LES PARALYSIES DES MUSCM.ES DU TUONC
Si la face, les bras, les jambes ne sont pas réellement paralysés, il n'en est pas de même du tronc. Les mouvements du cou sont déjà très insuffisants : la malade ne peut qu'effectuer des mouvements de latéralité, tourner la tète d'un côté ou de l'autre, il lui est impossible d'abaisser la tête quand elle est couchée ou de la relever quand elle est tenue debout. La tête pend en avant ou en arrière absolument inerte. Il en est de même pour le tronc qui ne peut absolument exécuter aucun mcuivement. La malade ne peut se soulever ni se retourner ; il est bien difficile de l'asseoir, et malgré des appuis elle ne peut garder cette position, car elle roule d'un côté ou de l'autre. Ce n'est qu'en s'accrochant avec les bras, qui, comme on l'a vu, ont conservé le mouvement, qu'elle peut se déplacer un peu ou aider les personnes qui la déplacent. Enfin elle ne peut effectuer aucun des mouvements volontaires du thorax ou de l'abdomen, ni arrêter sa respiration qui, comme on le verra, a des caractères tout pai'ticuliers, ni contracter ou gonfler son abdomen. Seuls les mouvements qui persistent sont les mouvements respiratoires ; il est vrai que ceux-ci s'exécutent avec uneviolenceet une rapidité extraordinaire, le thorax est violemment soulevé par chaque inspiration, la secousse gagne même les épaules, et ces mouvements violents se répètent de 90 à 110 fois par minute; c'est une polypnée intense dont nous aurons à étudier les caractères. Rn dehors de ces mouvements on constate en résumé une paralysie complète de presque tous les muscles du tronc.
Cette paralysie en rapport avec les attaques et les chorées précédentes, s'accompagne encore maintenant de stigmates hystériques; il existe sur tout le corps une analgésie très marquée avec dissociation dite syringo-myélique, sur la main gauche Juliette sent les contacts légers mais ne perçoit ni les piqûres, ni les brûlures. L'anesthésie proprement dite et complète a des limites variables, tantôt elle forme des plaques irrégulières siégeant surtout
Fio. 41. — Répartition ilc la sensibiliié cutanée chez Juliette pendant d'assez longues périodes de la maladie. Celte répartition est chez cette malade extrêmement variable.
HHH aneslliésie.
■- hypoesthésie plus accentuée aux extrémités.
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;ni nivtMii îles iiilicnhitions, tiintùt ri plus soiivoiil elle s'étend sur toute l;i moitié droite du coi|)s. Cette lienii;in(;slli(''sie droite a ici un caraetère intéressnul, <dl(> dépasse partout uolahlenieut la ligne médiane et elle s'étend surtout sur l'abdoincMi presque entier (fiff. 41). Si on ajoute que le sens du goût est très afTaibli, qu'il y a un rétrécissement notable du champ visuel et que la malade est hvpnotisahle, ou nauia pas d'hésitation ;i reconnaître le caractère hystéri(pH> de ces paralysies. Mais il n'en reste pas moins beaucoup de pr<»blèmes ;i étudier sur leurs résultats et leurs mécanismes.
4. - Troubles des fonctions digestives et respiratoires déterminés par les contractures et les spasmes.
Il est facile de remarquer dans toutes les observations précédentes (|ue plusieurs fonctions physiologiques sont, comme on pouvait le prévoir, gravement altérées par ces contractures. 11 est évident (jue la station verticale, la marche, les divers exercices (pii exigent des mouvements du corps sont tout à fait troublés, quand les malades se tiennent constamment penchées de côté ou en avant comme Gk. ou No. Mais il en est de même quand la contracture est assez symétrique pour ne pas se manifester d'une façon aussi grossière. Go., M., marchent h petits pas toutes raides comme empalées, elles peuvent diflieilement se tourner, ramasser un objet, travailler. (>ette même gêne est produite par une contracture beaucoup plus limitée, siégeant par exemple sur un muscle intercostal, et ces douleurs vives qui arrêtent les malades au moindre efloit n'ont souvent pas d'autre origine. On sait combien une douleur persistante peut contribuer à la suppression ou à l'arrêt du mouvement. Mœbius a décrit sous le nom tVa/iinesia aJgera l'état de ces malades (jui évitent de faire un mouvement de peur de souffrir. Le fait est très fréquent chez les hystériques, et de véritables paralysies psychiques peuvent survenir à la suite d'une de ces petites contractures négligée et persistante. Les paralysies bysl(ii(|ues, comme on sait, sont loin d'avoir toujours le même mécanisme, ;i côté des paialysies par émotion persistante, des paralysies par amnésie des images motrices en rapport avec l'exagération de lancsthésie et de l'amyosthénie * se placent
1. P. .lanft. Arrideiils nifithiu.r des Instciiques, 189'i. p. 125.
TROUBLES DES FONCTIONS DUiESTIVES ET RESPlll VTOIHF.S 3l!i
ces paralysies par crainte de la douleiir, souvent en rapport avec une petite contracture partielle. Il est inutile d'insister sur la ffèue que déterminent les spasmes bizari'es du ventre tels que ceux de Dr. et de La.
En dehors du mouvement proprement dit nous trouvons plusieurs fonctions également altérées. On a vu que chez M. et Go. la miction est soit supprimée, soit rendue très dilHcile. Le cas se complique chez M. par une contracture du sphincter vésical qui résiste à la sonde. ]NLùs il n'y a pas de semblable complication chez Go. cjui évidemment n'arrive plus à uriner parce quelle ne peut que difficilement contracter sa paroi abdominale et parce qu'elle recule indéfiniment le moment de la miction par la crainte de la douleur causée par ces contractions.
Il est probable, et l'étude que je fais actuellement d'un cas intéressant, semble le confirmer que ces contractures des muscles du tronc et des muscles des viscères gênent la fonction nîenstruelle et peuvent être pour quelque chose dans la dysménorrhée de ces malades. Mais il est évident que deux fonctions surtout sont altérées par ce phénomène, la digestion et la respiration.
Toutes ces malades mangent difficilement et digèrent mal. Chez Co. les troubles gastriques, l'état saburral ont commencé subitement en même temps que les contractures. On voit toujours 1 augmentation de celles-ci coïncider avec une aggravation des troubles gastriques. La plupart des autres malades ont des vomissements qui, chez M., prouvent un caractère tout à fait inquiétant. Chez une autre jeune femme, Gu., dont je n'ai pas rapporté l'observation trop semblable aux précédentes, une forte contracture des muscles du tronc et des muscles de l'estomac survenue subitement après une émotion (elle avait été renvoyée de son atelier et perdait son gagne-pain) a été accompagnée par des vomissements de sanor.
Ceux-ci, malgré tous les soins, se sont prolongés jusqu'au moment où, par le massage prati([ué pendant l'état somnambulique, on a fait céder la contracture abdominale et la contracture de l'estomac; depuis ils n'ont plus reparu. La relation des vomissements et des hématémèses avec ces contractures est dans ce cas bien visible. Elle apparaît également dans les autres. En effet, on verra que le plus souvent on peut, par divers procédés, faire disparaître ces contractures au moins pour un certain temps. 11 est
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fncilc do CDiistalcr iiniuédiateniciit une ainélioralioii considérable de la tligostion; par cxrmplo, des que les muscles du tronc ne sont plus ainsi ininiohilisés on contraction, M. cesse de vomir. Sans douto, il V a pour- oos vomissements d'autres facteurs que j'espère étudier plus tard, i<> n oublie pas los contractures viscérales, de l'œsophago, du cardia, do lostoniac, du pylore, collos do rintestin si bien étudiées réceninient j)ar M. J. Ciooflrov ' ot dont j'ai bien souvent constaté la présonooon mémo temps que colle dos contractures dos muscles du tronc; il faut probablement tenir compte égalomont des anesthésies, comme l'a montré M. Jules Janet, il y a déjà plusieurs années et probablement d'autres phénomènes égalomont ; mais je remarque seulement que le phénomène étudié aujourd'hui est lune des conditions de ces troubles gastriques.
A côté de CCS troubles gastriques il faut placer un trouble (jui est très fréquent et qui joue un rôle considérable dans les maladies nerveuses, c'est la constipation. Ce symptôme si tenace et si grave ([uel([uefois dépend de bien des conditions, mais il est l'une des conséquences les plus régulières de la contracture de l'abdomen. La paroi comprime l'intestin d'une manière uniforme et continue, elle reste immobile même si la contracture est incomplète car dans ce cas une douleur arrête chaque tentative de mouvement. Ajoute/, que le sujet redoute ces efforts pour aller à la selle et les recule indéfiniment, que dos anesthésies, dos paralysies et dos contractures do l'intestin viennent s'ajoutera ce trouble des mouvements de la paroi. C'est dans ces cas que l'on observe ces graves rétentions de matières fécales pendant trois ou six semaines comme chez M., ces rétentions de matières déterminent des états infectieux qui se manifestent souvent par de véritables confusions mentales. Dans un cas de ce genre, chez une malade intéressante que j'espère étudier plus tard, j'ai vu un état do stupeur disparaître après un véiitablo curage do la cavité rectale que j'ai été obligé de pratiquer. Ces rétentions doivent donc préoccuper au plus haut point le médecin et sont liés dlHiciles à traiter si l'on ne se préoccupe pas do la contracture abdominale ([ui on a été le point de départ.
Los Iroubks de la respiration ne sont pas moins considérables
I. .1. riCDlTroy. Rùlc du spasme pI de la conlraclure dans les afleclions des organes diffeslifs, description, diafriiostic, Iraitcnienl. C'oininiiinifitinn nu Congrès dr iiiédeciiie de Moscou, 181)7.
ni moins intéressants, je ne puis les étudier ici complètement car ils se compliquent presque toujours par la modification des fonctions du diaphragme, dont j'ai, à tort ou à raison, réservé l'étude pour un travail particulier. Sans entrer ici dans l'étude si intéressante de la respiration des hystériques, je signalerai les modifications qui me paraissent surtout dépendre de l'état des parois thoraciques ou abdominales. Il est bien évident que ces contractures des parois ne peuvent que gêner l'inspiration et l'expiration, on s'en rend compte facilement en mesurant au spiromètre la puissance de l'inspiration. Un sujet qui dans l'état normal peut avoir une inspiration forte d'un litre d'air et qui peut par expiration déplacer un litre, ne peut plus aspirer ou souffler que 400"^ ou même ISO*^*^, quand il a le thorax ou l'abdomen contracture, et cette puissance respiratoire peut encore s'abaisser au-dessous, car il ne s'agit là
FiG. 42. — Tracé de la respiration normale, lô respirations par minute. T respiration thoraciqne. A abdominale. La flèche horizontale indique dans toutes ces figures dans quel sens on doit lire le graphique, la flèche verticale indique dans quel sens sont inscrits les mouvements de dilatation du thorax ou de l'abdomen, les lignes verticales indiquent les points simultanés.
que des inspirations forcées et le sujet se garde bien de ces efforts qui sont douloureux, le graphique de la respiration montre bien ces altérations.
Prenons (fig, 42) un exemple de respiration normale comme terme de comparaison. La respiration est inscrite avec le nouveau pneumographe de Verdin, dont le principe est identique à celui de l'ancien pneumographe de Paul Bert. Deux petites boîtes métalliques sont fixées verticalement sur une lame rigide, chacune des boîtes est fermée par une membrane de caoutchouc au milieu de laquelle est fixé un crochet. Une bande qui fait le tour du corps est attachée à chaque crochet avec un degré de tension suffisante pour (pie même dans les expirations les plus fortes les