VILLES ET CAMPAGNES
penient de cette maladie. Les artistes, les hommes de lettres, les hommes politiques lui paient un énorme tribut \ mais elle se multiplie aussi d'une façon effrayante dans les classes inférieures, au fur et à mesure qu^augmentent les difiîculiés de la lutte pour l'existence, le nombre et la gravité des excès, et Pébullition des cerveaux enivrés d'idées nouvelles et travaillés par des théories trop au-dessus de leur intelligence. Si le séjour des villes est susceptible d'engendrer des affections aussi graves, à plus forte raison sommes-nous autorisés à le rendre responsable decesmille troubles nerveux demoindre importance pour lesquels il n'y a pas et il ne peut y av^oir de statistique, mais qui n'en éprouvent pas moins un grand nombre d'individus délicats et impressionnables. La neurasthénie aune symptomatologie moins bruyante, moins grave que les diverses maladies dont nous venons de parler, mais elle n'en poursuit pas moins ses ravages au sein de la population des villes, frappant surtout les hommes des rangs supérieurs, mais n'épargnant les femmes d'aucune classe de la société.
Avantages du séjour à la campagne. Les indications. — L'organisme si sensible des névropathes ressent vivement l'influence du monde extérieur et en subit des modifications plus ou moins énergiques. S'il est fortement influencé par les impressions fâcheuses, il ne l'est pas moins par les impressions favorables : aussi, le calme des champs, le silence et la solitude des bois, cette paix profonde, cette suprême indiffé-
rence dont s'enveloppe la nature, exercent-ils une action puissamment bienfaisante sur les organisations énervées. Il semble que les foules en ressentent d'elles-mêmes, comme d'instinct, les heureux effets. Les citadins les plus pauvres profitent des jours fériés pour s'échapper à la campagne; beaucoup vont fixer leur domicile dans les banlieues relativement solitaires des cités, où ils ne séjournent que pendant les heures de travail. Les gens riches ont des maisons de campagne où ils se réfugient une partie de Tannée, et les plus humbles fortunes ne manquent pas d'aller chercher quelques jours de repos annuel dans quelque région montagneuse, sur une plage ou dans une station d'eaux.
Mais l'effet bienfaisant de ces habitudes relativement récentes, et qui tendent à s'enraciner dans les mœurs, est souvent perdu par la façon dont elles sont mises en pratique. Pour l'ouvrier^ la partie de campagne du dimanche n'est souvent que le prétexte d'une orgie. Pour le riche, le séjour aux champs, dans les châteaux et les somptueuses villas, n'est la plupart du temps qu'une reprise sur de nouveaux frais de la vie mondaine et de ses plaisirs énervants, et l'heureuse influence de la saison d'eaux ou des bains de mer est trop fréquemment neutralisée par les effets qui résultent pour le système nerveux de la fréquentation assidue des salons du casino.
Ce n'est pas ainsi que le temps passé loin de la fièvre des villes peut être utilisé. Les cerveaux fatigués doivent y chercher l'isolement, le