‹ Nervosisme et névrosesChapitre 17 sur 48 · LES VETEMENTS, L HABITATION · texte numérisé non relu

LES VETEMENTS, L HABITATION

OÙ rénergie des échanges nutritifs diminue^ avant Tâge où la constitution commence à devenir vulnérable, il est dangereux d'abuser des vêtements trop chauds, parce qu'ils augmentent la susceptibilité de la peau, et que l'économie s'en trouve désarmée d'autant quand elle n'est plus en mesure de puiser dans son propre fonds les moyens de lutter avantageusement contre les intempéries. Les hygiénistes ne manquent pas, et avec juste raison, de combattre les préjugés absurdes qui poussent tant de mères de famille à débiliter leurs enfants, en les couvrant outre mesure, et les jeunes gens qui s'enveloppent de flanelle méritent la qualification de vieillards anticipés. Mais autant chez eux l'emploi de ce tissu est condamnable, autant il doit être recommandé àceux qui ont atteint l'âge mûr. Patience et flanelle^ tel était le conseil de GuUen aux goutteux; auprès des névropathes qui approchent de la quarantaine, il n'est pas moins en situation. « Comme la plupart des individus doués du tempérament nerveux ont peu de forces physiques, qu'ils recherchent avec soin la chaleur, fait observer Réveillé-Parise, il est bon que leurs habits soient tout à la fois légers et chauds : la ouate remplit parfaitement ces deux conditions N'oublions pas la flanelle, une sorte de vertu magique réside dans ce tissu. La flanelle remplace pour ainsi dire l'instrument appelé strigil chez les anciens, mais d'une manière plus douce et plus constante. Elle conserve le calorique animal, elle excite doucement la peau, enfin elle absorbe promptement la sueur, trois

précieuses qualités que nul autre tissu au monde ne possède réunies. »

Les changements de saison ne doivent être l'occasion d'aucune modification radicale dans les vêtements des névropathes. Les vêtements d'été seront assurément plus légers que ceux d'hiver, mais faits de la même matière, c'est-àdire d'étoffes de laine. Encore la vêture d'hiver doit-elle être conservée pendant la plus grande partie du printemps et reprise de bonne heure à l'automne, en raison des brusques variations de température qui surviennent à ces époques, variations dont les effets sont éminemment dangereux pour les organisations délicates.

Les troubles viscéraux auxquels sont sujets tant de gens nerveux imposent l'obligation de donner aux vêtements une forme qui respecte le libre jeu de tous les organes. Des vêtements trop serrés sont une cause d'inquiétudes, de malaises, qui enlèvent toute liberté d'esprit. Si la compression s'exerce sur la poitrine, elle gêne la respiration et la circulation et peut causer des syncopes^ si elle s'exerce sur la région épigastrique et abdominale, elle arrête le travail de la digestion et aggrave l'état dyspeptique. Que de personnes, météorisées après chaque repas, sont obligées de détacher leurs vêtements pour se soulager !

Chez les femmes nerveuses, l'usage du corset doit donc être surveillé avec un soin extrême. Si l'hygiène a pu dire que le corset moderne, médiocrement serré, est sans influence sur la santé d'une femme bien portante, il n'en est pas de

LES VÊTEMENTS, l'hABITATION 95

même lorsqu'il est serré outre mesure. Les femmes qui se serrent beaucoup ne mangent pas, pour éviter les malaises et les suffocations qu'entraîne Tingestion des aliments; si elles cèdent à leur appétit, elles sont prises de dyspepsies opiniâtres qui ne disparaissent qu'après qu'elles ont renoncé à leur fâcheuse pratique. La compression du ventre a en outre pour conséquence de troubler la circulation des organes contenus dans le bassin, et d'augmenter les troubles nerveux sympathiques des désordres des organes de la génération.

Lits. — Le lit est notre vêtement de nuit. Xavier de Maistre en a dit beaucoup de bien, mais que de gens nerveux en pensent plus encore ! Il doit donc être, lui aussi, l'objet de notre sollicitude.

Pour la confection de ses diverses parties, nous recommanderons la laine. Que les matelas soient formés d'un mélange de laine et de crin ; que les couvertures soient en laine; que le^ oreillers soient de crin. Le lit de plume eht antihygiénique pour tout le monde, mais il e^t particulièrement nuisible aux gens nerveux :il s'imprègne des excrétions sudorales ; entretient la peau dans un état énervant de moiteur, cause fréquente de névralgies ; affaiblit le système musculaire; congestionne les viscères, rend les fonctions digestives paresseuses, et provoque les pollutions.

Parlerons-nous des rideaux qui entourent chez nous la couche du pauvre comme du riche ? C'est une vieille habitude française contre la-

quelle on a beaucoup tonné, qu'il vaudrait mieux perdre, assurément, mais dont plus d'un aurait de la peine à se débarrasser.

Habitations. — Trop de considérations sont engagées, en général, dans le choix d'une habitation pour que l'on puisse toujours se conformer aux indications de Ihygiène. Et pourtant, de quelle importance devraient être pour nous les conditions du séjour où nous passons plus de la moitié de notre existence ? Que de choses, dans un appartement, peuvent offenser le système nerveux des personnes impressionnables ! La température, l'exposition, Tespace, les couleurs, le bruit, le voisinage; autant de circonstances qui devraient être pesées, étudiées, jugées, avant de prendre une décision, et dont on ne tient pourtant que bien peu de compte.

Les gens nerveux craignent à la fois le froid et la chaleur. Le moyen d'obvier à ces deux inconvénients est d'avoir une habitation jouissant d'une double exposition, l'une au midi pour l'hiver, l'autre au nord pour l'été. Ce précepte rappelle un peu la pratique du vicaire de Wakefield, qui aimait à transporter successivement ses pénates dans les diverses chambres de sa maison : seulement, à la fantaisie qui le poussait vraisemblablement, nous substituons des raisons de santé absolument péremptoires. Un grain de fantaisie, au surplus, ne serait pas pour nous effrayer. La sensibilité avide et mobile des gens nerveux s'accommode admirablement de tout changement qui leur procure un

LES VÊTEMENTS, l'hABITATION 97

spectacle nouveau, des sensations nouvelles. L'hiver, un rayon de soleil ne donne pas seulement au névropathe la température dont a besoin sa chétive personne -, il lui apporte par surcroît une impression gaie qui influe favorablement sur ses dispositions morales; car dans cette chaleur, il y a du sourire. L'été, la température modérée que lui offre un appartement à l'abri de Téclat brûlant du soleil, ranime son organisme et soutient son énergie languissante. Qui n'a subi le martyre d'une nuit passée dans rétuve d'une chambre exposée l'été en plein midi dans nos maisons si peu outillées pour le confortable, ne peut comprendre l'importance do la recommandation précédente.

Par les tenips froids, une douce température d'au moins seize degrés centigrades devra être entretenue dans Tappartement. La température des chambres à coucher devra être inférieure de quelques degrés à ce chiffre. L'abus du chauffage artificiel est dangereux et le passage suivant d'un hygiéniste éminent en fait bien ressortir les mconvénients : « Il est certain que le séjour dans les lieux trop échauffés artificiellement détermine des vertiges, de la pes'anteur céphalalgique^ des syncopes, des symptômes de turgescence vasculaire vers la tête. Nous partageons l'opinion de Fleury que la relégation dans un appartement dont la température est celle de la plupart des hôtels de Paris chauffés par des calorifères, exerce sur l'organisme une influence très fâcheuse qui se traduit par une diminution du ressort et de la

A. CULLERRE. NeRV, ^

q8 les milieux

vitalité de la peau, par Talanguissement des fonctions de la respiration^ d'hématose, de calorification, par Taffaiblissement de la circulation capillaire périphérique et une altération du sang; de là certaines variétés de chlorose, d'anémie, de névropaihie, des débilités générales, etc., maladies si répandues dans les rangs opulents et les mieux abrités de la société » (Michel Lévy).

A des heures déterminées, une ventilation énergique balayera Pair vicié par les exhalaisons pulmonaires et le remplacera par des flots d'air pur et vivifiant. En tous temps, de larges baies fourniront la lumière sans laquelle les êtres animés, comme les plantes, s^étiolent et meurent.

L'espace judicieusement ménagé dans un appartement est un élément essentiel, non seulement de salubrité, mais encore de bien-être. Je ne dirai rien des inconvénients de Tair confiné, dont les désastreux effets sur la santé générale sont connus de tout le monde; mais quel est l'homme nerveux qui, par moments, ne s'est senti oppressé, saisi d'une sensation vague d'angoisse dans les étroites cellules de nos appartements modernes? C'est la claustrophobie obligatoire pour les vertigineux, les asthmatiques, les dyspeptiques, les neurasthéniques à propensions émotives. J'en ai vu plusieurs n'y pouvoir séjourner qu'à la condition de laisser les portes ouvertes, et de rester ainsi exposés au froid et aux vents coulis dont le souffle est cependant gonflé de maux redoutables.

LES VETEMENTS, l'hABITATION 00

Dans la disposition et Tornementation intérieures de l'habitation, chacun devra consulter ses goûis et ses susceptibilités particulières. La vue des névropathes est parfois douloureusement affectée par certaines couleurs ou certaines associations de tons criards qui laisseraient le plus grand nombre indifférent. La forme des tentures et des meubles, leurs nuances, tout doit concourir à composer un ensemble harmonieux et agréable. La tristesse qui émane des choses impressionne péniblement les organisalions délicates et les prépare elles-mêmes à la tristesse. Au contraire, si tout ce qui les entoure est adroitement ordonné pour Tagrément des yeux^ elles cèdent à cette heureuse influence et se montrent plus disposées à la gaieté.

Si la solitude est souvent nuisible aux personnes nerveuses, le calme est au nombre de leurs plus impérieux besoms. Elles devront donc rechercher une habitation éloignée des bruits assourdissants de la rue, des ateliers, des machines, des industries. Ceux-là surtout apprécieront ce conseil, que les trépidations du sol heurté par les roues des voitures font tressauter douloureusement dans leurs lits comme des gymnotes, ou dont le crâne se fend à chaque coup de marteau retombant sur l'enclume du voisinage.

Tous ces préceptes sont assurément d'une utilité incontestable, mais, — nous n'hésitons pas à le dire, — pour beaucoup de gens fantasques et déséquilibrés, l'habitation la plus convenable est celle où ils se plaisent] le plus, où ils

ont leurs habitudes, où ils se trouvent à Taise. La puissance du souvenir attache beaucoup de personnes aux endroits où elles ont vécu longtemps et où se sont déroulés les événements principaux de leur existence. Il y a une nostalgie de la maison comme du pays, et tel ne peut, sans un poignant chagrin, s'arracher au logis, quelque incommode, quelque pauvre qu'il soit, où il a passé les années marquantes de sa vie. Il est cependant des cas où il faut lutter contre cette attraction du monde extérieur : c'est quand les souvenirs qui s'y rattachent sont de nature pénible et contribuent à nourrir un état névropathique créé par de grands chagrins. Dans ce cas, le déplacement, le changement de milieu est indiqué ; il enlève souvent à la névrose sa principale raison d'être : ce renouvellement incessant des impressions pénibles qui ont contribué à la créer, et dont elle tirait son principal aliment.

Page 1