‹ Nervosisme et névrosesChapitre 18 sur 48 · VILLES ET CAMPAGNES · texte numérisé non relu

VILLES ET CAMPAGNES

Influences nocives du séjour des villes.

— « Les Villes sont le gouffre de l'espèce humaine. Au bout de quelques générations^ les races périssent et dégénèrent; il faut les renouveler, et c'est toujours la campagne qui fournit à ce renouvellement. » Ces vues, exposées au

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siècle dernier par Jean-Jacques Rousseau (i) ont été de tout point confirmées par la science contemporaine. Le D'' Lagneau (2) a démontré par des recherches très exactes que l'extinction des familles est à Paris un fait normal. Divers auteurs qui ont aussi étudié la question ont établi que les familles parisiennes se perpétuaient rarement au delà de la troisième ou de la quatrième génération. Même dans les classes pauvres, les unions entre Parisiens n'ont plus aucune puissance prolifique au delà de la troisième génération. Sans l'immigration incessante de la province, qui lui fournit ses meilleurs éléments, la population de la capitale ne tarderait pas à disparaître.

Les villes attirent toutes les intelligences vives, tous les esprits actifs dévorés du désir de parvenir, de s'élever au-dessus des autres. Cette sorte de sélection, accrue encore par les unions qui s'opèrent entre citadins également doués d'activité et d'intelligence, contribue à perfectionner les qualités psychiques de la race. Mais en même temps qu'il s'affine, le système nerveux, semblable à ces machines de précision d'autant plus sujettes à se déranger qu'elles sont plus compliquées, devient plus susceptible, plus vulnérable. Pour peu qu'il soit surmené, une catastrophe arrive promptement. De là la mul-

(i) J.-J. Rousseau, Emile ou de V Éducation.

(2) Lagneau, Étude de statistique anthropologique sur la population parisienne (Ann. dïiyg., 1869. toiyie XXXII, V- 249)-

tiplication dans les centres urbains, surtout dans les grandes villes et dans les capitales, de toutes ces maladies da système nerveux qui ne sont que l'expression variée d'un même ensemble de causes : surexcitation mentale démesurée, jeu effréné des passions, épuisement dû aux excès de travail et de jouissances, dégénérescence des descendants.

Le suicide, quel que soit le degré de volonté qui préside à son exécution, quelle qu'en soit la cause déterminante, chagrins, spleen, désespoir^ trouble mental, impulsion irrésistible, est manifestement Pexpression d'un état névropathique, d'une surexcitation maladive du système nerveux. Or, on remarque qu'il s'accroît en France à mesure qu'on s^approche des grandes villes comme Marseille, Lyon et Pans. Les suicides de la capitale forment un septième des suicides de toute la France, et « le petit tronçon de Seine qui traverse Paris engloutit dans un seul mois d''été plus de suicidés que tout le reste du fleuve dans le courant de l'année... » (i). On compte un suicide sur moins de quatre mille habitants dans les villes, tandis que dans les campagnes il s'en produit à peine un sur douze mille. En même temps, ce qui confirme une fois de plus les considérations par lesquelles nous avons commencé ce travail, on constate que cette calamité augmente d'une façon absolue d'année en année, au point que la fréquence en a triplé depuis quarante ans, c'est-à-dire depuis que les campagnes se dépeuplent au profit des villes. L'étude des

(i) Guerry, Essai sur la statistique morale delà France.

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