LES SPASMES DES MUSCLES DU TRONC
gulicrc, elle devint enceinte réellement et menn à bien cette nouvelle grossesse, mais les mouvements de l'abdomen persistèrent pendant la grossesse et après l'accouchement. Actuellement, quatre ans après la grossesse nerveuse, elle a ces mouvements tout aussi violents qu'au début : le ventre remonte brusquement vers Testoniac par une contraction brusque des muscles droits. Ces saccades régulières qui se répètent une dizaine de fois par minute sont interrompues de temps en temps par une torsion latérale du ventre qui est déplacé d'un côté ou de l'autre par un spasme des muscles obliques. Ces spasmes sont assez simples car ils semblent limités à la paroi abdominale sans participation du diaphragme. 11 n'en est pas de même dans le cas suivant beaucoup plus complexe.
Observation XIII. — Une femme de 32 ans, La., est atteinte depuis trois ans d'un tic de la respiration qui consiste h imiter avec ses lèvres le hennissement du cheval et d'un tic bien plus étrange qui consiste dans un mouvement particulier de la paroi abdominale.
Le père qui était gravement alcoolique est mort phtisique, les autres parents ne présentent pas de tares nerveuses. L'enfance et la jeunesse paraissent avoir été normales quoique l'enfant fût très émotive. Mariée de bonne heure, à 17 ans, elle n'eut jamais d'enfants, ce qui détermina beaucoup dennuis et de tristesses. Le premier incident notable se place vers 20 ans, La. s'aperçut qu'elle perdait ses cheveux, je n'ai pu relever aucun signe de syphilis et ne sais à quoi attribuer cette chute des cheveux qui fut, paraît-il, assez grave. La. s'en inquiéta énormément, devint triste, refusa de manger, et ne se rétablit que d'une manière incomplète, quand une dizaine de mois plus tard les cheveux repoussèrent. A l'âge de 25 ans, à la suite de grandes fatigues et de mauvaises affaires commerciales, l'anorexie recommença. Elle se crut mourante, fit son testament, s'imposa à elle-même des remèdes bizarres, refusa toute alimentation raisonnable et tomba dans un profond dépérissement. A la suite d'une hémorragie nasale, elle prétendit se sentir étouffée et gênée à lestomac et commença à faire entendre continuellement de petits cris. A la suite de la visite dun médecin qui l'avait vivement menacée, elle renonça à la diète qu'elle s'était imposée et tomba immédiatement, comme cela arrive souvent, dans l'excès opposé. La. se mit à manger énormément et à tout moment. Elle se plaignait de souffrir constamment dans l'estomac
MUSCLES DU TUONC CIIF.Z LES IIVSTÉUIOUES
qui n'était pas rassasié. U y avait, disait-elle, (iucl([ue chose qui la serrait à resloiuac, une barre dure, et quelque chose qui la orattail. (ini renuiail en dedans. « C'est comme une bête, logée en dedans, ([ui remue, (|ui dévore tout ce que je mange, c'est d'ailleurs pour cela que la nourriture ne me profite pas. » Ce mouvement du ventre dont elle se plaignait était d'ailleurs visible et consistait en mouvements de resserrement et d'extension, en ondulations de la paroi abdominale. Son père mourut à ce moment, elle éprouva également des pertes d'argent, qui augmentèrent sa tristesse, son hypocondrie, et ces deux symptômes, les petits cris et le mouvement du ventre, s'aggravèrent énormément.
FiG. 3fl. — Spasme des muscles abdominaux et du diaphragme clioz La. A, état normaU B aspect de l'abdomen au moment du spasme, l'abdomen se creuse, la peau fait un pli très accentué à la limite inférieure dos fausses côtes, Tombilie est fortement remonté.
Les petits cris sont devenus plus bruyants, ils consistent en un soufTle brusque au travers des lèvres à demi serrées et imitent maintenant assez bien le hennissement du cheval. Tant que ces hennissements se font entendre assez régulièrement, 3 ou 4 fois par minute, le ventre reste calme. Si les hennissements s'arrêtent, c'est que l'autre tic se produit et que le ventre se met en branle.
Rien n'est plus curieux que ce mouvement du ventre que je ne peux mieux exprimer qu'en disant que la malade
seinhle avaler son ventre. Je n'ai malheureusement pas pu conserver de photographies de cette malade, mais j'en ai pris un croquis que je demande la permission de reproduire malgré son imperfection (fig. 39). Le ventre est d'abord normal en A, assez gros et assez fortement proéminent, puis tout d'un coup en B on voit se creuser une dépression à la limite des fausses cotes et de l'appendice xvphoïde, le pli se creuse et toute la paroi abdominale semble rentrer et disparaître dans cette ouverture, le ventre devient plat et creux, la peau est tendue et tirée en haut, l'ombilic énormément déplacé arrive près des côtes. C'est au moment où l'ombilic semble devoir disparaître, devoir être avalé lui aussi que le ventre ressort lentement de cette dépression, se gonfle et reprend sa forme primitive. Ce manège s'opère régulièrement 10 à 12 fois par minute. Si on appuie sur l'épigastre, il cesse ; mais aussitôt le hennissement reprend ; si ou cesse la pression, le hennissement s'arrête et le mouvement du ventre recommence. Tout cela ne cesse définitivement que la nuit, pendant le sommeil profond. Une légère hvpoesthésie siégeant surtout sur le thorax et les bras et non sur l'épigastre et l'abdomen dont la sensibilité cutanée est restée normale, un certain degré de rétrécissement du champ visuel, des mouvements subconscients faciles à déterminer, des tremblements, quelques petites attaques complètent ce tableau de spasme hvstérique de l'abdomen.
Ces accidents, quand ils sont sérieux, sont d'ordinaire plus facilement diagnostiqués que les contractures précédentes : ils déterminent des mouvements qui sont plus visibles et surtout mieux sentis et mieux décrits par les malades. Dans certains cas cependant il y aura lieu de les soupçonner et de les rechercher pour expliquer divers troubles viscéraux.
Les paralysies complètes des muscles du tronc sont beaucoup plus rares que les contractures et je n'en ai recueilli qu'une observation bien nette' mais elle est très remarquable et elle nous pro-
1. ^ oir dans le deu\i("'inc voliiinc île cet ouvrage une obscrvalioii de paralvsie unilatérale des muscles du tronc, cas de Iv. cliap. sur les contraclures.
Ml SCl.ES Dl T!lO^^, CllKZ l,ES IlVSTKniOLiES
nosc ((iit'hjiii's jnohli'iiu's physiologiques fort curieux qu'il u'est pas facile de résoudre complètement.
Onsr.uvATiox XIV. — Juliette, jeune fdle de 1 i ans à peine, estapportce à l'hôpital dans le service de M. Raymond, sur un brancard, car clU^ est absolument incapable non seulement de marcher, mais même de se tenir assise, de remuer son corps le moiiis du monde. Elle a uncobcsité surprenante etscmble une lourde masse de graisse
FiG. 4(1. — l'iiolo-jinpliic (le Julicllc .îgL'c de I 'i ans. P.iralysie dos muscles du tronc et obésité
airalée sur un lit. La photographie faite par M. Londe nous représente assez bien Taspcct de la malade ;i son entrée et laisse comprendre combien il est diUicile de la transporter (fig. 40). Or les parents nous affirment qu'il y a six mois à peine cette enfant était maigre et svelle, qu'elle pouvait remuer et courir. Voici dans quelles circonstances s'est effectué ce changement.
La lamdh' présente des tares nerveuses, le père et le grand-père