‹ Nervosisme et névrosesChapitre 35 sur 48 · BOISSONS EN GENERAL · texte numérisé non relu

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elles ne consomment pas plus de force ? Ce supplément de force, il le faut trouver, soit dans l'augmentation de combustible, soit dans le perfectionnement des rouages, la diminution des frottements, Téconomie des forces perdues... Il en est de même de nous; nous travaillons plus que nos pères, nous jouissons plus, nous vivons plus vite (i) : delà la nécessité d'une alimentation plus riche la viande; d'une plus grande quantité de combustible, l'alcool ; d'une plus grande économie de force, le café et le thé. Ne pouvant perfectionner notre machine, nous cherchons le moyen de mieux utiliser nos ressources nutritives, de les épargner, d'en tirer tout ce qu'elles peuvent nous donner : telle est la cause de l'usage des stimulants diffusibles et des aliments d'épargne.

Mais autant ces substances sont utiles tant que l'organisme est en bon état, autant elles deviennent dangereuses lorsqu'il a perdu le juste équilibre de ses fonctions. Destinées à stimuler le système nerveux, elles l'exaltent et raffolent quand il a cessé de réagir d'une façon normale. Aussi l'emploi des boissons aromatiques est-il, comme celui de l'alcool, subordonné

(i) Ces considérations ne s'appliquent qu'à l'ensemble des indivîdrs, et doivent être naturellement envisagées dans un sens très général. Personne n'en contestera l'exactitude en ce qui concerne les générations actuelles. Appliquées à des cas particuliers elles n'apparaîtraient la pltipart du temps vraies que partiellement ou même sembleraient absurdes.

à certaines indications que nous nous proposons de faire connaître dans les pages qui vont suivre.

LES VINS, LA bIÈRE, LE CIDRE

Vins rouges. — Au point de vue de leur action eupeptique, les vins, même les plus généreux, n'ont pas trop bonne réputation.' « La plupart, dit M. G. Sée, sont mal digérés ou aident médiocrement à la digestion. » Il est certain que beaucoup de gastralgiques se plaignent des acidités et du pyrosis que leur procure l'usage du vin. Ils feront bien alors de n'en user que dans la mesure qui leur paraîtra compatible avec les susceptibilités de leur estomac, et de choisir les crus que leur expérience leur aura indiqués comme étant les mieux tolérés.

Mais au point de vue des effets toniques et stimulants, rien ne peut remplacer un vin généreux, et les personnes dont le système nerveux est défaillant s'en trouveront à merveille, si leurs digestions sont bonnes et si elles savent ne pas aller jusqu'à Tabus.

Le Bordeaux est le vin favori des gens affaiblis et énervés. Les hygiénistes en font un pompeux éloge, et il est à croire que plus d'un était, en le faisant, pénétré de cet axiome populaire, que ce qui est bon pour le malade est

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aussi bon pour le médecin. « Gomme tous les vins, écrit Fonssagrives, son action se traduit par un effet de stimulation générale, de réparation plastique et d'exhilaration cérébrale. Le premier n'atteint que des limites médiocres, le second s''accuse par cette sensation agréable de réfocillation gastrique que les gourmets connaissent à merveille; le dernier, par une acuité plus grande de l'intelligence et de la sensibilité affective et sensorielle; mais cette dernière action, qu'il faut plutôt attribuer à Tarôme du bordeaux qu'aux faibles quantités d'alcool qu'il renferme, ne s'accompagne en rien de cette excitation vasculaire et de cette augmentation de la chaleur qui caractérisent les effets pyrogénétiques des vins très spiritueux. »

Une des plus précieuses qualités diététiques du Bordeaux, c'est qu'il est faiblement alcoolique, et qu'à ce titre, on risque moins, avec lui, de dépasser la mesure au delà de laquelle certaines personnes rencontrent les désordres nerveux les plus pénibles. Aucun des grands crus n'atteint dix degrés : Le Haut-Bnon ne contient que 9 pour 100 d'alcool, le Ghâteau- Margaux et le Ghâteau-Lafïitte n'atteignent même pas ce chiffre.

Les Bordeaux ordinaires sontplus alcooliques, et se rapprochent à ce point de vue des vins de Bourgogne.

hQ Bourgogne est plus chaud, plus excitant que le Bordeaux et contient environ 2 pour 100 d'alcool de plus ; il convient « aux personnes phlegmatiques, atones, à digestions pares-

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seuses » (Fonssagrives), c'est dire que les systèmes nerveux trop impressionnables devront s^en abstenir, ou n'en user qu'avec une extrême discrétion. Les vins de Nuits sont plus légers que ceux de B^aune, ' et le Glos-Vougeot, le Chambertin^ le Romanée s'éloignent moins du Bordeaux que le Volnay, le Beaune et le Pomard.

Les vins rouges ordinaires sont de qualité si variable, suivant les provenances^ qu'il est impossible de fixer au sujet de leur emploi des règles générales. Trop acides, ils fatiguent Testomac; trop alcooliques, ou plutôt artificiellement alcoolisés, vinés, suivant l'expression en usage, ils déterminent fréquemment des désordres nerveux, dont l'origine paraît obscure et n'est pas toujours rattachée à sa véritable cause.

Beaucoup d'énervés, de névropathes, acceptent avec empressement la prescription banale du traitement tonique : vin rouge généreux et viandes saignantes. Tous ne peuvent pas recourir aux grands crus dont nous avons parlé, et sont obligés de se contenter de vins d'une qualité douteuse, baptisés Bordeaux par le commerce, et qui ne sont que le résultat d'adroits mélanges de vins de provenance diverse el d'alcools d'industrie (i). Aa lieu de la tonification attendue, au lieu de l'effet à la fois stimulant et sédatif d'un vin généreux et naturel, se

(i) Voy. A, Gautier, La sophistication des vins, méthodes analytiques te procédés pour reconnaître la fraude, 3* édition. Pans, 1884. — Cazeneuve, La coloration des vins, Paris 1886.

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