CONTRACTURE DE LA PAROI ABDOMINALE CHEZ UNE HYSTÉRIQUE
tesse et que son amplitude s'exagère beaucoup pendant les mouvements volontaires tandis qu'elle diminue dans l'immobilité. Ce premier symptôme est bien connu, c'est le tremblement de l'émotion qui continue quand l'émotion persiste.
Le second symptôme que présente cette jeune fille est le plus important. Depuis son émotion elle se plaint de souffrir du ventre, les digestions sont pénibles, la constipation opiniâtre. En outre elle se sent étouffée, gênée pour respirer et de temps en temps cette gêne s'accroît jusqu'à produire des suffocations et des petites crises pendant lesquelles elle étoulFe. Eh bien, ces phénomènes sont en rapport avec un accident banal qu'il faut bien connaître. C'est la contracture des muscles de la paroi abdominale. L'un de nous a déjà signalé limportance de ces contractures dans une communication à la Société de Médecine de Paris, publiée dans la Frinne Médicale du 6 décembre 1895 '.
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FiG. 78. — Graphique de la respiration chez Ze. T, respiration thoracique qui présente une rapidité exagérée, tJ2 par minute. A, respiration abdominale à peu près supprimés.
En voici un cas nouveau tout h fait identique à ceux qu'il a décrit autrefois. La contracture est déjà manifeste à l'examen de 1 abdomen. La malade se tient légèrement penchée en avant. On peut quelquefois chez les personnes maigres voir la saillie des muscles droits contractures dont les segments sont quelquefois visibles, on voit de même la limite des muscles obliques. Au toucher surtout, on constate la résistance, la dureté de ces régions, on provoque des douleurs si on essaye de masser les muscles obliques. Dans certains cas, sur lesquels nous reviendrons, il v a
1. ^oi^ le chapitre vin, dans le premier volume de cet ouvrape.
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des ooniplicatioiis ciiricnsps, chez rcrtainos m;il;ulos il va comme une séparation entre les deux muscles droits et le doigt qui enfonce est pincé entre les deux.
Ces contiactures déterminent des modifications de la respiration que les graphiques mettent fort bien en évidence. Dans la ligure 78, la ligne supérieure nous montre que la respiration thoracique est courte et rapide, c'est une véritable polypnée avec 62 inspirations par minute. Au contraire la courbe inférieure qui représente la respiration abdominale nous montre seulement une légère trémulation à peine marquée. C'est à peine si dans les grands efforts inspiratoires (figure 79) on peut obtenir une légère encoche sur la c()ur])e abdominale. En un mot les mouvements de
FiG. 79. — Graptiique de la respiration chez Ze. Pendant les plus profondes inspirations on constate seulement une légère encoche sur là courbe de la respiration abdominale.
la respiration abdominale sont presque complètement supprimés par la contracture de la paroi. 11 est vraisemblable que dans les cas graves s'ajoutent des contractures viscérales, mais nous croyons que souvent cette simple immobilité de la paroi suHit pour déterminer bien des troubles dans le fonctionnement des viscères abdominaux.
Les troubles de la sensibilité cjui se superposent à ces accidents sont ici assez minimes. Il n'y a guère qu'une légère diminution de la sensibilité tactile sur la région abdominale et surtout épigastrique ; on observe souvent dans ces cas que cette légère hypoesthésie est assez exactement superposée aux muscles con-
CONTRACTURE DE L\ PVROI ABDOMINALE CHEZ UNE HYSTÉRIQUE 'i93
tractmés. La sensibilité nuisculaire est beaucoup plus altérée dans ces même régions, la malade ne sent pas la fatigue dans ses muscles, elle ne se rend plus compte do leurs mouvements et elle souffre dès que Ton exerce une pression sur eux. Nous n'avons constaté aucune altération dans l'examen de la vue et des sens spéciaux. Cependant les descriptions précédentes suffisent pour rattacher à riiYstérie l'ensemble des phénomènes précédents.
S'il en est ainsi, si les troubles respiratoires et digestifs de cette jeune fille dépendent d'une contracture des muscles de la paroi abdominale, nous pouvons espérer que quelques pratiques iesthésiogéniques et quelques massages feront rapidement disparaître les accidents. Cependant, pour le pronostic et pour le traitement, il est nécessaire de tenir compte d'un certain état mental de la malade qui nest pas sans importance.
Depuis que cette jeune fille est entrée, vous avez été frappé de l'aspect étrange de sa figure et de ses yeux tout à fait extraordinaires. Elle a les paupières, surtout la paupière inférieure, absolument noires : on dirait qu'elle a sur la face une paire d'énormes lunettes noires. I^es parents racontent qu'elle n'avait rien de semblable auparavant, mais que quelques jours après son accident, c'est-à-dire après son arrestation au poste de police, elle s'est réveillée avec cette coloration noire des paupières survenue naturellement pendant la nuit. La malade soutient également avec énergie qu'elle ne met rien sur ses yeux et qu'elle est elle-même surprise et ennuyée de cette coloration ridicule.
Nous avons été nous-mêmes un moment disposés h croire à quelque trouble bizarre de la pigmentation. Mais malgré les protestations de la jeune fille, nous avons voulu essayer quelques vérifications. Cette coloration des paupières résiste évidemment quand ou essaye de laver la peau avec de l'eau et du savon ; mais elle disparaît complètement si on lave avec de l'alcool ou de l'éther et la coloration noire reste sur le coton. A ce moment, Ze. toute confuse est forcée d'avouer que toutes les nuits elle se met un tard sur les paupières et qu'elle ne peut se passer de cette coloration.
Pourquoi cette sottise et cette dissimulation ? C'est parce qu'il faut absolument changer son visage pour éviter d'être reconnue. Elle a tant de honte de sa mésaventure et de son séjour au poste qu'elle se figure être reconnue partout et poursuivie par le commissaire de police. Son mensonge relativement à ses paupières n'est donc que la conséquence et l'expression d'un délire. C'est
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ce délire qui entretient un état d'émotion et d'nngoisse permanent, et c'est cet état émotif continuel qui contribue à reproduire sans cesse les contractures abdominales. Vous voyez qu'il ne suffît pas de détruire momentanément ces contractures par le massage, il faut également se préoccuper de l'état mental (jui les a déterminées et qui les entretient.
Observation 141. — Météorisme abdominal. — Antécédents, vomissements y délire, alternance des deux p/iénomènes, chajrins continuels, période de vomissements, période de météorisme et de diarrhée qui alterne avec la précédente, interprétations du météorisme, (jraphiques de la respiration, troubles des mouvements respira toi r es , hé m a té m uses .
Nous vous répétons encore à propos de cette malade, Bf. .., que nous nous bornons à l'étude clinique et que nous réservons pour un autre travail les discussions psychologiques et physiologiques relatives aux phénomènes qu'elle présente. Il s'agit encore de troubles du mouvement des viscères, en rapport sans doute avec des anesthésies viscérales, mais l'interprétation de leur mécanisme est très controversé.
Le père fut tourmenté très longtemps par une maladie d'estomac. Nous ne pouvons pas trop vous dire laquelle. 11 gémissait tout le temps à propos de son estomac, ce ([ui peut avoir eu quelque influence sur l'esprit de lenfant. La mère, morte tuberculeuse, n'était pas nerveuse.
Dès son enfance, cette jeune femme, actuellement âgée de 29 ans, fut toujours maladive, en retard. Toute petite, elle se plaignait déjà de l'estomac, était diflieile :i nourrir, refusait toute alimentation et à 1*2 ans commençait à vomir. Nous n'avons pu savoir pourquoi, ni quelle a été l'occasion du début. En tous cas ces vomissements ne s'arrêtent pas à la puberté, mais vont en augmentant.
A 17 ans, ces vomissements incoercibles sont devenus si graves qu'il a fallu la nourrir par le tube œsophagien, lui laver l'estomac, l'électriser, etc. A 22 ans, à la suite d'une tentative de mariage malheureuse, son esprit se troubla, elle eut des attaques d'hystérie et entra dans un grand délire (jui dura plus de G mois, délire maniaque avec incohérence, qui s'est terminé assez brus-
MÉTÉORISME ABDOMINAL 49:.
quoment comme un somnambulisme, sans que la malade en ait jamais retrouvé le moindre souvenir. Détail particulier, pendant ces G mois elle n"a pas vomi une seule fois et digérait parfaitement bien. L'un de nous a recueilli, ici même, depuis quelques années, une demi-douzaine d'observations semblables où se montre très nettement cette alternance des vomissements et des délires bvstériques. Dans l'une des observations particulièrement étrange, il pouvait à volonté provoquer Tun des deux phénomènes, en faisant disparaître l'autre par suggestion. Evidemment, le trouble se localise, tantôt sur une fonction ou sur une région si l'on veut del'écorce cérébrale, tantôt sur une autre. On peut admettre grossièrement une région servant aux sensations et aux mouvements viscéraux, l'autre ;i 1 intelliofence, mais ce n'est t[u une image bien grossière. 11 y a, crovons-nous, des recherches fort intéressantes à faire sur l'équivalence des phénomènes hvstériques.
Après son délire, cette femme fut cependant un peu mieux portante, et resta quelque temps sans vomissements graves. A 24 ans, elle crut bien faire de se marier. Ce fut un mariage lamentable. Le mari Ta abandonnée en lui envoyant une lettre ironique, en la laissant avec un enfant, lequel d'ailleurs n'a pas tardé h mourir, il l'âge de 10 mois. Ces tristes événements l'ont de nouveau bouleversée, et les vomissements sont revenus, plus incoercibles que jamais. Ils ne se sont airétés au bout de quelques mois que pour être remplacés par d'autres phénomènes viscéraux dont nous allons parler.
Pour préciser les choses, cette femme, depuis quelques années, passe alternativement par deux périodes de longueur irrégulière, qui peuvent chacune durer quelques mois ou quelques jours, et que l'on peut d'ailleurs abréger par divers procédés. Dans l'une de de ces périodes, elle vomit tout ce qu'elle avale, et il est impossible de l'alimenter, quoique, c'est un point important, elle conserve le sentiment de la faim et fasse tous ses efforts pour se nounir. Si on examine son abdomen en ce moment, on voit qu il est petit, contracté; le thorax est plutôt .dilaté. L'anesthésie, presque complète sur tout le côté gauche, s'étend plus sur la région épigastrique et sur l'abdomen que sur les autres. A ce moment nous constatons également une constipation opiniâtre.
Quelquefois, à la suite d'une émotion ou d'une attaque, quelquefois à la suite d une suggestion ou même sans raison connue
LES SPASMES VISCEn^UX
cet état change tout crim coup. Celte malade cesse de vomir, garde à peu près tout ce qu'elle mange, repiend des forces, mais présente un autre phénomène : son ventre est devenu énorme, elle semble élre enceinte de 8 mois (figui-e 80) ; à la percussion Tabdomen rend un son tympanirjue. l''n un mot, elle présente du météorisme hystérique. L'état de la sensibilité des téguments e.t des viscères semble rester à peu près semblable ; la malade a
encore bon appétit, sent le besoin ^^^ d uriner et d'aller ii la selle. Ce besoin
^^^^^Hll| est même devenu extrêmement (ré-
^HBB^^ ■ quent, car il va une diarrhée presque
continuelle. En un mot, la malade passe par deux états : dans le premier, il V a vomissements et constipation, dans le second, cessation des vomissements, météorisme et diai'rhée.
Il nous parait fort diflicile, dans l'état imparfait de nos connaissances sur l'innervation des viscères, de donner la raison physiologique de tous ces faits. Plusieurs théories sont en présence pour expliquer simplement le météorisme. D'après l'une de ces interprétations, il v aurait au moment ou le ventre se gonlle paralysie des tuniques de l'intestin qui se laisseraient dilater passivement par les gaz. La malade alternerait pour ainsi dire entre des troubles de la sensibilité et de la motilité des différentes parties du tube digestif, soit de l'estomac, soit de l'intestin. D'autres théories veulent faire entrer en ligne de compte des organes étrangers au tube
FiG. 80. — Dt'volopp'ini'nt (Il météorisme abdominal cliez Bf.
digestif lui-même comme les muscles
de la paroi abdominale et surtout le diaphragme. Il y aurait, par exemple, spasme et contracture des muscles de l'abdomen dans le premier état, paralvsie de ces muscles dans le second, des troubles du diaphragme qui restent à déterminer, différents dans les deux.
METÉORISME ABDOMINAL
Nous ne voulons pas entrer ici dans cette discussion h propos de laquelle l'un de nous essaye d'amasser des matériaux qui seront peut-être réunis plus tard ; peut-être pourrions-nous, pour le moment, vous proposer une solution éclectique et vous dire que ces phénomènes sont fort complexes et ne sont pas
identiques chez tous les malades. Chaque solution pourrait avoir dans certains cas une plus grande vérité et dans beaucoup elles doivent se combiner. Pour le moment, nous vous ferons seulement remarquer un petit détail, c'est que chez cette malade du
iP8
LES SPASMES VISCl'RVLX
moins, dos phénomènes rcspiraloires interviennent au moment où l'un de ces deux phénomènes commence. Nous avons pu provoquer le météorisme au moment oii nous [jionlons le graphique de la respiration (figHireSl et 82) et nous constatons que ce phénomène se produit toujours au moment d'une exagérntiou de l'expiration et qu'un
resserrement excessif (hi thorax coïncide avec le gonflement de l'abdomen, tandis que le dégonflement de l'abdomen se fait au moment de l'inspiration et s'accompagne d'une dilatation du thorax ce qui est l'inverse des mouvements ordinaires de la respi-
MÉTÉORISME ABDOMINAL 499
ration même chez cette malade. II semble donc qu'un certain trouble dans le mouvement des muscles respiratoires joue un rôle dans le météorisme, ce qui expliquerait la rapidité avec laquelle il survient et disparaît ([uelquefois. « Il y a des moments, dit-elle, où le ventre se gonfle tout d'un coup, puis retombe presque immédiatement. »
Il est inutile d'ajouter que ces perturbations rentrent pour le moment encore dans le groupe des troubles viscéraux déterminés par les émotions; quelle que soit l'interprétation qu'on adopte, c'est sous l'influence de l'émotion que se produisent les anesthésies, les paralysies, les spasmes, les contractures des muscles dont on suppose l'action prédominante. Il est difTîcile d'expliquer aujourd'hui davantage la raison de ces localisations particulières du trouble émotionnel.
Il faut ajouter encore une remarque plus importante au point de vue clinique, c'est que la malade présente de temps en temps de grands vomissements de sang et qu'elle présente tout à fait la douleur en broche à l'épigastre et dans le dos. On peut se demander en voyant son aspect cachectique, son teint jaune, s'il n'y a pas là, depuis quelque temps au moins, quelque chose de plus. Vous savez que l'ulcère de l'estomac afTectionne les hystériques. 11 ne serait pas surprenant dans ce tableau, mais nous n'affirmons rien car les vomissements de sang eux-mêmes peuvent dépendre de la névrose.
Observation 14-2. — Météorisme abdominal. — Mètèorisme nu moment (les règles, météorisme permanent, simulacre cVopéralion, chloroforme, rechute après une émotion, sensilnlité, (/raphitfue des mouvements respiratoires.
Nous vous présentons rapidement cette jeune fille de 15 ans, Nk., pour vous faire remarquer qu'elle présente un phénomène identique à celui que vous venez d'étudier che-/. la précétlente. C'est aussi une jeune fille atteinte de météorisme hystérique; le fait est assez fréquent dans ce service et il se produit souvent, comme cela arrive d'ailleurs chez cette malade au moment des règles. Chez elle, le ventre est resté gonflé déjà une première fois pendant plusieurs mois, la guérison s'est produite dans des circonstances quil faut noter. Comme elle réclamait avec instance
LES SPASMES VISCÉRAUX
une opération chirurgicale, son médecin a conscnli pour en voir l'eflét à une opération simulée. Elle a été réellement chloroformée et sous le chloroforme le ventre est tombé. C'est là d'ailleurs un fait d'observation courante pour les fausses tumeurs
abdominales des h) stéri(jues. On a interprété ce résultat en l'attribuant ;i la suggestion, c'est possible. Ne peut-on pas se demander également si le chloroforme n'a pas suffi à lui seul