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ACCIDENTS D'APPARENCE NÉVROPATHIQUE

contenu ; un matin, dans le service, elle a même laissé le verre tomber par terre. Ces tremblements sont très manifestes dans l'écriture qui est irrégulière, anguleuse et qui n'est pas sans quelque analogie avec l'écriture des choréiques.

Si nous examinons maintenant les muscles de la face, nous sommes frappés par la déviation manifeste de la bouche. Le coin gauche des lèvres est tiré en haut, la joue gauche est contractée, et si on fait tirer la langue à la malade, la pointe de la langue est déviée à gauche. Cette déviation n'est pas due à une paralysie des muscles du côté droit, car la malade peut, sur notre demande, faire la même grimace du côté droit. Cette déviation est due manifestement à un spasme des muscles du côté gauche. Ce spasme n'est pas permanent, il présente des irrégularités, des oscillations et peut, de temps en temps, disparaître complètement. Les mouvements des yeux sont absolument normaux, et nous n'avons constaté ni strabisme, ni nystagmus. Nous remarquons enfin un trouble manifeste des mouvements respiratoires. La malade respire ordinairement assez bien et n'a pas de dyspnée; elle respire fort quand on le lui dit. Mais quand on la distrait, quand on l'occupe d'autre chose, elle semble à de certains moments cesser de respirer, puis au bout d'un instant, la respiration reprend avec exagération pour s'arrêter plus tard de nouveau, quand la malade oubliera encore de respirer (respiration qui rappelle le type de Cheyne-Stokes) Nous terminerons l'examen des mouvements en remarquant que tous les réflexes aux jambes, au pharynx, aux yeux, sont restés absolument normaux.

L'examen de la sensibilité ne nous révèle aucun symptôme bien net; il n'y a pas de région véritablement anesthésique. Tout au plus peut-on noter une légère diminution de la sensibilité tactile du côté droit (40 à l'œsthésiomètre appliqué à la face inférieure du poignet au lieu de 25 du côté gauche). Le sens musculaire est intact des deux côtés, et la malade n'oublie jamais les membres dans des postures cataleptiques, l^cs sens spéciaux nous paraissent avoir conservé toute leur acuité; l'ouïe et la vue sont normales des deux côtés, et le champ visuel n'est pas létréci.

La malade accuse peu de douleurs ; elle se plaint un peu de son genou gauche et dit avoir mal à la tète, mais elle désigne son front d'une manière vague et d'ailleurs ne paraît pas souffrir beaucoup.

Nous avons examiné avec soin l'état de sa /luhnoire qui nous pa-

-.42 KYSTF P.\r{\srr\lllK DU CERVEAU

raissalt iiiiporlaiil. II est certain ([lie le souvenir des événements antérieurs aux premiers symptômes de la maladie actuelle est conservé d'une manière très précise. Malgré la dilliculté que l'on éprouvait à faire causer cette malade qui se rendormait à chaque instant, nous l'avons interrogée sur toutes les périodes de sa vie pendant ces dernières années, sans constater de lacune dans le souvenir. Au contraire, et il était facile de le prévoir, elle oublie les événements récents, auxquels elle prèle d'ailleurs si peu d'attention ; ainsi elle ne sait plus guère comment elle est entrée a l'hôpital, ni avec qui elle a parlé la veille.

Le langage est conservé dans toutes ses formes, elle comprend toujours (quand on a suffisamment attiré son attention), elle parle, elle lit et elle écrit ; elle se souvient encore de la langue anglaise qu'elle parlait en Amérique.

Le fait le plus frappant, c'est la diflioulté de l'attention. Il faut a ckatjue instant la secouer pour qu'elle écoute ; elle paraît souffrir quand e?!e s'efforce pour penser et pour causer. Dès qu'on l'abandonne, elle reste immobile, les yeux le plus souvent fermés, dans un état d'assoupissement con^plet. Dans ce sommeil, elle dit rêver quelquefois, mais rarement, le plus souvent elle ne pense absolument à rien. En dehors de cette difficulté, Recette souffrance causée par l'effort de la pensée, nous n'avons constaté aucun délire, aucun trouble des facultés intellectuelles.

Evolution de la maladie. — Une semaine environ après l'arrivée de cette malade dans le service, son état s'est acûfravé d'une manière frappante. Les vomissements qui avaient disparu ont recommencé et la malade ne garde plus aucun aliment, elle s'amaigrit visiblement. La température qui était restée à 38" est montée rapidement à 40° ; le pouls s'est abaissé de 80 à 60, et cette dissociation de la température et du pouls amène naturellement à soupçonner une méningite. L'engourdissement et la somnolence ont encore augmenté et la malade ne répond plus (pie ([uelques mots (piand on veut la secouer de sa torpeur. Cependant nous remarquons que l'état des mouvements est toujours le même, la parésie du côté droit ne s'est pas aggravée, le spasme de la face a diminué et les mouvements des yeux sont toujours normaux.

La malade a présenté, quelques jours après, une période d'amélioration apparente, la température a baissé à 38,8, le pouls s est élevé à 70. Les vomissements ont cessé et la malade peut se nourrir un peu, la torpeur intellectuelle est un peu moins pro-

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noncée et la déviation de la face a disparu. Cette amélioration

ne fut qu'apparente ; la malade devint rapidement de moins en

moins consciente, elle commença à perdre 1 urine et les matières

dans son lit. Quand on lui met un morceau dans la bouche, elle

le oardo indéfiniment et oublie de l'avaler. Cei)cndant si on la sets A

coue un peu, elle avale sans s'étrangler et répond encore à quelques questions.

Le 29 au matin, elle eut quelques légères convulsions des bras et cessa brusquement de respirer. Comme le cœur battait encore fortement et que la face se cyanosait, on essaya de pratiquer la respiration artificielle. Mais tout fut inutile, et la malade mourut peu de temps après.

Autopsie. — L'autopsie fut faite le lendemain et permit de cous-

FiG. 96. — Face inférieure du lobe spliénoidul gauche, a b niveau de la coupe.

FiG. 97. — Représentation schématique de la coupe frontale suivant la ligne a b. c, cavité du kyste, d extrémité du ventricule latéral.

tater l'existence d'une tumeur assez volumineuse dans l'extrémité antérieure du lobe temporal gauche.

Le cerveau sur toute la surface des circonvolutions est absoltiment normal, sauf au niveau du lobe temporal gauche ; en effet la face inférieure de ce lobe présente près de son extrémité antérieure deux petits mamelons ocreux de la largeur d'une pièce de dix centimes, formés par des circonvolutions ramollies (figure 96). Le tissu cérébral est mou et coloré par des cristaux d'hématoïdine. Tout autour de cette tache la substance grise a perdu sa consistance. Dans l'intérieur de ce lobe (figure 97) il existe une cavité à peu près circulaire ayant à peu près 3 centimètres de diamètre qui se prolonge un peu vers la partie postérieure du cerveau. Cette cavité est entièrement située dans la pointe du lobe sphé-

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