles moteurs se superpose une anesthésie absolue pour tous les modes dans toute la jambe gauche jusqu'à la hanche, remontant peut-être un peu plus haut en arrière qu'en avant. Sur le tronc Tanesthésie s'étend à peu près sur tout le côté gauche mais elle est incomplète. Il faut noter qu'une partie de la face qui environne la bouche est restée bien sensible et que d'autre part riiypoesthésie dépasse fortement la ligne médiane sur l'ab-

Page 1