‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 49 sur 326 · Aitlunuiltsinc psycliolo^iriuc, p. 450 pI /inssiin · texte numérisé non relu

Aitlunuiltsinc psycliolo^iriuc, p. 450 pI /inssiin

KDUcvTioN hp; r.Fspp.iT lor,

Nous somnios donc obligi' de chciclier un traitement psychologique qui porte sur les points essentiels, qui augmente la puissance de synthèse mentale et les facultés qui en dérivent, la volonté, le jugement, l'attention. Existe-il des méthodes qui arrivent à ce résultat ? Les pédagogues ont-ils institué des traitements de l'attention ? Nous regrettons de ne pas les avoir connus et nous avons été réduit ;i faire appel au procédé le plus banal pour dc'velopper une facult('' iusullisante, 1 éducation et la gymnastique.

Le travail cérébral chez les aliénés soulève un problème quelquefois fort délicat. On est souvent disposé à croire que ces esprits fatigués, surmenés, ont besoin de repos et on leur permet une inaction absolue qu'ils acceptent très volontiers. Cette opinion peut être souvent fort juste et dans bien des cas Je neurasthénie aio-uë, détei'minée évidemment- par un travail cérébral excessif, la préparation d'un concours par exemple, le repos du cerveau aussi complet que possible deviendra nécessaire. Mais en est-il ainsi chez ces neurasthéniques chroniques qui, en réalité, ne font rien depuis bien des années ? Est-ce qu'une inertie cérébrale aussi prolongée n'est pas aussi dangereuse que l'immobilisation indéfinie d'un membre après une entorse ou une fracture ? C'est ce que nous avons pensé et ce que nous avons voulu vérifier par l'expérimentation. Depuis bien des années nous avons essayé de soumettre plusieurs malades et en particulier Justine à une méthode de traitement qui consiste à les faire travailler cérébralement d'une manière régulière comme des enfants au collège. Des méthodes de ce genre ont été souvent proposées, en particulier par Legrand du Saulle. qui avait aussi constaté les effets du travail cérébral sur les douteurs et les obsédés, mais cette méthode était, si je ne me trompe, autrement employée et autrement comprise. Legrand du Saulle considérait le travail comme un moven de distraire les malades de leurs obsessions et il cherchait à leur remplir l'esprit de spectacles variés et intéressants. De là cette recommandation des voyages qui nous parait bien souvent un préjugé : des spectacles trop souvent nouveaux fatiguent l'attention de ces personnes et ne sont plus perçus consciemment. Nous considérons le travail non comme une distraction, mais comme une gymnastique qui accroît par l'exercice la puissance de synthèse mentale, seule capable de s'opposer efficacement à la suggestibilité et aux idées fixes.

Aussi nous voudricnis éviter les travaux qui peuvent s'exécuter

t-ic iiisrdiitK dim: idkk fi\k

niacliinalcnionl cl sans altrntion ; nous voudiioiis ne faire faire aux malades <[ue des travaux de jugement et de composition. Nous voudrions aussi graduer ces travaux, d'après la durée de l'attention exifTce et d'après le nombre des éléments qu'il faudrait synthétiser. Peut-élie pourrait-on ainsi élargir le champ de la conscience, donner ii l'esprit le pouvoir de maintenir plusieurs idées simultanées ; de les i-ombiner ensemble et de les opposer les unes aux autres.

Il V a loujouis, et surtout quand on se place au point de vue médical, une différence énorme entre la théorie et la prati([ue. Xous renonçons ;i faire comprendre les difTîcultés que nous avons rencontrées dans cette entreprise singulière cjui consistait à ramener ;i lécoleune femme aliénée âgée de quarante ans. Il était (lillicilede trouver un travail, plus difficile de le lui faire accepter, l'uis le travail s'exécutait tout autrement qu'il ne fallait, il se faisait automati([uement sans résultat utile : Justine lisait sans comprendre, ne pouvant réciter qu'en somnambulisme ce qu'elle avait appris, etc. Le travail était-il assez bien fait, il devenait extrèmenient pénible, provo(juait des maux de tête ou des accidents graves, des attaques, des sommeils, des stupeurs se prolongeant '18 heures, ce (pii ne rassurait pas les témoins sur l'efficacité du traitement. Il fallut un véritable entêtement pour continuer cette expiMicnce pendant deux ans. D'un côté, j'usai de toutes les ressouices de la suggestion, qui reprenait ici son rôle, pour contraindre la malade à faire ces travaux ; de l'autre, le mari de Justine, qui était un homme fort intelligent et dévoué à cette pauvre femme, a mis une grande patience et une grande habileté à exécuter cette singulière ordonnance médicale.

Nous avons pu obtenir ainsi d'abord quel([ues minutes d'attention consciente sans accident, nous avons pu amener la malade à ex|)li([uer (pi(;l([ues lignes, à faire une adtlition, etc. Puis le travail put être prolongé une demi-heure, une heure par jour sans inconvénients. Des anciens souvenirs (pil semblaient effacés réapparaissaient tout d'un coup et facilitaient la besogne ; après quelques jours d'efforts infructueux, Justine découvrait tout d'un coup qu'elle savait faire iine multiplication. De petites compositions littéraires purent être faites et les leçons, grande merveille, pouvaient être récitées à l'état de veille. Sans doute, il arrivait de temps en temps des malheurs, Justine tout à coup devenait stupide, ou bien (dibliail de nouveau toiil ce (piCllc venait d'apiJicndre

i-:Dur.vTiON DE i;esimiit 107

piMidaiit trois mois ot il fnllait recommencer. INIais un n(»uveaii tiavail que nous lui avons fait entreprendre eut un résultat étonnant : Justine se mit à faire du solfège et du piano et se passionna pour la musique. L'attention naturelle dont parle si justement M. Ribot vint se joindre à l'attention commandée et l'éducation fit de grands progrès.

Ces progrès se sont présentés d'une manière intéressante que nous avons déjà décrite chez une autre malade : ils n'ont pas été graduels et continus, mais au contraire l)rus([ues et comme par soubresauts. F^a malade avait un jour quelques heures de bienêtre, pendant lesquelles elle comprenait tout, n'éprouvait plus aucun malaise et se déclarait entièrement guérie. « Je me retrouve comme j'étais dans mon enfance, il y a des années que je n'ai pas été comme cela. » Puis tout retombait brusquement pour un temps plus ou moins long. Ces périodes sont tout à fait analogues aux « instants clairs » de Marcelle et elles me paraissent avoir une certaine importance au point de vue du diagnostic et du pronostic. Je les constate de nouveau chez plusieurs malades du même genre et elles me semblent caractéristiques des états abouliques en voie de guérison. Chez Justine elles se sont répétées, prolongées pendant des heures, puis pendant des journées. Bientôt ces instants clairs durèrent chez elle au moins trois semaines et ne disparurent que pendant la période des règles.

Maintenant que ces périodes de santé morale se sont étendues, on peut mieux constater le résultat général de l'éducation. Justine a ac(juis quelque instruction, elle peut faire les comptes d'une petite maison de commerce, et elle déchiffre d'un façon passable des morceaux de piano faciles, ce sont des résultats dont elle est très fière, mais sur lesquels nous n'avons pas à insister. Le fait vraiment intéressant, c'est que la plupart des svmptômes de 1 al)oulie se sont profondément modifiés. L'activité physique et intellectuelle est en grande partie rétablie ; la malade travaille continuellement dans sa maison, se rend utile et, dans les heures consacrées au travail cérébral, cherche à résoudre des problèmes d'intérêt, tandis 'qu'autrefois elle ne pouvait pas comprendre trois lignes d'un journal. Les doutes ont disparu, la mémoire est normale et les anesthésies ne peuvent plus être constatées que très rarement. Le champ visuel se rétrécit encore un peu sous Linfluence de ratlcntlon, mais beaucoup moins ([u'autrefois, et la

MIS IIIMOim. 1)1 M. IhKK M\l".

(li|il(i|»ic nCxisli' plus. I,;i ninlaclc s ;ip('rci>il Mcii dt; Ions ces cIkuiociiiculs cl s (•lomic (le se rciulii' complc des clioscs (jn Clic ne coiuprciiiiil plus depuis hicu dcsaiiiicos, elle se seul plus capable «raH'cctiitii el, de toutes façons, plus heureuse.

(!«' ([ui est plus surprenant, c'est que la sanh' pliysujuc se ressent de ces modifications moiales. La voici qui mange et (jui diacre* de la façon la plus correcte et cependant, ([uoiqu'elle mange bien plus qu'autrefois, elle maigrit: de 197 livres, elle a passé à 1G9, en ([ualre mois elle a diminué tle 27 livres. Ce fait, peu explicable, semble confirmer notre remarque précédente : c'est ([ue son obésité était en relation avec des phénomènes nerveux patli()logi([ues '. La peau n'est plus sèche et le teint est tout diirérent. On pourra sourire de ces remarques et trouver au moins sinf>-ulier que les cheveux de cette femme repoussent paice qu'elle fait des rédactions littéraires et joue du piano. Nous répondrons simplement que nous relatons des faits et qu'un fait n'est jamais ridicule. En outre, on pourra remarquer que d'une part cette femme était dans un état de délire continuel, présentait sans cesse des congestions et des troubles vaso-moteurs en rapport avec des i)tMturbations émotionnelles, ne dormait plus et mangeait d'une façon très irrégulière, cpie d'autre part son cerveau élall envahi par un engourdissement de plus en j)lus grave. Aujourd'hui nous avons pu lui imposer, grâce au travail cérébral, une hygiène parfaitement correcte, une vie tout à fait calme ; en même temps son cerveau a été réveillé de sa torpeur. Est-il bien étonnant que sa santé phvsiquc et sa nutrition générale ressentent le contre-coup de ces modifications ?

Ce qui est plus intéressant ;i étudier et ce qui faisait parliculièrcment l'objet de nos recherches, c'est le phénomène de la suggestibllité et les idées fixes. Que sont-ils devenus au milieu de tous ces changements.' Les modifications de la suggestibilité sont dil- (iciles à apprécier, car le sujet peut sentir à notre façon de suggérer si nous désirons ou non être obéi, il peut désobéir par obéissance. Nous avons essayé cependanl d'expérimenter correctement. Nous n'avons jamais laissé soupçonner nos recherches au

I. Msijnirol signalait autrefois iiii l'ait à peu |>r("'s du nirmc genre; : « La terminaison (les arcès de délire, dil-il. chez une malade inlermittentc s'annonce par un grand cl rapide ainaigrissemenl, tandis (pie le retour des accr'-s a lieu (juand la nialadi; a repris beaucoup d endjonp(jint. ;) Ks(piirol, Des nmbidics mentales, 18o8, 1, 8iJ.

Kl)lT\TIUN \W. I.'KSPUIT 10!)

siijt't. nous avons essayé de temps en temps les siigoestions à l'état de veille et noté les résultats sans aucun commentaire. Ces recherches sont imparfaites, nous en convenons, en voici cependant les résultats. La suggestibilité, les actes subconscients, la désagrégation de l'esprit n'ont pas disparu d'une façon complète : le somnambulisme peut encore être provoqué et c'est pour nous la persistance d'un signe pathologique. A de certains moments, au moment des règles, par exemple, la suggestibilité est à peu près aussi forte qu'autrefois. Mais dans les périodes plus favorables, la suggestibilité a énormément diminué et la plupart des suggestions « ne prennent plus ». Le sujet accomplit l'acte demandé, mais par obéissance volontaire, avec consentement personnel et non par un mouvement automatique. Si Justine reste encore en partie susceptible d'être suggestionnée par nous qui avons naturellement pris sur son esprit un grand empire, elle a, au con- Iraire, une tout autre résistance quand il s'agit des idées inspirées par d'autres personnes. Elle n'est plus exposée à être suggestionnée par n'importe quelle parole, n'importe quel incident. Elle sent une idée fixe qui commence et sait larréter elle-même : bien souvent une page de lecture ou un morceau de piano ont dissipé des obsessions qui, autrefois, auraient amené un mois de délire. Depuis un an, elle n'a eu qu'un seul accident sérieux, et encore il est pres([ue excusable. Un petit chien qu'elle aimait beaucoup a été écrasé sous ses yeux, elle a perdu connaissance et a reproduit une de ses anciennes attaques avec idée fixe et délire; mais l'attacpie n'a pas eu de conséquences et tout était dissipé le lendemain. Cette guérison, même partielle, nous semble s'accorder avec l'opinion qui rattachait la suggestibilité aux troubles de l'aboulie et de la désagrégation cérébrale et mentale.

Il semble donc que l'éducation sévère de l'esprit ait eu une heureuse influence : elle n'aurait pas pu effacer les anciennes idées fixes si tenaces, mais elle a diminué la suggestibilité et a empêché (K' nouvelles idées de se développer. Le résultat momentané est satisfaisant, mais nous avons eu déjà trop de déceptions pour avoir une trop grande confiance, et il nous reste à apprécier et à réduire à sa juste valeur cette guérison apparente. C'est ce que nous essayerons de faire en jetant un coup d'œil d'ensemble sur l'évolution de cette maladie.

IIISTOIUK DLNK IDia: 1 1\L:

5. — Evolution de la maladie. — Antécédents personnels et héréditaires.

Polir hicn coiiiprciidio un fait, il faut essayer de rcMiiontcr à sou origiuc : (|uel est le point de départ, la cause d'une maladie eoninic celle que nous venons d'étudier? Une partie considérable des symptômes dépendaient au déhut de l'idée de clioléia : d'où venait cette idée? D'une émotion, comme nous l'avons vu, qua éprouvée Justine en allant avac sa mère ensevelir des morts et en voyant deux cadavres de choléi'i({ues. Faut-il considérer celte réponse comme une explication ? Toute celte maladie si lonjT^ue, toute cette transformation de l'esprit dépend-elle de ce simple petit accident?

Evidemment non, nous avons vu que les idées fixes ne germent dans l'esprit que grâce à un état tout particulier de suggestibilité ; et nous savons (jue cette suggestibilité n'existe pas constamment chez tous les hommes bien portants. Sans doute la première idée fixe va bouleverser l'esprit et laisser à sa suite une suggestibilité bien plus grande, mais déjà au début il fallait une certaine faiblesse pour que la première idée pût se développer. [1 faut donc renionter au delà de cette idée de choléra et chercher l'explication de la suffffestibilité même et de la faiblesse de synthèse de cet esprit.

Nous rencontrons une seconde réponse qui contient aussi une partie de la vérité et qui aujourd'hui tend à prendre de plus en plus d'importance. Justine, dira-t-on, a eu la fièvre typhoïde : or les maladies infectieuses, celle-lii surtout, ont très fréquemment pour résultat d'altérer profondément le système nerveux et le cerveau en particulier ; elles provo([uent des convulsions, des délires (i (h>nnent souvent naissance pendant la convalescence à ces états de stiq)eur (pi'on désigne sous le nom de confusions mentales. Ces états ont précisément pour caractères essentiels tous les symptômes de l'aboulie et de la désagrégation de l'esprit portés au plus haut degré. Le mécanisme de ces perturbations cérébrales n'est pas connu, (juoique l'on soupçonne une action des poisons, des toxines sécrétées par les microbes et probablement une désorganisation de certaines c(dlules de; l'écorce analogue à celle qui est deerile dans les beaux travaux de M. Marinesco, mais les laits

EVOI.LTIUN !)[• L\ MALADIE 201

sont incoiiLcstables. N'est-il pas vraisemblable que ces maladies infectieuses puissent clans certains cas laisser à leur suite une stupeur moins complète en apparence, mais de plus longue durée et que ces empoisonnements, ces altérations cellulaires de Técorce cérébrale soient l'origine de la désagrégation de l'esprit et indirectement des idées fixes. Ces remarques sont probablement très vraies; par une singulière coïncidence, tous les malades analogues à Justine et à Marcelle que nous avons étudiés avaient eu la fièvre typhoïde. Il faut toujours rechercher la fièvre typhoïde et les autres grandes maladies infectieuses dans les antécédents de l'aboulique et de l'obsédé, comme la syphilis dans les antécédents de l'ataxique et du paralytique général. En outre, il estcertain, d'après l'observation même de notre malade, que tous les symptômes n'ont pris un grand développement c[u'après la fièvre typhoïde et se sont exagérés encore plus tard après une infiuenza. Le rôle de ces maladies infectieuses est indéniable.

Cependant nous ne croyons pas que ce soit encore une explication complète. D'abord parce que les maladies infectieuses n'ont pas, à notre avis, cet elfet chez tous les individus, mais seulement chez quelques-uns qui présentent par leurs antécédents des prédispositions spéciales. En outre, pour le cas qui nous occupe, l'obsession du choléra, la parole automatique, le dédoublement de la personnalité avaient certainement commencé deux ans avant la fièvre typhoïde. La suggestibilité, la disposition aux idées fixes existaient déjà dans la jeunesse de Justine et l'étude de cette première période de sa vie nous prouvera qu'il faut remonter bien plus loin que la fièvre typhoïde de dix-neuf ans, pour trouver s'il est possible l'origine de la maladie.

Justine fut, au début de sa vie, une enfant prodige ; très précoce en tout, elle étonnait par sa sagesse et son intcdligence. Jamais de colères ni de pleurs, elle avait un caractère extrêmement doux et aimable, elle était même trop raisonnable, et l'on prétend qu'à cinq ans elle parlait sérieusement comme une petite femme. Nous acceptons assez volontiers ces récits, car nous avons pu voir à l'hôpital de ces enfants prodiges absolument étonnants. Une petite fille surtout nous a frappé : à neuf ans, elle dirigeait une maison, et parlait sérieusement des soucis que lui causait la conduite de son Irère aîné, i'in même tcnq)s elle commençait les anorexies cl les délires qui présageaient la fin de celle inlelligence

•jo: iiisioiiîF. 1)1 \i: ii)i:i'. i'i\r,

lr(»|t li;"ili\f. Il fil lui (le iiiriiu- [tour .liisliiio : vers si?; on sejil ;nis se phicc lin phrnomriu' tirs iinpoilaiit. qiio, îi notre j^imikI rcgTot, nous no ponvons pas connaître avec assez de pr('>cision. L'enfant présenta il(>s pliénoniènes cérébraux qui rappelaient ceux tle la niéniiifile, des malaises il'ahord el une pâleur livide de la face, puis de vicdentes douleurs de tète provoquent des cris aigus, convulsions de temps en temps, déviation des globes oculaires, vomissements, état de stupeur. Mais ce qui est embarrassant, c'est (iiie ces accidents ne duraient que peu de temps, deux jours au i)lus, et se répétaient à peu près toutes les semaines. Il siérait important de savoir si ces pliénomènes s'accompagnaient d'une élévation de la température: Justine prétend que le médecin constatait de la (ic'vre. Ces renseignements sont fort vagues. S'agit-il dune véritable infection encéphalique, qui aurait préparé l'aliénation, ou bien n'èlait-ce pas déjà un état de méningisme, de la |)S(Mido-méiiingile hysléii([ue j)répaiée par des symptômes précédents (pii n'ont pas été remarqués ? L'évolution ultérieure de cette malade rend celte dernière hypothèse bien vraisemblable.

Ces accidents se sont répétés très fréquemment pendant plusieurs années, et en même temps on nota un bouleversement total du caractère. L'eidant restait très intelligente et apprenait tout ce que l'on voulait, mais elle était entêtée, émotionnable et extrêmement colère, (k'tte exagération des émotions montre déji» un certain défaut d'écjullibre dans les fonctions cérébrales, un th'laut de la |)uissance d'arièt (>t par conséquent de la synthèse iniMilalc dans les o[)érations psychologiques. Certains sentiments étaient chez elle tellement exagérés, (|u'ils semblaient déjà des idées fixes et provoquaient des accidents redoutables ; je n'en citerai que deux exemples. Justine avait horreur d(;s animaux ranqiants, des vers, des limaçons et avait une passion démesurée pour d'autres animaux, en partlculiei- pour les chats. Pour la guérir de ces terreurs, le médecin de la famille conseilla un remèd(; au nniins ('frange ; sur ses conseils, on profita d'une promenade pour placer dans h' cou de l'enfant . alors âgée de neuf ans, une grosse limace rouge. L Cllèt lut merveilleux : Justine tondja à la renverse sans connaissance et entièrement eontracturée. Elle revint ;i elle tort dillicilement et pendant plusieurs njois resta absolument obsédée parle souvenir de la limace; elle se frottait le cou comme si elle sentait le contact et suivait des veux les mains des personnes qui I eiilduriiK ni pour \(»ir si elles ne cachaient l'ieii. Huit jours après

KVOI.LTION DK L\ MVl.ADIE 203

rattaque, elle eul une jaunisse fort grave qui semble ici bien en rapport avec 1 émotion. Arrêt des fonctions cérébrales, dissociation des phénomènes psychologiques, suggestion puis troubles phvsiologiques, et idée fixe, ces phénomènes déterminés par l'émotion sont tout à fait analogues à ceux que nous avons vus plus développés chez la malade adulte.

L'autre sentiment, la passion pour les chats, donna lieu à la seconde atta([ue grave, .lustine avait un petit chat qui fut blessé par accident : attaque d'hystérie et à la suite des poussées d'urticaire fort curieuse. Quelque temps après, on se décida malgré ses cris à supprimer le malheureux chat devenu infirme. Ce fut pour Justine l'occasion d'un bouleversement incrovable. Non seulement elle eut des attaques convulsives, et à la suite la jaunisse, mais elle changea entièrement de constitution, devint obèse, au point de pouvoir ditlicilenient remuer. A dix ans et demi, elle pesait 1 19 livres. Ici se place encore un phénomène peu connu et difficile n bien interpréter d'après des récits aussi lointains. Sur différentes parties du corps, principalement sur les parties saillantes, aux tempes, aux seins, au ventre, aux mollets apparaissaient des petits boutons \Ancés si/ /nétrifjue/iient des deux côtés du corps, puis des plaques de couleur bleuâtre, et la peau se sphacélait; une petite plaie se creusait à peu près sans douleur et ne se comblait plus tard que très lentement : en un mol, trouble de la nutrition de la peau amenant le sphacèle des régions exposées au frottement. Les règles qui ap[)arurent, sans grande difficulté, vers l'âge de ((uatorze ans amenèrent une modification : l'obésité et les troubles tr()phi(|ues disparurent.

^Liis déjà à ce moment, sans doute à cause du métier de gardemalade exercé par sa mère, Justine était obsédée par la crainte des maladies et de la mort. Des migraines et même des délires

(pii semblaient inexplicables étaient provoqués par cette idée fixe «jue la jeune fille ne voulait pas encore avouer. La vue des deux (•hol(''ri([ues donna le dernier coup à cette intelligence déjii fortement ébranlée et précisa la nature de la maladie qui devait s'installer dune manière définitive.

D'après ce récit bien abrégé, n'est-il pas évident que la maladie mentale remonte à la première enfance, qu'elle ne dépend ni de la fièvre typhoïde, ni de telle ou telle émotion particulière, mais il une prédispositiiMi générale de ce cerveau ? Pour trouver l'origine de cette prédisposition évidente il faut remonter plus haut cjue la vie

•;o4 iiisroiiir, i)i NK ini:i". vwv:

iii(livi(liii'IIc »li' l;i miiliidc cl cxaiiiiiu'i' la ramillc ii liKiiicllc clic appart iciil .

I,a (lillicultt' (le fcciiclllir des icMiscMoncmcnls sur la lainillc des malades est très oraiide et 11 nous a fallu beaucoup crefTorts et de patience pour constituer le tableau ci-joint (fig. 27) qui est bien incomplet. Les renseignements sur les grands-parents sont tout à fait insuffisants et deux individus R et S ont disparu ou du moins ne sont pas coinius par les personnes que j'ai interrogées. Malgré ses lacunes ce tableau nous paraît instructif. Le père de .Justine, A, était un ouvrier intelligent et laborieux, parvenu à établir une piMJIe maison de commerce et à vivre avec une certaine aisance. Mailicureusement il était ivrogne depuis sa jeunesse et à mesure qu'il avançait en âge, ce vice prenait de plus en plus les apparences dune maladie. Il restait sans boire pendant des semaines et des mois, puis après une émotion, surtout après un chagrin, il partait et se saoulait pendant huit jours complets. Sa mort ne nous intéresse pas, il a succombé à la variole ; mais son ivrognerie est-(dle déjii de la dipsomanie, conxme nous le verrons si nettement chez ses enfants? Il serait bien intéressant de savoir exactement ce qu'étaient ses parents et s'ils avaient déjà des troubles mentaux. On ne nous a rien dit de net sur le grand-père C, mais on adirme (jue la grand'mère D était une femme très peu intelligente et d'une saleté sordide. Jusqu'à présent la maladie mentale chez A et chez ses parents n'existe évidemment qu'en germe. Malheureusement A épouse une femme B qui présente une prédisposition analogue; elle tient de son père E des colères extrêmement violenles ; celles-ci étaient, paraît-il, absolument identiques chez le père et la (il le. B a cependant un peu compliqué les colères paternelles, car il lui arrive de perdre connaissance et de lermincM- ses rages par des convulsicms ; le vice paternel devient nettement maladif chez la fdle et la brutalité se conqilique d'hystérie. (]es tares primitives sont en somme assez médiocres, mais elles ne sont pas restées isolées. L'union de ces deux personnes, l'une alco()li<pie et pies([ue dipsomane, l'autre coléreuse et hystél'icpie, aggrava énormément la prédis[)osif ion et amena la ruine, la mort de la famille.

l''.xaminons en effet les descendants de ces deux personnes. Ils sont, au premier abord, très nombreux, car en un demi-siècle il» personnes sont sorlK's de ce pi'einier couple. On pourrait déjii

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icm:u(|iicr l;i {^iiiiulc r(''(;oii(lllr des Icinines de colle fîmiille <[iii oui 10 el I;' eiiriiiils ; (•eit;iiMS iiiiieiii'S volent déjà diins celte u^rnnde fécoiidilé un siiJiie de deirenéi'esceiice. Mais la fécondité dépend de trop de circonstances poni- (jne nous insistions sur ce caractère, d'autres faits sont hien plus importants.

\ous sommes étonnés d'abord du grand nombre des enfants de cette famille qui meuient en bas âge, c'est-à-dire avant trois ans. '^'l enfants sur '»6, c'est-à-dire 1\ 0/0 (la moyenne étant au-dessous de 20 0/0 , n'est ce pas une proportion énorme, d'autant moins explicable (jiie nous ne vovons dans la famille, ni excès de misère, ni oi-andes maladies transmissiblos, ni tuberculose, ni syphilis? Comment donc ces enfants meurent-ils? Il est bien difllcile de le savoir et les svm|itômes ne peuvent être indiqués ([ue d'une façon fort vague. Mvidemmeut, sur ces 3 't morts, on doit compter des infections diverses, des diarrhées, des méningites. Mais nous croyons cependant que l'infection ne joue ici qu'un rôle secondaire et nous ne trouvons pas ridicule l'expression vulgaire dont se servait Justine en parlant de ses petits-neveux : « Ils sont h peine vivants, ils restent un an ou deux tout maigres et tout blancs... et puis ils s'éteignent comme des chandelles. » Ce qui nous porte à croire que cette mortalité est due au vice héréditaire, c'est qu'elle n'apparaît pas une fois comme un accident, mais va en augmentant à chaque génération successive. Dans la descendance de A et B (1"^'' génération de notre tableau) nous comptons 7 enfants sur 12 morts dans la première enfance, c'est-à-dire 58 0/0, dans la génération suivante 10 sur 2ô, c'est-à-dire 70 0/0, dans la dernière génération 8 sur 9, 88 0/0. Vraiment si la quatrième génération vient au monde, ce qui nous paraît douteux, on peut prévoir quelle ne vivra pas longtemps.

Considérons maintenant les descendants de A et B (|ui ont survécu. Dans la première génération, nous voyons que tous les enfants vivants sont atteints, à des degrés plus ou moins forts, de la même maladie que Justine ; ils ont tous l'esprit désagrégé et sont tourmentés par des impulsions et des obsessions. Le contenu seul de l'obsession dilfère ; il s'agit, chez K, d'idées fixes de jalousie, de colères aveugles el cruelles, chez J, d'impulsion à boire, (^es dernières inq)ulsions sont maintenant absolument pathologi([ues : le malheureux |)erdait conscience dès le début de l'accès, buvait tout ce (pi il rencontrait, couchait sous les ponts et dans les ruisseaux, el se revediail ;ui boni de liiiil jours, ahuii et sans souviMiirs. Il

ÉVOLUTION \W. L\ MU.ADIE -^07

faisait « ses nouvaines » ([iiaiid il buvait, suivant l'expression de ses sœurs ; il est mort de deUviuni. Enfin, L et M réunissent les deux vices fondamentaux de la race devenus les délires des descendants, ils sont dipsomanes et font aussi leurs et neuvaines », mais ils ont en plus des impulsions à la violence et même au meurtre.

Passons à la seconde génération, nous voyons les mêmes caractères de la famille, les obsessions et les violences chez N, la dipsomauiechezO et chez T. Mais nous voyons maintenant apparaître de nouveaux svmptomes, voici les épileptic^ues et les imbéciles, 0, Q. T, et à la dernière génération, il ne reste plus qu'un malheureux o-arcon épileptique qui ne relèvera guère la famille d(>chue. L'histoire de cette famille est absolument identique ;i celles qui ont servi à établir la théorie de Morel sur les dégénérescences définitives d'une race. Heureusement, l'évolution est loin d'être toujours aussi fatale. Il semble vraiment que les familles aient des maladies comme les individus, maladies quelquel'ois passagères et qui frappent seulement une ou deux générations ou maladies o-raves crui, après quelcjues générations débiles, amènent la mort de la race. Dans le cas que nous étudions, les deux maladies qui étaient léoères dans les deux familles primitives, se sont réunies et ont formé une maladie mortelle.

Cette description sommaire ne nous a pas trop éloigné de notre sujet, car il nous semble que Justine devient bien plus intelligible quand elle est replacée dans son milieu. On ne peut plus songer à rattacher sa maladie à quelque cause accidentelle, émotion ou fièvre tvphoïde, quand on voit tous ses parents tjui n'ont pas eu les mêmes accidents, présenter les mêmes symptômes. Il est probable ([ue la lésion cérébrale fondamentale est la même chez tous les membres de cette famille ; sous l'intluence de l'intoxication alcoolicjue et de l'hérédité, les fonctions supérieures du cerveau, les fonctions de coordination de synthèse actuelle, diminuent et disparaissent, puis répuisement ou la malformation gagnent peu \\ peu des régions de plus en plus étendues du cerveau. L'état cérébral de Justine est une étape dans ce chemin conduisant aux imbéciles qui terminent la famille, et il n'est pas faux de dire que l'origine d'une semblable maladie, c'est la dégénérescence mentale.

Cette dégénérescence a pris une forme spéciale qui peut se rencontrer dans d'autres circonstances et ([ue nous avons a|)pelée

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la (l('s;toTÔg:iti<)ii (I(> ICspiil . h'.nliii, il s'aj^il ici iriiiio vaiiélé parliculit'i'c (Ir clrsanirnatioii |)sv(li()l()^i([ii('. I^os plnMiomènes psycliolonicpies mal s\ nlhctiscs ont une Iciidaiicc îi se dispostn- en cKmix ou pliisiciiis t>;roup('s licitement distincts l'un de l'autre. Nous avons constaté des ancsthésics, des amnésies, des actes subconscients, des somnanihulismes, etc. Sans doute, la séparation n'est pas toujours absolument aussi nette que dans les cas typiques, mais elle est sullisammcnl marquée. Cette désagrégation mentale revêt ici la forme de riivstérie. En un mot, nous avons afïaire à une désagrégation mentale d'origine héréditaire à foiine hystéi'iquc.

Nous pouvons aussi, d'après ces nouveaux renseignements, apprécier mieux les effets de notre traitement. Nous sommes loin de considérer ces maladies héréditaires comme incurables et désespérées. Les maladies de la race peuvent se guérir comme les maladies de l'individu et dans d'autres tableaux généalogiques, nous voyons la famille se rétablir après avoir été gravement atteinte pendant une ou deux générations. Mais nous savons du moins que la maladie dépasse l'individu, qu'elle a une é'volution à longU(> échéance et ne peut guère être ti'ansformée par cjuclques remèdes appli(piés momentanément à une seule personne. Il n'est pas vraisendjlable qu'une malade comme Justine puisse guérir complètement d'une maladie aussi ancienne et aussi profonde. Après avoir décrit les progrès énormes et incontestables de cette personne, il laut, pour apprécier sainement les procédés employés, constater les lacunes et les lésions qui subsistent.

Le véM'itable signe de la guérison d'une maladie, c'est le départ du nicdecm ([ue l'on renvoie avec plaisir; malheureusement ce signe n'existe pas chez les malades dont nous nous occupons, ils sont toujours incapables de renvoyer leur médecin. Tous les progrès que nous avons décrits dans l'état mental de Justine, ne sont obtenus et maintenus que par l'influence continuelle que nous exerçons sur elle, ('cite influence exercée par le médecin sur les malades, nous paraît capitale dans ces perturbations de l'esprit, elle forme un caractère pathognomonique de certaines aliénations. Sans étudier ici ce phénomène d'une façon générale^ rappelons seulement de quelle manière Justine peut arriver à paraître raisonnable.

I. ^oi^ sur celle (jiieslinn le tliii|iilr(' « l/indiiciire soiiiii;iml)iill(jii(^ cl le hesolii (le iliicction. j>

ÉVOLUTION DE LA NL\LADIF. ooo

Quand Justine vient nous voir, elle est souvent dans un état pitoyable, elle vient d'avoir des attaques plus ou moins graves, elle est obsédée par des idées fixes anciennes qui ont réapparu ou par des idées fixes nouvelles qui viennent de s'installer. Elle a renoncé dans les derniers jours h ses travaux habituels, car elle n'était plus capable de tant d'efforts, elle reste sans rien faire et sans rien comprendre ; la mémoire est disparue, la sensibilité diminuée, le sens visuel altéré de différentes manières. Enfin Justine se sent isolée, sans soutien, et se laisse aller au désespoir.

Tous ces troubles dépendent en partie d'un fait très orave sur lequel on ne saurait trop insister, le besoin du somnambulisme. D'une part, le somnambulisme est analogue aux attaques et les remplace, il semble que la seconde existence doive nécessairement se développer sous quelque forme, et comme on lui interdit une manifestation, elle tend à se produire sous une autre. D'autre part, ces sujets si disposés à l'habitude et à l'automatisme ont pris l'habitude et par conséquent le besoin intense d'être endormis. Ce besoin, qu'il ne faut jamais laisser naitre sans nécessité médicalement constatée, nous semble tout aussi dangereux que le besoin de la morphine, et il provoque en partie les troubles que nous constatons chez la malade à son arrivée. Mais il v a, crovons-nous, encore un autre besoin qui se manifeste même chez les sujets de ce genre que l'on n'endort pas, c'est le besoin de se confesser, d'être grondés, d'être dirigés. Ce besoin est d'une violence étonnante, il se retrouve au plus haut degré chez tous les hvstériques, chez les neurasthéniques, chez les douteurs, les obsédés, etc., chez tous les individus dont la volonté personnelle est très affaibhe. Justine ne veut pas seulement être endormie, elle veut être suggestionnée, pour qu'une autorité extérieure domine et rèo-le tous ses phénomènes psychologiques qu'elle se sent incapable de diriger.

Après la séance employée à toutes les recherches et les opérations qui ont été décrites, quelques malades sont immédiatement rétablies. Il n'en est pas ainsi chez Justine : la lutte contre les idées fixes, les attaques plus ou moins arrêtées dans leur développement qui ont troublé le somnambulisme, les efforts d'attention que, suivant un procédé décrit par nous depuis fort longtemps, nous exigeons des malades pour qu'ils retrouvent d'une manière aussi complète que possible la mémoire et la sensibilité l'ont épuisée et

.NÉVROSES ET IDÉES FIXES. 1 j ^

'.MO IIISTOlItF. D'I'NF. IDl'.K l'l\K

malgré toulos seules de précautions elle reste très fatiguée après la séance. Ce malaise se prolonge une demi-journée ou une journée entière ; ensuite, l'état de bien-être commence. Justine n'a plus d'idées fixes, se sent énergique, capable de volonté et d'attention ; elle travaille régulièrement, étudie avec attention et se sent pleine de confiance : « Il me semble que l'on m'a mis un tuteur, je ne suis plus seule. » Ce sentiment d'un « soutien » répond à des faits psyciiologiques ti'ès nets que nous ne pouvons analyser ici et qui feront l'objet d uïie étiitle spéciale dans cet ouvrage. Je remarque seulement ([u une semblai)le direction, même si elle a pour résultat la santé apparente, est encore un fait singulièrement pathologique.

Sans doute Justine arrive par le travail intellectuel à augmenter sa puissance d'attention, à synthétiser un peu mieux ses phénomènes; mais ce résultat n'est obtenu qu'au prix d'un effort énorme et continuel. Elle est constamment, si nous pouvons faire une semblable comparaison, dans l'état où nous sommes nousmêmes quand nous avons it préparer un concours ou a écrire un ouvrage compliqué. Il lui faut pour la vie pratique, pour les perceptions banales, autant d'efl'orts qu'aux autres hommes pour faire une œuvre originale et difficile. Aussi est-il bien naturel qu'elle se fatigue et se décourage : « Je sais bien que si je cesse de travailler je vais devenir folle, mais c'est si fatigant et je n'en puis plus ! » L'attention faiblit de nouveau, la volonté et la perception diminuent, les ])hénomènes automatiques envahissent l'esprit, les amnésies et les anesthésies ([ui, chez cette malade, ne reviennent qu'il la lin, après les obsessions et les délires, réajiparaissent ; le besoin de direction, d'encouragement est de nouveau aussi fort et il faut que Justine retourne chez son médecin.

Ce besoin continuel d'une direction morale peut prendre bien des formes dilTérentes, ce sera la passion somnambuli({ue des hystériques, le désir d'une affirmation étrangère chez les douteurs ou simplement le besoin d'une alTection, la crainte de la solitude, etc. Son étude est fort intéressante, car il nous permet de pénétrer d'une façon presque expérimentale dans l'analyse des sentiments moraux, mais il n'en forme pas moins une des grandes difficultés (le la thérapeuti([ue mentale. Dans certains cas, on peut dire «jiiil rend toute thérapeutique de ce genre absolument impossible. Bien des malades que nous avons connus peuvent théoriquement être guéris, mais il faut se dévouer à eux et les remonter continuellement au moins une fols par jour. De telles séances sont fati-

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