Le problème de l'allochirie complète
Je suis beaucoup plus embarrassé pour interpréter l'allochirie complète qui joue également un rôle importantdans ce trouble de la localisation. Pourquoi donc, à de certains moments, le sujet localise-t-il toujours du côté opposé? Il est évident qu'il s'agit encore d'une anesthésique qui perçoit confusément les signes locaux, mais il est certain, d'autre part, qu'il y a à ce moment un certain progrès de la sensibilité, manifesté par divei'ses remarques et surtout par ce fait que M. distingue maintenant les deux côtés du corps. En efl'et, elle affirme toujours maintenant qu'il s'agit du côté droit ou du côté gauche, elle perçoit donc, à propos de la sensation, un certain signe local de latéralité. Comment se fait-il
•?:,S UN G\S D'AUDCIIIIUF
(|U(> ('(> sij^iif I(km1 soil loujoiirs laiix, ([n'il soit toujours celui du point svrn»''tri(|Ut' du côté opposé ?
M. Victor lleiiri, à propos du cas de Ferrier dans lc([uel les ré- (lexes étaient modifiés etdc ma première communication sur le cas de M. en 1 890, où l'on a vu signalées les erreurs dans les mouvements du bras droit et du bras gauche, remarque que certains troubles du mouvement accompagnent rallochirie et pourraient bien la déterminer. Pour ce (jui concerne le malade de Ferrier, il me semble avoir raison, des réflexes ne se produisant plus du côté impressionné, mais seulement du côté opposé, constituent un trouble grave et probablement primitif du mouvement et ce trouble peut très bien déterminer par un mécanisme qui reste h étudier l'allochirie sensorielle. Dans un cas signalé par M. Féré', une excitation él<>ctri(|uc forte faite du côté anesthésique déterminait un mouvement des deux côtés du corps, mais ce mouvement n'était apprécié par le sujet que du côté sensible, auquel les impressions étaient rapportées; M. Magnin rapporte également des faits semblal)les. Mais pour le cas de M. j'hésite à accepter cette interprétation. Les réflexes et les mouvements instinctifs, comme on vient de le voir, ne sont pas altérés en eux-mêmes, ils restent parfaitement corrects. Les mouvements altérés sont des mouvements volontaires, intelligents en rapport avec des sensations et des images, et il me semble plus vraisemblable de considérer leur altération comme secondaire à celle de la sensation même et des images.
Je crois qu'il ne faut pas chercher l'explication de cette localisation fausse dans un trouble réel des sensations et du mouvement mais plutôt dans un trouble de la perc(>ption et de l'imagiiKillon. Ce signe local faux (|ui détermine la localisation au côté opposé du corps n'est pas réellement senti par le sujet, il est imaginé. Il n'est pas une propriété de la sensation réellement éprouvée, c'est une image évoquée à propos de cette sensation et cette image est celle d'un signe local qui appartiendrait à la sensation symétri(jue. On peut dire pour préciser ma pensée que c'est là une sorte d'hallucination qui se reproduit régulièrement il pr(q)os de chacjue sensation. Comme toutes les hallucinations il point de repère, celle-ci dépend d'une association d'idées. Nous sommes ainsi amenés à chercher simplement lOrigine d une asso-
1. Ch. Fcrc, Comptes rendus de la Société de biologie, 21 janvier 1888.
LE l'ROBLKME DE L'AI.LOCHIRIE COMPLÈTE -2h<.\
ciatioii d'idées qui s'est établie entre les sensations symétriques ou plus précisément entre la sensation déterminée sur un point du corps et le signe local de la sensation symétrique.
Si l'on considère alors le trouble même de la perception et l'association fausse qui le constitue, M. Head paraît en donner une explication qui, dans certains cas, est plausible. « Si une réo^ion du corps, dit-il, est partiellement anesthésique, quand une région voisine, ou une région symétrique conserve sa sensibilité normale, le stimulus du point affecté dans la première région est rapporté à un point correspondant dans l'autre région. » Il cite des cas où un malade tabétique discerne mal les sensations du pied et les rapporte à un point situé plus haut sur la jambe et resté sensible. Dans un cas particulièrement curieux, la région du ventre audessous de l'ombilic est anesthési(jue, tandis que la peau au-dessus de l'ombilic est sensible. Une piqûre faite au-dessous de l'ombilic est rapportée à un point correspondant au-dessus, si bien qu'une série de piqûres faites en descendant verticalement audessous de l'ombilic apparaît comme une ligne de piqûres montant verticalement au-dessus de l'ombilic'. M. Head est disposé à appliquer la même explication à l'allochirie. Il y a peut-être quelque vérité dans cette explication : une image confuse peut éveiller une image analogue mais plus claire et c'est celle-ci qui persistera le plus nettement dans la conscience. On pourrait expliquer ainsi l'allochirie d'une hémianesthésique qui localiserait sur le côté le plus sensible les impressions faites sur le côté anesthésique. M. Magnin signale un fait qui semble de ce genre" : une malade dyschromatopsique de lœil gauche rapportait à l'a-il droit les impressions produites sur cet œil gauche. INIais il me paraît difficile d'appliquer cette théorie au cas présent où le degré de l'anesthésie est identique sur tout le corps et où surtout le phénomène de l'allochirie est réciproque. Non seulement la piqûre faite à droite paraît être ;» gauche, ce qui pourrait s'expliquer en disant que le côté gauche est plus sensible et a des représentations plus nettes que le côté droit, mais encore la piqûre faite à gauche l'instant suivant paraît être h droite, ce que la même théorie ne me paraît pas pouvoir expliquer.
11 me semble, comme je l'ai déjà exprimé autrefois, que I on