CARACTÈRE MOBILE DE L'HÉMIANOPSIE
connaissez les travaux déjà anciens de Charcot etRégnard en 1878, de M. Parinaud en 1886 qui ont montré des faits bien embarrassants relatifs à l'achromatopsie hystérique. La sensation que les malades déclaraient ne pas percevoir se manifestait cependant par des sio-nes indubitables, par exemple une couleur rouge non perçue par le sujet lui faisait éprouver cependant une image consécutive verte. En 1886 et 1887, j'ai abordé moi-même l'étude de ces faits et j'ai montré que l'on pouvait donner au sujet des suggestions ayant pour point de repère une sensation déterminée du côté insensible et que la suggestion s'exécutait cependant très régulièrement ^ J'ai appliqué plus tard ce procédé à l'étude du rétrécissement du champ visuel et j'ai présenté ici même quelques-unes de ces expériences. Une hystérique dont le champ visuel était réduit à un point, à 5°, s'endormait immédiatement dès que mon doigt qui servait de signal était sur le périmètre au dsgré 75'. Bien entendu, la contradiction présentée par ces observations n est qu'apparente : la sensation est supprimée pour la perception personnelle, elle persiste diminuée, et surtout incomplète d'une manière subconsciente.
C'est cette dernière expérience que je me propose de répéter pour déterminer définitivement la nature hystérique de l'hémianopsie de notre malade. Profitant de son extrême suggestibilité, j'ai suo-géré à cette malade pendant le somnambulisme deux choses: P elle doit lever le bras malgré elle, quand je lui pince la main ; 2° elle doit également lever la main quand elle voit un papier sur mon front. C'est là une suggestion à point de repère qui s'exécutera comme vous le savez par le mécanisme de l'association des idées, au moment où la sensation tactile du pincement, la sensation visuelle du papier sur mon front existera d'une manière quelconque dans l'esprit de la malade.
Eh bien, je lui pince la main droite, la main anesthésique comme vous savez, et le bras se lève brusquement. Quoique la malade déclare n'avoir rien senti ni de la sensation, ni du mouvement, ce qui s'explique par son anesthésie tactile et musculaire; nous pensons cependant que cet acte subconscient a dû être déterminé par une sensation également subconsciente. La persistance de cette sensation, malgré l'anesthésie apparente de la main
1. Vncslhéslc cl dissociation. Ro^'ue philosuphuiuc, 1887, I, 467.