‹ Nervosisme et névrosesChapitre 14 sur 48 · L HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

L HÉRÉDITÉ

que, et moins de trois de ne pas le devenir (i). » L'hystérie est encore en relations d'hérédité avec répilepsie, et surtout avec l'aliénation mentale. Aux femmes hystériques répondent souvent dans les familles, des hommes hypocondriaques.

L'aliénation mentale est une maladie essentiellement héréditaire. C'est elle, qui par le champ immense qu'elle offre aux recherches des savants, a permis d'étudier les principales lois de la transmission des maladies dans les familles. Hérédité similaire, dissemblable, progressive, accélérée ou homochrone: hérédité directe, atavique, collatérale, toutes s'3^ rencontrent avec une force, une puissance inconnues dans les autres maladies.

L'épilepsie n'échappe pas à la grande loi. On y trouve l'hérédité directe dans un quart environ des cas ; puis viennent comme antécédents l'alcoolisme des parents, l'hystérie, la migraine, l'aliénation mentale, le suicide, les convulsions, le nervosisme.

L'asthme, la chorée, la paralysie agitante, la crampe des écrivains, certains tics, certains torticolis, le goitre exophthalmique, certaines névralgies, relèvent de la diathèse névropathique, et ont des parentés soit purement nerveuses et psychopathiques, soit neuro-arthritiques.

(i) Briquet, Traité clin, etthér. de llîystérie,Psins, iSbg.

6o DÉVELOPPEMENT DES TROUBLES NERVEUX

Maladies aiguës. — Les gens nerveux ne présentent qu'une faible tendance à contracter les maladies aiguës, surtout les maladies inflammatoires; soit que, par suite de leur faiblesse native, ils aient moins d'occasions de s'exposer aux causes qui engendrent ces maladies; soit que ces causes bornent chez eux leur action à des troubles du système nerveux, soit que l'excessive innervation qu'ils déploient dans les circonstances critiques entretienne énergiquement les fonctions des organes et les rendent insensibles aux atteintes morbifîques.

Mais quand ces maladies surviennent, il y a à redouter pour l'époque dz la convalescence — la seule dont nous ayons à nous occuper ici comme rentrant dans le domaine de l'hygiène — des complications névropathiques plus ou moins nombreuses. La fièvre typhoïde, les fièvres éruptives, la diphtérie, sont suivies d'une convalescence parfois longue et difficile. Faiblesse, vertiges, irritabilité extrême, tels sont les premiers accidents, puis viennent les paralysies localisées à divers membres, à divers muscles ou groupes de muscles, à divers sens ; les paralysies généralisées, et enfin toute la

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symptomatologie si variée de la névropathie protéiforme.

Il importe donc d'observer avec le plus grand soin ces convalescences chez les sujets nerveux, et de saisir le moment précis où l'affaiblissement doit être combattu par une alimentation réparatrice, sous peine, comme le dit Bouchut, de voir l'état morbide antérieur se compliquer d'un nouvel état morbide.

Certains traitements spoliateurs, heureusement repoussés de la médecine actuelle, n'ont pas été sans influence sur la production des névroses de la convalescence. Au temps où florissaient la saignée et les émollients, et où la Faculté semblait puiser toute sa thérapeutique dans le divertissement du Malade imaginaire, les accidents nerveux n'étaient pas rares à la suite des fièvres, de l'aveu même des médecins partisans de la méthode. Pomme (i) rapporte des exemples frappants du danger des saignées trop copieuses. Insomnies, paralysies, évanouissements, palpitations, spasmes des organes de la vie organique, tout le cortège des manifestations du névrosisme, de la neurasthénie^ de la petite hystérie, se développaient à l'envi chez les victimes de cette impitoyable médication (2).

(i) P. Pomme, Traité des affections vaporeuses des deux sexes, Lyon, 1760.

(2) Bouchut cite quelques observations d'auteurs anciens qui montrent le singulier abus qu'on faisait de la saignée. Q.uelques-unes sont vraiment divertissantes. Ainsi Tissot a vu survenir des désordres nerveux chez un homme qui avait été saigné à la fin d'un rhume 'y Viridet, chez une femme ^Mz avait le sang scorbutique et à qui on tira cinq

Aux affections névropathiques pures, observées dans la convalescence des maladies aiguës, nous devons ajouter diverses psychopathies, la perte de la mémoire, Timbécillité, l'hypocondrie et les diverses formes de la folie. Tout le monde connaît les lacunes que laisse après elle la fièvre typhoïde dans les facultés intellectuelles de certaines personnes. Après la pneumonie, on observe parfois la stupeur mélancolique, et la manie succède de temps en temps au rhumatisme articulaire aigu.

Maladies chroniques. — Les maladies chroniques sont souvent accompagnées des symptômes de la névropathie générale. Il y a longtemps déjà que Tissot faisait remarquer que tout état de dépérissement, de quelque cause qu'il puisse être , peut produire des maux de nerfs.

La phthisie pulmonaire s'accompagne chez certaines personnes de désordres nerveux qui aggravent singulièrement la maladie et sont la cause d^une mort prématurée.

Les affections de l'estomac et de l'intestin^ qui bien souvent ne sont elles-mêmes que le premier accident localisé de la névropathie, ne

onces de sang pour un mal de dents \ Rasori, chez une dame qui fut saignée dix-huit fois, purgée à diverses reprises et couverte de sangsues pour des douleurs rhumatismales; et chez une jeune fille saignée cinq fois pour une angine. Rasori, lui-même, s'étant fait faire trois petites saignées pour un rhume, éprouva de violentes douleurs de tête, des étourdissements, des faiblesses, une douloureuse constriction , de la contracture et une grande fréquence avec irrégulafité du pouls.

tardent pas, par répuisement et souvent la cachexie qu'elles engendrent, à amener la généralisation de la maladie nerveuse.

Les maladies de l'utérus, de la vessie, des organes génitaux, s'accompagnent fréquemment d'hystéricisme chez la femme et d'hypocondrie chez l'homme.

Les maladies vénériennes, soit par le délabrement qu'elles portent dans la constitution, soit par Tetfet moral qu'elles produisent chez certaines personnes, sont l'occasion de troubles nerveux plus ou moins graves, et pouvant affecter les fonctions intellectuelles et morales.

Les pertes séminales, dont on a d'ailleurs singulièrement exagéré l'importance, sont cependant une cause positive d'énervement, elles troublent les fonctions digestives et causent la dyspepsie, les palpitations, les spasmes de tout genre et affaiblissent l'intelligence.

Le rhumatisme et la goutte sont, de toutes les maladies chroniques, celles qui se compliquent le plus sûrement de troubles nerveux de toute espèce. Nous avons déjà dans une autre partie de ce travail fait ressortir la parenté des maladies nerveuses et des affections arthritiques, nous n'y reviendrons donc pas ; il suffira de rappeler que bien des névropathes ne sont que des rhumatisants et des goutteux déguisés.

Au-dessus de toutes ces causes prédisposantes vient se placer l'anémie, qui les domine dans le plus grand nombre des cas, et leur impose sa collaboration. « En effet, dit un auteur, cet état morbide et la chlorose ou la chloro-anémie sont.

comme on le sait depuis les observations de Pomme, de Tissot, de P>ank, de Bouillaud, qui Ta mieux démontré que personne, le point de départ du plus grand nombre des névroses. Or la faiblesse naturelle, ou acquise par l'éducation efféminée, par les chagrins, par les passions, par les veilles prolongées, par les excès de travail et les excès vénériens, par les émissions sanguines, par la convalescence, par les maladies chroniques, amènent directement l'anémie (i). »

L HABITUDE NEVROPATHIQUE

Habitudes pliysiologiques du système nerveux. — Le système nerveux des personnes douées d'un tempérament essentiellement impressionnable contracte avec la plus grande facilité des habitudes aussi bien au point de vue pathologique que physiologique. Parmi les habitudes compatibles avec l'intégrité du système nerveux, nous citerons, par exemple, la fixité dans rheure des repas, habitude tellement tyranniquequ'à chaque infraction apparaissent les troubles les plus pénibles du système nerveux. Telle est encore l'habitude des excitants alcooliques sans lesquels la digestion est compromise ;

(i) Bouchut, Du nervosisme aigu et chronique, Paris, 1877.

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celle des boissons aromatiques dont la privation cause des malaises, de la pesanteur, des céphalalgies. Le névropathe ne contracte pas seulement rhabitude des excitations diverses, mais encore pour chacune d^elles, l'habitude d'une dose déterminée hors des limites de laquelle le malaise apparaît immédiatement. Beaucoup d'hommes nerveux qui ont contracté l'habitude de fumer ne peuvent impunément le faire qu'à certaines heures et dans une certame mesure; un cigare de plus que de coutume, et la céphalalgie apparaît avec un cortège de troubles dyspeptiques. Nous n'insistons pas, chacun trouvant dans sa propre expérience des exemples de ce genre.

Habitudes maladives. — Très enclin aux habitudes physiologiques, le système nerveux des gens excitables ne l'est pas moins aux habitudes pathologiques. Tout le monde sait avec quelle aisance les enfants et les femmes, qui sont doués naturellement d'une grande excitabilité nerveuse, contractent par voie d'imitation et de contagion morale, des habitudes névropathiques. Dans une agglomération d'enfants, si l'un d'eux présente un de ces tics des paupières OJ de quelque autre muscle de la face si communs chez les écoliers, beaucoup de ses compagnons ne tardent pas à le contracter à leur tour. Dans une classe de jeunes filles, il ne faut qu'une choréique pour rendre choréiques un grand nombre de celles qui l'entourent. Jadis dans les couvents, il suffisait d'une possédée pour rendre convulsionnaires tous les membres

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de la communauté. A.jourd'hui, si dans une salle d^hôpital, une hystérique est prise d'attaques, il est ordinaire de voir le mal se propager à ses voisines avec plus ou moins d'intensité. Il n'est pas rare que ces désordres qui ont pris leur source en dehors de l'organisme s'y implantent avec force, et se perpétuent par le seul fait de l'habitude acquise; cependant ce phénomène est beaucoup plus fréquent pour les troubles nerveux qui ont leur point de départ dans la constitution elle-même.

Lorsque, en effet, le système nerveux, dans un premier assaut du mal névropathique, a perdu sa virginité, il subit dès ce moment une modification durable en vertu de laquelle il devient plus susceptible, plus vulnérable. Le moindre prétexte, le plus petit choc sont l'occasion du retour des désordres qui se sont manifestés une première fois. Quelles que soient les causes de détérioration ou de maladie qui atteignent l'organisme, il semble au premier abord que ce système nerveux soit seul en cause, soit seul frappé, tant ses réactions sont énergiques et exclusives. Etant devenu le point faible de l'économie il entre en scène toujours et à tout propos.

Peu à peu, par suite de la répétition fréquente des mêmes sensations^ des mêmes souffrances, des mêmes troubles, le mal tend à s'enraciner. Insensiblement il n'exige pour se manifester que des provocations de plus en plus faibles et finit même par s'en passer tout à fait et à sj produira' spontanément par une sorte

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d'habitude. Bien plus, certaines affections nerveuses qu'on peut qualifier de constitutionnelles^ n'ont pas besoin d'un premier prétexte pour se montrer; elles semblent être le résultat d'une habitude préétablie du système nerveux. Elles éclatent un beau jour au milieu de la santé comme un orage dans un ciel serein, et du premier coup elles se montrent avec tous leurs caractères. Elles se reproduiront dès lors à des intervalles plus ou moins espacés, en général assez réguliers, sans autre raison que la loi de périodicité qui régit les manifestations nerveuses tant pathologiques que physiologiques. Telles sont la migraine, l'épilepsie, Thystéro-épilepsie, certaines névralgies, certaines manifestations nerveuses de la nutrition comme les poussées congesiives habituelles vers divers organes et diverses éruptions cutanées.

Ainsi, par suite de l'habitude, chaque névropathe se constitue en quelque sorte une spécialité; non seulement en ce qui concerne les grandes névroses que nous venons d'énumérer, mais même dans le domaine plus restreint de la névropathie commune. Parmi les habitudes morbides de cet ordre, nous pouvons citer celles dont deviennent le siège les organes digesdfs. Le vomissement qui survient chez certains gastralgiques, n'a lieu d'abord qu'avec des intermittences. Certaines causes déterminées ont seul le privilège de le provoquer. Bientôt il se montre d'u.ie façon continue à propos des causes les plus diverses, une émotion par exemple; enfin il apparaît spontanément sans cause évi-

dente. La pneumatose intestinale est dans le même cas : elle se manifeste d'abord à l'occasion de certains écarts de régime, puis devient la compagne obligée de chaque digestion. La diarrhée, la constipation, après avoir été de simples accidents, finissent par devenir des habitudes morbides.

L'imagination du patient est souvent complice de sa maladie. A la crainte que lui inspire le mal, vient s'ajouter la conviction de son retour prochain, ce qui contribue à le rendre assuré, presque fatal. Tels sont certains spasmes^ certaines convulsions, certains accès de palpitations, de vertiges, de trouble mental, qui, par cela seul qu'on les redoute, se manifestent aussitôt avec la plus grande intensité. Tels sont encore la plupart des phénomènes de l'hypocondrie qui prennent naissance et se perpétuent par une sorte d'autosuggestion, par l'attention que le malade leur prête, l'analyse minutieuse qu'il en fait, l'anxiété avec laquelle il en guette le retour. L'imaginati n du malade a donc une part importante dans l'établissement de certaines habitudes morbides, ce qui ne veut pas dire que sa maladie soit imaginaire.

Indications hygiéniques. — Les habitudes physiologiques du système nerveux doivent être non seuleiPient respectées, mais encore encouragées chez le névropathe, car il en a besoin : elles constituent le seul moyen qui soit à sa disposition pour maintenir dans une mesure relative, l'équilibre instable de son système

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nerveux. Sans habitudes régulières, l'énervé ne peut compter ni sur sa digestion, ni sur son sommeil, ni sur un moment de calme et de tranquillité. Il faut qu'il sache, au reste, que, quelque enracinées, quelque tyranniques que soient devenues ces habitudes, il pourra presque toujours les modifier en cas de nécessité sans autre inconvénient que quelques souffrances momentanées.

Quant aux habitudes pathologiques, on doit éviter avec le plus grand soin de les contracter. S'il en est contre lesquelles la volonté est impuissante et qu'il faut se résigner à subir, il en est d'autres, et ce sont les plus nombreuses, qu'il dépend de chacun de ne point laisser s'établir.

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