Revue philosophique
2, Accidents mentaux des hystériques, ji. 189.
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cMiiniiicc ;ivrc soin, il ;i liilln roiiouccr à celte première iiiterprétalion. Cas. a pendant ses orandes terreurs des hallucinations visuelles dont elle garde très imparfaitement le souvenir. Pendant sa grossesse, elle a été battue par son mari complètement ivre et depuis elle conserve, comme une suggestion, l'image de cette scène qui se renouvelle dès qu'elle voit entrer une personne. Il s'afit donc encore d'une de ces idées, fixes telles que nous les avons toujours observées. Nous nous gardons bien de nier l'existence des émotions pures sans phénomènes intellectuels à leur origine ; peut-être peut-on les constater dans d'autres étifts maladifs. Mais nous croyons qu'il est juste de demander une ana- Ivse un peu plus précise des cas que l'on constate.
Chez la malade que nous étudions aujourd'hui, chez Justine, rénu>tion de terreur semble bien provoquée par une idée, comme elle le dit elle-même. Mais en quoi consiste cette idée dont les éléments essentiels semblent avoir été effacés. Il ne peut rester qu'un dernier élément facile à découvrir par élimination, c'est le mot. Une fois l'attention attirée sur ce point, il est très facile de constater sans cesse ce rôle du langage dans les obsessions. Quand Justine est immobile, occupée en apparence à un travail de couture qu'elle fait machinalement ou qu'elle ne fait pas, elle remue constamment les lèvres et murmure un mot quelquefois facile à entendre, le mot « choléra ». Elle a des écritures automatiques provoquées et peut sur commandement écrire différentes choses, mais elle a aussi des écritures de ce genre spontanément, et quand elle tient un crayon à la main, elle griffonne indéfiniment le mot « choléra ». Quand elle ne le prononce pas ou ne l'écrit pas, elle l'entend ; il est intéressant de remarquer que cette malade a des hallucinations auditives verbales qui sont très nettes. La voix est extériorisée, de tonalité variable. « Ce sont plusieurs voix mélangées, on dirait qu'il y a une foule qui crie après moi. » Mais elle a surtout ces hallucinations kinesthésiques verbales sur lesquelles nous avons déjà insisté. « C'est ma tête qui dit le mot choléra, ce n'est pas moi. »
Elle a à ce propos le sentiment très net du dédoublement de la personnalité. « Quand c'est moi qui dit le mot choléra, je le sais fort bien, je suis moins effrayée, mais ce qui me rend malade c'est <[uand (jnelffiie chose le dit malgré »noi. » Il s'agit bien ici d'une malade obsédée par le mol, dernier reste d'une représentation plus complexe. (]ette obsession n'en élait pas moins grave, elle
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entretenait tous les désordres de la pensée et elle était capable de rappeler peu à peu toutes les anciennes hallucinations.
Pour faire disparaître ce dernier symptôme, nous avons usé des mêmes procédés de division et de substitution qu'il suffit de rappeler brièvement. Je transformai par suggestion le mot cho-lè-ra en nom propre du général chinois. Je laissai la main écrire automatiquement la première syllabe cho, puis je la dirigeais et lui faisais finir le mot chocolat. Je déterminai par suggestion des paroles automatiques, des mots commençant par co, comme coton, coqueluche, cocoriko. Ce dernier terme détermina même une hallucination spontanée, celle d'un coq que la malade voyait apparaître dès qu'elle commençait \\ penser aux mots commençant par co. ?s^ous n'osons pas insister sur la description de ces procédés et d'autres du même genre qui sont très utiles, mais qui paraîtront un peu enfiintins. Xous dirons, pour notre excuse, que la pédagogie ne nous a pas encore indiqué beaucoup de procédés pratiques pour décomposer et détruire les souvenirs. Au milieu de toutes ces hallucinations, de toutes ces paroles automatiques, Justine arriva h s'embrouiller complètement. « Quel est donc ce mot qui me tourmentait, disait-elle, je le cherche depuis huit jours, il se sépare, je ne peux plus le rassembler, c'est co... coton, non, c'est cho lé ra, c'est un mot étranger. Qu'est-ce qu'il signifie ? »
Sans doute, il v eut des alternatives ; de temps en temps un incident, la vue dune personne mourante, l'odeur du phénol, etc., ramenaient un peu par association lidée du choléra. Mais ces souvenirs devinrent de plus en plus rares. Bien entendu, j'évitais d'interroger la malade sur ce point et j'avais interdit sévèrement toute conversation capable de raviver les souvenirs. J'ai été étonné de voir à quel point l'oubli était devenu complet : au moment de la dernière épidémie cholérique de Paris, Justine a demandé avec curiosité ce que c'était que cette maladie, et cette femme qui avait eu de tels délires à propos d'un choléra imaginaire se moquait des gens qui avaient peur du choléra réel. Ce n'est que très rarement, deux fois en deux ans, que, à propos d'incidents dont nous parlerons plus loin, l'idée fixe et la terreur ont semblé réapparaître un moment; mais elles ont été rapidement effacées et oubliées.
Je croyais être obligé d'effacer moi-même en temps opportun les diverses hallucinations accessoires qui m'avaient servi à décomposer l'idée fixe, mais en réalité elles se sont effacées peu à peu
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et sp(»iil;ménioiil. (k'itc (Hspiiritioii a periuis ii la malade (racquérir de nouveau une idée vat>;iie du eholéra et un souvenir très conlus de son aneicMiiie maladie. Elle en parle sans émotion, mais aussi sans se souvenir de ce qui se passait en réalité.
Le traitement (jue je viens de résumer s'est prolongé pendant dix mois ; ce ne serait pas trop long pour détruire une idée fixe îuissi intense qui avait duré vingt ans, si Ton pouvait considérer la malade comme guérie. Malheureusement, il nous reste ii voir bien d autres symptômes qui vont nous enlever nos illusions.
Pour la clarté de notre exposition, nous avons réuni dans le premier paragraphe tous les faits qui se rattachaient à l'idée fixe du choléra ; mais, en réalité, ces faits n'existaient pas isolément. Une grande quantité d'autres phénomènes pathologiques et même d'autres idées fixes s'y mêlaient continuellement. A partir du moment où l'idée fixe du choléra commença à diminuer et surtout quand elle disparut, d'autres idées fixes surgirent, nombreuses et menaçantes, qui vinrent étrangement compliquer l'étude et le traitement de la malade. Nous avons déjà désigné ces phénomènes sous le nom d'idées fixes secondaires ; nous les avons déjà souvent rencontrées, car elles forment le principal obstacle à la thérapeutique des maladies mentales. Les oublier, ce serait méconnaître le caractère essentiel de la maladie ; limiter le mal à une seule idée fixe et se figurer qu'il suffit de l'enlever par suggestion, c'est avoir une notion complètement fausse d'une perturbation mentale beaucoup plus grave et beaucoup plus profonde.
Ces nouvelles idées ont les mêmes caractères généraux que la première, elles se développent démesurément en dehors de la volonté et souvent en dehors de la conscience du sujet ; elles donnent naissance ii des obsessions, à des impulsions, à des attaques quand ell(;s remplissent totalement le champ de la conscience. Il est probable que, si on ne les arrêtait pas, elles acquerraient la gravité et la ténacité de l'idée fixe primitive ; si on cherche à les guérir, elles se transforment incessamment et deviennent très nombreuses et très variées.
Pour décrire les innombrables idées secondaires de Justine, il
est utile de les diviser en trois groupes, suivant une elassilieation assez naturelle et commode que nous avons déjà proposée * :
1" Les idées fixes secondaires par dèviviition ou par association. Certaines de ces idées semblent simplement des éléments détachés de l'idée fixe principale, ou du moins, elles s'y rattachent facilement par les liens de la .conséquence ou de l'association. Cependant ces fragments de l'idée principale peuvent se développer isolément et même survivre après la disparition de l'idée primitive. Voici un exemple très net emprunté à une autre malade. Ger..., une jeune femme de vingt-huit ans, a assisté seule à la mort subite de sa belle-mère, elle l'a tenue morte entre ses bras, et cet événement lui a bouleversé l'esprit. Depuis, elle se reproche ses mauvaises humeurs vis-à-vis de sa belle-mère, s'accuse de sa mort, se fio-ure l'avoir tuée, et enfin veut se tuer à son tour comme coupable. Voici l'idée primitive qui, ici, a un début bien net. Un traitement approprié réussit à supprimer l'idée fixe de cette jeune femme, et je la croyais guérie, quand on me la ramène, quelques mois plus tard, en proie à un délire en apparence tout nouveau. Elle a voulu tuer son enfant, une pauvre petite fille de quatre ans qu'elle adorait. Elle se désespère de sentir en elle cette odieuse pensée qui la pousse à frapper son enfant, elle trouve cette impulsion monstrueuse et inexplicable. C'est pourtant la suite de la première idée fixe : « Il faut faire disparaître l'enfant d'une mère coupable et qui sera coupable comme elle », ainsi que Ger... l'explique très bien dans les états seconds. Le point curieux, c'est que Ger... ne songe plus à se tuer elle-même et ne se fait plus de reproches ; la seconde idée, quoique dérivée de la première, subsiste isolément.
Des idées de ce genre ont été très nettes chez Justine : par exemple, nous ne serons pas surpris si l'on vient nous dire que depuis dix ans Justine n'a jamais voulu manger ni un Iruit, ni un légume, cela est une conséquence trop évidente de l'idée de choléra. Mais l'idée du choléra étant presque disparue, voici la malade qui, sans savoir pourquoi, refuse obstinément toute alimentation : c'est la conséquence qui s'est isolée du principe.
Nous considérons, comme du même genre, les idées et les rêves si nombreux relatifs à la mort. Elle rêve qu'elle est occupée à déterrer des cercueils, à les ouvrir, à retirer les cadavres pour les