‹ Nervosisme et névrosesChapitre 40 sur 48 · EXCITANTS ET POISONS · texte numérisé non relu

EXCITANTS ET POISONS

Usage universel des excitants du système nerveux. — On raconte que Mahomet, effrayé des ravages que produisait en Arabie l'usage des boissons fermentées, résolut d'en défendre Tusage aux fidèles de son Coran, croyant sans doute les mettre pour jamais à Tabri des désastreux effets de Tébriété. Mais il avait compté sans Tadmirable souplesse que l'esprit humain sait déployer quand il s'agit de tourner une difficulté. Le hachisch et plus tard Topium et le tabac leur procurèrent les délices dont ils purent se croire un moment privés par la prohibition des boissons alcooliques. Ainsi l'ivresse est une chose bien nécessaire aux hommes, puisqu'ils cherchent à se la procurer n'importe avec quoi, n'importe comment. Au surplus, les Arabes ne furent pas les premiers à rechercher les effets enivrants des substances narcotiques, et tous les peuples ont eu leurs excitants favoris auxquels ils n'ont jamais dédaigné d^adjoindre —

témoin les Européens civilisés — ceux dont se délectaient les nations étrangères.

Nos pères ne connaissaient guère que le vin, et nous sommes presque tentés de les plaindre en pensant à la somme de jouissances dont ils étaient privés. Ce n'est qu*à une époque relativement récente que Talcool passa de Toffîcinede l'apothicaire dans la cave du cabaret. Le thé et le café nous vinrent ensuite des deux Indes, après toutefois que nous eûmes pris des Américains l'habitude du tabac. Etait-ce assez? pas encore... Nous sommes en train d'emprunter aux Chinois Topium et ses jouissances; mais, détail caractéristique, en gens de progrès que nous sommes, nous perfectionnons leur pratique en adoptant Tusage de la quintessence de l'opium, la morphine.

Ce n'est pas tout encore, on rencontre quelques affamés de sensations nouvelles qui ne se contentent pas de cette variété déjà si considérable d'excitants et d'inébriants, et qui demandent à la chimie des ivresses inconnues. Il paraît qu'en Amérique, les abus d'éther et de chloroforme ne sont pas rares. En France, on les rencontre aussi quelquefois. Le D' Sedan (i) cite le cas suivant:

Un jeune homme commença, dès l'âge de dix ans, à boire de l'éther et obtint, sous l'influence de ce poison, les plus brillants succès universitaires. Pendant neuf ans ce garçon, d'apparence chétive et d'une faible constitution, consomma tant en breuvage

(i) Seds^n, Ga:(ette des hôpitaux, i5 septembre i883.

qu'sn inhalations de cent à mille grammes d'éther par jour. Il volait ses parents pour satisfaire sa passion, et faisait lever la nuit les pharmaciens pour se procurer son excitant favori n'en pouvant supporter la privation même pendant quelques heures. Plus tard, il prit goût à la morphine et devint morphiomane (i).

Nous-même avons soigné une dame névropathe qui faisait un usage habituel des inhalations d'éther. A la suite d'inhalations plus copieuses que de coutume, un litre en deux jours environ, elle tomba dans un accès tellement violent d'excitation maniaque qu'on dut la conduire dans un asile d'aliénés.

De quelques excitants cliez différents peuples.— • Nous avons exposé ailleurs les dangers que font courir au système nerveux les boissons alcooliques et stimulantes. Nous voudrions maintenant mettre en lumière ceux qui résultent du tabac, et aussi de la morphine dont la mode semble vouloir se répandre. Mais auparavant nous ferons un rapide historique des poisons excitants usités par les diverses nations depuis l'antiquité jusqu'à nos jours.

Les Massagètes, d'après Hérodote, projetaient sur des charbons ardents les fruits d'un certain arbre, et après en avoir aspiré la fumée se mettaient à chanter et à danser. Plutarque raconte que les habitants de la Thrace obtenaient l'ivresse et le sommeil en respirant la fumée d'une

(i) Voyez aussi: Christian, Un cas de d\^somanie par inhalations d'éther. Annales médico-psychologiques, septembre i88b. — Legrand du Saulle, Ann. d'hyg., 1882. — P. Regnard, Rev. scient., i885. — Beluze, De l'étharomanie (Ann. d'hyg., 1886. Tome XVI, p. b3g).

plante qu'on suppose être le Datiira stramonium. On a émis l'avis que les hallucinations et le délire des sorcières du moyen âge étaient causés par la belladone. Les Polynésiens s'enivrent avec le kava, boisson fabriquée avec le fruit d'une pipéracée ; les Tongouzes, avec la poudre d'un certain agaric; les Indiens d'Amérique, avec celle que fournit la gousse d'un acacia.

Les Indous et les Malais mâchent le bétel, composé des feuilles d'un arbre à poivre et d'une noix de palmier-, les nègres d'Afrique, la noix de kola; les Péruviens, la coca. Tous ces peuples recherchent avec avidité la stimulation que procurent ces substances, la plupart d'un goût désagréable.

Les effets de la coca sont des plus énergiques. Sous son influence, on éprouve, paraît-il, une sensation de bien-être^ un accroissement de vitalité, de la surexcitation mentale, un véritable sentiment de béatitude. L'emploi de cette substance poussé jusqu'à l'ivresse produirait, selon Mantegazza, des jouissances supérieures à toutes celles qui nous sont connues !

Chanvre indien. — Les Orientaux tirent du chanvre indien diverses préparations enivrantes usitées en Egypte, en Syrie, en Perse et dans les Indes. Tantôt on en fume les feuilles, soit seules, soit mélangées au tabac ; tantôt on en retire un extrait qui a reçu le nom de hachisch et qui se prend mélangé à certaines substances aromatiques dans le but d'en masquer la saveur nauséeuse. On y ajoute encore différentes matières

destinées à en augmenter l'effet excitant, comme l'opium, l'extrait de stramoine; ou à lui donner des propriétés aphrodisiaques, telles que la cannelle, le gingembre, le girofle, et peut-être aussi, de la poudre de cantharides.

D'après Moreau (de Tours), qui a bien étudié les effets du hachisch, il produit, pris à faible dose, la stimulation agréable que procure une tasse de café ou de thé pris à jeun.

« Par 1 élévation de la dose, ce sentiment devient de plus en plus vif, vous pénètre et vous émeut davantage, comme s'il devenait surabondant et allait déborder. Une légère compression se fait sentir aux tempes et à la partie supérieure du crâne. La respiration se ralentit, le pouls s'accélère, mais faiblement. Une douce et tiède chaleur, comparable à celle qu'on éprouve en se mettant au bain, pendant l'hiver, se répand partout le corps, à l'exception des pieds, qui d'ordinaire se refroidissent. Les poignets et les avantbras semblent s'engourdir et devenir plus pesants; il arrive même qu'on les secoue machinalement, comme pour les débarrasser du poids qui les presse. Alors aussi naissent, dans les extrémités inférieures principalement, ces sensations vagues et indéfinies qui •caractérisent si bien le nom qu'on leur a donné, d'inquiétudes. C'est une sorte de frémissement musculaire sur lequel la volonté n'a aucun pouvoir (i). »

D'après Morel, Labus du hachisch entretient un état habituel d'hallucinations et conduit à une

démence incurable (2).

(i) Moreau de Tours, Du hachisch et de V aliénation mentale, Paris, 1845.

(2) B.-A. Morel, Traité des dégénérescences de l'espèce humaine, Paris, 1857.

Opium. — L'opium est fumé ou absorbé par Testoaiac suivant l'habitude des pays où il est en honneur. L'usage de cette drogue est depuis longtemps répandu dans tout l'Orient, et semble avoir pris naissance en Perse, la patrie du pavot. De la Perse, elle passa dans Tlnde, de là, à Ceylan, dans les îles de la Sonde, puis en Gochinchine, en Chine et au Japon.

Les Chinois et tous les peuples de l'extrême Orient fument l'opium. Un fumeur émérite en consomme chaque jour de trois à quatre grammes. Une fois l'habitude prise, il n'est pas d'effort de volonté qui parvienne à la supprimer. Dès les premières bouffées, le fumeur éprouve de la langueur, de la faiblesse, des tremblements, un défaut d'équilibre, une plus grande fréquence du pouls et de la respiration, de l'excitation génésique. Puis sa tête se congestionne légèrement, il est envahi par un grand sentiment de bienêtre, et s'abandonne à une douce et agréable rêverie... Bientôt la pipe tombe de ses lèvres, sa béatitude est complète, et il s'endort, mais d'un sommeil qui n'a rien de réparateur.

L'habitude invétérée de fumer Topium entraîne une altération progressive de la santé. Les symptômes observés sont : la perte du sommeil, des étourdissements continuels, de la céphalalgie; un invincible dégoût pour les aliments, des vomissements, une émaciation progressive, une frigidité absolue, des névralgies. L'intelligence et le sens moral s'oblitèrent de plus en plus, et plusieurs finissent par demander au vol la satisfaction de leur triste habi-

tade. Sur quarante Chinois enfermés dans les prisons de Singapour, trente-cinq étaient fumeurs d'opium !

Dans le Levarft, les individus connus sous le nom de thériaquis, demandent à l'opiophagie un engourdissement voluptueux et un avantgoût des béatitudes promises dans le Paradis de Mahomet. Les riches musulmans, au dire du D"" Zambaco, font venir de Kara-Hissar, près de Smyrne, un des plus riches opiums du commerce ; ils ne cèdent à personne le soin, on peut même dire le plaisir de préparer leur poison favori, et pour que leurs pilules ne durcissent pas outre mesure, ils les fabriquent eux-mêmes tous les deux ou trois jours.

L'abrutissement des fumeurs d'opium et des thériaquis est légendaire et surpasse peut-être celui des mangeurs de hachisch. L'homme paye ainsi de la perte de son intelligence, quelques jouissances maladives dont la source ne tarde pas à s'épuiser et que remplace bientôt une souffrance continue et irrémédiable.

Partisans et adversaires. — On connaît rhistoire du tabac. L'mtroduction de cette substance en Europe est postérieure à la découverte de l'Amérique, et c'est des sujets de Montezuma,

des Peaux-Rouges et des Aztèques que nous avons pris Thabitude de priser, de fumer et même de chiquer les feuilles de Therbe à laquelle Nicot a donné son nom.

Urbain VIII a excommunié le tabac et il n'a pas réussi à en extirper l'usage. Il est vrai que les jésuites étaient pour le nouveau poison. Les shahs de Perse firent sans plus de succès couper le nez et les lèvres à ceux de leurs sujets qui voulurent fumer. Un czar infligeait aux fumeurs de ses Etats soixante coups de bâton sur la plante des pieds et Amurat IV les faisait pendre une pipe à la bouche : toutes ces rigueurs furent déployées en vain.

De nos jours des moralistes austères, déplorant sans doute en secret de ne pouvoir disposer du bras séculier, lancent de non moins vaines imprécations contre le tabac qu'ils chargent de toutes les iniquités du monde. A les entendre, la disparition de cette plante ramènerait l'âge d'or sur la terre. N'est-ce pas elle qui cause le dérèglement des mœurs, qui répand dans les masses l'esprit de dissipation, qui relâche les liens de la famille, contribue aux progrès de l'alcoolisme, au dépeuplement de la France, est en partie l'auteur de ses infortunes, travaille en un mot au suicide national ? C'est beaucoup de bruit pour un peu de fumée.

D'autres, non moins autorisés, considèrent l'habitude du tabac comme inoffensive. Le professeur Huxley, appelé à émettre son avis sur cette brûlante question devant l'Association britannique pour l'avancement des sciences, qui

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est à peu près également partagée entre les partisans et les adversaires de la plante de Nicot, commença, aux applaudissements enthousiastes des ennemis du poison, par dire que pendant une partie de son existence, il n^avait pu supporter le tabac et qu'il le considérait alors comme une drogue dangereuse. Mais il ajouta bientôt, aux transports des fumeurs et à la confusion de leurs adversaires, qu'il finit par s'y accoutumer et par trouver une jouissance réelle dans l'action de savourer un cigare.

« Une pipe, dit-il, n'est pas plus dangereuse qu'une tasse de thé. On peut s'empoisonner à boire du thé vert à l'excès; on peut se tuer à manger trop de beefsteaks. De même on peut se rendre malade si l'on fume immodérément. Mais le tabac à dose modérée a une action sédative que je considère comme bienfaisante dans la plupart des cas ; il n'est pas douteux qu'il adoucisse les mœurs (i). »

En somme l'usage du tabac ne mérite ni approbation ni anathème. Le plus fort argument qu'on puisse faire valoir contre lui au point de vue à la fois économique,, philosophique et hygiénique, c'est qu'il n'est d'aucune utilité réelle. Quant à l'abus il est fâcheux, comme tous les abus possibles; c'est donc l'abus surtout qu'il faut incriminer, et dont il importe de faire ressortir les conséquences nuisibles, conséquences en général plus graves d'une évolution plus rapide chez les individus nerveux que chez les autres.

(i) Le Temps, 23 juillet i8S6.

Effets du nicotisme. — Le tabac contient une substance chimique qui constitue un des poisons les plus énergiques que Ton connaisse, la nicotine dont quelques gouttes suffisent à foudroyer un animal. Néanmoins, ce n'est pas le seul principe toxique de la plante, car on a remarqué que les effets produits par Tusage du tabac n'étaient pas en rapport avec la quantité de ce principe contenue dans la préparation employée. Les tabacs orientaux par exemple, qui renferment 2 pour 100 de nicotine, provoquent des troubles organiques aussi forts que les tabacs français qui en contiennent 7 pour 100.

Les personnes qui usent pour la première fois du tabac éprouvent les symptômes d'un empoisonnement plus ou moins grave : chez les unes, on ne constate qu'un peu de malaise et des vomissements; chez le plus grand nombre, aux vomissements viennent se joindre une céphalalgie intense, des douleurs dans tout l'appareil digestif, une accélération et une grande faiblesse du poulsj de la pâleur de la face, des sueurs froides, des vertiges, une tendance à la syncope, de la salivation et de la diarrhée. L'assuétude se fait rapidement, et il suffit de répéter à plusieurs reprises cette pénible expérience pour la voir devenir inoffensive ; néanmoins, on conçoit qu'un système nerveux délicat soità la longue péniblement infiuencé par l'action prolongée du tabac.

Les ouvriers qui manipulent cette plante et ont soumis d'une façon continue aux émanations qu'elle répand pendant les longues et mi~

nutieuses préparations qu'on lui fait subir, ne sont pas sans en ressentir quelquefois des inconvénients graves. Gasc, médecin de la manufacture de Tonneins, a remarqué que les affections nerveuses étaient très fréquentes chez les ouvriers. Les ouvrières de la même catégorie sont en général mauvaises nourrices , exposées aux fausses couches, et leurs enfants sont chétifs, blêmes, irritables, s'élèvent difficilement et supportent mal les efforts de la dentition. On observe chez eux une mortalité considérable et de nombreuses maladies des centres nerveux (i).

Action produite sur le système nerveux par l'abus du tabac. — L'intoxication tabagique porte ses effets sur le système nerveux tout entier.

La dyspepsie est une affection commune chez les grands fumeurs. Le tabac, après avoir produit au début une stimulation énergique de l'appareil musculaire gastro-intestinal, a pour effet de le paralyser d'une façon à peu près complète, d'où une atonie des fonctions digestives rendues encore plus difficiles par suite de la suppression des liquides digestifs opérée par le poison. Non seulement il tarit les sucs gastrique et pancréatique, mais encore il provoque le rejet d'une notable quantité de salive qui est perdue pour l'élaboration première de certains aliments.

Selon Van Lair, — et son opinion est adoptée ,par nombre de médecins, — le tabac est capa-

(i) Voyez Melier, De la santé des ouvriers employés dans hs manufactures de tabac {Mém. de VAcad. de méd. 1846 et Ann.dliyg.,l.\yiX\V).

ble de produire des névralgies de toute espèce : gastralgies, névralgies faciales, intercostales et sciatiques. Axenfeld dit avoir observé des troubles douloureux des nerfs qui n'avaient pas d'autre cause.

« Le trijumeau, dit-il, est le plus souvent atteint, et il est à remarquer que ces névralgies sont d'origine congestive, c'est-à-dire qu'elles s'accompagnent presque toujours d'une vive rougeur de la face (i). »

Le vertige est un des accidents les plus fréquents de Tabus du tabac, selon le même auteur. Decaisne a rapporté (2) un cas de vertige stomacal intense qui ne céda qu'après que le malade eut cessé de fumer.

Les expériences de Vulpian, celles de Latteux , démontrent que certains tremblements sont dus à l'action du tabac. Guéneau de Mussy fait remarquer que beaucoup de fumeurs tremblent quand ils fument à jeun, et Tardieu (3) a constaté deux fois ce trouble nerveux à la suite de l'application externe de topiques au tabac, qui avaient causé des symptômes d'empoisonnement. Un médecin de Paris très connu, qui prisait beaucoup, avait un tremblement convulsif des mains qui l'empêchait même d'écrire. Le trouble nerveux cessait quand il avait le courage de se priver de tabac (4).

Beaucoup de gens nerveux usant modérément

(i) Axenfeld, Traité des névroses, Paris, i883.

(2) Decaisne, G^f. des hop., 1869 et Anu. d'hyg., j883, 3« sér., t. IX, p. ^525.

(3) Tardieu, Etude médico-légale sur l'empoisonnement.

(4) Dict, encyclop. des se. méd., 3« sér., t. XV.

du tabac ne peuvent le faire impunément qu'à la condition de ne pas sortir de leurs habitudes. S'ils fument un peu plus que de coutume, ils sont pris aussitôt de céphalalgies et de troubles digestifs. Nous connaissons une personne atteinte de dyspepsie intermittente qui peut se procurer à volonté un retour de sa maladie en augmentant dans une proportion des plus minimes la quantité de tabac qu'elle consomme le soir après son repas.

Divers oculistes, entre autres Desmarres, Siebel, Galezowski (i), ont signalé un affaiblissement de la vue causé par l'abus du tabac, et que Ton désigne sous le nom à'ambljopie nicO" tique. Elle consiste dans l'affaiblissement de Tacuité visuelle, la diminution de la vue à distance, et s'accompagne parfois d'une perversion dans la perception des couleurs, due à la persistance anormale des impressions lumineuses. Très souvent au tabagisme vient se joindre l'alcoolisme, et les effets pernicieux des deux intoxications s'aggravent en s'ajoutant les uns aux autres. La cessation des excès amène la disparition des accidents (2).

L'ouïe peut être atteinte, soit que le tabac détermine une angine chronique qui se propage à la trompe d'Eustache, conduit mettant en communication Toreille avec l'arrière-gorge; soit qu'il agisse directement sur le nerf acoustique,

(i) Galezowski, Traité des maladies des yeux, 1^ édit,, Paris, 1875, et Galezowski et Daguenet, Diagnostic et traitement des affections oculaires. Paris, j886. {•2.J Voy. JoUy, Le tabac et l'absinthe. Paris, 1875.

en provoquant des bourdonnements, des sifflements, et un affaiblissement de l'acuité auditive.

Plusieurs médecins ont noté l'action stupéfiante qu'exerce le tabac sur les fonctions génésiques; et on a signalé, chez de grands fumeurs, des cas de frigidité cédant à la suppression complète de rhabitude du cigare.

Sous Pinfluence des excès de tabac, il se produit d'abord un ralentissement du pouls, puis une accélération maladive. Decaisne a trouvé, chez vingt-huit fumeurs sur quatre-vingt-huit, des intermittences des battements du cœur sans lésion de l'organe. Les femmes qui fument seraient excessivement sujettes à cet accident. En 1862, Gélineau a observé à bord d'un navire une véritable épidémie de sternalgie : tous les malades étaient des fumeurs acharnés.

On a encore observé une sorte d'asthme nicotinique : subitement le patient manque d'air, Tasphyxie lui paraît imminente ; il éprouve une vive frayeur et fait d'énormes efforts d'inspiration. La crise se dissipe rapidement sans laisser de traces.

Enfin, l'angine de poitrine, cette terrible névrose, est souvent causée par l'intoxication nicotique. C'est l'opinion des plus ikstres cliniciens, et elle a rallié presque tous ks médecins actuels. Il n'en est guère qui, au bo .t de quelque temps de pratique, n'aient observé ces angines de poitrine ayant cette origine. Va.iin cite le cas d'un officier nicotinisé qui ne pouvait, sans avoir une crise, supporter qu'on fumât auprès de lui. Leroy de Méricourt fournit son propre exemple :

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« Subitement j'étais pris de palpitations de cœur telles que le pouls devenait presque insensible. La radiale ne donnait plus au toucher que la sensation d'un frémissement à peine perceptible. Le corps était inondé de sueur froide; il y avait un état lipothymique. »

Action du tabac sur l'intelligence. — Il est assez difficile d'isoler et de mettre en relief les troubles que peut produire le tabac sur rintelligence, car la plupart du temps l'abus de cette substance coïncide avec d'autres excès, les alcooliques en particulier, dont le rôle est assurément plus important que celui du tabac luimême.

Les fumeurs, surtout ceux qui se livrent aux travaux de Tesprit, trouvent une certaine excitation dans l'action de fumer; il semble que le tabac stimule leurs facultés, éveille les idées et facilite le travail. Les mêmes effets sont attribués à tous les poisons de l'intelligence, opium, alcool, hachisch, etc. ; mais ceux du tabac sont certainement les moins énergiques. Ils sont même niés par quelques médecins, qui attribuent la stimulation éprouvée simplement à la satisfaction d'une habitude tyrannique. S'abstenir de fumer, alors que le moment est venu de le faire, cause de l'inquiétude, un certain malaise que la satisfaction du besoin fait disparaître.

Certains auteurs ont cru reconnaître au tabac une action sédative et calmante. D'autres ont remarqué qu'il produit l'insomnie et qu'il agit comme le thé vert, en déterminant une impres-

sionnabilité exagérée et de la tendance aux tremblements et à l'irritabilité de caractère.

Entre l'avis de ceux qui dénient au tabac toute action nocive, et celui des moralistes qui lui attribuent tous les maux qui frappent l'intelligence , doit trouver place une opinion moyenne exempte de toute exagération. Divers auteurs ont montré que le tabac était nuisible aux jeunes intelligences. Decaisne a vu des enfants qui, après avoir commencé brillamment leurs études, devinrent lents, apathiques, incapables de tout travail, dès qu'ils eurent contracté l'habitude de fumer. Bertillon, dans une curieuse statistique, a montré que les élèves des grandes écoles qui sont les plus forts fumeurs occupent les derniers rangs.

On a accusé le tabac de causer la paralysie générale. Malgré des assertions nombreuses, la preuve n'est pas faite; et à peine cite-t-on quelques cas douteux où cette étiologie puisse être invoquée. Beaucoup d'auteurs, pourtant, pensent que le tabagisme est responsable de bon nombre de lésions importantes du système nerveux. Sur cinquante-neuf affections graves des centres nerveux, Tamisier en a trouvé quarante et une chez les fumeurs, dont trente faisaient un grand abus de tabac.

On a aussi constaté que la consommation du tabac est, dans une région donnée, en relation avec le nombre des fous qu'elle fournit; et, d'après le D^ Venturi, cette habitude serait un signe évident de décadence mentale, puisque dans les asiles d'aliénés ce sont les incura-

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bles qui sont le plus portés à Tusage du tabac.

Les névropathes et les gens prédisposés aux désordres nerveux sont parfois très sensibles à Faction du tabac et Tabus peut entraîner chez eux une impressionnabilité maladive, de l'irritabilité de caractère, de l'hypocondrie, quelques hallucinations et des terreurs imaginaires.

Sur un point, tous les observateurs sont unanimes : le tabac affaiblit la mémoire et diminue l'attention. Le D*" Rouillard a recueilli de nombreuses observations de ce fait :

« Tous les sujets, la plupart des hommes du monde, pouvant analyser leur état d'une façon intelligente, tous exempts de syphilis, d'alcoolisme et de toute maladie pouvant troubler la mémoire, tous les sujets, dis-je, ont présenté le même symptôme : oubli des mots, oubli des substantifs, surtout des noms propres, jamais ou presque jamais oubli des faits et des images. Après de grands abus de tabac, l'amnésie verbale est presque complète et le sujet voit son vocabulaire réduit à quelques expressions banales; il se sert à chaque instant des mots « machin », « chose » pour désigner les personnes et les objets dont il ne peut plus évoquer le nom. C'est le type si bien décrit par Alphonse Daudet (i). Ici, l'amnésie nicotique se rapproche beaucoup des autres amnésies par intoxication, notamment de l'amnésie alcoolique (2). »

Rappelons, avec le même auteur, pour montrer que le tabac n'est pas également dangereux pour tout le monde, que parmi les fumeurs célèbres il faut compter les poètes Milton, Walter

(i) Daudet, Le Nabab.

(2) Effets du tabac sur l'intelligence {encéphale, ï'^^6, n* 3.)

Scott, Byron, les physiologistes Haller, Boerhave; que Napoléon prisait, et que Bacon, Locke, Newton, Kant, prisaient etfumaieni tout à la fois.

Progrès de la morpMomanie. — L'extrême Orient avait ses fumeurs d'opium, l'Orient avait ses thériaquis, TOccident n'a pas voulu être en reste avec eux, et il a maintenant ses morphiomanes.

Depuis longtemps déjà on signale aux Etats- Unis l'habitude de manger de Topium et de boire du laudanum. En Angleterre, dans les villes manufacturières, l'emploi de l'opium, pour calmer les petits enfants, est fort répandu : Les mères leur administrent au moment où elles partent pour l'usine une dose de teinture d'opium ou de sirop de pavots blancs.

C'est en Allemagne que la morphiomanie a débuté et a fait ju^:qu''ici le plus de victimes. M. Landowski pense que l'origine de cette habitude provient de l'usage abusif qu'on fit de la morphine pendant les guerres de 1866 et de 1870 pour calmer les douleurs des blessés. Une fois guéris, plusieurs continuèrent à s'administrer des piqûres de morphine, et cette pratique se répandit dans les différentes classes de la société

avec une rapidité telle qu'il fallut créer plusieurs maisons de santé pour le traitement des morphiomanes.

Cest donc la médecine qui est responsable de ce nouveau fléau.

« Si, selon Notta, on interroge les morphiomanes, et si on leur demande comment ils ont contracté cette funeste habitude, huit fois sur dix ils feront une réponse identique : ils avaient une névralgie rebelle, une maladie douloureuse quelconque dont les souffrances n'étaient calmées que par des injections de morphine. Le médecin la faisait pendant les premiers temps, puis ils ont continué eux-mêmes. Peu à peu ils en sont arrivés à ne pouvoir se passer de leurs injections, et ils sont devenus morphiomanes (i)! »

Le morphinisme a commencé par être fréquent parmi les médecins, en raison des facilités matérielles qu'ils trouvaient à se procurer le poison, d'abord dans un but thérapeutique, puis par suite d'un entraînement irrésistible (2) . L'habitude de s'administrer à eux-mêmes la morphine aurait rendu certains médecins américains tellement insouciants au point de vue des doses que, selon le D' Kane, ils auraient parfois occasionné des empoisonnements mortels parmi les personnes de leur clientèle.

La contagion s'est ensuite propagée parmi les gens du monde. On a fabriqué pour les femmes élégantes de véritables bijoux destinés à conte-

(i) Notta, Archives de méd., 1884.

(2) Sur 160 morphiomanes, Landowski trouve 56 médecins, et 26 auxiliaires de médecins^, sages-femmes et gardemaiades.

nir le poison et les ustensiles nécessaires à Padministration des injections, et plus d'une a remplacé son flacon de sels par un étui à seringue hypodermique. Les romanciers ont déjà noté ce détail des mœurs nouvelles. Alphonse Daudet, dans VEvangéliste^ mettant en scène une mondaine plaignant une de ses amies à l'occasion de la mort de son mari, lui fait dire :

ce Elle n'a pu s'en consoler; seulement elle, pour oublier, elle a ses piqûres... Oui, elle est devenue... comment dit-on?... morphiomane... Toute une société comme ça... Quand elles se réunissent, chacune de ces dames apporte son petit étui d'argent avec l'aiguille, le poison... et puis, crac ! sur le bras, dans la jambe... ça n'endort pas, mais on est bien... Malheureusement, l'effet s'use chaque fois, et il faut augmenter la dose. »

En Orient, le procédé des injections hypodermiques tend à remplacer Topiophagie. Les piquantes révélations du D"* Zambaco, de Gonstantinople, nous font connaître les habitudes de ce pays.

«J'ai souvent vu, dit-il, des gens du monde en possession d'un arsenal de petits instruments à injections, et qui avaient toujours à leur disposition, grâce à leur médecin, une solution de morphine capable de les empoisonner! Des dames, même, appartenant à la classe des plus élégantes, poussent leur bon goût jusqu'à se faire faire des bijoux recelant une seringue mignonne et des flacons artistiques destinés à contenir la solution enchanteresse l Au théâtre, dans le monde, elles s'esquivent un instant , ou bien elles épient le moment favorable de faire joujou, en s'in-

jectant sur une partie visible de leur corps, ou bien soustraite aux regards, une injection morphinée. »

Les habitudes morphiniques tendent à se répandre dans le peuple et dans les classes ouvrières. On rencontre assez fréquemment des m^orphiomanes dans les hôpitaux et jusqu'au dépôt de la Préfecture de police où on voit des détenus réclamer à grands cris l'injection à laquelle ils sont habitués et dont ils ne peuvent se passer. Elles semblent plus communes chez les hommes que chez les femmes : Levinstein, sur cent morphiomanes, compte quatre-vingt-deux hommes et vingt-huit femmes seulement (i).

Effets de la Morpliine. ■— Une dose de quelques milligrammes d'un sel de morphine produit déjà des effets physiologiques très sensibles ; un ou deux centigrammes provoquent les phénomènes d'un commencement d'empoisonnement. Mais Tassuétude est en général rapide, et les mêmes effets ne peuvent être longtemps obtenus qu'en augmentant progressivement les doses.

Un certain nombre de ceux qui font abus de la morphine y arrivent, comme nous l'avons dit, par Pintermédiaire de la thérapeutique, qui a inauguré l'administration du poison, et n'a

(i) Le D"" Erlenmeyer vient de signaler une nouvelle intoxication engendrée par la morphimanie: c'est la cocaî- 7îomanze; certains morphiomanes, pour échapper a la morphine, s'adonneraient à la cocaïne; mais les effets de cette dernière substance ne seraient pas moins désastreux que ceux du premier poison. (Nouvelle revue, iS octobre, 1886. Encéphale, iSS6tl Ann. ^Vzjr^., 1887, 3* sér., t. XVII, p. 0 2).

pas SU la suspendre après la guérison des accidents qu'il s'agissait de combattre. D'autres cèdent à l'impulsion de satisfaire un appétit bizarre, maladif, éclos à la suite d'une première dose fortuite, qui a laissé comme un désir inassouvi. Dans quelques cas, il en est qui cèdent à la curiosité, à l'instinct d'imitation, et qui, une fois pris dans l'engrenage, ne peuvent plus s'en arracher. Dalbane cite un individu qui se faisait des injections de morphine dans le but de se procurer une ivresse voluptueuse et des rêves agréables.

L'habitude une fois prise, au besoin psychique succède un besoin organique, impérieux^ irrésistible, dont la non-satisfaction se traduit par un insupportable malaise, de la prostration ph3^sique, de Thébétude intellectuelle, une véritable détresse organique. L'effet s'émoussant sans cesse, il faut progressivement augmenter les doses. Certains morphiomanes consomment jusqu'à deux grammes de poison par jour; on en a vu arriver au chiffre effrayant de cinq grammes.

Le plus souvent au bout de quelques mois, dans quelques cas rares, au bout d'un à deux ans et plus, le niorphinisme est constitué. De même que pour l'alcoolisme, les victimes de cette intoxication semblent douées d'une certaine prédisposition névropathique en vertu de laquelle ils sont particulièrement enclins à éprouver l'appétit morbide de l'opium et à y succomber. Chez beaucoup d'entre eux on tro.ve des antécédents héréditaires plus ou moins graves,

l'hystérie, la neurasthénie, Tépilepsie et surtout les psychoses.

Levinstein (i) a tracé un tableau saisissant de cette sorte de maladie. En voici les traits principaux :

ce L'injection morphinée ne combat pas seulement l'insomnie et ;la douleur, mais elle opère en même temps une transformation de l'homme tout entier. Elle donne naissance à des sensations de volupté qui n'ont d'analogues que dans l'excitation alcoolique. L'humeur change ; l'homme affligé s'égaye après l'injection morphinée , le débile y puise des forces ; l'énervé y puise de l'énergie; le silencieux devient loquace; le timide devient hardi; la conscience de la force et de la capacité se trouve accrue. Mais aussitôt que la morphine a été éliminée du corps, une profonde dépression succède à cette euphorie en proportion inverse de la surexcitation primitive.

(( Le médicament stupéfiant devient bientôt indispensable à ceux qui se font eux-mêmes les injections sous-cutanées, car par son usage ils peuvent faire disparaître tout malaise psychique ou somatique. Ils se cramponnent à la morphine comme le buveur à sa bouteille. Elle sert à étouffer leur mauvaise humeur, leurs chagrins domestiques et leurs ennuis professionnels.

« Ils réassurent leurs membres tremblants avec la morphine, comme fait l'alcoolique avec la goutte du matin. Mais quand l'action de la morphine a passé et que le découragement qui la suit, ajouté aux malaises physiques semblables aux souffrances de l'alcoolique, leur fait voir leur triste situation, leur état désolé, leur vie misérable au point de vue moral et physique,

(i) Levinstein, De la morphiomanie.

LA MORPHINE 22s

une nouvelle dose de poison leur sert à chasser leur misère qu'ils doivent en partie à eux-mêmes.

« La passion de la morphine a, sous le rapport somatique, bien des symptômes communs avec la passion de la boisson; la ressemblance des deux maladies s'étend jusqu'au délire. Elles se distinguent pourtant Tune de l'autre, en ce que la passion de la morphine fait des victimes surtout dans les classes de la société les plus éclairées et les plus élevées, et qu'on ne voit pas apparaître des troubles psychiques pendant l'action tonique, à part la variabilité d'humeur.

« On trouve en outre un point de parenté de plus entre la passion de la morphine et celle de la boisson, en ce que les personnes des deux sexes adonnées à la morphine se livrent souvent aussi à la boisson. Un certain nombre de morphiomanes prennent de l'alcool pour se tenir en éveil lorsque l'action de la mor^ phine commence à baisser. »

Au début de l'intoxication, on ne voit apparaître aucun trouble, Tappétit et Tembonpoint sont conservés ; mais peu à peu la maigreur survient, le visage pâlit et prend un teint gris cendré ; les sueurs sont augmentées, le regard devient morne et éteint, la vue baisse, la circulation se trouble, la respiration devient gênée. En même temps surviennent des troubles gastriques ; anorexie ou boulimie, nausée-, vomissements, sentiment de brûlure à l'épigastre; constipation invincible. Enfin apparaissent Tinsomnie, des névralgies multiples, des hallucinations, du tremblement des mains et de la langue, et des troubles des facultés intellectuelles.

A. GULLERRE. l5

Troubles intellectuels.— Ces troublesconsistent dans un hébétement progressif, une grande irritabilité de caractère, de l'incertitude, de la timidité, et de l'hypocondrie.

Dans quelques cas, on se trouve en présence d'une véritable obsession monomaniaque avec impulsion irrésistible ; mais dans la plupart des cas, il s'agit d'une simple ivrognerie.

Les facultés morales sont plus spécialement atteintes. Le morphiomane est morose, irritable, égoïste, misanthrope. Il s'abaisse jusqu'aux manœuvres les plus hypocrites, à la ruse, au mensonge pour se procurer son poison favori. L'esprit est languissant, la mémoire affaiblie. Dans nombre de cas , cependant, rien d'extérieur ne dénote l'habitude maladive, et beaucoup de morphiomanes continuent à remplir leurs devoirs sociaux avec la correction habituelle.

A la privation de morphine, ou à la suppression brusque du poison succèdent quelquefois des troubles nerveux graves : c'est une explosion de protestations violentes, de formules de désespoir, qui dégénère parfois en excitation maniaque avec hallucinations terrifiantes, accès de fureur, et attaques convulsives ou vertigineuses* A ces bruyantes manifestations peut succéder un état de résolution générale, de syncope et de coma, finalement suivi de mort.

Gomment on comliat la morphiomanie* — Pour combattre l'intoxication morphinique, il faut s'attaquer résolument aux doses, en opérer la réduction successive, et remplacer l'excita-

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tion dont on prive le patient par celle d'une autre substance stimulante, l'alcool, le thé, le café, les vins généreux. Tout morphiomane qui ne se corrige pas, arrive fatalement à la période de cachexie toxique et à la mort.

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