ÉVOLUTION DE LA M\L\I)IE
gantes, elles ne sont pas toujours intéressantes et surtout elles sont extrèmeniont longues. De pareils traitements sont pratiquement impossibles.
Après avoir cherché à prendre la direction de l'esprit du malade, nous en arrivons à un nouveau problème, réduire cette direction au strict nécessaire, c'est-à-dire espacer les séances que l'on consacre au malade. Il est très rare que ce dernier problème soit résolu d'une façon complète et nous ne comptons qu'un petit nombre de malades que nous ayons pu abandonnera peu près complètement à eux-mêmes. Chez quelques-uns, et chez Justine en particulier, le problème est partiellement résolu, quand on arrive à espacer un peu les visites du malade.
Au début de mes études, il était nécessaire de voir Justine fré- ([ucmment plusieurs fois par semaine, puis une séance par semaine a pendant longtemps été suffisante. Nous sommes parvenu, non sans peine, à n'accorder à la malade qu'une confession par mois, et pendant un an elle supporta bien ce régime. Il fut difficile d'aller plus loin : et après avoir essayé d'écarter les séances de six semaines, nous avons vu réapparaître bien des mauvais symptômes. Dans ces dernières années, l'état de cette malade a continué à s'améliorer. Une modification heureuse accompagna surtout l'arrivée rapide de la ménopause. Depuis longtemps il n'est plus question d'idées fixes, sauf dans des cas tout spéciaux comme on le verra dans le chapitre suivant, il suffit de lutter contre l'aboulie. J"ai pu écarter encore les visites de cette malade mais non les supprimer. Il faut reconnaître cependant, que réglées de cette manière, les visites de Justine ne sont pas trop nombreuses. Que de malades atteints d'affections organiques ou d'infirmités ont besoin d'un chirurgien ou d'un médecin tous les deux mois ! Mais il n'en est pas moins vrai que cette personne, en raison de sa fiiiblesse cérébrale héréditaire, ne se rétablit pas d'une manière complète, elle reste une infirme. Notre excellent maître M. Jules Falretnous a raconté une anecdote que l'on comprenait peu autrefois et qui nous semble s'éclaircir par ces études. Le grand aliéniste de Rouen, Morel, avait entrepris le traitement d'une femme aliénée par les procédés du magnétisme animal et par l'influence morale. Il réussit merveilleusement et put faire sortir la malade de l'asile, mais il la voyait revenir très fréquemment et n'était pas mécontent de ces visites répétées qui lui permettaient de constater le bon effet de ses soins. Morel vint :i mourir, et quinze jours
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aprôs, l:i m;il;i(I(', coiupIt'tt'MUMit drliiaiile, (lui être de nouveau onferiuôe dans lasilo, cette fois dune façon définitive. Nous espérons {{ue pareil accident n'arrivera pas trop tôt à nos malades, mais nous vovons facilement que si pour une raison ou une autre elles étai(Mit al)andoniin«>es, elles retomberaient très rapidement. Cette limite de l'action thérapeutiijne, cette impuissance où nous sommes de transformer délinitivement la pensée des sujets vient confirmer nos études sur l'origine de la maladie. La lésion héréditaire est trop profonde, elle se forme au travers de plusieurs générations, elle ne peut aussi se réparer que lentement grâce à des générations nouvelles ; dans le cours de la vie individuelle, elle peut être plus ou moins palliée et non guérie.
Il est inutile d'insister sur ces remarques générales qui seraient mal justifiées par l'étude d'une seule malade : nous n'avons voulu faire qu'une observation. Elle nous a permis de confirmer d'anciennes remarques sur les phénomènes hystériques et en particulier sur les phénomènes de l'aboulie. Elle nous a montré quelques détails nouveaux et non sans importance sur les idées fixes et leur traitement. Peut-être n'est-elle pas non plus sans intérêt pour la psychologie : la nature de certaines idées, leur systématisation, leur désagrégation, leur réduction à des phénomènes partiels et incomplets nous semblent s'appliquer à l'interprétation de l'esprit sain aussi bien qu'à celle de l'esprit malade. La pédagogie et la morale ne peuvent pas se désintéresser de ces faits qui nous montrent la puissance du travail intellectuel, le progrès de l'attention, le besoin de sympathie et de direction. C'est en réunissant des observations de ce genre que l'on parviendra à comprendre un peu plus res[)rit malade et l'esprit qui semble bien portant.