Éducation de l'esprit
La connaissance des faits pi'écédents doit modifier nos idées sur le traitement de la maladie. Sans doute nous pouvons plus ou moins facilement modifier ou même supprimer telle ou telle idée fixe, mais nous laissons subsister un état cérébral profondément danoereux, oràce auquel d'autres idées fixes en nombre indéfini et quelquefois plus dangereuses que la première vont se développer et remplacer celle que nous aurons supprimée. La puissance même de nos suggestions qui nous paraît heureuse est une marque de la profonde désagrégation de l'esprit, et plus la guérison est en apparence facile, plus Lesprit est en réalité malade. Continuer à supprimer les idées fixes les unes après les autres à mesure qu'elles apparaissent, c'est se condamner à un travail interminable et exposer le sujet à tous les dangers. En même temps que l'accident local qui est l'idée fixe, il faut traiter l'état général de la pensée (lui permet la formation des idées fixes et qui produit la suggestibilité.
Il ne faut pas se faire d'illusions sur la puissance fort médiocre de la thérapeutique, et il faut constater que nous savons fort mal comment traiter ces épuisements nerveux qui sont les sources de tant d'accidents. Les traitements proposés sont innombrables et leur nombre ne prouve pas leur valeur. Sans cloute divers traitements toniques peuvent dans certains cas être utiles, mais dans le cas présent, nous remarquons que depuis vingt ans la malade a usé et abusé de tous les traitements possibles et que, en outre, l'usage des médicaments augmente ses prédispositions hypocondriaques. L'effet utile des médicaments ne compensant pas, à notre avis, leur mauvaise influence morale, nous les avons tous supprimés. Nous n'avons conservé que l'hvdrothérapie dont nous avons toujours apprécié l'heureuse influence dans des états de ce genre. Mais Justine reçoit des douches depuis l'âge de quinze ans sans être guérie, et il ne faut pas attendre de cette médication autre chose qu'une aide très relative.
Kst-il plus facile de traiter cette insuffisance mentale par des procédés psvchologi([U(^s et, en particulier, peut-on se servir ici
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cuiniiu' nii'ci'dcmmciil des procM'dt's loiiniis par le soinnainbiilisine et la suggestion ? II eu est quirhiiierols ainsi quand l'esprit, débarrassé d'une idée fixe, reprend spontanément son activité ; mais (luanil l'esprit reste encore profondément malade après la dispalilion de l'obsession, nous ne croyons pas que des suggestions puissent le guéiir. Certains auteurs pensent que l'on peut suggérer la volonté et la lil)crlé ; il y a là, à notre avis, une erreur de raisoiuienieiil et d'observation que nous avons souvent signalée '.
Le malade suiiaéré fera semblant de vous résister par obéissance, on A
mais il ne sera [)as véritabhMnenl libre ; au contraire, la suggestion développe l'activité automatique et subconsciente et diminue les derniers ell'orts volontaires. Les sujets prennent bien vite une habitude singulière et dangereuse : ils ne s'étonnent plus de rien, ils acceptent les hallucinations, les mouvements subconscients, les bouleversements les plus bizarres. C'est qu'ils ont dans leur magnétiseur une confiance absolue et qu'ils le croient maître et responsable detoul ce qui se passe dans leur esprit. Cette indiirércnce, cette renonciation à tout contrôle personnel est des plus dangereuses, et elle ne contribue pas peu à augmenter l'aboulie fondamentale de ces malades. En un mot, la suggestion, comme tout médicament dangereux, est utile dans certains cas, elle peut servir à atteindre et ;» supprimer des idées fixes devenues subconscientes, sur les- (luelles le sujet n'a plus aucun pouvoir et qui empêchent toute restauration de l'activité mentale ; mais en dehors de son rôle, elle est extrêmement nuisible, car elle ne peut qu'augmenter la désagrégation mentale, principe de tous les accidents.
Nous ne pouvons guère ici appliquer le trailemonl iiigéiu<'ux <pii a été proposé autrefois par bien des auteurs et pour traiter des cas de paralysie ou de contracture des membres, d'anorexie hysléri(pie, de spasmes des viscères et qui consiste à exciter, ii rc.i>eiUer la sensibilité tactile et musculaire des membres ou tles viscères. Ce procédé a sa raison dètre dans lélude si souvent faite par nous-méme des relations entre lanesthésie et les accidents liyst<Mi(pi('s. Mais dans le cas actuel lanesthésie, d ailleurs très variable, n avait [)as une aussi grande importance, elle pouvait disparaitre momciilaiiémcnt et laisseï' subsister d autres Iriuibh's plus prolonds.