‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 9 sur 326 · ÉVOLUTION DE LA M AL VOIE · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION DE LA M AL VOIE

CTens qui devaient me tuer et je voulais me tuer moi-même! » Les anciennes hallucinations ont complètement disparu ; l'idée de suicide semblait être la plus profondes des idées Hxes, derrière laquelle il ne s'en trouve pas d'autres. Les mouvements ont ésjalement fait des pro^rrès énormes, bien que je note encore dans certains actes une indécision des mouvements, quand il s'ao^it du bras droit. La perception des objets est bien meilleure sans être parfaite: il n'y a plus de trouble dans les perceptions auditives : il n'y a plus de doute sérieux dans la perception visuelle des objets extérieurs. Mais il y a encore une faiblesse, une impuissance caractéristique à comprendre la lecture: « Cela ne peut pas encore m'entrer dans la tète ". Les souvenirs sont aussi plus nets, et surtout ils demeurent plus stables : ils s'augmentent des événements appris chaque jour. Enfin, un acte qu'elle vient de faire, nous parait de bon aufifure. Comme elle reprenait sou travail accoutumé au crochet, je me suis moqué de son éternelle dentelle, toujours la même, et je lui ai dit d'aller chercher un modèle, et de se mettre à en faire une autre. J'ai été bien surpris de voir, les jours suivants, qu'elle m'avait obéi: non seulement elle a réussi à copier un dessin nouveau et compliqué, mais elle est parvenue à lapprendre et peut maintenant le faire de mémoire. Ce n'est rien, dira-t-on ; à mon avis, c'est beaucoup: suivant que cette faculté de percevoir les choses nouvelles et de s'v adapter assez pour fonder des souvenirs et des habitudes, se développera ou s'arrêtera, la malade sera guérie ou retombera dans son aboulie et ses idées fixes.

L'avenir de cette malade est en effet bien incertain. La plupart des auteurs qui ont décrit cette maladie, la considèrent comme essentiellement périodique. L'amélioration de Marcelle, qui dure déjà depuis un certain temps, ne serait qu'une de ces interruptions dont parle Legrand du SauUe et la maladie devrait naturellement et spontanément recommencer. Nous ne pouvons certainement avoir une opinion arrêtée sur cette question qui demande une longue expérience, mais nous crovons que les rechutes signalées par Legrand du Saulle pourraient peut-être s'expliquer autrement. Marcelle semble guérie, mais je sais qu elle ç^arde en réalité un esprit extraordinairement faible. Elle est encore hypnotisable et suggestible au plus haut point, comme elle l'était d'ailleurs le premier jour que je l'ai étudiée: c'est une conséquence nécessaire de sa faiblesse de pensée. Je puis, par un mot. provo«juer toutes

r.G UN CAS IVAIlOIMl- KT IVIDKI^S FIXES

les motlilications des mouvements ou des pensées. Elle conserve é<r;dement des actes subconscients et même l'écriture automaticiue (lui n'a pas disparu. (Il est vrai que cette écriture automatique déclare (jue Marcelle est parfaitement guérie et pour toujours ; je voudrais avoir la même confiance.) Certaines personnes, il est vrai, considèrent ces phénomènes, la suggestibilité et l'écriture des médiums, comme des choses tout à fait naturelles, peut-être même comme des (jualités d'un esprit solide. Nous ne pouvons partager cette opinion, et nous considérons ces deux caractères comme les si<Tnes d'une faiblesse persistante et fort dangereuse. Sans doute, je prends bien toutes les précautions possibles pour endiguer cette sun-crestibilité et pour empêcher Marcelle de subir les suggestions du premier venu, mais je crois ces précautions assez illusoires. Quand cette personne va retourner chez elle, ce qui arrivera bientôt, elle aura besoin de très grands efforts de pensée pour s'adapter à une situation qu'elle n'occupe plus depuis des années. Il est certain qu'elle en éprouvera une grande fatigue et que sa puissance de perception va encore baisser. Elle sera alors à la merci de toutes les émotions, de toutes les paroles, de tous les spectacles un peu frappants qu'elle pourra percevoir. Et je ne serai pas surpris que cette personne ne revînt de nouveau, avec une idée fixe, une émotion persistante quelconque qui ramènerait des accidents du même genre. La maladie n'est peut-être pas périodique par elle-même et fatalement, mais elle laisse les sujets pendant longtemps dans un état mental qui les prédispose aux rechutes. Une idée de ce genre a déjà été exprimée par M. Magnan, à propos des folies périodiques; elle nous paraît surtout vraie pour le délire du doute et les idées fixes. Marcelle ne serait donc pas fatalement condamnée à retomber dans son délire, mais elle aura besoin, pendant longtemps, d'exercices déterminés, d'une véritable hygiène morale, et d'une foule de précautions pour protéger un esprit dont le caractère principal est la fragilité \

1. Colle inalnrJc a prôscnln, en cfTct, pondant quoique temps un peu de faiblesse de volonlé cl d allcntion, mais sans grands accideiils. Elle a quitté Ihùpilal cl j'ai appris qu'après èlre restée un an sans rechutes, elle s est, mariée. Malheureusement je n ai plus eu de ses nouvelles depuis celte épocjue ; il est cependant probable que celte amélioralion considérable s est mainlenue, car celte jeune femme aurait clé ramonée dans le service de M. J. l'^alrol, si elle avait présenté de nouveau des symptômes graves.

Conclusion.

Notre étude, sur uuc malade atteinte d'aboulie et d'idées fixes, est encore bien incomplète et bien modeste. Nous n'avons pas essayé d'approfondir notre travail au moyen des hautes mathématiques, ou par des appareils d'une précision souvent trompeuse. La psychologie ne nous paraît pas assez avancée pour être susceptible de ces mesures; la nature générale des phénomènes, leurs mille variations, leurs conditions changeantes ne sont pas assez connues pour que l'on se vante de mesurer un de ces faits Isolé des autres. Il est inutile et même dangereux de prendre un microscope pour faire de la grosse anatomie, on s'expose à ne pas savoir ce que l'on regarde. Pour nous, la psychologie expérimentale est encore beaucoup plus simple: elle consiste avant tout à bien connaître son sujet, dans sa vie, dans son tempérament, dans son caractère, dans ses idées, etc., et à être convaincu qu'on ne le connaît jamais assez. Il faut ensuite mettre cette personne dans des circonstances simples et déterminées, et noter exactement ce qu'elle fera et ce qu'elle dira. Examiner les actes et les paroles, voilà encore le meilleur moyen de connaître un homme, et nous ne trouvons ni inutile ni fastidieux d'écrire mot à mot les divagations d'une aliénée. Cette méthode nous a permis de revoir ou de découvrir, chez la malade que nous avons étudiée, bien des choses qui ne sont pas sans intérêt pour la psychologie pathologique. Nous les résumerons ainsi :

1° Les symptômes présentés par notre malade peuvent être rangés en deux catégories: des phénomènes épisodiques variables, que le traitement peut facilement modifier, et des phénomènes plus profonds, constants et qui ne se modifient que très difficilement.

2° Les phénomènes qui nous semblent accessoires sont les idées fixes et les impulsions. Tout h fait analogues à des suoirestions hypnotiques, ces idées fixes prennent leur origine dans une émotion, dans un incident quelconque qui a un moment frappé l'esprit de la malade; elles peuvent se développer jusqu'à envahir complètement la conscience, et paraître un moment la maladie principale ; elles peuvent varier, disparaître sous diflerentes influences: les émotious, les crises ou le traitement hypnotique.

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;{" Il \ ;i, ;iil dessous de ces idt'cs, lin cliil |>S\ clKtlnniiiiU' |)eriiiiiiMMil (jui (•.\|)li(jii»' pirciséiueiit c-ctli' sii<r<>oslll)ililé. Col état se nianlleslc par rahoiilio, l'amiiésie coiiliiuio, les troubles variés de la pereeplioii ; il eoiistitiie le fond de la maladie. C'est lui (jui a ai)|)ariil(' premier, (pii a rendu |)()ssibles les idées fixes, qui subsiste au-dessous d'elles, el ([ui nialheurcusemcut semble persister eiuM)re eu «rrauile partie après la guérisou de eelles-ei.

1*^ Si on ehereiie ;i déterminer avee plus de préeisiou la nature de ee « fonds maladif», on V()it ([u'il se rapproelu; beaueoup de cette faiblesse mentale que nous avons décrite autrefois chez les hystériques sous le nom île « désagrégation psychologique avec rétrécissement du champ de la conscience », mais il en diffère par plusieurs caractères qu'il n'a pas été possible d'étudier ici en délail. Nous avons seulement montré qu'il consiste essentiellement dans un allaiblissenient de la faculté de synihèse qui doit, à eha({ue moment de la vie, coordonner d'une manière nouvelle nos sensations el nos images. Il est inutile d insister sur celte proposition troj) évidenle, c'est que cet élat psychologi([ue dépend d'un étal cérébral particulier déterminé par l'hérédité et probablement aussi par la fièvre typhoïde. On peut désigner cet élat par les mots d'épuisement, d'engourdissement, de sommeil: tant (jue l'histologie ou la ehimi(> ne nous auront pas instruits davantage sur la nature de cette modification cérébrale, ces mots sont à nos veux fort vagues et ne sont guère que des traductions des phénomènes psychologiques observés.

.")" 1/étuile de cet afTaiblisscment nous a permis de passer en revue bien des choses qui sont intéressantes pour le psychologue: l'importance de la nouveauté des actes pour la volonté, le rôle de cette volonté dans les perceptions en apparence les plus simples, la lu'cessité de la synthèse volontaire pour fonder des habitudes el des souvenirs, le rapport entre le doute et le défaut de percepti(tn, le développement de diverses hallucinations. Nous croyons donc (jue celte élude, bien (ju'étroite et limitée à une seule personne, n'est pas inutile pour la psychologie. Nous remercions M. le D' l'airel ([ui nous a autorisé ;i la faire et «pii, avec tant de bieuveilhinee, nous a peimis de |)ro(iter do son enseignement sur les maladies mentales.

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