‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 74 sur 326 · Ferrier, Case ol" allochiria. Biuin, 1882, p · texte numérisé non relu

Ferrier, Case ol" allochiria. Biuin, 1882, p

252 UN CAS D'Al.LOCIIUUK

Lasèguc, c'cst-ii-dirc ([irelle présonte des catalepsies partielles. Ces attitudes cat;depli(|iics peisisleiit dans le membre que l'on toiu'iie et ([lie Ton déplace et non dans l'autre.

11 en est encore de même pour les mouvements instinctifs et habituels (jui sont restés normaux. Je m'explique par un exemple: INI. vienl d'entrer, elle n'est aucunement prévenue queje l'observe et debout, penchée d'un côté, elle se débarrasse de son chapeau el de son nianleau. Ses jambes font des mouvements très corrects pour soutenir son corps en rapport avec la sensation (jue le sol donne à l'un ou l'autre pied, avec le poids inégal du corps penché d'un côté ou de l'autre. Ses mains, ('herchant à enlever le chapeau, sont toutes les deux levées au-dessus de la tête et tàtentd'un côté et de l'autre pour trouver les épingles. La main droite rencontre la tète d'une épingle et immédiatement la tire très correctement. Est-ce que le chapeau pourrait jamais être enlevé, si c'était la main gauche (jui tirait, quand c'est la droite qui trouve l'épingle? Je pense également qu'il en est ainsi chez la plupai't de ces malades, car, et c'est là une remarque qui n'a pas été assez faite, s'il en était autrement ils ne pourraient ni marcher, ni agir.

L'allochirie ne se manifeste donc chez M. qu'au moment où nous commençons à l'interroger, ou, ce qui revient au même, quand elle s'interroge elle-même. Ce caractère est maintenant bien .connu, je l'ai mis en évidence pour une foule de troubles hystériques. 11 indi({ue une perturbation des fonctions cérébrales les plus élevées (jui président à la conscience personnelle et h l'attention. Ces fondions peuvent être réunies dans un centre unique ou peuvent être disséminées et constituer le degré supérieur du fonctionnement de chaque centre cortical. Je n'ai pas h le rechercher maintenant, je constate seulement que ce sont des phénomènes distincts de la sensation et du mouvement élémentaires. C'est donc dans l'étude de ces fonctions supérieures qu'il faut rechercher l'interprétation de l'allochirie.

Les philosophes ne nous ont pas appris grand chose sur la distiiictioii (hi côté droit et du côté gauche. Il semble au premier abord (jue cette distinction soit facile et puisse se faire simplement par la vue, puisque dans une salle de dissection on reconnaît parfaitement au premier coup d'œil, même en les voyant isolés, un bias droit ou un bras gauche. Cependant, cela n'est pas tout il lait exact ; lélcve d'anatomie reconnaît un membre ou

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un OS en le mettant en position sur un sujet imaginaire qu'il place devant lui et il compare ensuite les membres de ce sujet aux siens propres qu'il connaît déjà. La distinction des deux côtés par la vue n'est donc que secondaire, elle permet seulement d'associer certains signes à une connaissance préalable des deux côtés de notre propre corps.

Comment faisons-nous cotte distinction des deux côtés de notre corps? Evidemment, nous avons recours dans certains cas pour distinguer nos deux côtés à un procédé analogue à celui qu'emploie notre sujet. Le bras droit est pour nous le bras qui remue le plus facilement, le bras qui tient la plume, le bras qui écrit. Cependant nous ne procédons pas comme M. et nous ne cherchons pas à écrire dans la rue pour distinguer les côtés. C'est que M. a besoin pour faire cette distinction d'exécuter réellement les mouvements, de les sentir et de les voir, tandis c[ue nous nous contentons de faire cet essai en imagination. Le bras droit est le bras que nous pouvons le plus facilement nous représenter en mouvement : nous apprécions la différence d'une représentation, tandis que M. apprécie seulement la différence d'un mouvement réel. Cette hypothèse, toute plausible qu'elle soit, ne me satisfait pas entièrement, car pour essayer, pour comparer la représentation de nos deux bras mis en mouvement, il faut déjà que les représentations de ces bras se distinguent par quelque chose.

Il faut donc supposer en second lieu qu'il y a une sensation particulière qui distingue les deux côtés. « Nous distinguons nous-mêmes notre droite de notre gauche, par un sentiment naturel et ces deux déterminations de notre propre étendue nous présentent bien alors une différence de qualité, c'est même pourquoi nous échouons à la définir' ». .le préciserai en rappelant les théories de Lotze et de Wundt sur les signes locaux, ces différentes nuances de la sensation qui varient suivant les régions du corps. « Noussommes donc amenés, disent-ils, à admettre une coloration locale des sensations tactiles, coloration ([ui se modifie continuellement sur toute la surface cutanée». Wundt va même plus loin et exprime certaines théories qui semblent s'appliquer par avance exactement au cas que nous décrivons : « Il faudra admettre, ditil, que dans les régions symétriques des deux parties du corps les signes locaux sont très analogues sinon identi([ues néanmoins,

I. Bergson, Données immédiates de la conscience. 1889, p. 9'.i. Paris, \\ .Vlcan.

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tra|)rrs l«^s disliiutions rérllcs ([lie nous pouvons faire, et d'après les dilVértMues île slnieture (|ui se présentent, malgré une analogie si yi amie, nous eoneluons (jue les signes locaux ont une certaine dilVcn'Mce ilanslcs paities symétriques et analogues '. » Cette difiV'ii'iicc (lépeiid. comme le dit ^Vundl, de bien des choses, de la structure des organ(>s périphériijues, de rcxcrcice différent des muscles, de la disposition même des conducteurs nerveux, de certaines difierences dans les centres auxquels ils aboutissent, mais en résumé elle doit exister. Mais il faut remarquer ausssi que cette différence entre les sensations fournies parles parties symétriques du corps ou, en abrégé, entre les sensations symétriques doil être faible, et en tous cas plus petite que la différence qui existe entre les signes locaux des autres sensations. En un mot, il y a plus de différence entre un signe local du bras et un de la jambe qu'entre les signes locaux des deux bras.

Ces remarques sont confirmées par tous ces phénomènes qui montrent une substitution facile des images psychologiques d'un membre aux images symétriques et que l'on observe dans les faits dits de transfert. Les phénomènes de transfert, que je ne puis aborder ici incidemment, ne peuvent se comprendre que par ces éludes sur les sensations, les images symétriques et leurs relations.

Un autre fait expérimental confirme ces notions. Dans les études sur le sens du lieu au moyen de l'œsthésiomètre on a cherché quelle était l'influence de l'exercice longtemps continué. Volkmann et après lui Dresslar ont constaté non seulement une augmentation de la finesse du sens du lieu dans la partie de la peau exercée, mais aussi une augmentation du même genre dans les parties svm<'-tri(jues, augmentation bien plus nette que celle qui peut se présenter dans les autres régions de la peau". Je ne crois pas que le fait puisse s'expliquer par des modifications périphériques, mais je pense, comme le disait très bien M. V. Henri, « que l'on s'est habitué à discerner avec beaucoup de précision des sensations ayant une qualité semblable, tandis que l'on ne s'est pas habitué dans la même mesure à analyser les sensations provenant des autres parties de la peau et qui sont de qualité bien difrérente. » Cela prouve encoie que les sensations symétriques

1. \N midi, l'syrliolo^io jiliysiolof^iquc, Irad. fr. Paris, F. Alcaii, II, 29.

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