‹ Nervosisme et névrosesChapitre 33 sur 48 · BOISSONS EN GENERAL I · texte numérisé non relu

BOISSONS EN GENERAL I

des préparations diverses, à donner satisfaction à ce besoin d'excitation nerveuse et intellectuelle qui est universel; les Orientaux par des poisons tirés de certaines plantes, les Occidentaux par les boissons fermentées. « L'alcool, s'écrie un médecin du xvi® siècle, dissipe la mélancolie, réjouit le cœur, purifie l'entendement et illumine l'esprit. Il fortifie la jeunesse et ressuscite les vieillards. »

Le névropathe, par suite de son exquise sensibilité qui ne demande qu'à s'exercer; par suite encore de l'instabilité perpétuelle de son système nerveux, éprouve plus que tout autre ce besoin d'une stimulation sans cesse renouvelée, qui remonte momentanément le niveau de son nnervation trop souvent abaissé au-dessous de la normale.

Boissons alcooliques. — L'alcool nous occupera tout d'abord. Le névropathe jugeant cette substance à son point de vue pourrait en dire ce qu'Esope disait de la langue : Qu'elle est à la fois ce qu'il y a de meilleur et de pire. L'alcool, en effet, stimule ses fonctions digestives et les rend plus parfaites, mais il peut les enrayer et même les suspendre d'une façon absolue. Il excite son goût et son appétit, mais parfois les supprime. Il exalte ses fonctions intellectuelles, mais aussi les annihile et les bouleverse. Son action bienfaisante ne se fait sentir que quand on en use dans une juste mesure, au delà de laquelle elle devient au plus haut point pernicieuse, et cette mesure exacte n'est pas facile à déterminer.

Une autre cause qui rend l'usage des alcooliques si délicat pour les gens nerveux, ce qui fait qu'ils l'emploient souvent sans discernement et même au rebours de ce qu'exigerait leur état de santé, c'est que tous ne sont pas poussés par un appétit de même nature. Il en est qui ne recherchent les boissons alcooliques que pour leurs propriétés toniques, reconstituantes et digestives : tels sont les dyspeptiques. D'autres s'en montrent avides par suite d'une dépravation du goût comme certaines femmes grosses, certaines chloro-anémiques qui ne consomment l'alcool que pour sa saveur forte et brûlante. D'autres enfin éprouvent pour cette substance une appétence toute spéciale, en quelque sorte cérébrale, soit continue, soit intermittente : c'est l'appétit de l'alcool qui, s'il est continu, mène à l'alcoolisme et au délire qui l'accompagne, et s'il est intermittent, constitue une forme grave de psychopathie, celle du dipsomane.

Entre l'appétit normal et l'appétit pathologique, il n'y a pas toujours de limite tranchée. Le second naît souvent d'une habitude invétérée, devenue à la longue irrésistible, habitude contractée par suite de dissipation ou d'idées fausses relatives aux propriétés hygiéniques de boissons spiritueuses. L'homme qui travaille et qui use largement de l'alcool^ n'en subira aucun dommage parce qu'il le consomme. Celui qui en absorbe une égale quantité sans la brûler, bien qu'il ne semble pas en souffrir tout d'abord, n'est déjà plus dans les conditions normales :

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