L ATMOSPHÈRE
point négliger de prendre les précautions nécessaires pour éviter les accidents que peut occasionner le brusque passage d'une température à une autre.
Mais si le froid sec n'a rien de nuisible en soi, on n'en saurait dire autant du froid humide. Nous lui sommes redevables d'une foule d'affections névropathiques, principalement des névralgies dont le retour est presque toujours en coïncidence avec les temps froids et humides, de certaines formes nerveuses du rhumatisme, et des innombrables malaises qui proviennent de l'impression pénible produite par le froid sur les extrémités nerveuses, et dont les principaux sont le refroidissement permanent des membres inférieurs, les céphalalgies, les stases sanguines et, comme nous l'avons signalé tantôt, l'arrêt des fonctions digestives.
Les climats froids et les contrées marécageuses, où se trouvent réunies à leur maximum ces mauvaises conditions hygiéniques, paraissent favoriser le développement de la sciatique. « L'action du froid humide, dit i^xenfeld. est une des mieux constatées, ce qui a conduit quelques auteurs à considérer la sciatique rhumatismale comme la plus fréquente de toutes : c'est pendant les mois les plus froids de Tannée que cette névralgie se montre le plus fréquemment; on l'observe chez les individus lo^és dans des lieux humides où la température est basse (i). »
(i) A. Axenfdld, Traité des névroses, 2^ édition augmentée par H. Hucliard, Paris, i883.
La névralgie faciale, qui, plus que toute autre peut-être, exige pour se développer un terrain préparé par le tempérament nerveux et qui est si souvent précédée par d'autres maladies nerveuses, est fréquemment causée par l'impression du froid humide.
L'angine de poitrine est plus commune dans les pays froids et humides que dans les autres. On la rencontre plus fréquemment en Allemagne et en Angleterre qu'en France, en Espagne ou en Italie.
Le refroidissement compte parmi les causes de rirritation spinale, et les diverses dermalgies succèdent le plus souvent aux changements brusques de température et à l'impression du froid humide. Nous en dirons autant des affections spasmodiques du col de la vessie et de Pintestin (i).
Comme exemple des modifications qui peuvent produire ces conditions météorologiques sur le tempérament nerveux, je citerai l'observation d'une personne à qui j'ai donné des soins :
Pendant plusieurs années qu'elle habita dans l'Est de la France, elle ne fut sujette qu'à des troubles dyspeptiques accompagnés de céphalalgie. Étant venue habiter dans TOuest, au voisinage de la mer, dans une atmosphère saturée d'humidité, elle éprouva chaque hiver quelque nouveau trouble douloureux du système nerveux : ce fut d'abord une dermalgie erratique,
(i) E. Lancereaux, Traité de Vherpétisme, Paris, i883.
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se promenant de la face aux bras, au tronc et aux cuisses; puis une névralgie trifaciale, ensuite une névralgie crurale. Elle souffre maintenant d'arthralgies des pieds et des mains.
En résumé, le froid et l'humidité combinés — et il y a lieu de remarquer que l'humidité ne rend pas seulement le froid plus dangereux, mais encore plus pénétrant et plus insupportable — sont pour les personnes nerveuses vulnérables et sujettes aux névralgies, des conditions essentiellement nuisibles et qu'elles doivent éviter.
La chaleur. — La chaleur, lorsqu'elle est forte et passagère, produit un énervement manifeste. Lorsqu'elle se prolonge, comme dans certains climats, elle amène l'anémie et Firritabilité nerveuse qui en est la conséquence. L'excitation continue produite par une chaleur et une lumière intenses ont pour conséquence une certaine langueur des fonctions nutritives, des sueurs épuisantes, de l'atonie de l'estomac et enfin des troubles dyspeptiques.
Dans les pays chauds, les maladies du système nerveux sont fréquentes en raison de la facilité avec laquelle les fonctions nerveuses et cérébrales s'exaltent sous l'influence de la chaleur; les crampes, les convulsions, le tétanos y sont plus communs que dans nos climats : il n'est pas besoin de rappeler avec quelle facilité cette dernière affection se développe dans les pays tropicaux.
Dès la plus haute antiquité on a reconnu à la chaleur prolongée des propriétés énervantes.
Hippocrate lui attribue Tindolence et la mollesse des Asiatiques. On connaît le parti que Montesquieu (i) a tiré de la même idée. Cabanis fait remarquer que sous Tinfluence d^une température briàlante , le système nerveux contracte des habitudes convulsives, et que ces habitudes ont elles-mêmes pour cause directe les écarts continuels d'une excessive sensibilité.
Ce sujet ne saurait nous arrêter plus longtemps, car les seules notions pratiques qu'il peut fournir à l'hygiène des gens nerveux sont suffisamment énoncées dans les paragraphes qui précèdent et se résument en deux mots : anémie et convulsion. Directement, la chaleur produit dans le système nerveux un état de faiblesse irritable qui se traduit par de la tendance aux spasmes et une prédisposition à certaines maladies convulsives. Indirectement, par Tanémie qu'elle détermine, elle prédispose à toutes les formes de la névropathie générale. Ajoutons que, comme pour le froid, l'humidité est une circonstance aggravante,
La lumière. — La lumière est indispensable à révolution normale des phénomènes de la vie. Sans elle, les êtres subissent les modifications connues sous le nom d'étiolement^ c'est-à-dire une détérioration de toutes les matières qui composent le sang, une anémie tout à fait spéciale. De l'étiolement proviennent des maladies graves, parmi lesquelles celles qui affectent le
(i) Montesquieu, De l'esprit des lois.
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système nerveux tiennent une certaine place. Cest en partie à l'absence d'une lumière suffisante que Ton doit ce grand nombre d'affections hystériques qui se développent chez les personnes qui fréquentent les ateliers. La demiobscurité dont s'entourent certains névropathes, pour s'épargner l'ébranlement qu'une lumière trop vive produit sur leurs nerfs n'a d'autre effet que de rendre cette sensibilité plus exquise encore, et par conséquent d'augmenter les accidents.
Nos habitations des villes, où l'obscurité est recherchée, voulue, ne sont pas étrangères à un certain nombre d'anémies et de chloroses féminines. L'effet tonique et reconstituant produit par le séjour â la campagne n'est pas seulement dû à l'air pur, riche en oxygène, et incessamment renouvelé qu'on y respire, mais encore à la lumière intense dans laquelle on s'y trouve baigné d'une façon continue.
« On a dit avec raison, selon un savant physiologiste, que le système nerveux est pour les animaux ce que sont la chaleur et la lumière pour les végétaux. Les éléments nerveux ne sont peut-être pas à un plus haut degré que les autres éléments, des générateurs de force, mais ils distribuent la force, et ils l'appliquent à un but déterminé. Enfin, il n'est pas impossible qu'ils puisent la force à l'extérieur et qu'ils l'emmagasinent; et rien ne répugne dans cette hypothèse que le système nerveux, par ses extrémités périphériques, puise dans la radiation solaire les "éléments de force qu'il transmet ensuite aux or-
ganes suivant les besoins de la métamorphose organique (i). »
Enfin, la lumière a une influence des plus heureuses sur le moral des gens nerveux qui ont une tendance naturelle à la mélancolie et à Phypocondrie. Un rayon de soleil les réconforte, les relève, les égayé. Le spleen est un mal des climats brumeux que Téclat d'un ciel pur met en déroute. La joie de vivre n'est goûtée des tristes que par un beau jour de printemps.
L'électricité et la pression atmosphé rique. — Il existe des modifications quotidiennes dans la quantité d'électricité répandue dans l'atmosphère, et chaque jour comprend deux maxima qui coïncident avec les moments où l'air contient le plus de vapeur d'eau, c'est-à-dire dans la matinée et après le coucher du soleil. Il ne semble pas que ces oscillations dans l'état électrique aient une influence marquée sur le système nerveaux. C'est cependant un fait d'observation indéniable que certaines affections nerveuses font sentir leurs manifestations paroxystiques les unes le matin, les autres le soir. Beaucoup de psychopathes, par exemple, sont beaucoup plus malades le matin que dans la soirée. Le réveil est toujours le signal d'un redoublement dans les obsessions psychiques, et dans les malaises hypocondriaques. Au contraire, certaines autres affections nerveuses, comme la dyspnée, sont plus communes le soir.
(i) Ch. Bouchard, Maladies par ralentissement de la nutrition, Paris, i885.
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Mais les causes de ces phénomènes sont trop complexes pour que nous puissions sûrement attribuer une part de leur production à Tétat électrique de Tatmosphère et il est probable que bien d'autres éléments comme la lumière, l'obscurité, rétat de vacuité ou de replétion de l'estamac, viennent y concourir.
Il n'en est pas de même des grandes accumulations d'électricité qui produisent les orages et dont Faction se fait sentir non seulement chez les malades mais encore chez les individus sains. On éprouve un sentiment de prostration, d'alanguissement général ; le travail musculaire devient pénible, le travail intellectuel impossible. Un malaise indéfinissable, des inquiétudes nerveuses, de Pagitation, des mouvements spasmodiques, de la céphalalgie, des douleurs dans les articulations surviennent en outre chez les personnes nerveuses et impressionnables. Les sujets rhumatisants sentent leurs souffrances augmenter ou leurs anciennes douleurs renaître. Les névralgiques éprouvent un redoublement dans leurs accès douloureux ; les dyspnéiques ont un retour de leurs étouff'ements.
L'électricité en excès n'est pas seule à concourir à la production de ces phénomènes; il faut en attribuer une bonne part à la diminution dans la pression atmosphérique qui accompagne toujours les orages. On sait, en eff^et, grâce à des expériences répétées, qu'une diminution brusque dans la pression de l'air produite expérimentalement ou encore par l'ascension d'une montagne amène des vertiges, des éblouissements, des tin-
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tements d'oreilles, de la céphalalgie et quelques autres troubles nerveux.
L'air; les vents. — L'action du vent sur le système nerveux dépend surtout de ses qualités, et suivant qu'il est froid ou chaud, sec ou humide, il a une influence dont les effets se confondent avec ceux de la température ellemême.
Les vents agissent d'une manière fâcheuse sur les asthmatiques. Les endroits bas et abrités leur conviennent mieux que les lieux élevés. Un air pur et vif provoque en effet un retour de leurs accès, tandis qu'ils s'en trouvent exempts dans l'atmosphère épaisse et brumeuse de certaines grandes villes. A ce point de vue, du reste, il existe de telles différences individueUes qu'il est bien difficile d'énoncer quelque observation précise. Trousseau cite l'exemple d'un habitant de Saint-Omerqui avaitde fréquents accès d'asthme dans cette ville : A Paris et à Londres il n'en éprouvait jamais; ils reparaissaient lorsqu'il allait à Versailles. Les auteurs produisent de nombreux exemples du même genre.
Certaines substances répandues dans Tairont une action manifestement déterminante sur les accès d'asthme. Telles sont les poussières qui proviennent du battage des céréales, des couvertures de lit, des fourrures; telles sont encore certaines poudres médicamenteuses, comme l'ipécacuanha ; ou encore certains gaz, certaines vapeurs, certaines odeurs. Une personne a un accès en respirant l'odeur du chlorure de chaux ; une autre en entrant dans une cave où le vin
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cuve. Graves donnait des soins à deux asthmatiques de même âge : un jour, il trouva Tun d'eux asphyxiant parce que sa cheminée ne tirait pas, tandis que l'autre respirait voluptueusement à pleins poumons l'athmosphère enfumée qui obscurcissait sa chambre (i).
((Les vents d'est du printemps, dit Babinet, qui au commencement d'avril tourmentent si cruellement les constitutions nerveuses au moment où ils réjouissent la capitale de la France, poussent au suicide les habitants de Londres habitués à une atmosphère plus humide (2). »
Les Provençaux ont à souffrir des agressions du mistral, ou vent nord-ouest, qui balaye fréquemment la vallée du Rhône. Les villes de la côte méditerranéenne connaissent les propriétés énervantes de certains vents du sud-est qui leur apportent avec abondance une pluie chaude. (( Sous son influence, les fonctions digestives languissent ; il y a de la paresse musculaire ; on éprouve un sentiment indéfinissable de malaise. J'ai connu des personnes qui, sans avoir laissé leur lit, et avant qu'on ouvrît leurs fenêtres, annonçaient en se guidant sur leurs impressions physiologiques, que lèvent avait pris cette direction. J'ai vu une jeune femme qui était, depuis plusieurs années, prise de diarrhée toutes les fois que le vent venait du S.-S.-E. \ chez une autre dame, ce vent produisait un état de nau-
(i) Parrot, Dict. encyclop. des se. méd., i« sér., t. Vi. (2) Réveillé-Parise, Physiologie et hygiène des hommes livrés aux travaux de l'esprit, Paris, 1881, p. 216.
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sées et de vertiges, assez analogue au malaise du mal de mer (i). »
Les influences lunaires. — La croyance à l'action des astres sur les créatures humaines remonte à Tantiquité la plus reculée. Remises en honneur par les astrologues du moyen âge au point de vue mystique, et par les médecins de la Renaissance au point de vue scientifique, les influences sidérales ont perdu toute créance à répoque actuelle. Les médecins les nient comme absolument hypothétiques ; les gens du monde ne parlent plus qu'en souriant de Tétoile sous laquelle ils sont nés, et les préjugés populaires seuls attribuent encore à la lune quelque action sur la santé et la maladie (2).
Pouvons-nous, toutefois, nous flatter d'une
(i) Fonssagrives, Dict. encyclop. des se. méd., i" sir., t. XXVIIL
(2) Parmi les maladies qu'on croyait jadis soumises aux intiu2nces lunaires, il faut citer la folie et l'épilepsie. On. attribuait le retour des paroxysmes de l'aliénation mentale aux phases de la lune, et les Anglais ont conservé le terme de liinati: comme synonyme de fou, et celui de lunacy comme synonyme de ïoWe. Régit lunainepilepticis periodos^ dit Galien. — « Seigneur, lit-on dans l'évangile de saint Mathieu, ayez pitié de mon filsqui est lunatique; par suiie de sa cruelle maladie il tombe souvent dans le feu et dans l'eau.» Ce dernier membre de phrase prouve surabondamment qu'il s'agissait d'un épileptique.
LES INFLUENCES SIDÉRALES, LES SAISONS 8l
indépendance aussi absolue vis-à-vis des astres, et de la lune en particulier ? N'y a-t-il pas, au fond de cette vieille conception religieuse, un fait d'observation profonde et vraie, déformé, défiguré comme une momie d'Egypte par les mille bandelettes hiératiques dont on l'a enveloppé? Observation exacte et scientifique au début, n'est-elle pas passée à l'état de superstition pure en se transmettant à travers des milliers de générations ignorantes et avides de mystérieux ? Que la science veuille bien seulement en reprendre l'examen, et la superstition d'hier deviendra peut-être la vérité de demain.
Darwin, après avoir fourni les preuves qui militent en faveur de l'opinion d'après laquelle tous les animaux existants descendraient d'organismes inférieurs ayant primitivement vécu dans la mer, se livre aux remarques suivantes, qui me paraissent profondes, et dignes de la plus grande attention.
« Les marées, dit-il, doivent affecter considérablement tous les animaux habitant le bord immédiat de la mer; en effet, les animaux vivant à peu près à la hauteur moyenne des plus hautes marées passent tous les quinze jours par un cycle complet de changements dans la hauteur de la marée. En conséquence, leur alimentation subit chaque semaine des modifications importantes. Les fonctions vitales des animaux vivant dans ces conditions pendant d'innombrables générations doivent nécessairement s'adapter à des périodes régulières de sept jours. Or, fait mystérieux, chez les vertébrés supérieurs et actuel-
A. GULLERRE, NeRV. 6
lement terrestres, pour ne pas mentionner d'autres classes, plusieurs phénomènes normaux et anormaux ont des périodes d'une ou plusieurs semaines, ce qu'il est facile de conprendre, si on admet que les vertébrés descendent d'un animal allié aux Ascidiens actuels habitant le bord de la mer. On pourrait citer bien des exemples de ces phénomènes périodiques, tels, par exemple, que la durée de la gestation chez les mammifères, la durée de certaines fièvTes, etc. L'éclosion des œufs fournit aussi un excellent exemple, car, d'après M. Bartlett, les œufs des pigeons éclosent au bout de deux semaines ; ceux de la poule au bout de trois semaines ; ceux du canard au bout de quatre semaines ; ceux de l'oie au bout de cinq et ceux de l'autruche au bout de sept semaines (i) »
Gomme on le voit, c'est une question à reprendre. En tous cas, il est plus prudent d'avouer notre ignorance au sujet des influences lunaires sur la santé de l'homme, que de les nier s^^stématiquement.
Le jour et la nuit. — L'influence de chacune des deux périodes de la révolution diurne est trop évidente pour être niée, mais elle reste souvent, elle aussi, bien mystérieuse. Par exemple, il naît plu^ de monde la nuit, il en meurt plus le jour ; voilà un fa.t d'obs'^rvation dont on n'a guère fourni de raisons satisfaisantes. Il faut donc se contenter, la plupart du temps, d'une constatation pure et simple.
(i) C. Darwin, La descendance de V homme et la sélection sexuelle, Paris, i88r, p. 179.
On a remarqué que, par suite sans doute du calme résultant de l'absence des excitations produites par le bruit et la lumière, l'influence de la nuit se montrait salutaire dans la plupart des maladies ; mais les affections nerveuses font presque constamment exception à la règle.
C'est la nuit que débutent les premiers accès d'asthme et de goutte-, c'est la nuit que survient la laryngite striduleuse. Les troubles nerveux syphilitiques sont exclusivement nocturnes. Beaucoup de douleurs rhumatismales et de névralgies sont plus intenses la nuit ; il en est de même des affections herpétiques d'origine nerveuse, telles que certaines sciatiques, l'eczéma sec de l'anus, l'urticaire.
L'épilepsie essentielle, le somnambulisme, sont des maladies à manifestations principalement nocturnes. Les hallucinations se produisent avec plus d'intensité la nuit, ce qui fait que l'agitation de certains fous revient à ce moment pour céder au lever du soleil.
Les suicides sont surtout fréquents pendant les premières heures de la nuit, bien que d'une façon absolue ils se produisent en plus grand nombre pendant le jour. Certaines psychopathies avec lucidité d'esprit ont leurs paroxysmes la nuit, comme la science en fournit de curieux exemples. Un malade du D^ Magnan, déséquilibré d'une grande intelligence, imposa pendant plusieurs années à sa femme le supplice de passer des nuits entières à écouter des discours dans lesquels il l'accablait de reproches absurdes et injustifiés. Quand il avait parlé six ou
sept heures, sa manie était satisfaite et sa famille pouvait se coucher (i).
Les tourments de beaucoup de mélancoliques et d'hypocondriaques non hallucinés redoublent à la fin de la nuit et aussitôt après le lever. Le silence, Tobscurité et la position horizontale leur sont favorables, tandis que le retour du bruit et de Tagitation diurnes offense leurs sens hyperesthésiés et que le changement de position du corps est l'occasion de troubles de la circulation cérébrale qui amènent de Tanxiété, de Tangoisse, et une sorte d'état vertigineux.
Les saisons. — Les saisons ont une double action sur le système nerveux : elles agissent à la fois par les variations atmosphériques qui les accompagnent et par leur périodicité.
Le retour de chaque saison est le signal de Tapparition d'un ensemble de maladies déterminées dans lesquelles le système nerveux peut jouer un certam rôle. Ainsi sous nos latitudes tempérées, la saison froide ramène les affections pulmonaires, bronchiques et rhumatismales; le printemps fait éclore les angines et les érysi pèles ; la saison chaude, les embarras gastriques et les diarrhées *, l'automne, les fièvres.
Les nombreuses affections englobées sous le nom de rhumatisme dépendent de l'exagération du froid, surtout du froid humide. Le rhumatisme chronique se rencontre à peu près exclusivement dans les pays froids ; et dans les ré-
(i) Magnan, Ann. méd. psychol., 1886, t. I, p. 98.
gions maritimes il sévit de préférence sur les marins et les pêcheurs.
Il y a un certain nombre d'affections douloureuses qui semblent provenir des brusques changements de température et qui, par conséquent, ont leur maximum de fréquence au printemps et à l'automne : ce sont les douleurs musculaires, la pleurodynie, le lumbago, la courbature, les névralgies, et en particulier les névralgies faciale et intercostale (i). On peut dire qu'en général, les personnes douées du tempérament nerveux sont très éprouvées par la saison froide. « Le froid, Thumidité, les brouillards, les vents impétueux, les rapides changements de température, les pluies abondantes, des hivers sans fin, des étés incertains et orageux, des exhalaisoi s insalubres, quels ennemis pour un organisme délicat, nerveux, irritable, souffrant, épuisé! (Réveillé-Parise.) »
Au commencement de l'été, en juin, plus rarement en automne, éclate chez nombre d'arthritiques une affection mi-nerveuse, mi-catarrhale, revenant annuellement chez le même individu, aff^^ction désignée sous le nom enfièvre Je/ozw(Hay-Fever). Elle est constituée par une irritation des muqueuses de l'œil, de Tarrièregorge, de la bouche, du nez; par des démangeaisons intolérables des oreilles, des paupières, des fosses nasales, et par d'innombrables éternuements. Ces symptômes s'exagèrent par paroxysmes subits d'une intensité extraordinaire
(i) Dict. encyclop. des se- méd., art. Saisons.
SOUS l'influence directe de la radiation solaire, de l'odeur de certaines fleurs, des poussières en suspension dans Tair, de la sécheresse de Tatmosphère. Elle s^accompagne dans les cas accentués, d'un malaise général, de céphalalgie, de palpitations, de toux, d'asthme, de vomissements et d'une grande excitabilité nerveuse. Elle est plus fréquente chez l'homme que chez la femme. Les personnes qui en sont atteintes se trouvent bien en général d'un séjour en mer ou sur la côte, ou encore dans une altitude élevée.
Les chaleurs de l'été non seulement des pays chauds mais même des climats tempérés se signalent par l'apparition de cas plus ou moins nombreux d'insolation, sorte de sidération particulière du système nerveux. En France, en Angleterre et en Allemagne, on voit chaque année des cas d'insolation se produire pendant les grandes mauœuvres des troupes. En i853, un bataillon belge, pendant une marche, vit tomber les deux tiers de son effectif. En Italie, un jour, dans une seule division, deux mille hommes tombèrent dans les rangs (i).
Si une saison douce et tempérée est celle qui convient aux gens nerveux, et s'jIs doivent s'efforcer de fuir les saisons extrêmes en se conformant aux indications que nous donnerons plus loin, il est permis de penser, avec des autorités sérieuses, que les variations saisonnières sont pour le plus grand nombre un élément de force
(i) Dict. encyclop. des se. méd., 3«sér., t. VI.
et de santé. Une perpétuelle uniformité de température est de nature à entretenir Tindolence, l'insouciance et la paresse. Si nous en croyons Lancisi, c'est à la variabilité de son climat que Rome dut sa suprématie sur le monde. C'est au contraire à l'uniformité de celui de l'Asie, que les grands empires fondés dans cette région ont dû être si éphémères. « On voit, dit Foissac, quel prix nous devons attacher au retour et à la succession continuelle du froid et de la chaleur, aux vents qui s'élèvent brusquement, et même aux tempêtes atmosphériques qui rompent l'uniformité de chaque saison. Et cependant rhomme, toujours aveugle, ignorant la condition des vrais biens, s'afflige de jouir si rarement de cette égalité de température qui lui présente l'appât du plaisir. Il ne sait pas que le printemps éternel, cet âge d'or de la nature rêvé par les poètes, serait la mort du génie, du courage et de la vertu. »
Universalité des névropathies. — Les
désordres du systè.ne nerveux sont de tous les climats. En raison de la prédominance naturelle du tempérament nerveux dans les climats chauds, ils devraient y être plus fréquents, mais les influences énervantes de la civilisation dans
les climats tempérés et froids, contribuent largement à rétablir la balance. Aussi les névroses sont-elles aussi fréquentes dans les pays du Nord et dans les zones tempérées que dans les régions tropicales. Ainsi que le fait avec raison observer un savant hygiéniste (.Michel Lévy), on trouve par exemple en Russie, dans la classe élevée, des organisations aussi impressionnables que celles des créoles; et le Danemark est Tune des contrées où le suicide fait le plus de victimes.
Mais peu importe sans doute au névropathe de savoir qu'il a des compagnons de souffrance dans tous les climats : ce qui l'intéressera davantage, c'est d'apprendre que dans le climat qu'il habite, il se rencontre certaines régions où il pourra trouver quelque soulagement à ses maux. C'est pourquoi nous allons passer une revue rapide des localités qui conviennent, suivant les saisons, aux personnes atteintes de troubles nerveux.
Les climats favorables aux névropathes.
— Le froid est Tennemi des névropathes, aussi ceux qui le peuvent font-ils bien de se réfugier l'hiver dans ces contrées privilégiées que ne visitent jamais les frimas.
Certaines régions maritimes conservent l'hiver une température très douce et très uniforme; on trouve à la fois sur l'Océan et sur les bords de la Méditerranée de ces localités privilégiées. En France, nous pouvons citer Arcachon, Hyères, Monaco, Menton, Nice, dont la température moyenne est d^environ onze degrés.
Arcachon, selon le D'" Rotureau, se fait remarquer par sa température élevée, par l'absence presque complète de vents violents, par son air sec fortement ozonisé, par les émanations résineuses des pins de sa forêt. Aussi en conclut-il que le séjour de cette station maritime convient admirablement aux personnes nerveuses, qui ne peuvent trouver nulle part ailleurs un climat dont les propriétés soient plus sédatives et plus hyposthénisantes (i).
L'air d'Hyères et de Menton jouit des mêmes vertus h3^giéniques.
Celui de Nice est stimulant et tonique ; aussi doit-il être recherché de préférence par les énervés débiles et languissants. Ceux qui sont doués d'une trop grande irritabilité nerveuse devront choisir de préférence les stations précédentes.
La température hibernale de l'Algérie est un peu plus élevée ; elle est des plus favorables aux personnes dont le système nerveux est fatigué. «Ce qu'il y a de vraiment salutaire en Algérie, dit le D*" Laveran (2), c'est la sérénité du ciel, la température douce de l'hiver et du printemps, la possibilité pour les valétudinaires de substituer aux influences funestes de l'atmosphère confinée de nos appartements une existence passée tout entière à l'air libre et à la promenade. »
Au point de vue qui nous occupe, l'Italie a des
(i) Rotureau, Dict. encyclop. des se. méd., 2« sér. t. H. (2) Laveran, Dict. encyclop. des se. méd.
richesses inépuisables. A Venise, Salerne, Palerme, Naples, la température moyenne de l'hiver est de neuf à onze degrés centigrades. L'air de Naples est saturé d'électricité, souvent agité par des vents contraires; la température y est assez variable. Aussi le climat napolitain n'est-il pas favorable aux névropathes dont le système nerveux est surexcitable. Il convient surtout aux atonies nerveuses de Testomac et de Tmtestm, et à l'épuisement consécutif aux excès sexuels, aux tendances mélancoliques et hypocondriaques, à la fatigue cérébrale causée par des travaux intellectuels trop prolongés (i).
D'une façon générale, les climats maritimes ne conviennent pas aux personnes névralgiques et rhumatisantes, cependant on a signalé la baie orientale de Menton comme offrant un séjour favorable aux rhumatisant- dont les douleurs articulaires et musculaires coexistent avec une grande irritabilité (2).
Si nous cherchons à l'intérieur du continent, nous ne trouverons pas moins de localités favorables à Thivernage des névropathes. Parmi les régions de la France où la température hibernale est relativement élevée et constante, nous pouvons citer Angers et ses environs. Mais c'est surtout dans la région des P^rrénées que se trouvent les stations les plus favorables telles que Pau et Amélie-les-Bains. En Italie les
(i) Rotureau, Dict. encyclop. des se. méd., 2^ série,, tome IL
(2) Rotureau, Dict. encydop. des se. méd., 2*^ série,. tome VI.
LES CLIMATS çr
plus fréquentées sont Pise, Florence et Rome (3).
Les chaleurs de Tété sont funestes à bien des organisations nerveuses. Mais elles peuvent trouver pendant cette saison des lieux où règne une température modérée, à l'abri des oscillations trop brusques dans un sens ou dans Tautre.
En France, ces conditions se trouvent réalisées en partie sur les bords de la Loire, dans le Blaisois, TAnjou et la Touraine; en Italie, sur les bords de lacs de la Lombardie.
Les climats de montagne offrent à ce point de vue un choix des plus riches. En Suisse, le climat doux de stations qui ne dépassent pas une altitude de huit cents mètres convient aux asthmatiques et aux hypocondriaques. A mille mètres, comme à Ghaux-de-Fonds, le climat devient tonique et vivifiant. Plus haut encore, à Saint- Moritz et Loësche, il devient excitant. Il convient alors aux constitutions nerveuses anémiées par une vie trop sédentaire et les travaux intellectuels trop soutenus.
Beaucoup de stations balnéaires, en raison de leur altitude de six à huit cents mètres, offrent un excellent séjour aux névropathes. Telles sont Bagnères-de-Luchon, Eaux-Bonnes, AUevard, Gauterets, Bigorre.
(3) Voy. Carrière, Le climat de l'Italie. 2« édition. Paris,
LES VÊTEMENTS, l'hABITATION
Vêtements. — Non seulement les névropathes, mais tous ceux qui ont des dispositions à le devenir, les convalescents, les anémiques, les gens qui exercent fortement leur système nerveux, les artistes, les hommes de cabinet, redoutent les morsures du froid. Certains grands hommes étaient frileux à un point extraordinaire. Voltaire avait du feu en toute saison ; Napoléon faisait allumer son foyer au mois de juillet, et Byron écrivait qu'il craignait le froid autant qu'une gazelle (i). Cette impressionnabilité excessive est une indication que Fhygiène ne doit pas négliger.
Cependant, les personnes jeunes, encore dans la force de Tâge, fussent-slles préd sposées aux accidents nerveux, doivent chercher plutôt dans le mouvement et Texercice que dans l'accumulation des vêtements, une compensation à la déperdition de calorique produite par le froid extérieur. Par les pratiques hydrothérapiques, elles parviendront en outre à diminuer la sensibilité de leurs téguments et de leurs viscères contre les atteintes du froid. Avant l'époque
(i) Réveillé-Parise, Physiologie et hygiène des gens livrés aux travaux de V esprit, Paris, 1881.