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CHAPITRE Vlil

L'EXERGIGE

Nécessité des exercices du corps, — Dans les temps anciens, les exercices corporels étaient en grand honneur, non seulement chez les peuples demi-barbares où la force et l'adresse formaient la principale sauvegarde de l'homme et de la tribu, mais encore parmi les nations policées qui en avaient compris les heureux effets physiques et moraux. Chez les Grecs, les Athlètes victorieux recevaient des honneurs insignes: on leur donnait des fêtes, et les poètes chantaient leurs exploits. A Rome, non seulement les jeunes gens, mais les vieillards eux-mêmes fréquentaient le Ghamp-de-Mars. De tous temps

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les médecins en ont prôné la nécessité; treize siècles avant l'ère chrétienne, Esculape conseillait aux Thessaliens d'aller à la chasse et de monter à cheval pour entretenir leur santé (i).

Cependant dans nos sociétés modernes, l'exercice a été jusqu'en ces derniers temps considéré avec une telle indifférence, qu'il était naguère encore entièrement exclu des programmes d'éducation. Les hommes qui sont actuellement dans la force de l'âge et dont les humanités ont été couronnées par Tétude de la logique ont dû faire de singulières réflexions sur l'utilité d'une science qu'on enseignait si bien et qu'on appliquait si mal. Pendant des années, il ne se passait pas de jour qu'on ne leur inculquât à grands renforts de commentaires quelque passage d'un auteur ancien vantant l'excellence des exercices du corps, des jeux du cirque, de la course, du saut, de la lutte, de la palestre, alors qu'on les tenait cloués sur un banc douze heures par jour dans une atmosphère empoisonnée. Que d'autres aillent récolter la poussière de l'arène olympique ! Pour eux, la poussière des pupitres et des livres devait suffire.

Nous sommes revenus heureusement à une conception plus saine et plus pratique de l'éducation, et aujourd'hui tous les exercices du corps sont fort en honneur. L'hygiène ne peut qu'applaudir à une transformation qui peut avoir sur les mœurs et la santé publique les plus heureux

(i) Leblond, .Manuel de gymnastique hygiénique et médicale, Paris, 1877.

résultats. Que ceux qui, dès leur jeunesse, auront contracté Thabitude des exercices la conservent précieusement dans le cours de leur existence, et la médecine future n'aura plus du moins à vaincre chez eux les répugnances préconçues et la force d'inertie qu'on oppose malgré soi à une prescription dont on ne comprend pas la valeur; mais que les exercices soient proportionnés au but qu'il s'agit d'atteindre.

Les anciens ne songeaient pas seulement, par leur gymnastique, à entretenir la santé et le fonctionnement harmonieux de tous les organes, ils lui demandaient surtout de faire des hommes forts, robustes, pleins d'agilité et d'adresse ; en un mot, des lutteurs et des soldats.

Notre but doit être différent. Il s'agit pour nous d'entretenir le libre jeu de nos fonctions organiques, de combattre les effets pernicieux du système d'éducation qui nous est imposé par les exigences sociales, de lutter contre l'étiolement qu'entraîne une vie trop sédentaire ou le séjour des ateliers , contre les inconvénients de certaines professions qui ne sollicitent que la contraction d'un petit nombre de muscles, abandonnant les autres au dépérissement qui résulte du défaut d'usage. De là, comme le fait remarquer Michel Lévy, l'utilité et la nécessité d'une gymnastique nouvelle destinée non à faire des athlètes ou des équilibristes, mais à maintenir une juste harmonie entre les divers organes, et à contrebalancer l'influence funeste de la stagnation du corps et du défaut d'exercice.

Effets de l'exercice. — L'exercice a pour effet

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d'activer toutes les fonctions de l'économie. Grâce à lui, la respiration s'accélère, la circulation se précipite ; les combustions organiques deviennent plus complètes et plus généralisées. Il en résulte une stimulation de la nutrition des plus profitables aux individus chez qui les échanges moléculaires languissent et sont imparfaits. Le système musculaire prend du développement et de la force; les accumulations graisseuses tendent à diminuer, les sécrétions rendues plus énergiques débarrassent Torganisme des déchets qui à la longue finiraient par l'encombrer. L'exercice combat donc directement les causes auxquelles on attribue les maladies chroniques.

Son action sur les fonctions digestives est des plus énergiques. Avant le repas, il favorise le retour de l'appétit; après Tingestion des aliments, il en facilite l'absorption, ce qui a fait dire à Ghomel qu'on digère autant avec ses jambes qu'avec son estomac. Divers auteurs, à {'encontre de ce dernier, recommandent le précepte de l'Ecole de Salerne : Post prandiiim sta (i), et défendent tout exercice après le repas. Mais cette défense ne doit pas être absolue et plus d'un dyspeptique a constaté sur lui-même les effets digestifs d'une promenade à pied ou en voiture. L'essentiel, c'est que l'exercice soit modéré et proportionné aux forces et au tempérament de chacun, car dans le cas contraire, il produit des effets opposés à ceux qu'on recherche et arrête les sécrétions gastriques.

(i) L'écolede Salerne, trad.Meaux Saint Marc, Paris, 1880.

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Par l'habitude de Texercice, les modifications organiques que nous venons de signaler tendent à devenir permanentes et font bientôt partie du tempérament de l'individu. L'ouvrier des champs, adonné aux travaux musculaires, a toujours un appétit normal et des digestions régulières . Même s'il cesse pendant quelque temps de se livrer à ses occupations pénibles, il n'en continue pas moins à conserver intactes ses fonctions digestives. Au contraire, le citadin, rhomme livré aux professions sédentaires et aux travaux de l'esprit aura un appétit languissant et souffrira des mille maux de la dyspepsie.

Sans vouloir faire de la gymnastique une panacée du mal physique et moral dont souffre l'humanité, on peut lui rendre cette justice, que les bénéfi;ces qu'on peut en retirer sont considérables et trop méconnus. Si l'on veut bien se rappeler ce que nous avons dit de la constitution du névropathe, de la prédominance exclusive de son système nerveux, de sa faiblesse musculaire, de ses alternatives d''énergie exagérée et d'indolence profonde; en un mot de la déséquilibration naturelle de ses divers systèmes organiques, on comprendra combien la pratique régulière de la gymnastique pourra lui être utile pour ramener l'équilibre entre ses diverses fonctions, fortifier ses muscles, combattre ses tendances spasmodiques et diminuer son activité cérébrale trop souvent exagérée.

L'exercice est, en effet, un puissant sédatif du système nerveux. Il émousse la sensibilité, dis-

tribue l'innervation jusque dans les plus petites divisions des nerfs et l'empêche ainsi de se concentrer dans les organes centraux, où faute d'un exutoire suffisant , elle détermine des troubles fonctionnels innombrables. En augmentant la vigueur radicale et le ton des parties musculaires, dit Cabanis, Texercice diminue à la longue la mobilité nerveuse. Tous les médecins et tous les hygiénistes ont depuis ratifié cette manière de voir. A Pappui de l'action prophylactique de Texercice contre les névroses, ils ne manquent pas de faire observer que les personnes livrées aux travaux manuels sont rarement atteintes de maladies nerveuses , tandis que les hommes qui s'adonnent aux occupations intellectuelles avec une ardeur trop grande sont presque fatalement désignés pour en être les victimes.

Si un régime convenable vient s'ajouter à l'exercice, les résultats sont encore plus certains. A l'aide de ces deux moyens combinés, on arrive à créer des organisations spéciales, telles que celles des lutteurs, des coureurs, des jockeys, des plongeurs, qui diffèrent autant du type de l'homme ordinaire qu'ils diffèrent les uns des autres. Le problème qui consiste à obtenir une transformation complète de la constitution et à annihiler les tendances maladives du tempérament nerveux n'est pas plus impossible à résoudre que les précédents.

Indications fournies par l'âge et le sexe. — Tous les genres d'exercice conviennent aux personnes nerveuses, et la gymnastique peut

remplir à elle seule toutes les indications qui découlent d'un tempérament névropathique. Elle est le meilleur antispasmodique à appliquer à l'hypocondrie, à l'hystérie, et même à la chorée (Michel Lévy). Néanmoins les exercices doivent être réglés et choisis conformément à l'âge, au sexe, à Testât de santé, à la vigueur de chacun. Ceux qui sont adaptés aux forces d'un enfant, d'une femme, d'un vieillard, ne sauraient convenir à un jeune homme, à un adulte. Ce n'est pas sans inconvénients, fait observer Lasègue, que des hommes d'un âge mûr ont échangé leur existence trop sédentaire contre une activité musculaire excessive (i).

Dès le jeune âge, l'exercice sera conseillé aux enfants chez qui Ton découvrira les signes avant- coureurs de la névropathie ou qui sont issus de parents nerveux. Faire des muscles aux dépens des nerfs, émousser une sensibilité trop développée, retarder une intelligence précoce, tel est le plus sûr moyen de les mettre à l'abri des accidents dont ils sont menacés. C'est à peu près le contre-pied de Téducation habituelle qui, dès l'âge le plus tendre, tend à favoriser et non à combattre les dispositions névropathiquesdes enfants. Il faut qu^ils soient calmes, tranquilles, disciplinés, dociles, à un âge où ils ne peuvent se passer de mouvement et d'exercice ; où, s^il est vrai que la fonction fait l'organe, leur corps qui est en plein développement, a besoin de déployer une activité éner-

(i) Lasègue, Études méd., t. II.

gique. A leurs jambes faibles et de proportions trop petites, il faut le mouvement, le saut, la course pour acquérir les proportions et la vigueur qui leur manque : on les condamne à rimmobilité. A leur poitrine faible et grêle il faut les inspirations profondes, les exclamations et les cris joyeux sous peine de rester étroite et déformée ; mais que diraient les voisins ou le propriétaire, troublés dans leur repos, ou les personnes du monde qui considèrent comme le comble d'une bonne éducation d'obtenir que les enfants demeurent bien sages? A leur besoin d'activité, de grand air, de liberté, on donne donc la chambre close, le tapis et les jeux paisibles, et ces futurs lutteurs du combat pour la vie, à une époque où ce combat est plus violent, plus acharné que jamais, feront leurs premières armes en habillant des poupées ! Il faut réagir contre de pareils préjugés. L'exercice, pour Tenfant, c'est la force, la vigueur, Tappétit, le sommeil, l'équilibre de toutes les fonctions, la santé dans le présent, et chose plus précieuse encore pour Pavenir.

L'époque de la puberté fait éclore dans l'adolescent de nouvelles tendances morales et un mode de sensibilité jusqu'alors inconnu. Ces changements sont souvent la source de déviations névropathiques, d'habitudes vicieuses, de rêves voluptueux, d'excès prématurés, de pertes séminales. Contre ces accidents, les pratiques d'une gymnastique méthodique sont des plus efficaces; elles opèrent une salutaire dérivation de l'influx nerveux, et en fatiguant le corps, re-

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posent rintelligence, émoussent la sensibilité et retardent l'évolution sexuelle et toutes ses conséquences.

Chez le jeune homme, la gymnastique est encore d'une utilité incontestable, non seulement au point de vue de l'entretien de la vigueur physique, mais pour contrebalancer l'action énervante des passions qui se déchaînent souvent chez lui avec énergie, pour lutter contre réréthisme nerveux causé par un excès de travail intellectuel, pour combattre les effets déprimants des premières déceptions de la vie et les tendances à l'hypocondrie qu'on rencontre si souvent à cet âge.

A l'âge viril, les pratiques de l'exercice ne doivent pas non plus être négligées. Elles entretiennent la souplesse du corps déjà menacé par les maladies chroniques, les douleurs, le rhumatisme, la goutte ; elles favorisent les combustions, et les rendent plus complètes, elles entretiennent l'appétit, et reposent Tintelligence trop souvent surmenée. Mais il faut de la prudence et de la modération dans le choix des exercices ; ceux de la jeunesse ne conviennent plus et doivent être remplacés par des pratiques plus tempérées.

Enfin, les vieillards eux-mêmes ne doivent pas négliger de se livrer à un exercice en rapport avec leurs forces ; ils en tireront à la fois plaisir et profit.

Les profondes différences physiques que nous constatons entre les deux sexes ne sont pas seulement imputables à la nature: elles sont en

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partie le résultat de Téducation. S'il n'est pas désirable que dans notre société policée nos filles et nos femmes se proposent pour modèles les célèbres viragos Spartiates, qui descendaient nues dans Tarène pour disputer le prix de la lutte aux jeunes gens de leur âge, du moins estil nécessaire de ne pas se désintéresser, comme on le fait trop, de leur développement physique. Plus leurs muscles seront exercés et vigoureux et plus la surexcitabilité de leur système nerveux diminuera, au grand profit de l'équilibre général de leur organisme. A l'éducation de serre chaude que Ton donne actuellement aux filles, éducation qui hâte en elles l'éclosion de la femme, provoque l'apparition prématurée des fonctions sexuelles, avec tout leur cortège de sensations et de penchants, cause puissante d'énervement pour une économie qui n'a pas atteint le degré voulu de développement physique, il importe d'opposer une éducation qui fasse une large part aux besoins du corps. Il est reconnu que chez les filles qui exercent leur système musculaire, comme les paysannes adonnées aux travaux des champs, ou celles qui sont l'objet d'un entraînement raisonné par les divers procédés de la^gymnastique, la pubertéjet l'évolution menstruelle se trouvent retardées. N'est-ce pas tout profit pour elles? Ne se trouvent-elles pas mieux préparées à l'inauguration d'une fonction qui est la source de tant de perturbations nerveuses ? Supprimez l'anémie, la chlorose, la précocité de Tintelligence et des penchants, la surexcitation mentale, et vous aurez

supprimé les trois quarts des cas d'hys térie.

Autres indications générales. — Nous allons examiner les différentes sortes d'exercice et les indications spéciales que comporte chacun d^eux. Mais à côté des exercices proprement dits, il existe certaines distractions qui, par le mouvement et les efforts musculaires qu'elles entraînent, peuvent jusqu'à un certain point en tenir lieu. C'est ainsi que Réveillé-Parise a pu conseiller à l'homme d'Etat, au savant, au poète, de revêtir la veste et le chapeau du jardinier, de s'armer du râteau et de la serpe, et de tailler ses arbres, de sarcler ses légumes, de cueillir ses fruits, d'arroser ses fleurs. Cette pratique, à laquelle je souscris volontiers, a l'avantage d'être éminemmentphilosophique. Cultiver son jardin, planter ses choux, c'est peut-être le dernier mot de la sagesse. Nous réservons ce conseil pour les névropathes résignés.

Les saisons doivent encore guider dans le choix des exercices. Pendant les temps froids et humides, il y a souvent, chez les gens peu robustes et susceptibles, contre-indication absolue aux exercices en plein air. Il faut alors user d'artifice et imiter le héros de notre vieux maître Rabelais :

« S'il avenait que l'air fut pluvieux et intempéré, tout le temps devant dîner était employé comme de coutume, excepté qu'il faisait allumer un beau et clair feu pour corriger l'intempérie de l'air. Mais après dîner, au lieu des exercitations, ils demeuraient en la maison, et par manière d'apothérapie, s'ébattaient à

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boteler du foin, à fendre et scier du bois et à battre les gerbes en la grange (i). »

A ceux qu'offusqueraient ces occupations trop vulgaires, il reste le jeu de billard, qui sans fatiguer le corps, l'oblige à un ensemble de mouvements qui mettent en jeu tous les muscles.

Diverses circonstances s'opposent parfois à ce qu'on adopte Thabitude des exercices. Il y a d'abord ce sentiment d'impuissance physique éprouvé par les gens nerveux qui mènent une existence sédentaire et intellectuelle : chez eux la fatigue accompagne le moindre effort; comment, dans de telles conditions, se livrer à un exercice quelconque ? Cependant, ce ne sont pas les forces qui manquent, mais l'entraînement, l'habitude de s'en servir. Il suffît pour le prouver de constater combien dans les circonstances où une stimulation vive vient mettre en jeu la volonté^ l'organisme le plus faible trouve en luimême de vigueur et d'énergie passagère. Telle femme vaporeuse qui d'ordinaire ne peut tenir debout ne trouve-t-elle pas la force de passer une nuit au bal, si elle est stimulée par l'appât du plaisir? Avec de la volonté et de la constance il n'est pas de névropathe qui ne puisse prendre l'habitude des exercices hygiéniques.

Une objection spéciale aux penseurs et aux hommes adonnés aux professions intellectuelles, c'est que les exercices du corps sont nuisibles aux travaux de l'esprit. Assurément^ Tabus des

(i) Rabelais, Gaf\^antuj, ch. xxiv.

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fatigues musculaires est incompatible avec une grande activité de Tintelligence. Les Athlètes, au dire de Platon, étaient les plus stupides gens qui fussent, et, de nos jours, ce n'est pas chez les boxeurs, les hercules forains, voire même chez les laboureurs qu'il faut chercher la vivacité d'esprit, Tampleur et l'originalité des idées.

Mais l'exercice que recommande l'hygiène ne doit pas accaparer toutes les forces du système nerveux ; il ne doit jamais être poussé jusqu'à la fatigue, et s'il prélève une. part de temps qui pourrait être consacrée à de plus nobles occupations il rachète amplement cet inconvénient par les avantages qu'il assure, c'est-à-dire la santé et le juste équilibre de toutes les fonctions, sans lesquels les travaux intellectuels deviennent impossibles. On pourrait même soutenir que loin d'affaiblir l'intelligence, l'exercice la rend plus vigoureuse, soit indirectement par le regain de verdeur qu'il procure à l'organisme tout entier, soit directement par le repos forcé qu'il impose au cerveau et à la pensée.

En effet, pendant l'exercice, le calme de l'esprit est nécessaire. Dans le cas où^ au milieu de l'agitation physique, Tintelligence continuerait à travailler, il en résulterait une double fatigue, et un épuisement rapide et radical des forces nerveuses. Cabanis fait en outre observer que l'exercice, surtout l'exercice pris en plein air, au milieu d'impressions multiples et sans cesse renouvelées, n'est favorable ni à la méditation, ni à la concentration et à la combinaison des idées, bien que certains philosophes, et en particulier

Pline et Montaigne, aient cru reconnaître que, chez eux, l'exercice augmentait l'activité du cerveau.

LES DIVERS MODES d'eXERCICE

Gymnastique. — La gymnastique proprement dite comprend un ensemble d'exercices méthodiquement classés qui font l'objet d'un enseignement gradué et proportionné à Tâge et aux forces des sujets. Nous nous contenterons de l'envisager au point de vue de Thygiène.

a La gymnastique, dit un spécialiste^ c'est la culture régulière du corps et de ses organes ; c'est aussi le développement de cette faculté qui nous distingue de tous les animaux, je veux parler ici de l'activité volontaire. Habituer le corps à produire des actions fortes en dépensant le moins de force possible; habituer la volonté à dominer nos actes matériels mstantanément, à les arrêter ou à les reproduire, tels sont les premiers bienfaits que la gymnastique nous procure (Leblond). »

En somme, la gymnastique proprement dite est une des branches de la science de l'éducation. Elle s'adresse surtout aux jeunes sujets, mais ne doit pas être repoussée par les personnes d'un certain âge qui en ont contracté l'habitude dès leur jeunesse.

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Selon Michel Lévy, il n'est pas possible de préciser Tâge auquel les exercices gymnastiques sont hors de saison.

« Chez les Grecs, jeunes et vieux allaient au gymnase. Pompée, au dire de Salluste, allait encore au champ de Mars à l'âge de cinquante-huit ans, et ne le cédait point dans les exercices au plus robuste soldat de son armée. »

Les constitutions les plus faibles peuvent acquérir par la gymnastique une vigueur remarquable : Démosthènes, Alcibiade, Socrate, César, Marc-Aurèle étaient nés débiles et chétifs; la gymnastique leur donna la vigueur qui leur manquait et les doua en outre d'une grande force de résistance aux fatigues.

Son action ne se borne pas seulement à fortifier le corps et à le développer suivant des proportions harmonieuses; elle s'exerce encore énergiquement sur les facultés morales. En disciplinant les mouvements, elle discipline la volonté ; en émoussant la sensibilité physique, elle tonifie la sensibilité morale. Ce point de vue ne saurait nous être indifférent; c'est, au contraire, celui où nous devons nous placer pour recommander la gymnastique aux personnes disposées aux troubles nerveux.

Équitation. — L'exercice du cheval est à la fois actif et passif. Le cavalier est obligé à de nombreux efforts pour conserver son équilibre, en même temps qu'il subit les mouvements que lui communique sa monture. Suivant Tallure adoptée, c'est un exercice qui, de modéré, peut

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prendre certains caractères de violence. L'allure calme et mesurée convient aux vieillards et aux valétudinaires; le trot et le galop doivent être réservés aux personnes jeunes et robustes-, par les ébranlements légers ou les fortes secousses qu'ils impriment à tout le corps, ils sont éminemment propres à fortifier la plupart des organes.

Beaucoup de médecins ont Téquitation en grande estime. Sydenham lui reconnaissait toutes sortes d'avantages dans les névroses, la chlorose et les maladies cachectiques.

Il en est de l'équitation comme de tous les exercices du corps. Autant l'usage modéré peut en être salutaire, autant l'abus peut devenir dangereux. Les principaux accidents attribués à l'usage immodéré du cheval sont les douleurs occasionnées par la compression des nerfs sciatiques, la congestion hémorrhoïdaire de la partie inférieure du tube digestif et l'excitation des organes génitaux.

On a reproché à l'exercice immodéré du cheval de produire l'impuissance, et Lallemand prétend que cette impuissance serait consécutive aux pertes spermatorrhéiques causées par l'irritation des organes génitaux et par la constipation. Disons que la fréquence de l'impuissance chez les hommes qui se livrent à l'équitation n'est pas bien démontrée. Cabanis s'appuie, pour la nier, sur l'expérience de tous les siècles et de tous les pays.

Cependant, il semble qu'on doive attribuer l'impuissance bien connue des Scythes aux

pertes séminales que leur occasionnait Tabus du cheval. On connaît l'origine de cette affection, qui coïncida avec leurs incursions en Médie et en Palestine, incursions pendant lesquelles ils ne quittèrent pas leurs selles pendant de longs mois. Actuellement , certains Tartares du Caucase sont encore parfois atteints de cette maladie.

« Le plus remarquable des peuples nomades du Kufan est celui des Vogays ou des Montagays. Ils se distinguent des autres par le caractère mongol que présente leur physionomie... lorsqu'ils sont épuisés par une maladie ou qu'ils avancent en âge, la peau de tout leur corps se sillonne de rides profondes, leur barbe tombe, et dans cet état ils ressemblent tout à fait à des femmes. Ils deviennent inaptes à l'acte de la génération et leurs sensations comme leurs actions cessent de ressembler à celles du sexe auquel ils appartiennent (i). »

Toutefois, nous ne croyons pas que la crainte d'une pareille disgrâce puisse arrêter un cavalier des pays civilisés. L'abus qu'il serait susceptible de faire de l'équitation ne saurait se comparer, au point de vue des effets, aux habitudes des hommes , véritables centaures , qui composent ces peuplades barbares.

Natation. — Gomme la gymnastique, la natation est propre à développer le système musculaire, et par conséquent jouit d'une action antagoniste contre la disposition aux désordres nerveux.

(l) Marandon de Montyel, De la maladie des Scythes Ann. tnéd. psjychoL, 1877, t. I^

a Elle exerce une influence favorable sur les grandes fonctions de l'économie, la digestion et la nutrition, la respiration, la circulation et l'innervation. Elle constitue un exercice éminemment hygiénique et des plus propres à conserver la santé et à fortifier l'organisme; elle convient à tous les individus délicats, lymphatiques, nerveux, à la condition toutefois de ne pas tomber dans l'abus (i). »

Elle exerce en outre un excellent effet sur le moral des jeunes gens des deux sexes et contribue à développer chez eux le courage, la prudence, l'habileté, le sang-froid, la confiance en soi-même.

Les Grecs la considéraient comme essentielle, et, sans elle, une éducation était regardée comme incomplète. Les Romains, non seulement les hommes, mais encore les femmes, étaient d'intrépides nageurs. De nos jours, saut en Angleterre, peut-être, cet exercice est malheureusement trop négligé. Peut-être la raison que donnait J. -J. Rousseau de cette négligence , à répoque oia il écrivait, est-elle encore vraie.

a Les jeunes gens élevés avec soin apprennent tous à monter à cheval, parce qu'il en coûte beaucoup pour cela; mais presque aucun d'eux n'apprend à nager, parce qu'il n'en coûte rien, et qu'un artisan peut savoir nager aussi bien que qui que ce soit. »

Chasse. — La chasse à pied constitue un exercice qui peut convenir à tout le monde. Elle offre au jeune homme une distraction saine, et

(i) Tartivel, Dict. encyclop. des sc.méd., 2^ sér., t. II.

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fournit un aliment à son besoin d'activité. En même temps que son corps elle occupe son esprit, auquel elle promet l'attrait de la difficulté vaincue et la satisfaction de pouvoir faire preuve de dextérité et d'adresse. Elle a cependant un défaut sérieux : c'est qu'à cet âge, où l'entraînement est si facile, elle peut dégénérer en passion véritable, et de simple exercice hygiénique, de simple dérivatif aux engouements de la jeunesse, devenir une occupation exclusive, l'affaire importante, et pour ainsi dire l'unique but de la vie. Dans le cas où de pareils excès seraient à redouter, il serait préférable de s'en tenir à la gymnastique pure et simple.

Pour l'âge viril, et même pour l'âge mûr, la chasse est à la fois une distraction et un exercice des plus salutaires; mais il y faut beaucoup de modération. Les parties de chasse où plusieurs compagnons se rencontreiit entraînent la plupart du temps de grandes fatigues, et dégénèrent souvent en véritables orgies. Le névropathe ne poussera pas cet exercice jusqu'au complet épuisement de ses forces; il évitera la chaleur accablante du jour; après une journée passée à la chasse, il ne fera pas d'excès de table et ne passera pas une partie de la nuit en conversations bruyantes accompagnées de libations. A ces conditions, et pourvu qu'il ne soit pas doué d'une impressionnabilité excessive, malencontreusement mise en jeu par les incidents de la poursuite, l'arrêt d'un chien, le brusque départ du gibier, les coups de feu tirés autour de lui, la chasse sera pour lui une habitude saine et tonique, capable

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de reposer l'esprit et d'assurer le libre jeu des fonctions organiques. La marche, le grand air, la vue des spectacles variés qu'oftre à chaque pas la nature, les idées nouvelles qu'ils inspirent, les remarques qu'ils provoquent, font de la chasse à la fois un exercice, une distraction et un plaisir.

L'abus de la chasse a ses dangers, qui résident dans la fatigue et les intempéries. L'extrême fatigue entraîne de l'abattement, une sorte de prostration, une atonie complète de l'estomac et parfois des indigestions graves. Elle prédispose à la congestion cérébrale. Le froid, la neige, l'humidité, la pluie, auxquels on s'expose forcément en adoptant cet exercice, peuvent, provoquer l'éclosion de névralgies et de dou leurs rhumatismales.

Escrime. — L'escrime est en très grand honneur parmi les classes riches, les artistes, les hommes de lettres. C'est un exercice violent qui ne convient qu'aux jeunes gens et aux adultes habituellement bien portants. On doit l'interdire aux personnes souffrantes et valétudinaires. Ses effets paraissent moins heureux que ceux des autres modes d'activité physique : il exerce inégalement les deux moitiés du corps, faisant porter tout l'effort sur quelques muscles du bras et de la cuisse-, on l'accuse, en outre,ye développer l'amour-propre et de rendre batailleur et insolent. Il y a dans cette observation un fonds de vérité qu'on ne saurait nier.

Vectation, navigation. — La promenade en voiture est à peine un exercice et doit être réservée aux véritables malades. Cependant elle

peut rendre quelques services aux personnes qui ont à redouter les névralgies ou les suites d'un refroidissement possible. Que la voiture par conséquent soit fermée; qu'elle soit suffisamment spacieuse et bien suspendue, et que la promenade, surtout, soit de courte durée.

Les voyages en mer, au point de vue hygiénique et thérapeutique, semblent de plus en plus entrer en faveur auprès du public, surtout en Angleterre ; et, si nous en croyons The Lancet, peu de navires quitteraient actuellement les ports anglais sans emmener un certain nombre de voyageurs qui n'ont pris passage que dans le but de respirer pendant quelques^ semaines i^air vivifiant de la mer. Hommes d'État, gens de lettres s'embarquent par vingtaines à bord des steamers ou des bateaux à voile américains pour faire une cure de plein air au milieu de rOcéan.

Cette pratique, en principe, ne saurait être qu'approuvée. Mais elle peut être accompagnée de quelques inconvénients. Sans parler du mal de mer, qui peut rendre préjudiciable à certaines personnes une navigation de quelque durée, on trouve à bord des navires une installation défectueuse des salons et des cabines, qui expose aux effets nuisibles d'un air insuffisant et confiné. Il est possible, à la vérité, de se procurer sur le pont un air d'une pureté idéale, mais on ne peut passer sur le pont qu'un temps limité.

Danse. — La danse chez les peuples sauvages est, comme chez l'enfant, une manière d'ex-

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primer la satisfaction et la joie. Chez les peuples de l'antiquité elle faisait partie des cérémonies religieuses et guerrières et changeait de caractère suivant la divinité qu^il s'agissait d'honorer. Aux fêtes de Bacchus, aux Saturnales, elle était mêlée de débauches. Plus tard elle devint un divertissement de luxe qu'on offrait — en spectacle seulement — à ses convives ; et de nos jours elle conserve en partie ce caractère sur nos théâtres à musique ou à grands spectacles. Mais elle constitue en outre un exercice ou plutôt un plaisir très recherché surtout des jeunes filles et des femmes, dans toutes les classes de la société.

Pourvu qu'on s'y livre dans des conditions satisfaisantes, la danse est un exercice aussi avantageux que tous les autres, et particulièrement favorable aux personnes qui, par suite d'une existence trop sédentaire, n'exercent pas suffisamment leurs membres abdominaux. Elle combine à la fois les mouvements de la marche et du saut, agite d'une façon rhythmique toutes les parties du corps, développe la poitrine, assouplit les articulations, active la respiration et la circulation, accroît la chaleur périphérique, provoque la sueur et détermine dans toute l'économie une excitation qui n'est pas sans charmes. L'effort de la danse portant principalement sur le bassin et les membres inférieurs, on ne tarde pas à voir se développer les muscles de la partie inférieure du tronc et des cuisses.

A ces effets physiques s'en ajoutent de moraux.

« Elle est pour la jeunesse des deux sexes une sorte de conflit autorisé où l'âme s'inspire de vagues instincts, où s'exaltent tous les penchants qui entraînent la nature de l'homme à la sociabilité; sous l'aiguillon de l'amour-propre et de l'émulation des sens, non moins que par la direction des actes musculaires, le corps se redresse avec plus de grâce, de ressort et d'agilité. )> (Michel Lévy.)

Mais grâce à la coquetterie féminine et aux habitudes mondaines, les conditions dans lesquelles on se livre habituellement à la danse ne sont pas seulement de nature à annihiler ses avantages, elles la rendent dangereuse pour la santé.

Hélas! que j'en ai vu mourir, de jeunes filles!

Pourrait-on s'écrier avec le poète en songeant au décoUetage des danseuses, à Tatmosphère briàlante et viciée des salons, aux courants d'air accidentels ou intentionnellement ménagés, et à la brusque transition de l'air extérieur.

Marclie. — La marche est l'exercice le plus naturel et celui qui s'adapte le mieux à toutes les indications hygiéniques. Gomme on peut le graduer à volonté suivant les forces de chacun, il convient à la fois aux individus très faibles pour qui tout mouvement est une fatigue et à ceux qui, plus robustes, peuvent déployer une grande activité. C'est par excellence l'exercice des femmes, des vieillards et des valétudinaires ^ je ne vois guère que les asthmatiques et les personnes atteintes de maladies du cœur chez qui il

soit contre-indiqué, comme aa reste, tous les autres exercices. La marche ne met pas en jeu seulement les membresinférieurs, mais laplupart des muscles du corps. La multiplicité des mouvements qu'elle nécessite est telle que les physiologistes n'en comptent pas moins de cmq pour les i ambes et de huit pour le tronc ; les bras y participent moins^ cependant ils sont soumis à des oscillations résultant de la torsion du corps de droite à gauche. C'est cette variété de mouvements qui imprime à la marche ses caractères si originaux suivant Page et le sexe. Sautillante chez les enfants, elle est vive et légère chez les personnes nerveuses,, lourde chez les gens habitués aux travaux pénibles, lente et triste chez le vieillard.

L'exercice de la marche n'occupe pas seulement les muscles, il nécessite encore le concours de la vue et de l'ouïe, et par la variété des impressions qui l'accompagnent, exerce l'influence la plus salutaire et la plus dérivatrice sur les cerveaux fatigués. Prendre possession de l'espace libre, respirer à pleins poumons, jouir du panorama qui se déroule à mesure qu'on avance, et dont la variété agrée à l'œil en même temps qu'elle récrée l'intelligence, n'y a-t-il pas là de quoi tenter le plus paresseux des énervés ?

De tous temps les penseurs ont aimé la marche, qui loin d'entraver le jeu des facultés intellectuelles semble au contraire le favoriser chez certaines natures.

« La marche, dit J.-J. Rousseau , a quelque chose qui anime et avive mes idées; je ne puis presque pen-

LES DIVERS MODES d'eXERCICE 25 I

ser quand je reste en place ; il faut que mon corps soit en branle pour y mettre mon esprit. »

Gicéron pensait de même. Les philosophes dissertaient en se promenant sous les ombrages, et Aristote appelait Promenades les leçons qu'il donnait en plein air (Réveillé-Parise).

L'habitude de la marche s'acquiert rapidement; il suffit d'augmenter graduellement le chemin parcouru, et au bout de peu de temps la femme la plus frêle franchira sans fatigue des distances qui effraieraient un homme en bonne santé, mais non habitué à la marche. C'est le but que doivent se proposer les personnes qui adoptent cet exercice ; il ne peut avoir d'utilité qu'à la condition d'être sérieusement pratiqué.

Certaines gens pusillanimes, que tourmente un grain d'hypocondrie, répéteraient volontiers avec le malade imaginaire: « Monsieur Purgon m'a dit de me promener le matin dans ma chambre douze allées et douze venues, mais j'ai oublié de lui demander si c'est en long ou en large. » Répétons-leur de nouveau que ce n'est pas ainsi qu'ils doivent interpréter la prescription de leur médecin, quand il leur conseille de faire de l'exercice.

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