L HEREDITE
pas rare de voir la maladie se déclarer chez les uns et les autres aux mêmes périodes de la vie : c'est ce qu^on a désigné sous le nom àliérédité homochrone.
Circonstances qui modifient l'action de l'hérédité. — L'action de l'hérédité peut être environnée d'une foule de circonstances qui en modifient l'effet, soit en l'atténuant, soit en l'aggravant. Ainsi en cas de divergence absolue dans le tempérament des parents, la tare névropathique de l'un d'eux peut être neutralisée et ne pas se transmettre aux enfants. De même, selon que cette tare appartiendra au père ou à la mère, elle aura plus ou moins de chances de se perpétuer dans les descendants. De nombreux documents tendent en effet à démontrer que l'hérédité névropathique de la mère est plus dangereuse que celle du père et qu'elle se transmet d'une façon beaucoup plus constante, d'abord aux filles, ensuite aux garçons.
Quand les parents sont affligés tous les deux de dispositions nerveuses analogues, l'hérédité se fait ordinairement sentir chez les enfants avec une grande puissance. Ces circonstances se présentent d'autant plus fréquemment que par une sorte d'instinct, de sympathie inconsciente, les névropathes sont poussés à s'unir entre eux. La sensibilité excessive dont sont douées ces personnes, leur imagination vive, leurs irrésistibles aspirations vers l'inconnu, vers fidéal, les éloignent des gens simples et corrects dont tout le mérite est de suivre les sentiers battus de la vie. Au contraire l'éclat de leurs propres qua-
lités brillant chez les autres les attire irrésistiblement. De là, des unions dont les destinées très diverses, au point de vue moral, sont presque toujours fatales au point de vue matériel. Physiquement, la convergence de deux tendances à la névropathie crée chez les enfants des névroses véritables. Psychiquement, les qualités intellectuelles et morales des conjoints sont loin d'être toujours de bon aloi : la sensibilité n'est souvent que de la sensiblerie maladive; rimagination, du mysticisme; la vivacité d'esprit, de l'instabilité mentale : l'originalité, de la bizarrerie; de là pour les descendants une tendance aux psychopathies (i).
Des recherches curieuses ont été faites dans le but de découvrir s'il y avait quelque relation entre le degré de ressemblance physique des enfants aux parents, et les chances d'hériter de leurs maladies nerveuses.
Moreau (de Tours) avait cru remarquer une sorte d'antagonisme entre ces deux circonstances : pour lui, plus une fille ressemblerait par exemple à sa mère aliénée, et moins elle
(i) A titre de consolation ou plutôt de réparation, je rappellerai aux gens qui se piquent d'originalité que le philosophe J. Stuart Mill, dans son essai sur la Liberté, demande que l'excentricité d'esprit soit soigneusement respectée, faisant observer que dans nos sociétés modernes, où tout tend au nivellement universel des intelligences, à l'uniformité banale des idées, en un mot à un philistinisme général, elle constitue en quelque sorte le sel de la terre, lasemenceféconde desidéesnouvelles et du progrès. Le paradoxe est lui-même original, et néanmoins comporte une assez large part de vérité. Dans plus d'un grand esprit il y a un grain de folie, et si nous voulions citer des noms, nous n'aurions que l'embarras du choix.
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courrait les risques d'être frappée à son tour d'une affection psychique.
Plus récemment, un médecin allemand, Richarz, a prétendu résoudre le problème dans un sens opposé. Son échelle des probabilités pour rhérédité des affections nerveuses peut être ainsi présentée : supposons la mère atteinte d'une tare nerveuse. Les enfants en hériteront dans Tordre suivant : i^ la fille qui ressemble à la mère ; 2° le fils qui ressemble au père ; 3^ le fils qui ressemble à la mère; 4° la fille qui ressemble au père. Si au contraire c'est le père qui est porteur d'un vice névropathique, voici dans quel ordre les enfants seraient appelés à en hériter : 1° le fils qui ressemble au père ; 2° la fille qui ressemble au père ; 3° la fille qui ressemble à la mère-, 4P le fils qui ressemble à la mère.
Chacun peut ainsi calculer ses chances, car ces formules sont d'une application facile, tant elles sont nettes et précises. Mais justement, elles le sont trop; c'est ce qui leur enlève quelque crédit à nos yeux; aussi les donnons-nous sous toutes réserves, à titre de vues ingénieuses dont l'exactitude a besoin d'une plus ample vérification.
Action de l'hérédité dans les diverses maladies nerveuses. — Sans vouloir insister davantage sur ces questions un peu transcendantes, qu'il était nécessaire cependant de signaler à l'intérêt du lecteur, nous allons maintenant passer rapidement en revue les maladies nerveuses sur lesquelles l'hérédité a l'influence la plus marquée.
Nous avons vq ailleurs comment prenait naissance la neurasthénie, ce mal-protée affectant successivement ou simultanément toutes les parties du système nerveux, et dont les symptômes vont du simple trouble compatible avec une santé passable jusqu'aux accidents les plus graves, pouvant même dans certains cas entraîner la mort. Elle est héréditaire au plus haut degré, et il est d'observation commune de la voir affecter un grand nombre de membres d'une même famille. Beaucoup de médecins la considèrent comme contenant en germe toutes les autres maladies nerveuses*, non seulement en effet elle peut se transmettre par voie d'hérédité similaire avec ses caractères propres, mais encore elle peut être la source d'où dérivera ultérieurement l'hystérie des descendants, ainsi que la mélancolie, la manie, et généralement toutes les formes que revêtent l'aliénation mentale et les affections convulsives du système nerveux.
Les convulsions de l'enfance relèvent manifestement de l'hérédité névropathique. Chez les ascendants on retrouve l'alcoolisme, Tépilepsie, l'hystérie, la neurasthénie. Quand elles ne causent pas la mort, elles constituent le premier stade d'une névrose qui évoluera ultérieurement et dont les manifestations pourront être excessivement variables.
D'après Briquet « la moitié des mères hystériques donnent naissance à des filles hystériques; une fille qui naît d'une mère hystérique a un peu plus d'une chance de devenir hystéri-