IDÉES FIXES SUBCONSCIENTES
système d'images qui se dévelo[)pe. Sans doute c'est le souvenir d'un état antérieur qui réapparaît: mais il en est ainsi de toute idée fixe et M'"'' A., quand elle a l'hallucination du D''X. auscultant son enfant, présente aussi la reproduction d'un état antérieur. Quand un état antérieur de la personnalité persiste, se reproduit assez complètement pour donner lieu à l'hallucination, au lieu de se borner h l'aspect d'un simple souvenir, nous disons que ce développement excessif" et involontaire appartient à l'idée fixe. Seulement chez B., ce souvenir, ce tableau, cette hallucination ne laissent pas de traces dans la conscience et la mémoire personnelles, ils restent subconscients.
Remarquez à ce propos que ses terreurs, ses émotions n'étaient pas aussi pures, aussi dénuées de substratum intellectuel que l'on voulait bien le dire. Il y aurait plus souvent qu'on ne le pense des remarques de ce genre à faire sur les délires émotifs.
Observation III (suite). — On peut, en hypnotisant Co., reproduire artificiellement ses sommeils spontanés, et pour comprendre la nature et la production de ces sommeils, il suffit de lui faire une suggestion bien simple, celle de rêver tout haut. J'ai eu quelque peine à l'habituer à rêver tout haut; maintenant, elle exprime assez bien spn rêve, au moins en partie. « Ma pauvre amie, dit-elle, il faut que je porte des fleurs sur sa tombe... des fleurs blanches... on en fera des bouquets pour moi... il faut pour moi une petite boite de bois blanc toute petite, on la mettra sur deux chaises, la voici, on l'apporte..., etc. » Vous voyez la nature lugubre de ce rêve, qui se reproduit, comme je l'ai vérifié depuis deux mois, à peu près toujours le même pendant toutes les atta- ([uos de sommeil. Que la première perte de connaissance ait été déterminée par l'émotion, c'est vraisemblable ; mais cette première émotion n'est pas survenue subitement sans raison, elle dépendait évidemment, et l'observation le montre, de certaines perceptions, de certaines pensées. Si, maintenant, ces attaques se reproduisent régulièrement c'est que l'émotion se reproduit. Ces nouvelles émotions elles-mêmes n'existent pas sans raison; il faut pour les faire renaître que l'état primitif psycho-physiologique se reproduise. Dire que l'émotion recommence précisément la même, c'est dire qu'un ensemble de pensées, d'états psychologiques se reproduisent et se développent régulièrement, clest d'ailleurs ce qui se manifeste très bien dans ces rêveries qu'elle exprime tout
■128 LES IDKRS FIXES DE FOllME HYSTÉRIQUE
haut. Sii|)|)osez cjnc ccttr inalado garde 1<> souvenir de ces paroles et vous n'hesilerez pas h dire fpu- c'est un(> obsédée (jui s'absorbe dans son i(b'e fixe. lei encore il m- man(|ue ;i l'idée fixe (|u'um caractère, c'est la conscience peisoniielle.
Obseuvatiox V (suite). — Vous vous souvenez cjuc nous n'avons pu retrouver chez Maria le souvenir de ses impulsions dipsomaniaipies, ni les rêves qui remplissaient ses extases. Pour comprendre ces crises singulières, il faut d'abord remonter à leur début. Maria, fille et petite-fdle d'alcooliques, était dès son enlance très nerveuse ; ;i (juinze ans, à la suite d'une colère violente de son père, elle eut sa première attaque convulsive. C'était une (iliaque d'hyslèrie indiscutable, qui se reproduisit ensuite très fré- (piemment. Pendant quatre ans au moins, ces attaques conservèrent leur caractère purement hystérique : aura, sensation de boule, convulsions, cris, arc de cercle et sommeil assez prolongé après l'attaque, tout était fort simple et régulier. Quand la malade eut l'âge de dix-neuf ans, on s'aperçut d'un détail singulier de ses attaques; elle interrompait ses convulsions pour jouer avec un verre qu'elle cachait sous son lit; au réveil, elle n'avait aucun souvenir de ce petit fait et restait bien surprise quand on lui montrait le verre. Cependant, dans l'attaque suivante, elle recommençait et entrait en fureur quand on voulait lui retirer son verre. Un peu plus tard, à la même période de l'attaque, on la vit jouer avec une bouteille de cassis qu'elle avait prise et se mettre à boire. Puis, ceiiii période de raitcique pendant laquelle la malade hucait se développa au détiimenl des périodes convulsives, et à l'âge de viiigt-([uatre ans, l'attacjue dipsomaniaque se présentait de la manière suivante: Maria, fatiguée et angoissée, avait encore nettenu nt la sensation de la boule, puis survenaient quelques secousses dans les membres et ([uelquefois même (je les ai vues une fois) quelques convulsions. Mais la malade se relevait aussitôt, la figure sombre, les yeux fixes, et cherchait à sortir; si elle le pouvait, elle allait dans tous les cabarets et buvait tout ce ([u'elle trouvait, surtout de l'éther, pendant plusieurs jours. Knfin, elle tombait endormie d'un sommeil (jue j'avais pris au début pour le sommeil de l'ivresse, (;t qui était sui tout un sommeil hvstérique analogue il celui (jui suivait ses premières crises. Une fois, ce sommeil s'est prolonge huit jours. Enfin, elle se réveillait avec l'oubli absolu de tout ce qui avait suivi l'aura. Voilà bien une dipsomanie kyste-
IDÉES FIXES SUBCONCIENTES 229
rinue, au moins par son évolution. \e peut-on pas dire qu'il s'agit d'une idée fixe, développée par une sug-gestion due au spectacle des ivresses paternelles, pendant un somnambulisme hystérique?
Nous le comprendrons encore mieux si nous interrogeons la malade dans un de ces états si faciles h reproduire chez elle. Pendant le somnambulisme, elle retrouve, comme la plupait des hystériques, tous les souvenirs de son attaque. Elle se souvient des rues où elle a passé, de la façon dont elle a perdu son argent en le jetant place de la Bastille, des cabarets où elle a bu de l'absinthe, des pharmaciens qui lui ont donné de l'éther, etc., elle se souvient surtout des idées qui l'obsédaient, elle décrit son besoin impérieux de boire, la pensée que « boire était bon pour elle, qu'elle mourrait si elle ne buvait pas, etc. )). Elle se souvient même cjue, dans ses premières crises, elle pensait constamment à son père, le marchand de vins ivrogne, et qu'elle cherchait à l'imiter. Voici l'idée fixe qui s'exprime et qui s'explique complètement tandis qu'elle restait précédemment tout h fait subconsciente. N'oubliez pas que dans ce cas il s'agit de dipsomanie, c'est-à-dire d'un phénomène connu et rangé par tous les auteurs dans le groupe des impulsions. Elle se développe ici dans un état second, un sommeil ou mieux un somnambulisme qui ne laisse au sujet aucune conscience de l'impulsion et qui supprime la résistance et l'angoisse.
Pendant que Maria est endormie, interrogeons-la aussi, car cela est curieux, sur les pensées qu'elle avait pendant les crises d'extase que je vous ai décrites. Elle s'interrogeait elle-même, nous dit-elle avec précision, sur l'objet qu'elle avait fixé et surtout sur sa fabrication. « Qu'est-ce donc qu'un ressort à boudin ? Comment est-ce fait? Ils sont bien malins les ouvriers qui font ces ressorts, etc. » Ou bien elle s'interrogeait sur un objet naturel. « Comment donc les arbres font-ils pour pousser? Comment font-ils pour être si verts? « Vous reconnaissez bien ces formules, elles sont classiques. C'est bien là le délire du doute, ou mieux le délire de l'interrogation^ le î:;riibelsiicht. Mais il se présente ici d'une manière toute particulière, il est subconscient : la malade éveillée n'en a aucunement le souvenir et elle ne le retrouve qu'en somnambulisme. 11 est facile de vérifier en assistant au phénomène, que l'interrogation commence pendant la veille au moment où la malade fixe un objet qui la frappe et qu'au début elle est consciente. Ce n'est que peu à peu que la malade s'absorbe dans une
230 LKS IDKKS KIXKS l)K FOUME inSTKKlQUE
sorte (I <'xt;ist> (l(''((>riniiHM' ii la fois par la latioin» ci par le rétréclssiMuenl de la conscience sur un seul point et qu'elle perd tout à fait la conscience et la mémoire personnelles de son obsession. Sans insister davanlag'e dans cette revue rapide, voici donc une malade qui présente de la dipsoimtnie et du délire du doute d'une façon suhconsriente et sous une forme nettement luistrrique.
Observation IV (suite). — Je n'ajoute que peu de mots à l'observation de l'incontinence nocturne, et je vous la présente seulement pour vous montrer de quelle façon curieuse se manifestent chez elle le souvenir des rêves. Je vous ai dit que par aucun procédé je n'avais pu retrouver la mémoire des rêves qui déterminent l'incontinence. En somnambulisme même, au moins au début de mes recherches, cette malade ne s'en souvenait que d'une manière incomplète. Mais j'ai remarqué que la malade pouvait présenter de l'écriture automatique à la façon des médiums spirites. Cette écriture, dont elle ne se rend pas compte, nous a fourni le récit des rêves et de la miction nocturne. Fait singulier, elle ne rêve pas à uriner, elle ne rentre pas tout à fait dans la catégorie des malades décrites par Jules Janet; elle a simplement des cauchemars, des rêves émotionnels. Elle rêve, par exemple, que son petit chien se fait écraser par un train qui passe, que des cheminées lui tombent sur la tête, et au moment de la plus forte émotion, elle urine. Ce n'est donc pas tout à fait une malade ayant subconsciemment une seule et unique idée fixe bien nette. Cet exemple nous montre seulement comment un accident physique comme l'incontinence peut être le résultat de rêves absolument oubliés au réveil, de phénomènes uniquement subconscients.
Tous ces accidents que je vous avais présentés étaient donc bien déterminés par des idées, malgré l'assurance des malades à nier toute idée obsédante. Seulement ces pensées, qui tlans certains cas avaient été conscientes au début, avaient peu à peu cessé d'être connues par le sujet. Elles ne se manifestaient plus que dans des rêves ou dans des états somnambuliques et restaient au-dessous du seuil de la conscience, comme sont les sensationsdans l'anestliésie hystérique.