VILLES ET CAMPAGNES IO
chiffres démontre en outre ce fait toujours d'accord avec les principes que nous avons établis, que le suicide est plus fréquent dans les classes éclairées que dans les classes inférieures, chez les hommes que chez les femmes (i).
La statistique démontre que les maladies inflammatoires du cerveau et de ses enveloppes sont beaucoup plus fréquentes dans les villes que dans les campagnes. A Londres, par exemple, elles sont d'un cinquième plus nombreuses que dans l'Angleterre prise en bloc, c'est-à-dire comprenant à la fois la population urbaine et rurale.
Mêmes remarques à faire pour l'épilepsie (P. Jacobi).
On sait quels ravages fait l'alcoolisme, surtout depuis la substitution des esprits d'industrie aux boissons alcooliquesnaturelles(2). Les morts par intoxication alcoolique simple ou par delirium tremens sont près de deux fois plus fréquentes dans les villes que dans les campagnes. Ce fait deviendra plus frappant encore si Ton remarque que pour contracter le delirium tremens il faut une susceptibilité du système nerveux qui indique l'existence d'une disposition névropathique.
La détestable influence qu'exercent sur la santé des citadins les mauvaises conditions hygiéniques que présentent les villes ne se fait pas sentir indifféremment sur tous les organes,
(i) p. Jacobi, Etudes sur la sélection dans ses rapports avec l'hérédité c!ie.{ V homme, Paris, 1881.
(2) Voy. Bergeret, De Vabus de boissons alcooliques, Paris, 1870.
mais frappe surtout ceux qui sont le point de moindre résistance, c^est-à-dire le système nerveux. Ainsi on a constaté que Taffection tuberculeuse des poumons n'est que de vingt-trois pour cent plus fréquente à Londres que dans toute l'Angleterre^ tandis que la tuberculose du cerveau et des méninges l'est de soixante-quaton^e pour cent. « Il faut en conclure, dit le D^ P. Jacobi, que l'influence délétère de Pair vicié, de l'humidité et de l'insuffisance des logements, de la misère, des privations, de toutes les mauvaisesconditionshygiéniques des grandes villes, toute funeste qu'elle est, est cependant plus de trois fois moins nuisible pour les poumons que l'influence pathogénique des conditions morales de la vie urbaine l'est pour le cerveau. » La folie, personne ne l'ignore, est beaucoup plus fréquente dans les centres urbains très peuplés que parmi les populations rurales. Ce fait est dû en grande partie à l'extension d'une maladie qui sert en quelque sorte de liaison entre la folie proprement dite et les maladies organiques du cerveau : je veux parler de la paralysie générale. Il y a un demi -siècle, cette maladie était peu commune. Aujourd'hui elle figure pour un quart dans le nombre des admissions opérées dans les quartiers d'hommes aliénés des grandes villes. Dans les asiles ruraux, des années entières se passent parfois sans l'admission d'un seul malade atteint de paralysie générale, ce qui plaide avec une éloquence suffisante, il nous semble, en faveur du rôle que nous attribuons aux milieux urbains dans le dévelop-