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I. Stigmates mentaux des hyslérif/ues

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bulisme et se souvenait en partie de ses rêves qui devenaient une sorte d'intermédiaire entre le somnambulisme et la veille.

Mais la perturbation la plus importante de la mémoire était celle que nous avons désignée sous le nom d'amnésie continue. Justine se souvient bien des faits anciens et surtout des événements de sa jeunesse, mais conserve mal le souvenir des choses récentes. Cet oubli prit un jour chez elle une forme bien nette: son mari lui avait acheté un piano; pendant longtemps, elle s'arrêtait devant ce piano sans savoir d'où il venait. « Les autres meubles, disait-elle, je les connais bien, mais ce piano, d'où vient-il? Qui l'a mis là? » Malgré des efforts en apparence très grands, répétés pendant plusieurs jours, elle ne pouvait parvenir h apprendre quelques vers et à les réciter par cœur. Ces amnésies n'existent en réalité que pour la personne consciente : les souvenirs, comme on le sait, persistent d'une façon subconsciente. Pendant les attaques et les somnambulismes, Justine récitait très bien la pièce de vers qu'elle avait essayé d'apprendre. Enfin cette forme d'amnésie se rattache aux troubles de l'attention et de la perception consciente : nous ne pouvons revenir sur cette étude \

Enfin cette insuffisance cérébrale et psychologique se manifestait d'une manière sinon plus décisive au moins plus simple par les troubles de la sensibilité consciente. Des anesthésies des divers sens existaient au début de l'observation et se sont reproduites dans diverses circonstances. Voici les troubles que l'on pouvait constater assez fréquemment, surtout au début de l'observation, pendant la période la plus grave de la maladie: anesthésie presque complète pour la douleur, le toucher et les mouvements communiqués du côté droit, analgésie du côté gauche, anesthésie de la langue, perte du goût, perte du réflexe pharyngien, perte h peu près complète de l'odorat, duniiuition de l'ouïe, réduction de l'acuité visuelle à 1/3, réduction du champ visuel à 70 du côté gauche et à 35 pour l'œil droit. Nous étudierons à part dans le chapitre suivant certains troubles de la vue et certaines modifications du champ visuel présentées momentanément par cette malade. En effet, il faut reconnaître que

1. Amnésie continue. Rct'ue générale des sciences, 30 mars 1893, p. 167. Voir le chapitre ii.

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ces anesthésies étaient extrèineiiu'iit variables cl se modifiaient sous toutes sortes (riulluenees. VA\cs disjjaraissaient quehjuefois (1 une niaiiirre eoniplète, ilès que les idées fixes diminuaient et réapparaissaient ii ehaque suggestion, ii eha([ue obsession nouvelle. Cette anesthésie correspond exactement au type que nous avons décrit sous le nom d'anesthésie par distraction, elle nous montre bien comment se forment les anesthésies qui sont d'ordinaire plus stables chez d'autres hystériques. On constatait également chez cette malade le rapport étroit (juc nous venons de signaler entre l'aneslhésie et lémotion. La plus légère émotion faisait disparaiti'e les sensations conscientes en laissant subsister les sensations subconscientes, c'est-;i-dire qu'elle dissociait le cerveau et l'esprit. Elle supprimait d'un côté l'union des centres et de l'autre la synthèse des sensations avec la personnalité.

Le pins souvent, d'ailleurs, on constatait une diminution, une perturbation dans les sensations plutôt que leur suppression complète. Ces troubles étaient surtout curieux pour le sens visuel et donnent lieu ;i plusieurs remarques intéressantes.

Le premier de ces troubles visuels se rattache, à mon avis, au fait souvent décrit sous le nom cVasthénopie. Quand la malade regarde avec fixité, quand elle essaye de lire par exemple en cherchantà comprendre, elle ne peut voir clair que peu de temps; après deux minutes h peu près, elle se plaint de douleurs dans les yeux, dans la racine du nez, elle a des larmes dans l'œil gauche, puis dans l'œil droit, elle voit de moins en moins et enfin se trouve dans une obscurité presque totale. Cet arrêt de la vision dure aussi à peu près deux minutes, puis la vue revient dans l'œil droit, (însuiie ilans l'œil oauche. Si la malade continue sa lecture, le même accident va se reproduire au bout de quelques minutes. Un phénomène de ce genre est-il essentiellement visuel, est-il dû à des perturbations dans l'œil lui-même ? Nous ne le pensons pas. En effet nous constatons un fait absolument semblable pour le sens de l'ouïe quand il est exercé avec attention volontaire. Nous prions la malade d'écouter le tic tac de la montre ou le battement d'un métronome, elle ne peut le faire que pendant une minute et demie. A ce moment, elle se met à gémir, se plaint de souffrir dans l'oreille, puis n'entend absolument plus rien ; l'ouïe revient peu à peu pour disparaître encore si la malade essaye de faire attention, l'.n outre, ce phénomène ne se produit que dans certaines conditions: il faut c[ue la sensation soit attentive et volon-

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taire pour qu elle se fatigue aussi vite. Quand la malade cause avec nous en maintenant les yeux ouverts, elle ne se plaint de rien, et cependant elle a vu pendant une demi-heure tout ce qui se passait ; bien mieux, quand elle tient un livre et le parcourt des yeux sans chercher à comprendre ce qu'elle lit, elle ne devient pas aveugle toutes les deux minutes. Elle voit réellement, puisque dans un somnambulisme consécutif, elle peut résumer le contenu de cette page. Cette asthénopie est donc une manifestation particulière de la faiblesse de l'attention visuelle qui ne peut comprendre, svnthétiser les phénomènes visuels que pendant un temps court et qui se fatigue rapidement. On peut dire, si Ion veut, que ces phénomènes dépendent d'un engourdissement ou mieux d'un trouble de nature inconnue dans le fonctionnement du centre visuel. Ce n'est pas une paralysie complète du centre, puisque les sensations existent encore; c'est un trouble qui rend difficile l'association des différents centres entre eux. C'est une difficulté de la systématisation cérébrale et mentale.

Une autre altération de la vue se rattache aussi à l'insuffisance de l'attention, ce sont les modifications du champ visuel. Le champ visuel de Justine est extrêmement variable, il se rétrécit d'une manière énorme dès que le sujet éprouve une fatigue physique ou morale, et surtout dès qu'il est obsédé par des idées fixes ; j'ai déjà montré ailleurs que l'on pouvait suivre la gravité des idées fixes de cette malade rien qu'en prenant son champ visuel. Même au moment où le champ visuel est très grand et semble normal, il présente cependant une altération latente qui n'est manifestée que par l'expérimentation. « Au centre de l'appareil je fixe un morceau de papier sur lequel se trouvent, suivant les cas, quelques phrases écrites assez fin ou quelques nombres. Je place le sujet dans la position voulue pour lui mesurer le champ visuel et je le prie non seulement de regarder au centre, mais encore de lire le papier ou d'opérer mentalement une opération arithmétique sur les chiffres qui v sont inscrits. Lorsque 1 attention est bien fixée sur ce travail, ce qui d'ordinaire n'a lieu qu'au bout de quelques instants, je promène le bâton qui porte un petit objet blanc sur le périmètre, du côté externe de l'œil examiné, en allant de la périphérie vers le centre, je l'arrête quelques instants au point que je sais être dans le champ du sujet, 40° par exemple, puis je le retire. A ce moment j'interromps le sujet dans son travail et je lui demande s'il a vu le signal s'avancer sur l'arc.

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Suivanl sa réponse, je rocomnicnce la même opération en laissant le slffnal plus loin ou en l'avançant vers le centre. On arrive ainsi à déterminer le champ visuel du sujet pendant la fixation de l'attention'. » Nous avons montré que dans cette expérience l'attention réduit peu le chamj) visuel de l'homme normal, mais qu'elle réduit considérahlement le champ visuel des malades. Justine dans ces conditions passe de 90° à 30° et quelquefois à '20°. La puissance de perception personnelle est si petite qu'elle ne peut se porter sur un point sans abandonner les autres, cela tient en partie à la fatigue déterminée par la fixation de l'attention qui engourdit encore davantage les centres de perception; c'est aussi parce qu'il y a plus de détails à percevoir au point central que le champ visuel pérlphéri([ue diminue. Ce rétrécissement du champ visuel par l'attention rentre d'ailleurs dans un groupe de faits de même erenre, car on constate facilement une anesthésie niomentanée de tous les autres sens au moment où le malade fait attention à une sensation particulière. La diminution de la puissance de svnthèse, le rétrécissement du champ de la conscience porte ici nettement sur le nombre des phénomènes simultanés, tandis que dans les observations précédentes d'asthénopie il semblait porter sur la durée, sur le nombre des phénomènes successifs qui pouvaient être perçus consciemment.

Enfin nous signalons seulement un dernier trouble de la vue dont l'étude demanderait de longs développements, c'est la diplopie monoculaire et binoculaire. Le malade voit double ; mais ce qui est étonnant et contraire à toutes les lois de l'optique, elle voit double, même lorsqu'elle n'a qu'un œil ouvert. Sans entrer de nouveau dans les discussions délicates relatives à cette diplopie moiiocuhiiic ', nous en rappellerons seulement les conclusions. « Le trouble d'accommodation, qui accompagne la diplopie monoculaire et (jui a été éludi('' par M. l^irinaud, est le point de départ d'une illusion : le malade en réalité voit troubles et non pas doubles les objets qui ne sont point exactement au point pour lequel son œil est accommodé. C'est par une interprétation devenue habituelle, que s'engendre la diplopie véritable. » Mais d'où vient une aussi singulière interprétation ? elle vient, dans le cas présent.

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