‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 55 sur 326 · oir le cliapitre m · texte numérisé non relu

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2. .lai déjà discuté (jiielqiics-unes de ces disliiiclions dans plusieurs articles : Elude sur un cas d aboulie et d'idées fixes, lie^'uc philosophique, 1891, I, 280 ; Amnésie conliruic. Revue générale des sciences. 1893, p. 176 ; Histoire d'une idée fixe. Revue philosophique, février 1894, p. 121. Dans tous ces travaux, j'ai insisté sur ce point que les stigmates, l'aneslhésie elle-même, peuvent être la conséquence indirecte de 1 existence dune idée fixe, d'un état émotif persistant; mais je ne crois pas rpi il en soit toujours et nécessairement ainsi. Dans d'autres cas elle sera un slifrinate j)rimi(if, siin[)l(: manifestation de l'épuisement cérébral et du rétrécissement de la cnnscienco.

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craillcurs souvent étudiées ensemble et qu'il suffit de rappeler. Constatons seulement que, chez cette malade, les trois groupes de svniptômes, les stigmates antérieurs, l'idée fixe et les accidents consécutifs, sont tons les trois parfaitement nets et visibles, et que les malades de ce genre ont la conscience et le souvenir de ces trois calciiories de faits.

2. — Disparition apparente de l'idée fixe chez les hystériques.

Les hystériques peuvent présenter quelquefois des idées fixes à peu près analogues aux précédentes, des idées fixes qui sont même très complètes, mais le plus souvent il n'en est pas ainsi. Si nous considérons quelques-uns de ces accidents hystériques que nous sommes disposés à expliquer, suivant la théorie de Charcot, par des idées fixes, nous voyons que les phénomènes ne sont plus exactement les mêmes, du moins que les diverses catégories de symptômes ne se présentent plus toutes les trois avec la même netteté.

Voici d'abord un cas d'un accident hystérique assez rare et dont la description seule est intéressante pour la clinique.

Il y a trois ans, Charcot préparait un cours que quelques-uns d'entre vous ont peut-être entendu sur les vertiges au cours de la neurasthénie. Nous avons cherché sur sa demande, sans en trouver d'exemples bien nets, des cas de vertige chez des hystériques, et Charcot avait conclu dans sa leçon que le vertige fréquent dans la neurasthénie est fort rare dans l'hystérie. Aussi me semble-t-il intéressant de signaler le cas suivant.

Observatiox II. — B... est une femme de vingt et un ans dont l'histoire est trop longue et trop compliquée pour que je vous la raconte tout entière; elle a déjà présenté la plupart des accidents que les hystériques peuvent avoir, somnambulismes spontanés, contractures, attaques, délires prolongés pendant plusieurs mois avec amnésie consécutive, etc. Je n'insiste que sur un nouveau phénomène assez curieux qui se produit depuis le début du mois de mars. Quand elle marche dans la rue, elle se sent prise tout d'un coup d'un grand vertige, le sol se dérobe sous elle, elle se

•2\!0 l,i:s IDKKS KI\i:S DE FORME HYSTÉRIQUE

S(Mil pit-cipitre on avant <M doit se laccrochor aux arl)res ou aux niuis pour lie pas tomber ; le iiiènie vertige la prend aussi et avec violence quanti elle est assise. Cet accident se produisait, au début du mois de mars, plusieurs fois par jour; il n'existe plus guère maintenant qu'une fois pai'jour.

Ce vertige ne s'accompagne ni de sensation de bruit dans les oreilles, ni d(^ nausées, ni de troubles oculaires, la malade n'a en ce moment ni. anestbésie bien nette, ni même de rétrécissement du champ visu(d. 11 est isolé et en même temps exagéré : il constitn(>, si j'ose m'exprimer ainsi, un accident absurde (|ui ne se rattache à rien de précis. Je connais la malade, et je sais cond)ieu elle est suggestible, combien elle a eu de tics bizarres, d'idées fixes absurdes, dont quelques-unes formaient des obsessions conscientes; je suis donc disposé à croire qu'il s'agit encore, dans ce cas, d'un phénomène du même genre. Mais cette malade, si on l'interroge dans ce sens, affirme qu'elle n'a aucune idée obsédante et qu'elle n'a jamais rêvé à un vertige ; elle ne sait même ce que nous voulons dire en parlant d'idées de ce genre h propos de son vertige, et elle est persuadée qu'elle a une maladie purement phvsique.

Cette même malade présente un autre accident plus banal, ce sont des peurs qui la tourmentent depuis plusieurs années. De temps en temps, sans raison apparente, elle sursaute, frissonne, se sent, dit-elle, envahie par une grande peur, mais ne peut aucunement expliquer ce qui lelTraye ainsi. Elle regarde de tous côtés pour voir ce qui lui a fait peur et ne trouve rien.

.l'attire votre attention sur ce dernier fait, il est fréquent chez tons les obsédés, ([ui ont souvent des peurs sans motifs, des panophohics, des émotions sans cause. Il a donné naissance à la théorie de l'émotion pure sans idée et même sans images, théorie qui me paraît réclamer quelques études nouvelles.

OiJSKitvATiox 111. — Cette autre malade Co..., âgée de trentedeux ans, se portait bien jusqu'il l'âge de vingt-neuf ans, ([uoi- ([u'elle fùttiès nerveuse et très impressionnable. A ce moment, elle (■prouva successivement une série d'émotions violentes ; elle vit son père perdre une paitiede sa fortune, elle assista ii l'agonie d'une amie intime qui mourut de phtisie, enfin elle vit dans la rue un homme écrasé i)ar une voituie. .\ la suite de ce dernier incident, elle fut si bonlrversée et si tremblante, qu'elle ne put rentrer chez elle; on

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dut la conduire en voiture, mais on fut fort étonné de la voir s'endormir dans la voiture. Il fallut la descendre endormie, et elle ne se réveilla que deux heures après, sans pouvoir expliquer ce qu'elle avait éprouvé. Depuis, à chaque instant, à propos de la plus légère secousse, elle s'endort pendant deux ou trois heures ; une fois, à la suite d'une réprimande de son père, elle dormit trois jours entiers. Pendant le mois de février, qui a précédé son entrée à l'hôpital, elle avait des attaques de sommeil de durée variable, à peu près tous les jours. Pendant ce sommeil elle était fort calme, les yeux à demi fermés, avec quelques tremblements rares des paupières, les membres en résolution et insensibles, elle se réveillait en gémissant et sans aucun souvenir de ce qui avait pu provoquer ratta([ue. Si on tient compte des circonstances ([ui ont déterminé ces sommeils, de la tristesse continuelle de la malade, de son caractère qui a toujours été très susceptible, on est disposé à rattacher ces sommeils à des émotions et à chercher l'idée, le fait psychologique, qui les provoque. Mais, comme je l'ai remarqué, Co... a beau faire effort, elle ne retrouve aucun souvenir de ce qui se passe pendant ces sommeils, elle affirme n'avoir au début aucune idée en tète et même avoir à peu près oublié ses anciennes émotions.

On constate chez cette malade une anesthésie tactile presque complète du côté gauche, un assez fort rétrécissement du champ visuel à 40", quelques troubles légers du mouvement.

Observation IV. — Cette malade est un peu différente des précédentes, mais je crois cependant qu'elle peut, à certains points de vue, leur être comparée. Wk... est une jeune fille de seize ans qui était atteinte, il y a quelques mois, car la maladie est maintenant terminée, d'une bien désagréable infirmité. Pendant son sommeil elle urinait toutes les nuits dans son lit. Bien des signes sur lesquels je ne puis insister nous montrent que cette incontinence nocturne a des caractères tout spéciaux. Elle n'a commencé qu'à l'âge de douze ans, après l'entrée de Wk... îi la pension, ce qui a provoqué une série d'émotions et d'ennuis, elle ne s'accompagne d'aucun des troubles qui pourraient nous faire songer à une lésion organique ; enfin elle n'existe à aucun degré pendant le jour. Je suis tout naturellement conduit à la comparer à ces incontinences décrites autrefois par L.-J. Petit et que mon frère, le D"" Jules Janet, a étudiées dans sa thèse sur les

22,î I.F.S IDKF.S 1)K FOHME IIYSTKHIQUF.

IroiiMcs psychopathiqiics do la miel ion', à des incontinences j)syclii([iu'S dépendant d'une idée, d'un lève. Mais nous nous heurtons toujours il la même dillleulté. Wk... a été interrogée de cent manières, elle ne peut aucunement expliquer ce qui se passe la nuit (piand elle uiinc ; elle n'a pas le moindre souvenir d'un rêve quelconque.

Cette malade n'a pas de stigmates hvstéri([ues bien nets, elle n'a jamais eu d'anesthésie. On constate surtoul des trouilles de la volonté et des altérations du caractère.

OnsEiivATioN V. — Cette dernière observation me paraît la plus importante de beaucoup et mérite que nous nous y arrêtions un peu. Voici dans quelles circonstances j'ai fait la connaissance de cette malade, que j'ai déjà signalée dans divers travaux sous le nom de Maria'. Il v a quatre ans, je travaillais à Saint-Antoine dans le service de mon excellent maître, M. Ilanot. Des agents de police ont amené un matin une jeune femme qu'ils avaient ramassée absolument ivre dans le ruisseau. Elle tenait encore à la main un litre renfermant au fond une liqueur nauséabonde que j'ai appris plus tard être un mélange de vulnéraire et d'éther. M. Hanot me fit appeler et me dit en plaisantant que, si je voulais étudier la psychologie d'une femme saoule, j'avais là une belle occasion. Je remerciai M. Ilanot du cadeau qu'il me faisait et je me mis en devoir de faire connaissance avec cette nouvelle malade. Malgré tous mes efforts, il me fut impossible d'en tirer un mot, elle dormait tranquillement et profondément. Le lendemain, à ma grande surprise, elle dormait encore. Ce ne fut que le surlendemain que Ion put la tirer un peu de ce sommeil singulier et en obtenir ([uelques léponses.

Les renseignements que j'ai recueillis sur elle ont été depuis condrmés par quatre années d'observations et par les communications des parents. Maria appartenait à une famille évidemment tarée : un frère était hystéricjue, une sœur aliénée, le père et le grand-père étalent Ivrognes et alcooliques. Malgré les apparences, Maria n'était pas comme eux une Ivrogne: elle avait même une telle peur de ce vice (pii avait causé la ruine de sa famille, qu'elle buvait uniquement de l'eau. Elle n'avait aucun goût pour l'alcool

1. .Iules JaiKt, I.rs troubles psychopnthiques de la miction. Thèse, 1890.

2. Stii^matcs mentaux des hystériques, 1893. y. 77. 9'i. l;>8, liO.

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et ne se sentait aucunement le désir de fréquenter les cabarets et de s'enivrer en compagnie. Mais, de temps en temps, surtout au moment de ses époques, elle se sentait mal à l'aise, éprouvait une angoisse toute particulière et partait seule de la maison ; elle entrait dans tous les cabarets, buvait de l'alcool, du vulnéraire, de l'absinthe. Dans les pharmacies elle demandait de Téther « plein sa bouteille », elle vidait la bouteille devant le pharmacien, puis demandait qu'on la remplît de nouveau, ce que cet honorable commerçant ne refusait jamais. Après quelques journées de ce genre, Maria tombait ivre-morte dans quelque ruisseau et se réveillait à la préfecture de police ou à l'hôpital, honteuse et désespérée de sa nouvelle mésaventure. En un mot, cette malade était une dipsomane tourmentée périodiquement par l'impulsion à boire de l'alcool et de l'éther.

Mais nous allons être bien embarrassés, si nous interrogeons la malade comme je l'ai fait à Saint-Antoine après son réveil, et si nous lui demandons de décrire cette impulsion qui l'entraîne. Elle raconte bien qu'elle s'est sentie malade et angoissée au milieu de son travail, mais elle déclare qu'à ce moment elle ne pensait pas à boire. Elle ne sait aucunement ce qui s'est passé ensuite, et elle ne connaît que par les récits des autres ses stations dans les cabarets. Des agents de police vinrent à l'hôpital pour l'interroger sur quelques détails de sa dernière équipée; malgré son inquiétude et ses efforts, elle ne put retrouver aucun souvenir. L'a/nnésie était absolument complète et s'étendait également sur tout l'accès de dipsomanie, depuis l'angoisse du début jusqu'au moment du réveil.

Cette malade fort intéressante présentait beaucoup d'autres accidents. Je rappellerai seulement un phénomène curieux qu'elle appelait ses fixités et qui semblait analogue à une attaque extatique. Très souvent, au milieu de l'état le plus normal, elle s'arrêtait en fixant un objet, puis restait absolument immobile, les yeux grands ouverts. On ne pouvait la sortir de cette extase, et on la transportait sur son lit, sans qu'elle s'en doutât et sans qu'elle modifiât la direction de ses veux V Elle se réveillait au bout d'un temps plus ou moins long, en poussant quelques soupirs, mais sans le moindre souvenir de ce qui s'était passé. En un mot, cette femme avait évidemment des Impulsions et même des idées fixes,

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