Accidents mt'iilnii.r des hyslt''ii<fiips
pressions: « Quand je regarde fixement un objet, dit-elle, le côté gauche m'apparaît plus clairement, mais le côté droit est mal vu parce qu il se dédouble, l'une des moitiés de t'otre figure est simple, l'autre est double-». On peut par une petite expérience préciser le lait : au milieu d'une ligne droite je mets une petite croix et à chaque extrémité une lettre A, B. Si la malade regarde fixement la croix centrale, d'un seul œil, de l'œil gauche elle voit la lettre A à gauche simple et la lettre B à droite double. Sur le périmètre on peut déterminer la partie du champ visuel où les objets sont doublés, c'est la partie interne pour l'anl gauche, la partie droite, il s'agit donc d'un tait assez bizarre et encore peu décrit, je crois, dune hémi-diplopie monoculaire.
Je ne sais trop si l'on pourrait expliquer par une modification du cristallin sous l'influence du spasme aceommodateur, cette illusion bizarre, mais je remarque surtout qu'elle nous présente, dans un svmptôme nettement hvstérique, ladiplopie monoculaire, des troubles limités à une moitié du champ visuel qui nous font penser à l'hémiopie.
Le même caractère, encore plus net, va se présenter à propos de deux autres phénomènes bien nettement hystériques, la micropsie et la macropsie. Ces deux phénomènes se présentent depuis fort longtemps chez notre malade ; pendant une période elle voit les objets trop grands, les gens sont si gros qu elle n'en peut voir (pie la tète, les feuilles d'arbre sont comme des serviettes, les objets deviennent ([uelquefois si gros qu'ils semblent éclater et en général, après cette illusion, quand les objets ont éclaté, le phénomène cesse; puis pendant d'autres périodes, elle verra les gens tout petits et loin, loin. Le spasme de l'accommodation qui produirait déjà la diplopie doit encore, d'après M. Parinaud, expliquer ces phénomènes. On me permettra de trouver 1 explication un peu vague, mais je ne puis aujourd'hui m'arrèter sur ce petit problème extrêmement intéressant, à mon avis, pour l'étude de la perception extérieure, je veux simplement insister sur un aspect nouveau que ces phénomènes ont pris chez cette personne depuis quelques mois. Ce n'est plus l'objet tout entier qui diminue ou grandit, cest un seul côté, toujours le droit, qui devient tout petit ou qui grandit démesurément pendant que l'autre paraît rester normal. Le fait se produit spontanément les deux yeux ouverts, il persiste quand on ferme Inùl droit et qu'elle regarde avec l'œil gauche
UN C\S Dlir.MI ANOl'SIK HYSTÉRIQUE
seul. C.'t'st clone, si je |)iiis iiiiisi dire, de V lièiiii-niivropsie et (lo Vliènii-iiKtcropsic /nonocn/z/ircs. Qiio se passe-l-il si Ton forme l'cvil iîiuielie el si on lorce la malade à reoarde]- avec Tœil droit seul. I.e résultai est varialde, ([U(d([uefois le phénomène persiste, mais celte fois c'esl le côlr i^anche du cham|) visuel cjui subit ces altérations, exactement comme nous le vovons aujourd'hui pour Ihémianopsie. Le plus souvent cependant il n'en est pas ainsi et le phénomène s'est étendu ;i tout le champ visuel de l'œil droit . Ce n'est plus que de la macropsie ou de la micropsie, totale pour tout le champ visuel telle qu'on l'observe d'ordinaire. Jamais je n'ai observé l'altération portant seulement sur la partie droite du chanij) visuel de l'œil droit, c'est-à-dire l'altération homonvme de celle qui existe dans l'œil gauche.
Le fait ne me paraît pas absolument isolé. Depuis que je recueille avec intérêt les observations de macropsie, j'ai l'habitude pour préciser l'observation de faire cette petite expérience. Sur un papier blanc je trace une petite raie noire AB ou un petit carré d'un centimètre de côté C ; je prie le malade de regarder attentivement cette figure et de suivre avec un crayon les limites telles qu'elles lui apparaissent. Je conserve ainsi dans certains cas nets comme un graphique de l'illusion. Dans une collection de dessins de ce genre je remarque les deux figures suivantes ([ue je vous
soumets. 11 s'agit de la même malade Ma. c[ui, vous le voyez, agrandit beaucoup plus les objets et en particulier cette ligne d'un côté p ... i i> I. • ,• • , r Que de l'autre (fig. 31). Dans la
riG. .ji. — A lî ligne prcsentce au sujet, L 1 v o /
figure dessinée par le sujet en essayant de figure 32vOUSVOVez même qu'elle suivre avec un crayon les contours appa- i ■ . • . ., • i il'
, j , ,. .i, " 11 arrive lamais a atteindre la li-
renls de la ligne Ali. J
mite du carré, limite qui en grandissant fuit toujours dans le même sens. Cette dernière observation et quelques autres me donnent à penser que des mouvements involontaires des yeux doivent jouer un rôle dans cette appréciation fausse des dimensions. On trouvera dans le second volume de cet ouvrage l'observation plus complète de Ma. et des sommeils hystériques qu'elle présente. Il sudil de noter ici qu'elle a peu d'anesthésies, elle ne présente que des plaques variables d'hypoesthésie disséminées à droite et à gauche. La vision est très altérée dans l'œil gauche dont l'acuité n'est que 1/3 et qui voit l(;s objets très confusément; la vue est beaucoup plus nette à
CARACTÈRES MOBILES DE L'HÉMIANOPSIE JTO
droite. L'acuité de l'œil droit est presque normale et le champ visuel n'est pas rétréci. Les dessins que je reproduis sont faits par la malade quand elle regarde avec l'œil droit seul. La malade ne peut faire ces dessins en regardant avec l'œil gauche, les lignes sont trop confuses. Le phénomène dépend surtout d'un spasme de l'accommodation, il disparaît quand l'objet est placé à 60 centimètres, au point pour lequel l'œil droit reste accommodé. J'insiste seulement ici sur l'irrégularité du grossissement de l'objet, plus considérable du coté droit que du côté gauche.
Ces discussions sont en dehors de notre problème actuel.
EiG. ;;,'. — A, carré présenté au sujet Ma. B, B' B" , etc., li^-ures dessinées par M;i, ea cherchant à suivre le côté droit de ce carré qui grandit et qui se déplace à droite
Nous ne pouvons que signaler les combinaisons bizarres de tous ces symptômes qui furent réalisées chez cette malade, l'association de la diplopie monoculaire avec la macropsie ou la micropsie. Justine eut, par exemple, un jour de Vliéini-macropsie et de riiémidiplopie monoculaires combinées; l'œil gauche seul étant ouvert, le côté droit des objets paraissait à la fois double et grand. Retenons surtout, comme je l'ai déjà fait remarquer, cette disposition de la malade à présenter des troubles hystériques localisés dans la moitié droite du champ visuel. Cela ne prouve pas sans doute que l'hémianopsie actuelle soit de nature hystérique, mais cela donne quelque vraisemblance à cette opinion.
4- — Caractère mobile et en apparence contradictoire de cette hémianopsie, persistance de la vision subconsciente.
Peut-on aller plus loin dans la démonstration? Oui, on pourrait
2S0 UN CAS h-m^MIANOI^SIK IIYSTftmOUE
rcchorchri' dans ce cas criiémiaiiopsic les deux caractères (jiie j'ai autrefois décrits comme essentiels dans les anesihésies hvstéri(|ues. Ces an(>stliésies, disons-nous, sont niohilcs et, au moins en apparence, ro/ilraf/tctoire.s. Kn premier lieu, les anesthésies disparaissent sous diUércntes influences, les attaques, les somnamhulismes, les suggestions, les efforts d'attention, etc. Ce premier caractère de la mobilité n'a pu être vérifié encore dans le cas présent : d'abord la malade n'a plus d'attaques et je n'ai pas l'intention de cherchera les faire réapparaître. Fille a, il est vrai, des somuainbulismes très faciles à provoquer, mais, par une lâcheuse circonstance, il m'est impossible de lui faire ouvrir les yeux en somnandjulisme : il faudrait pour obtenir ce résultat toute une éducatn)n qui ne serait pas sans inconvénients et dont les résultats au point de vue expérimental manqueraient de précision. Il est vrai que la malade est très suggestible et que cette hémianopsie, £1 elle est hystérique, doit disparaître par suggestion. C'est tout à fait mon avis, et je vous dirai même que je suis à peu près sur qu'il va en être ainsi très rapidement. C'est afin de pouvoir vous la présenter aujourd'hui que je n'ai pas fait de suggestions dans ce sens, ([ui ne tarderaient pas à modifier les phénomènes \
Quant au deuxième point, le caractère en apparence contradictoire de cette hémianopsie, c'est au contraire un fait essentiel dont l'importance me paraît ici tout à fait prépondérante. Vous
1. Le Iraitcmciit de cette liémiaiiopsie a été commencé aussitôt après la conférence cl il a confirmé pleinement nos hypotlièses. Le champ visuel, même du côté interne était moJjile et pouvait être déplacé par diverses causes d'ordre moral, l'altenlion, l'association des idées, la suggestion. Cette mobilité a permis d'obtenir la guérison en quelques jours. Cette guérison a été accompagnée de pliénomènes intéressants. La malade s'est plainte de souH'rances violentes dans la tète au moment oi!i se produisit cet élargissement du cliamp visuel. J'ai déjà insisté sur ses douleurs étranges qu'éprouvent plusieurs malades au moment où l'on triomphe de leurs idées fixes, au moment où i on modifie gravement leurs anesthésies ou leurs amnésies, c est-à-dire la répartition de leur activité cérébrale. Malheureusement je n'ai pas pu constater chez cette malade plus que chez les autres de localisations bien précises de cette douleur. Celle douleur semble chez cette malade siéger toujours dans la partie antérieure et médiane du crâne quel que soit le phénomène provoqué. Au moment où la vue gagnait en étendue, elle a semblé perdre son acuité : le champ visuel était plus grand, mais la vision était devenue plus trouble. C'est encore vm exemple de ces équivalences si curieuses qui se manifestent quand on déplace les phénomènes hystéricpics et qui sont le point de départ des transferts. Actuellement, Ihémianopsie a disparu, le rétrécissement concentrique du cham|) visuel persiste seul, car on ne peut supprimer ce dernier s>niplùme que dune façon momentanée.