‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 291 sur 326 · ANOREXIE · texte numérisé non relu

ANOREXIE

une patronne aimable, elle se sentit clans un milieu sympathique, immédiatement la voici réveillée. Elle avait très faim, mangeait de gros morceaux de pain en dehors des repas, engraissait et se portait à merveille. Mais voici que la patronne et sa petite fille meurent toutes les tleux. Immédiatement Pou. se sent isolée, désespérée et ne mange plus. On la ramène h la maison ; là, elle vit avec sa sœur qui prend un grand empire sur elle, lui ordonne de manger et tout se répare. Sous l'influence de la sœur qui ne la quitte pas, le travail, la gaieté et l'appétit reviennent. Il y a six mois, nouvel incident : la sœur ainée se marie et renonce à son rôle de directrice de conscience. Voici la petite toute seule, d'autant plus que la mère occupée à son travail est absente toute la journée.

Or, cette fillette a constaté que décidément elle ne peut pas manger dès qu'elle est seule. Que voulez-vous, il y a bien des gens de ce genre qui veulent toujours dîner en compagnie. Nous pouvons traduire cela en disant que lorsqu'elle est seule et sans direction, elle n'a plus d'énergie mentale et qu'elle perd ses sensations viscérales, celles de la faim en particulier, dont nous avons constaté chez elle la fragilité. Depuis G mois, elle refuse absolument de manger. Dans ces conditions, vous comprenez la chlorose. Il n'y a pas seulement chez ces malades une suppression de l'alimentation, il y a un véritable arrêt de la nutrition avec diminution des échanges. L'un de nous, dans ses études avec M. Ch. Richet, a constaté que le poids diminuait fort peu, que l'excrétion azotée de l'urine était très réduite, que la quantité même d'acide carbonique était beaucoup au-dessous de la normale, 120 centimètres cubes par exemple, par kilogramme et par heure au lieu de 250 ou 300.11 n'est pas étonnant que la formation des globules sanguins, surtout à l'époque de la jeunesse, soit également modifiée. La chlorose ou quelques-uns de ses symptômes apparaissent tout naturellement, mais ils sont le résultat d'un trouble primitif qui est dans le cerveau, trouble qui consiste surtout dans la dissociation des sensations viscérales, dans l'arrêt de la plupart des fonctions de nutrition.

Dès que cette jeune fille s'est trouvée dans une salle d'hôpital, avec un grand nombre d'autres jeunes filles, elle n'a fait aucune attention ni au milieu, ni aux misères qui l'environnaient, elle a immédiatement conclu qu'ici elle mangerait très bien, parce qu'il y avait du monde, f[ue l'on bavardait, que l'on s'occupait d'elle.

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Elle tient parole, elle niaiiLi^e tout ce qu'on veut, elle a faim, elle assimile davantage et elle reprend des forées et des eouleurs. Dans un mois, elle sera superbe. Vous voyez ([ue nous avions raison de vous dire que la salle d'hôpital la guérirait à elle toute seule. C'est un exemple curieux à ajouter à cette étude du besoin de direction que poursuit l'un de nous. L'année dernière, nous vous montrions une jeune fille qui se trouvait heureuse d'être enfermée parmi des épileptiques, pour être rassurée contre ses idées fixes. Celle-ci est heureuse d'être au milieu de nos pauvres folles pour avoir de l'appétit. \;i' soli, c'est la formule (|ui résume le mieux l'état de beaucoup de nos malades.

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